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Victor Hugo

éblouissements - Poéme


Poéme / Poémes d'Victor Hugo





Ô temps miraculeux! ô gaîtés homériques! Ô rires de l'Europe et des deux
Amériques!
Croûtes qui larmovez! bons dieux mal accrochés
Qui saigne/, dans vos coins! madones qui louchez1!
Phénomènes vivants! ô choses inouïes!
Candeurs! énormités au jour épanouies!
Le goudron déclaré fétide par le suif,
Judas flairant
Shylock et criant : c'est un juif!
L'arsenic indigné dénonçant la morphine2,
La hotte injuriant la borne,
Messaline
Reprochant à
Coton son regard effronté.
Et
Dupin accusant
Sauzet de lâcheté!

Oui. le vide-gousset flétrit le tire-laine.
Falstaff montre du doigt le ventre de
Silène,
Lacenaire, pudique et de rougeur atteint,
Dit en baissant les yeux :
J'ai vu passer
Casiaing!

Je contemple nos temps.
J'en ai le choit, je pense.

SoulVrir étant mon lot. rire est ma récompense.
Je ne sais pas comment cène pauvre
Clio

Fera pour se tirer de cet imbroglio.

Ma rêverie au lond de ce règne pénétre.

Quand, ne pouvant dormir, la nuit, à ma lènétre.



Je songe, et que là-bas, dans l'ombre, à travers l'eau.
Je vois briller le phare auprès de
Saint-Malo.

Donc ce moment existe! il est!
Stupeur lisible!
On le voit; c'est réel, et ce n'est pas possible.
I.'empire est là, refait par quelques sacripants.
Bonaparte le
Grand dormait.
Quel gnet-apens!
Il dormait dans sa tombe, absous par la pairie.
Tout à coup des brigands firent une tuerie
Qui dura toui un jour et du soir au matin;
Napoléon le
Nain en sortir.
Le destin,
De l'expiation implacable minisire.
Dans tout ce sang versé trempa son doigi sinistre
Pour barbouiller, affront à la gloire en lambeau,
Cette caricature au mur de ce tombeau1.

Ce monde-là prospère.
Il prospère, vous dis-je!

Embonpoint de la home! époque callipyge!

Il trône, ce cokney d'Eglinton et d'Epsom2,

Qui, la main sur son cœur, dit :
Je mens, ergo sum.

Les jouis, les mois. les ans passent; ce flegmatique,

Ce somnambule obscur, brusquement frénétique,

Que
Scherlcher a nommé le président
Obus3,

Règne, continuant ses crimes en abus.

O spectacle! en plein jour, il inarche et se promène.

Cet être horrible, insulte à la figure humaine!

Il s'éiale clfroyablc, ayant tout un troupeau

De
Suins ci de
I-oriouls qui vivent sur sa peau.

Montrant ses nudités, cynique, infâme, indigne,

Sans meure à son
Baroche une feuille de vigne!

Il rit de voir à terre et montre à
Machiavel

Sa parole d'honneur qu'il a tuée en duel.

Il sème l'or: — venez! — et sa largesse éclate.

Magnan ouvre- sa grille et
Troplong tend sa pane.

Tout va.
Les sous-coquins aident le drôle en chef.



Tout est beau, tout est bon, et tout est juste; bref,
L'église le soutient, l'opéra le constate.
Il vola!
Te
Deum.
Il égorgea! cantate.

Lois, mœurs, maître, valets, tout est à l'avenant.

C'est un bivouac de gueux, splendide et rayonnant.

Le mépris bat des mains, admire, et dit : courage!

C'est hideux.
L'entouré ressemble à l'entourage.

Quelle collection! quel choix! quel Œil-de-bœuf!

L'un vient de
Loyola, l'autre vient de
Babeul2!

Jamais vénitiens, romains et bergamasqucs

N'ont sous plus de sifflets vu passer plus de masques

La société va sans but, sans jour, sans droit.

Et l'envers de l'habit est devenu l'endroit.

L'immondicc au sommet de l'état se déploie.

Les chiffonniers, la nuit, courbés, flairant leur proie,

Allongent leurs crochets du côté du sénat.

