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Victor Hugo

Hugo à Bordeaux


Poésie / Poémes d'Victor Hugo





Ces élections, Bismarck les a voulues, pour pouvoir négocier avec les représentants d'un régime politique légitime. La plupart des membres du Gouvernement de la Défense nationale les ont voulues, eux aussi, pour en finir avec l'instabilité de la situation et, surtout, pour exorciser la menace des rouges. Rochefort, profil bas durant le siège de Paris, reprend sa plume, en fondant dès le 3 février 1871 un énième quotidien dont Louis Blanc lui inspire le titre : Le Mot d'ordre. Lancé dans la brève campagne électorale, il imprime un appel en faveur de la République : « C'est en vain que nous pousserons des clameurs, que nous verserons des larmes et que nous prendrons des attitudes ; la vérité toute crue est que nous allons délibérer sous le canon allemand... Mais puisqu'il faut se résigner aux élections, qu'il soit bien entendu que la République doit être la base immuable de notre politique, car trop de Français ont bu le poison monarchique. » Ses candidats ? Victor Hugo, Louis Blanc, Giu-seppe Garibaldi (pour s'être porté au secours des Français envahiS), Edgar Quinet, Léon Gambetta, et lui-même... Les élections du 8 février présentent un double enjeu : le premier, que tous les électeurs comprennent, est de savoir si l'armistice débouchera sur une paix entre la France et l'Allemagne ; le second, implicite, est la question du régime : république ou nouvelle restauration monarchique ? Or les républicains sont en général, à l'instar de Gambetta, perçus comme le parti de la guerre. En votant pour la paix, le pays donne à l'Assemblée qui doit se réunir à Bordeaux une majorité monarchiste - sauf à Paris où, Thiers et le vice-amiral Saisset mis à part, les élus sont tous républicains. Les 6 premiers élus sont Blanc, Hugo, Gambetta, Garibaldi, Quinet et Rochefort. L'Assemblée nationale compte en tout environ 150 députés républicains, 80 centre gauche (avec ThierS) et quelque 400 monarchistes de toute obédience, y compris une vingtaine de bonapartistes. La République, proclamée le 4 septembre 1870, se voit donc dotée d'une Assemblée nationale en majorité antirépublicaine. On avait eu en 1815 la Chambre introuvable ; on a cette fois l'« Assemblée des ruraux », la droite bénéficiant du vote massif des campagnes en faveur de la paix. Mais le principal objectif de cette Assemblée, dont personne ne sait ni la durée ni les pouvoirs (est-elle constituante ou non ?), est de décider du sort de la guerre.





Elle se réunit le 12 février à Bordeaux. Dès le lendemain un incident éclate, qui lui aliène l'opinion parisienne. Garibaldi qui, à soixante-quatre ans, a offert ses services aux Français contre les Prussiens, et qui, pour cela, a été élu par Paris, doit renoncer à son siège en raison de sa nationalité italienne. Il démissionne donc, le 13, ce qui n'empêche pas une majorité de députés de huer l'ancienne Chemise rouge. Un jeune journaliste de trente ans, Emile Zola, correspondant du quotidien parisien La Cloche à l'Assemblée nationale, signe son premier article sur l'incident Garibaldi, en apostrophant la majorité : « Entendez-vous, messieurs, ce sera une honte pour la France d'avoir marchandé un remerciement à ce soldat de la liberté. Soyez simplement polis. On ne vous demande pas d'être grands. »



