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Gérard de Nerval

La halle - Prose


Prose / Poémes d'Gérard de Nerval





« Quelle belle nuit! s dis-je en voyant scintiller les étoiles au-dessus du vaste emplacement où se dessinent, à gauche, la coupole de la Halle aux blés avec la colonne cabalistique qui faisait partie de l'hôtel de Soissons, et qu'on appelait l'Observatoire de Catherine de Médicis, puis le marché à la volaille ; à droite, le marché au beurre, et plus loin la construction inachevée du marché à la viande. La silhouette grisâtre de Saint-Eustache ferme le tableau. Cet admirable édifice, où le style fleuri du Moyen Age s'allie si bien aux dessins corrects de la Renaissance, s'éclaire encore magnifiquement aux rayons de la lune, avec son armature gothique, ses arcs-boutants multipliés comme les côtes d'un cétacé prodigieux, et les cintres romains de ses portes et de ses fenêtres, dont les ornements semblent appartenir à la coupe ogivale. Quel malheur qu'un si rare vaisseau soit déshonoré, à droite par une porte de sacristie à colonnes d'ordre ionique, et à gauche par un portail dans le goût de Vignole !



Le petit carreau des halles commençait à s'animer Les charrettes des maraîchers, des mareyeurs, des beurriers, des verduriers se croisaient sans interruption. Les charretiers arrivés au port se rafraîchissaient dans les cafés et dans les cabarets, ouverts sur cette place pour toute la nuit. Dans la rue Mau-conseil, ces établissements s'étendent jusqu'à la halle aux huîtres; dans la rue Montmartre, de la pointe Saint-Eustache à la rue du Jour.

On trouve là, à droite, des marchands de sangsues ; l'autre côté est occupé par les pharmacies Raspail et les débitants de cidre, chez lesquels on peut se régaler d'huîtres et de tripes à la mode de Caen. Les pharmacies ne sont pas inutiles, à cause des accidents; mais, pour des gens sains qui se promènent, il est bon de boire un verre de cidre ou de poiré. C'est rafraîchissant.

Nous demandâmes du cidre nouveau, car il n'y a que des Normands ou des Bretons qui puissent se plaire au cidre dur. On nous répondit que les cidres nouveaux n'arriveraient que dans huit jours, et qu'encore la récolte était mauvaise. Quant aux poirés, ajouta-t-on, ils sont arrivés depuis hier; ils avaient manqué l'année passée.

La ville de Domfront (ville de malheur) est celte fois très heureuse. Cette liqueur blanche et écumante comme le Champagne rappelle beaucoup la blanquette de Limoux. Conservée en bouteille, elle grise très bien son homme. Il existe de plus une certaine eau-de-vie de cidre de la même localité, dont le prix varie selon la grandeur des petits verres. Voici ce que nous lûmes sur une pancarte attachée au flacon :



Le monsieur ................... 4 sous

La demoiselle......,............ 2 sous

Le misérable................... 1 sou

Cette eau-de-vie, dont les diverses mesures sont ainsi qualifiées, n'est point mauvaise et peut servir d'absinthe.

Elle est inconnue sur les grandes tables.











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Gérard de Nerval
(1808 - 1855)
 
  Gérard de Nerval - Portrait  
 
Portrait de Gérard de Nerval


Biographie / chronologie

1808.

Œuvre

Si l'on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833!; Léo Burckhart, 1839), l'œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.