Voyez-moi ce coquin, normand, corse, auvergnat3 :

C'était fait pour vieillir bélître et mourir cuistre;

C'est premier président, c'est préfet, c'est ministre.

Ce truand catholique au temps jadis vivait

Maigre, chez
Flicoteaux plutôt que chez
Chevet;

Il habitait au fond d'un bouge à' tabatière

Un lit fait et défait, hélas, par sa portière,

Kt griffonnait dès l'aube, amer, affreux, souillé,

Exhalant dans son trou l'odeur d'un chien mouillé.

Il conseille l'état pour vingt-cinq mille livres

Par an.
Ce petit homme, étant teneur de livres

Dans la blonde
Marseille, au pays du mistral.

Fit des faux.
Le voici procureur général.

Celui-là, qui courait la foire avec un singe4,

Est député; cet autre, ayant fort peu de linge.

Sur la pointe du pied entrait dans les logis

Où baillait quelque armoire aux tiroirs élargis.

Et du bourgeois absent empruntait la tunique;



Nul mortel n'a jamais, de façon plus cynique,

Assouvi le désir des chemises d'autrtti;

Il était grinche1 hier, il est juge aujourd'hui.

Ceux-ci, quand il leur plaît, chapelains de la clique.

Au saint-père accroupi font pondre une encyclique;

Ce sont des gazetiers fort puissants en haut lieu.

Car ils sont les amis particuliers de
Dieu;

Sachez que ces béats, quand ils parlent 'du temple

Comme de leur maison, n'ont pas ton; par exemple.

J'ai toujours applaudi quand ils ont affecté

Avec les saints du ciel des airs d'intimité:

Veuillot, certe, aurait pu vivre avec saint-Antoine2.

Cet autre est général comme on serait chanoine,

Parce qu'il est très gras et qu'il a trois mentons.

Cet autre fut escroc.
Cet autre eut vingt bâtons

Cassés sur lui.
Cet autre, admirable canaille,

Quand la bise, en janvier, nous pince et nous tenaille.

D'une savate oblique écrasant les talons.

Pour se garer du froid mettait deux pantalons

Dont les trous par bonheur n'étaient pas l'un sur l'autre.

Aujourd'hui, sénateur, dans l'empire il se vautre.

Je regrette le temps que c'était dans l'égout.

Ce venue a nom d'Hautpoul, ce nez a nom d'Argout.

Ce prêtre, c'est la honte à l'état de prodige.

Passons vite.
L'histoire abrège, elle rédige

Royer d'un coup de fouet,
Mongis d'un coup de pied,

Kt luit.
Royer se frotte et
Mongis se rassied; .

Tout est dit.
Que leur fait l'affront ? l'opprobre engraisse.

Quant au maître qui liait les curieux, la presse,

La tribune, et ne veut pour son règne éclatant

Ni regards, ni témoins, il doit être content;

Il a plus de succès encor qu'il n'en exige;

César, devant sa cour, son pouvoir, son quadrige.

Ses lois, ses serviteurs brodés et galonnés.

Veut qu'on ferme les yeux; on se'bouche le nez.



Prenez ce
Beauharnais ei prenez une loupe;
Penchez-vous, regardez l'homme et scrutez la troupe.
Vous n'y trouverez pas l'ombre d'un bon instinct.
C'est vil et c'est féroce.
En eux l'homme est éteint;
Ht ce qui plonge l'âme en des stupeurs profondes.
C'est la perléction de ces gredins immondes. "

A ce ramas se joint un tas d'affreux poussahs.

Un tas de
Triboulets' et de
Sancho
Panças.

Sous vingt gouvernements ils ont palpé des sommes.

Aucune indignité ne manque à ces bonshommes;

Rulins poussifs.
Verres goutteux,
Séjans fourbus.

Selles à tout tyran, sénateurs omnibus.

On est l'ancien soudard, on.est l'ancien bourgmestre:

On tua
Louis seize, on vote avec de
Maistre;

Ils ont eu leur fauteuil dans tous les
Luxembourgs;

Ayant vu les
Maurys, ils sont faits aux
Sibours;

Ils sont gais, et, contant leurs antiques bamboches.

