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Gérard de Nerval

Deux sages - Prose


Prose / Poémes d'Gérard de Nerval





Nous nous entendons si bien, mon ami et moi, qu'en vérité, sans le désir d'agiter notre langue et de nous animer un peu, il serait inutile que nous eussions ensemble la moindre conversation.
Nous ressemblerions, au besoin, à ces deux philosophes marseillais qui avaient longtemps abîmé leurs organes à discuter sur le grand
Peut-être.
A force de dissertations, ils avaient fini par s'apercevoir qu'ils étaient du même avis, — que leurs pensées se trouvaient adéquates, et que les angles sortants du raisonnement de l'un s'appliquaient exactement aux angles rentrants du raisonnement de l'autre.

Alors, pour ménager leurs poumons, ils se bornaient, sur toute question philosophique, politique, ou religieuse, à un certain
Hum ou
Heuh, diversement accentué, qui suffisait pour amener la résolution du problème.



L'un, par exemple, montrait à l'autre, pendant qu'ils prenaient le café ensemble, un article sur la fusion. —
Hum! disait l'un.


Heuh! disait l'autre.

La question des classiques et des scolastiques, soulevée par un journal bien connu, était pour eux comme celle des réalistes et des nominaux du temps d'Abeilard.


Heuhl disait l'un.


Hum! disait l'autre.

Il en était de même pour ce qui concerne la femme ou l'homme, le chat ou le chien.
Rien de ce qui est dans la nature, ou qui s'en éloigne, n'avait la vertu de les étonner autrement.

Cela finissait toujours par une partie de dominos, jeu spécialement silencieux et méditatif.

«
Mais pourquoi, dis-je à mon ami, n'est-ce pas ici comme à
Londres?
Une grande capitale ne devrait jamais dormir.


Parce qu'il y a ici des portiers, et qu'à
Londres chacun, ayant un passe-partout de la porte extérieure, rentre à l'heure qu'il veut.


Cependant, moyennant cinquante centimes, on peut ici rentrer partout après minuit.


Et l'on est regardé comme un homme qui n'a pas de conduite.


Si j'étais préfet de police, au lieu de faire fermer les boutiques, les théâtres, les cafés et les restaurants à minuit, je payerais une prime à ceux qui resteraient ouverts jusqu'au matin.
Car, enfin, je ne crois pas que la police ait jamais favorisé les voleurs; mais il semble, d'après ces dispositions, qu'elle leur livre la ville sans défense, une ville surtout où un grand nombre d'habitants, imprimeurs, acteurs, critiques, machinistes, allumeurs, etc., ont des occupations qui les retiennent jusqu'après minuit. —
Et les étrangers, que de fois je les ai entendus rire... en voyant que l'on couche les
Parisiens si tôtl


La routine! dit mon ami. »











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Gérard de Nerval
(1808 - 1855)
 
  Gérard de Nerval - Portrait  
 
Portrait de Gérard de Nerval


Biographie / chronologie

1808.

Œuvre

Si l'on excepte divers ouvrages dramaturgiques (Lara, 1833!; Léo Burckhart, 1839), l'œuvre de Nerval est essentiellement romanesque et poétique.