Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Emile Verhaeren

Le sonneur - Poéme


Poéme / Poémes d'Emile Verhaeren





Comme un troupeau de bœufs aveugles, Avec effarement, là-bas, au fond des soirs. L'ouragan beugle.



Et tout à coup, par au-dessus des pignons noirs, Que dresse, autour de lui, l'église, au crépuscule. Rayé d'éclairs, le clocher brûle.

Le vieux sonneur, la tête folle,

La bouche ouverte et sans parole,



Accourt ;

Et le tocsin qu'il frappe, à battants lourds,

Rythme en tempête

Le désespoir qui bat sa tête.

La tour,



Avec, à son faîte, la croix brandie, Epand, vers l'horizon halluciné. Les crins rouges de l'incendie. Le bourg nocturne en est illuminé. Les visages des foules apparues Peuplent de peur et de clameurs les rues Et. sur les murs soudain éblouissants. Les carreaux noirs boivent du sang.



Le vieux sonneur, vers la campagne immense, Jette, à pleins glas, sa crainte et sa démence.



La tour.

Elle grandit, sur l'horizon qui bouge ;

Elle est volante en lueurs rouges.

Par au-dessus des lacs et des marais ;

Ses ardoises, comme des ailes

De paillettes et d'étincelles.

Fuient, dans la nuit, vers les forêts ;

Au passage des feux, les chaumières s'exhument

De l'ombre et, tout à coup, s'allument

Et, dans l'effondrement du faîte entier, la croix

Choit au brasier, qui tord et broie

Ses bras chrétiens, comme une proie.

Le vieux sonneur sonne si fort qu'il peut Comme si les flammes brûlaient son Dieu.

La tour,



Le feu s'y creuse en entonnoir,

Par au dedans des murs de pierre.

Gagnant l'étage et le voussoir.

Où saute et rebondit la cloche en sa colère.

Les corneilles et les hiboux

Passent, avec de longs cris fous,

Cognant leur tête aux fenêtres fermées.

Brûlant leur vol, dans les fumées,

Hagards d'effroi, lassés d'efforts,

Et, tout à coup, parmi les houles de la foule,

S'abattant morts.

Le vieux sonneur voit s'avancer, vers ses cloches

[brandies. Les mains en or qui bout de l'incendie.



La tour,

On la dirait tout en rouges buissons

Dont les branches de flamme

Se darderaient, par à travers les abat-son ;

Le feu sauvage et convulsif entame.

Avec des courbes végétales,

Les madriers et les poulies

Et les poutres monumentales,

D'où les cloches sonnent et clament leur folie.

Le vieux sonneur, à bout de crainte et d'agonie. Sonne sa mort, dans ses cloches finies.



La tour.

Un décisif fracas,

Gris de poussière et de plâtras,

La casse en deux, de haut en bas.

Comme un grand cri tué, cesse la rage,

Soudainement, du glas.

Le vieux clocher

Tout à coup noir semble pencher ;

Et l'on entend, étage par étage,

Avec des heurts dans leur descente,

Les cloches bondissantes,

Jusqu'à terre, plonger.

Le vieux sonneur n'a pas bougé.

Et la cloche qui défonça le terrain mou Fut son cercueil et fit son trou.













Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Emile Verhaeren
(1855 - 1916)
 
  Emile Verhaeren - Portrait  
 
Portrait de Emile Verhaeren


Biographie / Œuvres

Emile Verhaeren est né à Saint-Amand le 21 mai 1855. Fils d’une famille commerçante aisée, il appartient à la classe bourgeoise de ce village sur l’Escaut. Au sein de la famille, la langue véhiculaire est le français, mais avec ses camarades de classe de l’école communale et les habitants de Saint-Amand, il recourt au dialecte local.

A onze ans, Verhaeren se voit envoyé au pensionn

Bibliographie


Chronologie