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Victor Hugo

ANGELO ET LA PRESSE


Poésie / Poémes d'Victor Hugo





La critique se répète



Le ton de la presse n'a ni l'âpreté qui accueillit la première représentation de Marie Tudor et l'échec retentissant de Juliette, ni la hauteur et la violence des critiques de RuyBlas. Si l'on continue à attaquer Hugo, s'il n'y a pas de trêve dans la condamnation du drame romantique, les accusations se font cependant plus molles, la conviction moins tranchante. Le succès édulcore les réaction de la presse. Cependant, nous retrouvons les mêmes accusations, et les deux principales sont le caractère mélodramatique du texte d'une part et de l'autre, son manque d'originalité.





Charles Maurice regroupe les reproches avec une particulière violence. Dès le 29 avril, Angelo est qualifié de fait de littérature incroyable. Le lendemain, 30 avril, il se lance dans une grande analyse de fond chargée de montrer les rapports entre le mélodrame et ce qu'il appelle le drame actuel, c'est-à-dire le drame romantique. Après avoir rappelé : - Chénier a dit que le mélodrame tuerait la tragédie • après avoir montré les ■ secours ■ que le mélodrame apporte au théâtre ■ depuis la musique jusqu'au coup de théâtre, aux invraisemblances qui mènent si rapidement l'action, à toute la pompe dont il lui est permis de l'environner -, Charles Maurice fait l'analyse de la tentative romantique: les créateurs du drame romantique, qui avaient ■ de l'audace, une grande soif de parvenir, une verve toute neuve et quelques tournures de style qui visaient à l'innovation... heurtèrent du talon de leurs bottes moyenâgeuses ces œuvres informes (les mélodrameS)... On sait ce que cette secte a produit et pour juger à quel point il en est, il faut aller voir Angelo, tyran dePadoue-. L'article suivant attaque encore l'aspect • mélodrame • de la pièce: « C'est pour le fond le mélodrame des anciens jours avec Venise, souterrains. Conseil des Dix, fiole de poison, portes dérobées, homme mystérieux, boîte à deux fins, petit couteau, clé dorée, apparitions, quiproquos, billets doux, narcotique, balcon sur le fleuve, manteau oublié, oratoire, crucifix de ma mère, tyran, concubine, niais, bourreaux, imprécations, chaise de poste, assassinat, prières, morte vivante, crime puni, tour de passe-passe, et dénouement absurdissime. ■ Cette riche énumération a le mérite d'être exhaustive. Mais c'est surtout le poison qui taquine la plupart des journalistes. L'Ar tiste ' se plaint, comme Mlle Mars: • De quel droit abuser ainsi du poison? Autrefois, on servait le poison dramatique en coupe, aujourd'hui, on le sert en fiole. Que dis-je, en fiole, en cruche ! ■ La Chronique de Paris (3 mai 1835) regrette aussi la monotonie du procédé : - du poison dans de petites fioles, des poignards dans de longues gaines ' ».

De même, Charles Maurice se plaint du manque d'originalité de l'œuvre. Il énumère les drames auxquels Angelo peut faire penser et cite la Nonne sanglante, Amy Robsart, le Médecin de Son Honneur, la Tour de Nesle et Henri LU2. Il généralise en affirmant ■ que les plagiats effrontés sont mis en œuvre avec tout ce que l'enfance de l'art a de plus pauvre dans la conception, de plus informe dans les caractères... », Quant à la Revue de France elle renvoie Hugo à Hugo comme incapable du moindre renouvellement: ■ Didier ressemble à Gennaro, Gen-naro à Rodolfo; il n'est pas permis de s'y tromper. ■ La Chronique de Paris (3 maI) insiste sur la monotonie du drame hugolien : • Ce sont toujours mêmes ressorts. ■ On accuse Hugo de ne voir l'histoire que comme un décor pittoresque. Planche dans la Revue des Deux Mondes rappelle que - la décoration, le costume sont le seul code qu'il respecte. Pourvu qu'il ait à sa disposition une salle gothique, et une demi-douzaine de pourpoints brodés, il ramène à tout propos son éternelle antithèse de la passion dans le vice ». Notons qu'ici le caractère ■ extérieur » de l'œuvre se trouve directement lié à sa monotonie. Un reproche moins convenu - plus juste aussi sans doute - c'est celui que l'Artis-te ' adresse à Hugo: Angelo • est une pièce à six ou sept personnages où chacun joue son rôle de son côté, sans s'inquiéter de son voisin. ■ C'est voir la solitude des personnages hugoliens et la difficulté de leurs échanges. Quant au National, par la voix relativement modérée, cette fols, de Rolle, c'est le style qu'il attaque : » Le style est un composé de pathos et de puérilité, de déclamation sonore et d'énumérations redondantes... Dans aucun de ses drames, M. Hugo n'avait parlé une langue plus triviale, plus tudesque et plus recherchée, plus pompeuse et plus vaine ■ (2 mai 1835). La Chronique de Paris, légitimiste, journal de Balzac, fait des réserves sur la force du dialogue: ■ Toujours un dialogue où un personnage ne peut plus lâcher la parole quand une fois il la tient. •



