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Guillevic Sphère

Le soir - Poéme


Poéme / Poémes d'Guillevic Sphère





Dire

Quand commence le soir —

Le passage du soir

A la nuit

Est plus marqué,

Le soir

S'aperçoit surtout
A sa disparition.



*

Essaie de voir

Naître le moment
Où se fait le passage.

Pour cela

Les oiseaux t'aideront

Car eux,
Us savent.

Les canards
Regagneront la terre.

Révélateur précoce :

Le coucher de la basse-cour.

La chauve-souris
N'interviendra

Que lorsque le soir
Sera installé,

Alors, le hibou sentira
Qu'il entre dans son règne

Et que va s'ouvrir
Ce qui l'entoure.



Le plus étonnant
C'est la lumière:

Elle s'éteint

Et n'en souffre pas.

La roche en veut

Au soleil qui la travaille.

Elle va pouvoir enfin

Se fermer davantage sur elle.

Le soir

Paraît éprouver
De la tendresse
Four les frondaisons.



Les feuilles commencent
A se reposer.
Elles s'alourdissent,
Pensent à elles-mêmes.



Certains d'aller moins vite,

Les ruisseaux savourent leur temps,

Bruissent un peu plus fort.

Les eaux dormantes s'abandonnent
Au loisir de ne rêver
Qu'à leur quotidien.

Les flaques d'eau
S'occupent à faire le mort.

*

Est-ce que le soir préfère
La campagne à la ville ?



Les bâtiments,

Les grandes maisons

N'aiment guère
L'arrivée du soir.

On les voit se gonfler
Pour mieux résister.

Le béton, lui,
Continue

A ne se souvenir
De rien.

Avec la lumière artificielle

Le soir joue

À ne pas faire semblant.

Le soir

A la tentation

De se faire entonnoir —

Et nous levons la tête

Avec l'espoir

De respirer plus librement.



Qu'est-ce qui dans le soir
Ne perçoit pas
Qu'il y aura la nuit?









Celui qui cherche le plus

A cac her l'événement

C'est le ciel.



Il signifie

Qu'il ne veut pas renoncer.

Cela reste vrai

Au plus fort de l'été

Lorsque l'espace

Se saoule de sa lumière.



Quand le soir est là
On est moins seul

Puisqu'il s'affirme
Et vous agrippe.







Moi, soir,
J'enveloppe,
Je protège,

Mais on ne cesse
De m'attaquer.

*

De son enveloppement

Le soir

N'exclut personne.

Il ferait plutôt

Se retrouver certains.



Au fur et à mesure
Qu'il avance,

A la façon d'un chat
Sûr de gagner,

Le soir tend de plus en plus
A s'aimer.

Le soir

Ne sera pas pesé.

Il ne sera pas rejeté
Pour excès de poids.





L'épanchement du sou-Fait reculer
L'immanence de l'éternité.



Tout ce que touche le soir
Est plus consistant.

Tout s'abandonne à lui
Comme si de rien n'était.

Le soir

Peut faire rire

De l'absolu.



Le soir

Est un sphinx

Qui aboie à la nuit.



Egalité !
Egalité !
Clame le soir.

En moi tout

Incline vers l'égalité.

Bien plus que dans le jour.

En moi tout baigne
Dans la même lumière
Atténuée.



Pourtant,
Tout dans le soir
Ne se donne pas
A la même allure.

Il y a des pointes.

Qu'est-ce que veut le soir ?



Mais il n'est pas un vouloir,
Il obéit.











Le soir s'entend

Comme une réponse

À la question

Que la terre

N'a pas posée.



L'approche du soir
Ne met pas à l'épreuve
La position de la planète.

Elle garde son axe.



Il y a pourtant des jours
Où l'on croirait

Que le soir
S'est trompé
D'heure ou de lieu.

Le soir a compris
Que ce n'est pas lui
Qui décide,

Mais il ne croit pas
Aux horloges.

Le soir
N'insiste pas
Sur les étangs.

Question de confiance.



Avec le soir
Les couleurs
N'attendent plus rien.

Il y a des fois

Où le soir se traîne

Comme un cheval fatigué.

*

Parfois le soir s'angoisse.

Tant d'immensité
A posséder

Malgré les orages.



Toi, nuage, le soir
Ne t'ineommode pas.

Tu continues, tu cherches
A t'agglutiner à tes pareils.

Dans le jour

Nous rêvons de quelque chose

De plus tissé

Où nous aurions

A gagner sur l'espace,

Et le soir

Ne nous apporte pas

De quoi nous occuper
A la tâche rêvée.



On assiste aux reflets
Du passage du temps
Mais on ne le voit pas passer.

C'est quand même le surprendre
Que de contempler
L'assombrisscment du soir.

Chacun peut se faire
Sa collection de soirs,

Mais le soir

Y est-il vraiment ?

A parler du soir
Proust vient m'habiter.



Les rapports

Du soir et de la nuit —

Sont-ils de connivence ?

Le soir agonisant
Verra les retrouvailles.

Que serait ici cette vie
S'il n'y avait pas le soir?

Si le jour tombait d'un coup
Dans la nuit noire ?

La lune est comme peureuse
Dans le soir.



Elle s'arrondit
En tâtonnant.



Si j'étais le coq,
C'est le soir

Que je crierais
Au nom du jour.

Le soir parierait
Que c'est lui

Qui engrosse la nuit
De l'aurore à venir.



Le soir se fait velours.
Il caresse les nuques.

Il prend tout son temps
Pour se durcir en nuit,

C'est en s'enfonçant en lui-même,
Comme s'il se perfectionnait,
Qu'il disparaît.

Quand arrive la nuit
Il a tout bichonné
Pour elle.



Patience, patience,
Les étoiles !

On a de quoi s'occuper
Sans vous.



Le sou-Est peut-être le chœur
Qui endort la nuit,

Mais la nuit
Est un fauve
Qui tient tête.

*

Le soir

Cherche à se cramponner.

On comprend ça.

*

Oui, soir,

Tu t'installes comme si

Tu devais durer,

Mais tu seras avalé
Comme la marée.



De tout cela
Rien ne se perd
Répond le soir,

Puisque demain
C'est aujourd'hui.











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Guillevic Sphère
(1907 - 1997)
 
  Guillevic Sphère - Portrait  
 
Portrait de Guillevic Sphère


La vie et l'Œuvre de guillevig

Guillevic est né à Carnac (Morbihan) le 5 août 1907.

Bibliographie

Guillevic était l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une oeuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser l'inquiétante étrangeté des choses. Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher bre