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Victor Hugo

Le parti du crime - Poéme


Poéme / Poémes d'Victor Hugo





Ainsi ce gouvernant dont l'ongle est une griffe.

Ce masque impérial,
Bonaparte apocryphe,

A coup sûr
Beauharnais, peut-être
Verhuell,

Qui. pour la mettre en croix, livra, sbire cruel,

Rome républicaine à
Rome catholique,

Cet homme, l'assassin de la chose publique.

Ce parvenu, choisi par le destin sans yeux,

Ainsi, lui, ce glouton singeant l'ambitieux.

Cette altesse quelconque habile aux catastrophes.

Ce loup sur qui je lâche une meule de strophes.

Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur1

A lait d'un jour d'orgueil un jour de déshonneur.

Mis sur la gloire un crime et souillé la victoire;

Il a volé,
Hnfâme,
Ausierlitz à l'histoire;

Brigand, dans ce trophée il a pris un poignard;

Il a broyé bourgeois, ouvrier, campagnard;

Il a fait de corps morts une horrible étagère

Derrière les barreaux de la cité
Bergère2;

Il s'est, le sabre en main, rué sur son sernieni:

Il a tué les lois et le gouvernement.

La justice, l'honneur, tout, jusqu'à l'espérance;

Il a rougi de sang, de ion sang pur, 6
France,

Tous nos fleuves, depuis la
Seine jusqu'au
Var;

Il a conquis le
Louvre en méritant
Clamar;

Li maintenant il règne, appuyant, ô patrie.

Son vil talon fangeux sur ta bouche meurtrie;

Voilà ce qu'il a fait ; je n'exagère rien;

Et quand, nous indignant de ce galérien.

Ht de tous les escrocs de cette dictature,

Croyant rêver devant cette affreuse aventure.

Nous disons, de dégoût et d'horreur soulevés :


Citoyens, marchons!
Peuple, aux armes, aux pavés!

A bas ce sabre abject qui n'est pas même un glaive!

Que le jour reparaisse et que le droit se lève! —

C'esi nous, proscrits frappés par ces coquins hardis.

Nous, les assassinés, qui sommes les bandits!
Nous qui voulons le meurtre ei les guerres civiles!
Nous qui niellons la torche aux quatre coins des villes!

Donc, trôner par la mort, fouler aux pieds le droit;

Eue fourbe, impudent, cynique, airoce, adroit;

Dire : je suis
César, ei n'être qu'un maroufle;

Éiouller la pensée et la vie ei le souille;

Forcer quatrevingt-neuf qui marche à reculer;

Supprimer lois, tribune et presse; museler

La grande nation comme une bète lauve;

Régner par la caserne et du fond d'une alcôve;

Restaurer les abus au profit des félons;

Livrer ce pauvre peuple aux voraces
Troplongs,

Sous prétexte qu'il fut, loin des temps où nous sommes.

Dévoré par les rois et par les gentilshommes;

Faire manger aux chiens ce reste des lions:

Prendre gaîment pour soi palais et millions;

S'afficher tout crûment sairape, et, sans sourdines.

Mener joyeuse vie avec des gourgandines;

Torturer tles héros dans le bagne exécré;

Bannir quiconque est ferme ei lier; vivre entouré

De grecs, comme à
Bvzancc autrefois le despote;

Etre le bras qui tue et la main qui tripote;

Ceci, c'est la justice, ô peuple, et la venu!

Et confesser le droit par le meurtre abattu;

Dans l'exil, à travers l'encens et les fumées.

Dire en lace aux tyrans, dire en lace aux armées :


Violence, injustice ei
Ibrce sont vos noms;

Vous êtes les soldats, vous êtes les canons;

I.a terre esi sous vos pieds comme votre royaume;

Vous êtes le colosse ei nous sommes l'atome;

Eh bien! guerre! et limons, c'est notre volonté.

Vous, pour l'oppression, nous, pour la liberté! —

Montrer les noirs pontons, montrer les catacombes.

Et s'écrier, debout sur la pierre des tombes : —
Français! craignez d'avoir un jour pour repentirs
Les pleurs des innocents et les os des martyrs!
Brise l'homme sépulcre, ô
France! ressucitc!
Arrache de ton flanc ce
Néron parasite!
Sqrs de terre sanglante et belle, et dresse-toi,
Dans une main le glaive et dans l'autre la loi! —
Jeter ce cri du fond de son âme proscrite,
Aitaquer le forban, démasquer l'hypocrite
Parce que l'honneur parle et parce qu'il le faut.
C'est le crime, cela! —
Tu l'entends, toi, là-haut!
Oui, voilà ce qu'on' dit, mon
Dieu, devant ta face!
Témoin toujours présent qu'aucune ombre n'efface,
Voilà ce qu'on étale à tes yeux éternels!