Deux voix cependant s'élèvent pour défendre Hugo et son dernier drame. L'une est celle de Granier de Cassagnac dont nous savons avec quelle verve éhontée il a attaqué Dumas en novembre 1833- Son article publié par la Revue de Paris est long, très sérieux, et si totalement thuriféraire qu'il donne l'impression d'une tâche commandée. S'il défend Hugo du reproche de mélo et s'il tente de justifier l'utilisation des clés, portes et fenêtres, il s'attache surtout à montrer dans Angelo une sorte de drame historique sans histoire où la couleur domine la vérité des faits: ■ Faisons remarquer que M. Victor Hugo ne met jamais au théâtre de l'histoire réelle, mais de l'histoire possible, il prend deux ou trois noms propres et il s'en sert comme d'un point d'appui pour y rattacher toute la charpente de son drame. Il n'y a de réel dans celui-ci que le nom d'Angelo et celui de Catarina (...) Mais (...) si le public était plus instruit ou plus juste, s'il voulait ou s'il pouvait tenter une partie de ce travail historique qui est si difficile, si intéressant et si beau et qui a pour but de raconter des annales des peuples, ce que les anna-Estes ne racontèrent jamais, à savoir les détails intimes, les choses domestiques et morales, il verrait combien c'est une évocation vraie, rigoureuse, réelle, que celle que M. Victor Hugo poursuit, de la vieille société du Moyen Age. ■ Ces propos paraissent inspirés de la pensée même de Hugo, qui se défend peu de mois plus tard dans sa réponse à un Italien ' de faire le moindre drame historique.

Granier de Cassagnac, presque seul dans la presse, s'efforce d'éclairer et de justifier le personnage grotesque dans Angelo et son explication est assez forte : • Gubetta dans Lucrèce, le Juif dans Marie Tudor, Homodei dans Angelo, sont trois personnages subalternes, des valets, des riens, qui dominent pourtant de cent coudées les haut seigneurs devant lesquels ils s'agenouillent (...) comme dans la vieille comédie, Frontin et Sganarelle dominent leur maître : c'est tour à tour la malice, l'esprit, la nise, l'intelligence, c'est encore et par-dessus tout la Fatalité, la Providence. C'est l'Homme de Dieu, Omodei.



Gautier



L'article de Théophile Gautier dans le Monde dramatique(5 juilleT) est l'un des plus intéressants qui aient jamais été consacrés au drame romantique. Il débute par un regret, celui de la disparition non seulement de la poésie mais du lyrisme dans ce drame en prose: « La cause de la réussite complète d'Angelo est l'absence de lyrisme. Cela est honteux à dire de notre public, mais cela est ainsi. Une autre cause de succès, aussi triste celle-là, c'est qu'Angelo est en prose. M. Hugo ayant décidé de marcher et non de voler pour que le parterre ne le perde pas de vue, a prudemment serré ses talonnières dans son tiroir. » Gautier insiste, et c'est un compliment mitigé, sur le caractère de drame de situation d'Angelo: ■ Angelo est un drame dont le tragique ressort plutôt du choc des situations que du développement d'une passion première. Il est de la famille de Cymbeline, de Mesure pour Mesure & Troilus et Cressida-, ces pièces romanesques de Shakespeare qui reposent sur des aventures et non sur des généralités, sont le seul drame possible dans une civilisation aussi occupée que la nôtre (...) Le drame de passion, la comédie de mœurs, aujourd'hui qu'il n'y a plus ni passions ni mœurs, ne peuvent intéresser ni amuser personne. ■ Il est remarquable, et c'est l'idée centrale de l'article, que les reproches plus ou moins directs que Gautier fait à Hugo retombent bien plus sur le public que sur l'auteur dramatique ; c'est le rapport de l'œuvre et du spectateur qui est mis en question : point capital. Gautier comprend le rôle joué par les conditions matérielles et par la perspective du public, et en particulier du public de la Comédie Française dans l'élaboration de l'œuvre.