Désigné « chef du pouvoir exécutif de la République française », Thiers forme son gouvernement, puis se rend à Paris pour négocier les préliminaires de la paix avec l'Allemagne. Les conditions de Bismarck sont implacables : un tribut de 5 milliards de francs-or, l'annexion de l'Alsace et de la Moselle (« l'Alsace-Lorraine »)-Thiers a tout de même pu sauver Bel fort, en échange de l'autorisation donnée aux Allemands d'entrer solennellement dans Paris musique en tête. Les préliminaires sont signés à Versailles le 26 février. Deux jours plus tard, 1 ' Assemblée de Bordeaux en débat, après lecture du traité dans un silence de mort. Les députés des départements annexés prononcent des paroles pathétiques. L'Alsace et la Lorraine, note Zola, ont crié par la bouche de quatre ou cinq de leurs enfants : « Nous sommes françaises, et nous resterons françaises, même malgré vous ; nous attendrons que vous veniez nous arracher des mains de l'Allemagne. » La droite se tait, prudente et sûre du vote final ; seule la gauche parle. Par la voix d'Edgar Quinet, qui se prononce au nom du droit contre les exigences féodales de l'Allemagne. Par la voix de Louis Blanc, très écouté. Par la voix de Victor Hugo, qui, au nom de Paris, rappelle ses souffrances pendant le siège, son ardeur patriotique, son stoïcisme, et fait entendre que la capitale n'acceptera pas le déshonneur, le démembrement de la patrie. Il prophétise : « Si l'œuvre violente à laquelle on donne en ce moment le nom de traité s'accomplit, si cette paix inexorable se conclut, c'en est fait du repos de l'Europe ; l'immense insomnie du monde va commencer. Il y aura désormais en Europe deux nations qui seront redoutables ; l'une parce qu'elle sera victorieuse, l'autre parce qu'elle sera vaincue . » L'art de l'antithèse hugolien fait mouche, la majorité hostile se tait, et Thiers donne son approbation. Hugo poursuit la comparaison des deux peuples, celui qui sera libre sous la République ; celui qui « baissera le front sous son lourd casque de horde esclave ». Morceau sublimed'anthologiepatriotiqueetrépublicaine, où déjà Hugo prophétise le sentiment de la revanche : « Oh ! une heure sonnera - nous la sentons venir - cette revanche prodigieuse. Nous entendons dès à présent notre triomphant avenir marcher à grands pas dans l'histoire. Oui, dès demain, cela va commencer ; dès demain, la France n'aura plus qu'une pensée : se recueillir, se reposer dans la rêverie redoutable du désespoir ; reprendre des forces ; élever ses enfants, nourrir de saintes colères ces petits qui deviendront grands ; forger des canons et former des citoyens, créer une armée qui soit un peuple ; appeler la science au secours de la guerre ; étudier le procédé prussien, comme Rome a étudié le procédé punique ; se fortifier, s'affermir, se regénérer, redevenir la grande France, la France de 92, la France de l'idée et la France de l'épée. » La France reprendra la Lorraine, reprendra l'Alsace, la France ira jusqu'à Coblence, s'emparera de la rive gauche du Rhin. Pourquoi ? Serait-elle devenue à son tour impérialiste ? Non, « nous rendrons tout, à une condition : c'est que nous ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'une seule famille, qu'une seule république ». Alors, il n'y aura plus de frontières, le Rhin sera à tous : « Soyons la même république, soyons les États-Unis d'Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle. »



Hugo voit loin. Pour le moment, l'Assemblée suit Thiers et accepte les préliminaires du traité de paix par 546 voix contre 107. Les Parisiens se sentent trahis. Ni Thiers ni aucun de ses ministres n'a eu un mot de gratitude pour la ville de Paris après quatre mois de siège. Une brochure de Gustave Flourens, Paris livré, lance une accusation contre les membres de l'ancien Gouvernement de la Défense nationale : « La journée du 4 septembre, si incomplète et par là si dangereuse, où la République fut seulement acclamée, mais non point fondée, fut l'œuvre de quelques imposteurs et d'un peuple abuse qui prit le nom pour la chose l5. » Le 22 février, Jules Vallès, dans Le Cri du peuple, qui fait paraître son premier numéro, intitule son éditorial : « Paris vendu », où on lit : « La Sociale arrive, entendez-vous ! elle arrive à pas de géant, apportant non la mort, mais le salut. Elle enjambe par-dessus les ruines, et elle crie : "Malheur aux traîtres ! Malheur aux vainqueurs !"I6. » Ces vainqueurs, on l'a vu, Thiers leur a concédé une faveur symbolique : une entrée martiale dans Paris, dont ils n'ont pu forcer les portes. Elle est prévue pour le 1er mars. Que va faire la garde nationale, armée, dotée de canons ? L'affrontement sanglant redouté n'a pas lieu, les soldats allemands défilent dans un Paris silencieux, déserté, fermé, hostile, funèbre : les statues de la place de la Concorde sont voilées de noir, et des drapeaux de deuil accrochés aux fenêtres. La garde nationale s'est résignée au défilé des uhlans. « Mais, écrit Vallès, elle a été aussi menaçante dans sa résignation ! - Muette devant la fatalité de l'histoire, elle faisait tout de même sonner les crosses sur les pierres et comptait ses cartouches. » Et Vallès saisit le transfert de haine qui s'opère en cette journée : « Elle était résolue à ne pas lancer ce défi : - À bas la Prusse ! - mais les cris de "Vive la République" sortaient de tous les cœurs gonflés » (4 marS). Les vaincus vont déclarer la guerre, prévient Vallès ; ce sera la guerre sociale, la révolte de Paris, floué, humilié, abandonné, vendu, contre ceux qui l'ont livré.



