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Jean de Bosschère

Le casseur de pierres - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean de Bosschère





C'est ici que l'on trépigne

le cœur dans les cuves avec le raisin,

que la mule sur l'aire broie le froment.

Les jours agités s'embrouillent,

ou peut-être c'est une mélodie exacte,

ou le chant véritable des étoiles

sous la cloche de leurs constellations,

poussière de paille,

buée de la batteuse

d'univers



La congestion et le soupir étouffent les

scarabées obscurs dans la gorge

et dans le ventre, prisons hermétiques

de la conscience, où grossissent

les maux séculaires le vaste bétail

des tempêtes du ciel menant

son troupeau de baleines noires



Un soir sur piste d'équilibre,

les héros d'Olympe en carnaval

ont éventré le
Christ, brûlé les
Dieux nègres,

roué
Luther,
Knox et
Calvin,

puis de
Jupiter les sages firent du marbre,

et
Bouddha était encore un
Dieu.

Et enfin dans l'averse des nébuleuses du jour

voici rien que nos années dans l'éternité

le sang des quatre mille jours



bourdonne au tympan de nos oreilles nous n'entendons plus les chants refusons les ivoires et les missels les symboles d'allégories utopiques blasphèmes tous les décors et les vertus que disent les
Apôtres.



La résignation soit damnée avec le stoïque qui châtre la révolte.
Pourrisse vivant le lâche qui accepte d'être le nitrate d'un sol à nitrate une manne pour l'imbécillité, l'ammoniaque d'un fumier



Nous ne sommes pas en fonction

dans une politique du
Platon de soleil optimiste,

nous habitons aujourd'hui les ténèbres authentiques

Ouvrez toutes les fenêtres et les portes

se fende la terre, se déchirent les montagnes.

Déblayez pour la grande marée

rasez la botanique des sentiments angéliques

qui croît entre les créneaux de nos prisons,

Rasez les forêts de pals

car tous nos sauts

se terminent sur la herse.

Abrité, sous un paillasson,

je casse des pierres sur la route.

Le sommeil est ailleurs et je sais ce que je fais,

l'œil prêt à saisir l'ouverture,

la tête penchée, mais j'ai mille regards

sous la visière transparente.

Ce remous d'aujourd'hui est solstice :

J'attends, connaissant les armes et les poisons.



Le soleil des années tourne.

Honte aux chants aveugles

du berger sans mort qui joue de la flûte

Je ne transpire pas pour du pain

ni pour d'avilissantes musiques.

Je suis le possédé de douleur,

d'une bombe nihiliste

opérante,

qui crèvera l'obstacle.



Le sang de l'espoir trépigne,

défendons la clairière gagnée,

gavons de mets carnés le
Mal,

qu'il grandisse sur les ordres anciens.



Ni jeux, ni poèmes, ni images,

plus d'icônes d'icônes

plus de voiles sur la sainte angoisse.

Cela éclatera comme le tonnerre

une lave du sang de la souffrance

qui couvrira la terre

et puis l'éclair incommensurable

ouvrira...



Ne perdons rien dans le remous, trépignant entre les tours d'iris.
Aujourd'hui plus de rêves !
Prêts à bondir dans la déchirure.
Mais plus de mélodies !
La mort, hâ ! seule divine, par les crimes stériles...

Lors, nous sommes dans cette marée sur la pellicule de l'océan des univers,



d'illusion pivot puéril.

Tout vire à l'entour, tout fuit,

Je suis seule pervenche dans la crique

des tours d'iris, de roseaux et de saules,

qui font les grillages des prisons.



Fruits acides dans le vinaigre immobiles, pétrifiés, nous assistons

à la fin crépitante de tous les flambeaux :
Le crépuscule fatalement définitif entre au milieu des gerbes aquatiques.
Voici les morts terminés.
Plus de
Mères !

Moribond je tire les draps sur mon visage,

et la douleur divine



s'écrase comme une maison sur mon cœur.

Je l'appelle, l'appelle, l'appelle !

Plus de couronnes de pâquerettes

ni d'encens, ni de prières aux filles vierges.

Voici l'aube austère des abîmes.

Sur le sel des étoiles,

dans le comble des maisons de nos douleurs,

paraît l'incendie des antiquités,

ce qui exauce et finit

voici l'aube

mon parfumée.











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Jean de Bosschère
(1878 - 1953)
 
  Jean de Bosschère - Portrait  
 
Portrait de Jean de Bosschère


Biographie

Au début de 1915, Boschère quitte la Belgique occupée pour Londres, où il lie son sort à celui des Imagistes anglo-américains : The Closed Door (1917) et Job le Pauvre (1922), parus à Londres, obéissent aux préceptes de la nouvelle école, mais disent surtout la découverte de la révolte comme progrès spirituel. Après avoir voyagé en Italie, Boschère s'installe à Paris, où paraît, en 1927, Marthe et

Chronologie jean de boschere

1878 — Naissance à Uccle, près de Bruxelles, de Jean de Boschère.
1884-1894 — La famille s'installe à Lierre dans la Campinc, époque de laquelle Boschère tirera l'un de ses grands romans : Marthe et l'Enragé.
1894 — Installation à Anvers et entrée à l'Académie des beaux-arts, en 1898.
1900-1905 — Premiers voyages à Paris.
1905-1909 — Publication d'une série d'ouvrages s

Boschere vu par...

« C'est la vie soufrée de la conscience qui remonte au jour avec ses lumignons et ses étoiles, ses tanières, son firmament, avec la vivacité d'un pur désir, avec son appel à une mort constante avoisinant la membrane de la résurrection. Jean de Boschère m'a fait. Je veux dire qu'il m'a montré combien lui et moi nous nous ressemblions et nous étions proches, et cette preuve au moment où je suis m'es

Bibliographie des oeuvres poÉtiques

Béâle-Gryne, L'Occident, 1909. Traduction en russe par M. Vezélov-sky, éditions Lazare Stoliar, Moscou, 1914.
The Closed Door, édition bilingue avec traduction anglaise par F.S. Flint, préface de May Sinclair, John I.ane. I.ondres, 1917.