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Jean de Bosschère

La joie déchirante - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean de Bosschère





Je n'ignorais pas qu'il n'y a que soixante ans.
Pourtant, de ce collier de jours, ai-je consacré le temps de lire chaque perle, sans oublier jamais comment et pourquoi j'avais accepté ce contrat avec la vie ?

Ai-je hargneusement ausculté, avec une cruauté tranchante, chaque grain de ce chapelet, qui est comme la colonne vertébrale de la pose entre le ciel et l'enfer ?
J'ai passé de lents relais dans l'oubli, puis ergoté dans la temporisation, pendant que le tissu d'or, en vain, attendait chaque crépuscule ma signature, semblable au paraphe du témoin scrupuleux.

Ai-je négligé la cire divine destinée aux flambeaux, pour m'artarder à la couleur des pétales qui alertent les insectes ; me suis-je étendu dans la mollesse où fléchit le dard de la pensée, quand les minutes drues ne suffisaient jamais, cependant, à lustrer le drap de la robe définitive, le linceul sévère de la présentation à la porte ?

Etait-ce sagesse quand je repoussais, inachevé, le candide vase que j'enluminais ; était-ce tiédeur ou imbécillité quand, au milieu des prières, je ne couronnais pas ma pensée ?

Pourtant, dans chacun de mes jours d'homme, je trouve une goutte du miel qui est le régime de l'éternité.
Mais je n'étais pas l'intègre bâtisseur, le malade de
Dieu jusque dans le mou de ses os.



J'étais un artiste, voilà l'aveu abominable, et non pas cette petite esquille de bois qui s'offre en nourriture à l'unique feu.

Mais quand je ne fus plus montreur d'ours ou de peintures, fallait-il que je devins le cuisinier de l'éloquence et de la rhétorique qui déshonorent la parole en ornant la page de fleurs et d'épices ?

Le jour sacré où je sus que mon âme était soutirée comme un vin, toutes mes bouches se sont fermées.

Je n'ignorais pas, mais je partageais.

Maintenant j'offre, et je laisse prendre en moi par poignées, je ne goûte plus que cet arrachement, cette joie déchirante.










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Jean de Bosschère
(1878 - 1953)
 
  Jean de Bosschère - Portrait  
 
Portrait de Jean de Bosschère


Biographie

Au début de 1915, Boschère quitte la Belgique occupée pour Londres, où il lie son sort à celui des Imagistes anglo-américains : The Closed Door (1917) et Job le Pauvre (1922), parus à Londres, obéissent aux préceptes de la nouvelle école, mais disent surtout la découverte de la révolte comme progrès spirituel. Après avoir voyagé en Italie, Boschère s'installe à Paris, où paraît, en 1927, Marthe et

Chronologie jean de boschere

1878 — Naissance à Uccle, près de Bruxelles, de Jean de Boschère.
1884-1894 — La famille s'installe à Lierre dans la Campinc, époque de laquelle Boschère tirera l'un de ses grands romans : Marthe et l'Enragé.
1894 — Installation à Anvers et entrée à l'Académie des beaux-arts, en 1898.
1900-1905 — Premiers voyages à Paris.
1905-1909 — Publication d'une série d'ouvrages s

Boschere vu par...

« C'est la vie soufrée de la conscience qui remonte au jour avec ses lumignons et ses étoiles, ses tanières, son firmament, avec la vivacité d'un pur désir, avec son appel à une mort constante avoisinant la membrane de la résurrection. Jean de Boschère m'a fait. Je veux dire qu'il m'a montré combien lui et moi nous nous ressemblions et nous étions proches, et cette preuve au moment où je suis m'es

Bibliographie des oeuvres poÉtiques

Béâle-Gryne, L'Occident, 1909. Traduction en russe par M. Vezélov-sky, éditions Lazare Stoliar, Moscou, 1914.
The Closed Door, édition bilingue avec traduction anglaise par F.S. Flint, préface de May Sinclair, John I.ane. I.ondres, 1917.