L'Assemblée de Bordeaux a peur de Paris, « chef-lieu de la révolte organisée », comme dit un orateur de droite. Elle ne veut plus de la ville rouge pour capitale : la remplaccra-t-on par Bourges, Fontainebleau, Versailles ? On en discute en commission ; Victor Hugo y prend la défense de Paris. Il rappelle ce qu'a été le blocus, ce que les Parisiens ont souffert pour la patrie, ce qu'a été le courage de cette « ville superbe du sacrifice ». Ne fermez pas, n'isolez pas Paris ! « Rentrez dans Paris, et rentrez-y immédiatement. Paris vousen saura gréet s'apaisera. Et quand Paris s'apaise, tout s'apaise. »Paris est le représentant étemel de la France : lui ôter son statut de capitale ne serait pas seulement une punition injuste ; ce serait une grave faute politique. Le 10 mars, pourtant, l'Assemblée décide qu'elle siégera à Versailles, tandis que les administrations resteront à Paris ; Hugo n'est plus là pour reprendre en séance plénière sa plaidoirie en faveur de Paris. Il a démissionné le 8, à la suite d'un nouvel incident Garibaldi, au moment où l'Assemblée discute de son invalidation. Hugo, en défenseur de l'Italien, se fait huer. Zola, témoin de la scène, rapporte pour La Cloche : « Devant une pareille intolérance, le poète a pâli légèrement. Et c'est à ce moment que, dans un accès de brusque colère, il a dominé le tumulte et jeté à l'Assemblée ces paroles : "Vous avez refusé d'entendre Garibaldi, je constate que vous refusez à mon tour de m'entendre, et je donne ma démission". »

La tension croît de plus en plus entre Paris, les grandes villes, et l'Assemblée de Bordeaux. Celle-ci, intolérante, inexpérimentée, revancharde, impose aux habitants de la capitale une série de mesures vexa-toires. Dès le 15 février, elle décide d'exiger des gardes nationaux de Paris un certificat de pauvreté pour régler leur solde ; rétablit le régime normal du Mont-de-Piété, au détriment des plus démunis ; décrète la reprise du paiement des effets de commerce à partir du 13 mars, ce qui met fin au moratoire des dettes commerciales et entraîne une série de faillites en quelques jours ; discute la suppression du moratoire des loyers... Toutes les décisions prises au cours du siège pour atténuer les effets du blocus sur la vie économique et la vie quotidienne des Parisiens sont annulées par une majorité de « ruraux », de plus en plus détestés par ceux qui ont dû subir l'entrée des Prussiens chez eux. Brochant sur le tout, la question du régime politique n'est pas réglée : que va faire cette majorité monarchiste ? Certes, elle ne s'est pas empressée de restaurer - mieux vaut que la paix humiliante soit signée par la République. Mais après la signature du traité ? Thiers, chef de l'Exécutif, a promis de ne pas poser la question du régime ; il faut d'abord réorganiser le pays, on verra plus tard la question constitutionnelle : c'est ce qu'on appelle le Pacte de Bordeaux, d'autant mieux accepté par les monarchistes qu'ils sont eux-mêmes divisés sur la personne du prétendant. Mais ce Pacte de Bordeaux est mauvais signe pour les républicains des grandes villes et de Paris : il laisse en suspens le sort de la République.