Quoi! le sang fume aux mains de tous ces criminels!
Quoi! les morts, vierge, enfant, vieillards et femmes

[grosses,
Ont à peine eu le temps de pourrir dans leurs fosses!
Quoi!
Paris saigne encor! quoi! devant tous les yeux.
Son faux serment est là qui plane dans les deux!
Kt voilà comme parle un tas d'êtres immondes! 0 noir bouillonnement des colères profondes!

lit maint vivant, gavé, triomphant et vermeil.

Reprend : «
Ce bruit qu'on fait dérange mon sommeil.

Tout va bien.
Les marchands triplent leurs clientèles,

Et nos femmes ne sont que fleurs et que dentelles!


De quoi donc se plaint-on? cric un autre quidam;

En flânant sur l'asphalte et sur le macadam.

Je gagne tous les jours trois cents francs à la
Bourse.

L'argent coule aujourd'hui comme l'eau d'une source;

Les ouvriers maçons ont trois livres dix sous.

C'est superbe;
Paris est sens dessus dessous.

Il paraît qu'on a mis dehors les démagogues.

Tant mieux.
Moi j'applaudis les bals et les églogues

Du prince qu'autrefois à tort je reniais.

Que m'importe qu'on ait chassé quelques niais?

Quant aux morts, ils sont morts.
Paix à ces imbéciles!

Vivent les gens d'esprit! vivent ces temps faciles

Où l'on peut à son choix prendre pour nourricier

Le crédit mobilier ou le crédit foncier!

La république rouge aboie en ses cavernes.

C'est affreux!
Liberté, droit, progrès, balivernes!

Hier encore j'empochais une prime d'un franc;

Et moi, je sens fort peu, j'en conviens, je suis franc.

Les déclamations m'étant indifférentes,

La baisse de l'honneur dans la hausse des rentes'. »

O langage hideux! on le tient, on l'entend!

Eh bien, sachez-le donc, repus au cœur content.

Que nous vous le disions bien une lois pour toutes.

Oui, nous, les vagabonds dispersés sur les rouies.

Errant sans passeport, sans nom et sans foyer.

Nous autres, les proscrits qu'on ne fait pas ployer.

Nous qui n'acceptons point qu'un peuple s'abrutisse.

Qui d'ailleurs ne voulons, tout en voulant justice.

D'aucune représaille et d'aucun échalaud.

Nous, dis-je. les vaincus sur qui
Mandrin prévaut.

Pour que la liberté revive, et que la honte

Meure, et qu'à tous les fronts l'honneur serein remonte.

Pour affranchir romains, lombards, germains, hongrois.

Pour faire rayonner, soleil de tous les droits,

La république mère au centre de l'Europe,

Pour réconcilier le palais et l'échoppe.

Pour faire refleurir la fleur
Fraternité.

Pour fonder du travail le droit incontesté,

Pour tirer les martyrs de ces bagnes infâmes.

Pour rendre aux fils le père et les maris aux femmes.

Pour qu'enfin ce grand siècle et cette nation

Sortent du
Bonaparte et de l'abjection.

Pour atteindre à ce but où notre âme s'élance.

Nous nous ceignons les reins dans l'ombre et le silence;

Nous nous déclarons prêts, prêts, entendez-vous bien ?


Le sacrifice est tout, la souffrance n'est rien, —

Prêts, quand
Dieu fera signe, à donner notre vie;

Car, à voir ce qui vit, la mort nous fait envie.

Car nous sommes tous mal sous ce drôle effronté,

Vivant, nous sans patrie, et vous sans liberté!

Oui, sachez-le, vous tous que l'air libre importune
Et qui dans ce fumier plantez votre fortune,
Nous ne laisserons pas le peuple s'assoupir;
Oui, nous appellerons, jusqu'au dernier soupir.
Au secours de la
France aux fers et presque éteinte.
Comme nos grands aïeux, l'insurrection sainte1 ;
Nous convierons
Dieu même à foudroyer ceci ;
Et c'est notre pensée et nous sommes ainsi,
Aimant mieux, dut le sort nous broyer sous sa roue.
Voir couler notre sang que croupir votre boue.



Jersey.
Novembre 1852.






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Victor Hugo
(1802 - 1885)
 
  Victor Hugo - Portrait  
 
Portrait de Victor Hugo


Biographie / Œuvres

C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature

Chronologie

1802
— Naissance le 26 Février à Besançon. Il est le troisième fils du capitaine Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet. Suivant les affectations du père, nommé général et comte d'Empire en 1809, la famille Hugo s'établit en Italie, en Espagne, puis à Paris.

Chronologie historique

1848

Bibliographie sÉlective