Gautier, lui, à l'opposé de Granier, met l'accent sur l'onirique, le fantastique et le passage de l'histoire à l'imaginaire ; les personnages sont personnages de jeu de cartes :



M. Hugo ne prend de l'histoire que les noms des temps, que les couleurs générales (...) Peut-être ferait-il mieux encore de ne pas mettre de nom du tout et d'appeler ses personnages le Duc, la Reine, la Princesse et ainsi de suite. J'aimerais autant pour ma part les vieux noms consacrés de Sylvio, de Léandre, de Persi-de, de Graciosa (...) (La qualité essentielle du drame lui paraît êtrE) la ténébreuse terreur, (une terreuR) architecturale, si l'on peut s'exprimer de la sorte. Le palais d'Angelo est une construction aussi effroyablement mystérieuse que le château d'U-dolphe. Il a un autre palais inconnu à qui il sert de boîte extérieure et dont il n'est que l'enveloppe. Et l'habit pailleté de la Rosemonde n'est autre chose que le suaire oublié par un fantôme (...)

Cet élément de terreur fantastique devrait se doubler d'un élément grotesque et sur ce point, Gautier renvoie encore au public la responsabilité de l'édulcoration du grotesque: ■ Dans la pièce imprimée, on retrouve heureusement beaucoup de détails qui ne sont pas dans la pièce jouée dans la représentation. Une scène (...) retranchée toute entière (...) se passait dans une espèce de coupe-gorge et d'hôtellerie douteuse pour laquelle on a craint la susceptibilité trop chatouilleuse des loges du Théâtre Français (...) Je ne suis pas de ceux qui croient qu'une pensée peut être ôtée impunément d'une oeuvre quelconque. ■ Et Gautier, marquant les responsabilités, signale ces . boucles de cheveux qui voltigent trop sauvagement pour être du goût des bourgeois bien gras et bien cravatés de la bonne ville de Paris ■.

En définitive, la lutte n'a pas été chaude. On n'a guère attaqué la pièce d'Angelo sur le terrain de la morale, à l'exception de la Chronique de Paris, qui ironise sur le personnage de Catarina: ■ Elle a des devoirs d'épouse à remplir, c'est vrai, mais son cœur de femme est au-dessus de ces vains préjugés qui pressent le monde civilisé sous leur joug social ; le mariage, voyez-vous, c'est une institution contre-nature, que l'amour réprouve et qui n'est bonne qu'à torturer les cœurs : c'est ce qu'a très bien prouvé M. Hugo, et avant lui, surtout Mme Dudevant, auteur de Valentine, de Jacques et autres chefs-d'œuvre moraux '. •

Une curieuse lettre de Louise Bertin à Mme Hugo nous donne une idée du climat de la presse, en même temps qu'elle nous explique pourquoi, malgré l'amitié des Bertin pour Hugo, les Débats cette fois n'ont pas soutenu le poète:



Vous savez sans doute qu'il avait été convenu entre M. Hugo et Armand2 que M. Janin s'étant déclaré depuis peu classique fervent et guerroyant, on ne lui demanderait que quelques lignes sur Angelo au commencement de son feuilleton. Cela fut fait comme le désirait M. Hugo, mais il y a eu dimanche huit jours, en montant en voiture pour se rendre à Fontainebleau, M. Janin envoya un article entier. Lequel article, étant désagréable de tous points pour M. Hugo, fut supprimé, quoique cela contraria {siC) beaucoup les évolutions du journal des débats, qui doit produire un janin tous les lundis. On comptait faire le dimanche d'après ce qui avait été d'abord convenu, mais depuis son retour on n'a pas entendu parler de M. Janin. Nous savons seulement qu'il se pose en victime, et qu'il parle même de quitter le journal. Vous avez dû voir en effet, Madame, qu'hier encore l'abonné a été pour la 2e fois privé de son feuilleton. Je désire surtout que M. Hugo sache que tous, nous avons fait ce qu'il était en notre pouvoir pour lui être agréable et qu'un moment d'humeur inexplicable a déjoué nos projets1.



On voit que même les tout-puissants Bertin ne l'étaient pas assez pour imposer une critique favorable au drame hugolien dans leur propre journal. Ce simple fait permet de mesurer les résistances que rencontrait l'œuvre théâtrale de Hugo.









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Victor Hugo
(1802 - 1885)
 
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Portrait de Victor Hugo


Biographie / Œuvres

C'est Hugo qui, sans doute, a le mieux incarné le romantisme: son goût pour la nature, pour l'exotisme, ses postures orgueilleuses, son rôle d'exilé, sa conception du poète comme prophète, tout cela fait de l'auteur des Misérables l'un des romantiques les plus purs et les plus puissants qui soient. La force de son inspiration s'est exprimée par le vocabulaire le plus vaste de toute la littérature

Chronologie

1802
— Naissance le 26 Février à Besançon. Il est le troisième fils du capitaine Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet. Suivant les affectations du père, nommé général et comte d'Empire en 1809, la famille Hugo s'établit en Italie, en Espagne, puis à Paris.

Chronologie historique

1848

Bibliographie sÉlective