Jules Vallès à la Commune



Le 13 mars, s'apprêtant à quitter Bordeaux, Hugo apprend la mort brutale de son fils Charles, frappé d'apoplexie foudroyante. Il a près de lui sa belle-fille Alice, accablée de douleur, et ses deux petits-enfants. Le 17 mars, Hugo et sa famille quittent Bordeaux, par le train, qui emporte aussi le cercueil plombé où repose Charles. Le lendemain 18 mars, Hugo et les siens, très entourés'7, suivent le corbillard de la gare d'Orléans jusqu'au Père-Lachaise. Arrivé place de la Bastille, des gardes nationaux font au cortège une haie d'honneur spontanée. « Sur tout le parcours jusqu'au cimetière, note Hugo, des bataillons de garde nationale rangés en bataille présentent les armes et saluent du drapeau. Les tambours battent aux champs. Les clairons sonnent. Le peuple attend que je sois passé et reste silencieux, puis crie : -"Vive la République !". » Au cimetière, un homme haut de taille, d'allure énergique, tend sa large main vers le poète : « Je suis Courbet », dit-il.

A ce moment-là, Victor Hugo n'a pas une nette conscience de ce qui se passe. Par une coïncidence dont l'histoire n'est jamais avare, Hugo a enterré son fils le jour même où, depuis l'aube, Paris en état d'insurrection fait front à l'Assemblée dont il vient de démissionner. Avant l'installation de l'Assemblée nationale à Versailles, Thiers a voulu ressaisir la ville dt Paris, qu'il sait dangereusement travaillée par les forces révolutionnaires, surchauffées par les déceptions du siège et par les décisions prises à Bordeaux. A cette fin, le chef de l'Exécutif a jugé nécessaire de reprendre à la garde nationale les canons dont elle dispose, fabriqués pour une bonne part pendant le siège, grâce aux souscriptions, et dont le plus grand nombre est aligné sur la butte Montmartre. L'opération, confiée au général Vinoy, a été lancée dans la nuit du 17 au 18 mars ; à la suite d'un certain nombre de bévues, elle a été retardée et n'a pu être accomplie avant que l'alerte n'ait été donnée. La mobilisation rapide des bataillons de la garde nationale - fédérés au cours du mois de février sous l'autorité d'un Comité central - annule l'entreprise de Thiers, tandis qu'une foule ameutée met à mort, quelques heures plus tard, à Montmartre, un ex-général de la garde nationale, Clément Thomas, et un général de l'armée régulière, le général Lecomte. « C'est au moment où nous enterrions le pauvre Charles Hugo, raconte Verlaine, qu'avait lieu le drame de la rue des Rosiers. La triste nouvelle tintait déjà dans l'air assombri. En même temps, les barricades ébauchées le matin devenaient formidables, s'armaient de canons, de mitrailleuses, se hérissaient de baïonnettes au bout de fusils chargés. Les passants chuchotaient des paroles d'alarme et filaient vite. Les boutiques se fermaient et maints cafés n'étaient qu'entrebâillés. Ça sentait la poudre et ça fleurait le sang. » En fin de journée, Jules Ferry doit abandonner l'Hôtel de Ville au Comité central de la fédération de la garde nationale, tandis qu'Adolphe Thiers fait déménager les administrations à Versailles. Deux villes, deux armées, deux peuples vont s'affronter, jusqu'au drame final, à la fin du mois de mai.



La guerre civile peut-elle être évitée ? Certains le croient, le veulent, y travaillent. Thiers et les « versaillais » souhaitent en revanche en finir avec la révolution parisienne, au plus vite, par la force. Le sang des deux généraux qui a coulé justifie leur intransigeance. Les révolutionnaires, eux, entendent élire une Commune, comme ils l'ont demandé pendant le siège, et proposent au reste de la France de les imiter. Qu'est-ce qu'une Commune ? C'est une ville qui s'autoadministre, qui s'autogouverne, une ville libre. Mais, quand il s'agit de Paris, ce ne peut être une simple municipalité. Jusqu'où s'étendra son pouvoir ? Verra-t-on une Commune sans-culotte comme sous la Révolution ? Une Commune fédéraliste, plus ou moins inspirée de Proudhon ? Les insurgés du 18 mars sont loin d'être d'accord entre eux, bien qu'ils partagent une même hostilité au gouvernement légal.

