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Victor Hugo

Lui - Poéme


Poéme / Poémes d'Victor Hugo





Toujours lui!
Lui partout! —
Ou brûlante ou glacée.

Son image sans cesse ébranle ma pensée.

Il verse à mon esprit le souffle créateur.

Je tremble, et dans ma bouche abondent les paroles

Quand son nom gigantesque, entouré d'auréoles,

Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.



Là, je le vois, guidant l'obus aux bonds rapides,
Là, massacrant le peuple au nom des régicides,
Là, soldat, aux tribuns arrachant leurs pouvoirs.
Là, consul jeune et fier, amaigri par des veilles
Que des rêves d'empire emplissaient de merveilles,
Pâle sous ses longs cheveux noirs.



Puis, empereur puissant, dont la tête s'incline.
Gouvernant un combat du haut de la colline.
Promettant une étoile à ses soldats joyeux,
Faisant signe aux canons qui vomissent les flammes,
De son âme à la guerre armant six cent mille âmes.
Grave et serein, avec un éclair dans les yeux.



Puis, pauvre prisonnier, qu'on raille et qu'on tourmente.
Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fermente,
En proie aux geôliers vils comme un vil criminel.
Vaincu, chauve, courbant son front noir de nuages.
Promenant sur un roc où passent les orages
Sa pensée, orage éternel.

Qu'il est grand, là surtout! quand, puissance brisée.
Des porte-clefs anglais misérable risée,
Au sacre du malheur il retrempe ses droits,
Tient au bruit de ses pas deux mondes en haleine.
Et, mourant de l'exil, gêné dans
Sainte-Hélène,
Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois!

Qu'il est grand à cette heure où, prêt à voir
Dieu même.
Son œil qui s'éteint roule une larme suprême!
Il évoque à sa mort sa vieille armée en deuil.
Se plaint à ses guerriers d'expirer solitaire.
Et, prenant pour linceul son manteau militaire.
Du lit de camp passe au cercueil !



II



A
Rome, où du
Sénat hérite le conclave,

A l'Elbe, aux monts blanchis de neige ou noirs de lave.

Au menaçant
Kremlin, à l'Alhambra riant.

Il est partout! —
Au
Nil je le rencontre encore.

L'Egypte resplendit des feux de son aurore;

Son astre impérial se lève à l'orient.



Vainqueur, enthousiaste, éclatant de prestiges.
Prodige, il étonna la terre des prodiges.
Les vieux scheiks vénéraient l'émir jeune et prudent;
Le peuple redoutait ses armes inouïes;
Sublime, il apparut aux tribus éblouies
Comme un
Mahomet d'Occident.

Leur féerie a déjà réclamé son histoire;

La tente de l'arabe est pleine de sa gloire.

Tout bédouin libre était son hardi compagnon;

Les petits enfants, l'œil tourné vers nos rivages,

Sur un tambour français règlent leurs pas sauvages.

Et les ardents chevaux hennissent à son nom.

Parfois il vient, porté sur l'ouragan numide.
Prenant pour piédestal la grande pyramide,
Contempler les déserts, sablonneux océans.
Là, son ombre, éveillant le sépulcre sonore.
Comme pour la bataille, y ressuscite encore
Les quarante siècles géants.

Il dit :
Debout !
Soudain chaque siècle se lève,
Ceux-ci portant le sceptre et ceux-là ceints du glaive,
Satrapes, pharaons, mages, peuple glacé;
Immobiles, poudreux, muets, sa voix les compte;
Tous semblent, adorant son front qui les surmonte.
Faire à ce roi des temps une cour du passé.

Ainsi tout, sous les pas de l'homme ineffaçable.
Tout devient monument; il passe sur le sable.



Mais qu'importe qu'Assur de ses flots soit couvert,
Que l'aquilon sans cesse y fatigue son aile!
Son pied colossal laisse une trace éternelle
Sur le front mouvant du désert



Histoire, poésie, il joint du pied vos cimes. Éperdu, je ne puis dans ces mondes sublimes
Remuer rien de grand sans toucher à son nom;
Oui, quand tu m'apparais, pour le culte ou le blâme,
Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme.
Napoléon! soleil dont je suis le
MemnonH

Tu domines notre âge; ange ou démon, qu'importe?
Ton aigle dans son vol, haletants, nous emporte.
L'œil même qui te fuit te retrouve partout.
Toujours dans nos tableaux tu jettes ta grande ombre;
Toujours
Napoléon, éblouissant et sombre.
Sur le seuil du siècle est debout.

Ainsi, quand, du
Vésuve explorant le domaine,
De
Naple à
Portici l'étranger se promène.
Lorsqu'il trouble, rêveur, de ses pas importuns
Ischia, de ses fleurs embaumant l'onde heureuse
Dont le bruit, comme un chant de sultane amoureuse.
Semble une voix qui vole au milieu des parfums;

Qu'il hante de
Pœstum l'auguste colonnade*.
Qu'il écoute à
Pouzzol la vive sérénade



Chantant la tarentelle au pied d'un mur toscan;
Qu'il éveille en passant cette cité momie,
Pompéi, corps gisant d'une ville endormie.
Saisie un jour par le volcan;

Qu'il erre au
Pausilippe avec la barque agile
D'où le brun marinier chante
Tasse à
Virgile1;
Toujours, sous l'arbre vert, sur les lits de gazon.
Toujours il voit, du sein des mers ou des prairies.
Du haut des caps, du bord des presqu'îles fleuries.
Toujours le noir géant qui fume à l'horizon!







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Victor Hugo
(1802 - 1885)
 
  Victor Hugo - Portrait  
 
Portrait de Victor Hugo


Biographie / Œuvres

C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature

Chronologie

1802
— Naissance le 26 Février à Besançon. Il est le troisième fils du capitaine Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet. Suivant les affectations du père, nommé général et comte d'Empire en 1809, la famille Hugo s'établit en Italie, en Espagne, puis à Paris.

Chronologie historique

1848

Bibliographie sÉlective