Branlent leurs vieux gazons sur leurs vieilles caboches.

Ayant été, du temps qu'ils avaient un cheveu.

Lâches sous l'oncle, ils sont abjects sous le neveu.

Gros mandarins chinois adorant le tartare.

Ils apportent leur cceur, leur vertu, leur catarrhe,

Et prosternent, cagneux, devant sa majesté

Leur bassesse avachie en imbécillité.

Celle bande s'embrasse et se livre à des joies.
Bon ménage touchant des vautours et des oies!

Noirs empereurs romains couchés dans les tombeaux.
Qui faisiez aux sénats discuter les turbots2.
Toi, dernière
Lagide, ô reine au cou de cygne3,
Prêtre
Alexandre six qui rêves dans ta vigne,
Despotes d'Allemagne éclos dans le
Rcemér4,
Nemrod qui hais le ciel,
Xcrcès qui bats la mer5,



Caïphe qui tressas la couronne d'épine,

Claude après
Messaline épousant
Agrippine,

Caïus' qu'on fit césar.
Commode qu'on fit dieu,

Iturbidc,
Rosas,
Mazarin,
Richelieu,

Moines qui chassez
Dante et brisez
Galilée,

Saint-office, conseil des dix, chambre étoiléc.

Parlements tout noircis de décrets et d'olims2.

Vous sultans, les
Mourads, les
Achmets, les
Sélims.

Rois qu'on montre aux enfants dans tous les syllabaires.

Papes, ducs, empereurs, princes, tas de
Tibères!

Bourreaux toujours sanglants, toujours divinisés,

Tyrans! enseignez-moi, si sous le connaissez,

Enseignez-moi le lieu, le point, la borne où cesse

La lâcheté publique et l'humaine bassesse!

Et l'archet frémissant fait bondir tout cela!

Bal à l'hôtel de ville, au
Luxembourg gala.

Allons, juges, dansez la danse «le l'épéc!

Gambade, ô
Dombidau, pour l'onomatopée!

Polkez,
Fould et
Maupas, avec votre écriteau;

Toi,
Persil-Guillotine, au profil de couteau!

Ours que
Boustrapa3 montre et qu'il tient par la sangle.

Valsez,
Billault,
Parieu,
Drouyn.
Lebrrul,
Delangle!

Danse.
Dupin! dansez, l'horrible et le bouffon!

Hyènes, loups, chacals, non prévus par
Bulfon,

Leroy,
Forey, tueurs au 1er rongé de rouilles.

Dansez! dansez.
Berger. d'Hautpoul.
Murât, citrouilles!

Et l'on râle en exil, à
Caycnnc. à
Bliclah!

Et sur le
Dugucsclin, et sur le
Canada*,

Des entants de dix ans. brigands qu'on extermine,

Agonisent, brûlés de fièvre et de vermine!

Et les mères, pleurant sous l'homme triomphant.

Ne savent même pas où se meurt leur enfant!

Et
Samson reparaît, ei sort de ses retraites!

Et, le soir, on entend, sur d'horribles charrettes



Qui traversent la ville et qu'on suit à pas lents.
Quelque chose sauter dans des paniers sanglants!
Oli! laisse/! laisse/.-moi (n'enfuir sur le rivage!
Laissez-moi respirer l'odeur du
Ilot sauvage!
Jersey rit, terre libre, au sein des sombres mers;
Les genêts sont en
Heur, l'agneau paù les prés verts:
L'écume jette aux rocs ses blanches mousselines:
Par moments apparaît, au sommet des collines,
Livrant ses crins épais au vent âpre ei joyeux.
Un cheval ellaré qui hennit dans les cieux!







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Victor Hugo
(1802 - 1885)
 
  Victor Hugo - Portrait  
 
Portrait de Victor Hugo


Biographie / Œuvres

C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature

Chronologie

1802
— Naissance le 26 Février à Besançon. Il est le troisième fils du capitaine Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet. Suivant les affectations du père, nommé général et comte d'Empire en 1809, la famille Hugo s'établit en Italie, en Espagne, puis à Paris.

Chronologie historique

1848

Bibliographie sÉlective