Entre les deux jusqu'au-boutismes, des républicains de province, des députés comme Georges Clemenceau, maire du XVIIIe arrondissement, veulent s'entremettre. Après plusieurs jours de concertations, de va-et-vient entre Paris et Versailles, où l'Assemblée siège désormais, ils doivent reconnaître que leurs efforts sont vains, et Clemenceau démissionne de son mandat de député. Tandis que Thiers à Versailles renforce ses troupes - avec l'accord de Bismarck -, en faisant appel à la province, où quelques tentatives de Commune (à Lyon, Marseille, Toulouse, Narbonne, Saint-Étienne, Le CreusoT) font long feu, les Parisiens sont invités, le 26 mars, à élire un Conseil communal, sous la conduite du Comité central. Le 28, la Commune est proclamée au cours d'«une journée de fête révolutionnaire et patriotique, pacifique et joyeuse, d'ivresse et de solennité, de grandeur et d'allégresse », écrit Vallès dans Le Cri du peuple.



Les blanquistes forment une minorité du Conseil élu, mais ils déplorent l'absence de leur chef, arrêté le 17 mars. Ils côtoient les anciens qua-rante-huitards, dont Charles Delescluze est la tête de file, et qui professent un républicanisme jacobin. Une autre minorité est constituée par les internationalistes, socialistes ouvriers comme Eugène Varlin. En toute logique une vingtaine d'élus des quartiers bourgeois démissionnent dès lors que la Commune ne peut être une simple municipalité. Des élections complémentaires seront organisées le 16 avril ; à cette occasion, Jules Vallès devient à son tour membre du Conseil de la Commune.

Vallès, l'enfant maltraité par sa mère, le bachelier devenu chômeur, figure de la bohème parisienne, avant de se faire une place de journaliste sous l'Empire, est désormais l'insurgé20. Depuis longtemps, il annonce la République sociale, «la Sociale». Déjà, en 1851, il avait tenté de résister au coup d'État l'arme au poing, ce qui lui avait valu de la part de son père professeur, craignant pour sa carrière, d'être enfermé dans un asile, à Nantes. Après les années de vaches maigres, il a fait son chemin, a imposé son nom dans les journaux républicains et son républicanisme dans les autres. Les lendemains du 18 mars et la proclamation de la Commune dix jours plus tard sont d'abord pour lui « une fête ». Mais Paris, « patrie de l'honneur, cité du salut, bivouac de la Révolution », doit donner l'exemple aux villes de province. Le 25 mars, Le Cri du peuple, par la plume de Pierre Denis, exalte « le programme de la Révolution urbaine, communale, lutécienne », en précisant : « Paris ville libre, non pas séparée de la France, mais non pas soumise aux hommes d'État qu'il plaît à la province d'acclamer, d'élire ou de subir. »



En face d'une majorité de communeux, jacobins ou blanquistes, tentés de remettre sur pied un Comité de salut public, Jules Vallès reste profondément libertaire. Ainsi, au début d'avril, son journal. Le Cri du peuple, proteste contre le Comité de sûreté générale qui interdit plusieurs journaux, dont Le Figaro et Le Gaulois : « A ceux qui invoquent la situation exceptionnelle où nous nous trouvons, et qui place Paris en état de ville de guerre, nous répondrons qu'il reste contre les menteurs et les provocateurs le recours du droit commun. Mais, encore une fois, nous réclamons la liberté absolue de la presse. »

Vallès et son ami le peintre Courbet se sentent proches des socialistes antiautoritaires, appelant à une révolution « par le bas », à un socialisme décentralisateur, communal, populaire. Rien ne serait plus néfaste à leurs yeux que de mimer les ancêtres de 1793 : « Je hais Robespierre le déiste, écrira-t-il dans L'Insurgé [il cesse d'écrire dans son journal le 19 avril, après son élection], et trouve qu'il ne faut pas singer Marat, le galérien du soupçon, l'hystérique de la Terreur, le névrosé d'une époque sanguine2I ! »

Emile Zola, qui a suivi l'Assemblée de Bordeaux à Versailles, et continue à rendre compte de ses débats pour La Cloche, fait d'abord une entière confiance à « M. Thiers ». Celui-ci n'ayant pas, ou pas voulu éviter « le ronflement des canons et le grincement des mitrailleuses », l'angoisse saisit le journaliste qui observe « l'habile M. Thiers [...] sur une pente sinistre », et s'effare de l'esprit de vengeance de la droite : « Vous êtes-vous accusé, monsieur, d'avoir poussé par vos cris et votre intolérance à regorgement de la patrie ? Je voudrais bien savoir quelle pénitence votre confesseur vous a imposée, pour ne pas vous être conduit en homme bon et raisonnable. Lui avez-vous dit : "Mon père, le canon de Neuilly tonne jusqu'au fond de ma conscience, j'ai un grand repentir d'avoir voulu cette lutte fratricide." Et vous-a-t-il répondu : "Mon fils, il en est temps encore, aidez à l'apaisement, et votre péché vous sera pardonné" » (10 avriL). Zola demeure dans une position de neutralité, désapprouvant Paris d'être sorti de la légalité, désapprouvant Versailles de ne pas être sorti d'une intolérance aveugle. Il ne pourra prolonger sa collaboration à La Cloche, interdite le 19 avril par la Commune, en même temps que Le Soir, Le Bien public et L'Opinion nationale. Après la suppression du Figaro et du Gaulois, dénoncée par Vallès, le Comité de sûreté générale avait interdit, le 14 avril, Paris-Journal, le Journal des débats. Le Constitutionnel et La Liberté. Une dernière charrette suivra, le 5 mai, emportant La Petite Presse, Le Petit Journal et Le Temps. La guerre est manichéenne, et la guerre civile doublement. Reste une tribune à Emile Zola : Le Sémaphore de Marseille, dont il est aussi correspondant. Il y publie une « Lettre de Paris », quotidienne et anonyme, d'un ton nettement anticommunard : « La terreur règne, la liberté individuelle et le respect dû aux propriétés sont violés, le clergé est odieusement poursuivi, les perquisitions et les réquisitions sont employées comme mode de gouvernement, telle est la vérité dans sa misère et sa honte » (19 avriL). Le 10 mai, il quitte Paris avec sa femme Alexandrine pour Bennecourt, en Seine-et-Oise, où ils se réfugient avant l'assaut final des versaillais. D sera de nouveau à Paris, à la fin de la Semaine sanglante, pour décrire la désolation de Paris dans Le Sémaphore de Marseille : « Le bain de sang [que le peuple de Paris] vient de prendre était peut-être d'une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur22 » (3 juiN). Quelques semaines plus tard, il publiera le premier tome des Rougon-Mac-quart, La Fortune des Rougon, dans l'indifférence à peu près générale. Vallès, lui, se bat jusqu'au dernier jour de la Commune. Les querelles idéologiques entre majorité et minorité ont cessé, quand les versaillais réussissent à pénétrer dans Paris, le 21 mai : « Ah ! mieux vaut sombrer sous le pavillon fait avec les guenilles de 93, mieux vaut accepter une dictature renouvelée du déluge et qui nous a paru une insulte à la révolution nouvelle, mieux vauttout !-que paraître abandonner le combat ! «C'est le sentiment qu'il exprime dans L'Insurgé, où on le voit non seulement se battre, mais tenter de sauver en vain les otages fusillés rue Haxo. Le 28, sur une barricade de Belleville, attendant la mort, il écrit à sa mère : « Ma chère mère. Je vais probablement mourir. Ma dernière pensée est à toi. Je t'envoie le baiser suprême. Ma vie a été pénible. Je crois qu' elle a été estimable [...]; j ' ai tant subi de douleurs, d'humiliations, de calomnies, que je suis calme devant la mort... » Mais, contrairement à Delescluze, à Varlin, à tant d'autres (on évalue à environ 20 000 les victimes de la répressioN), Vallès parvient à s'échapper, en se faisant passer pour un ambulancier, chargé de ramasser les cadavres, parvenant ensuite à gagner la Belgique, puis l'Angleterre.







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Victor Hugo
(1802 - 1885)
 
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Portrait de Victor Hugo


Biographie / Œuvres

C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature

Chronologie

1802
— Naissance le 26 Février à Besançon. Il est le troisième fils du capitaine Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet. Suivant les affectations du père, nommé général et comte d'Empire en 1809, la famille Hugo s'établit en Italie, en Espagne, puis à Paris.

Chronologie historique

1848

Bibliographie sÉlective