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Samuel Beckett

Hamm et Clov


Poésie / Poémes d'Samuel Beckett





Hamm et Clov forment un duo, presque un couple: en effet, l'un ne va pas sans l'autre. Lorsque, par exception, Hamm est seul, c'est pour très peu de temps, parce que Clov est allé faire ou chercher quelque chose dans sa cuisine1. Même, après s'être dit adieu, les deux hommes sont encore ensemble sur scène.

A force d'être ainsi inséparables, Clov et Hamm sont devenus des personnages comparables, interdépendants et, en définitive, interchangeables.



DES PERSONNAGES COMPARABLES

Hamm et Clov sont accablés de misères physiques, possèdent une identité indécise et partagent la même condition de prisonnier.





Par leurs misères physiques

Clov et Hamm sont d'abord des corps diminués. Ils ne sont pas affligés des mêmes handicaps, mais ils en ont plusieurs chacun. Paralysé, Hamm reste assis dans son fauteuil et ne peut pas se mettre debout. Clov est, lui, debout, mais ne peut jamais s'asseoir: « Chacun sa spécialité » (p. 23). Si Hamm ne peut plus marcher, Clov le peut encore, mais difficilement: sa « démarche » est «ra/de ef vacillante' (p 11). Hamm est aveugle; Clov voit, mais ses yeux vont « mal » (p. 19). Leur mobilité est donc réduite à tous deux. Leur état de santé général est enfin précaire: Hamm prend un « calmant » après avoir absorbé un « remontant » (p. 38). Clov « pue » déjà « le cadavre » (p. 63).



Par leur identité indécise

Hamm et Clov ont par ailleurs en commun d'avoir un très mince état civil. Significativement réduits à des monosyllabes, leurs noms sont à peine des patronymes. Tous deux sont vieux; mais quel âge ont-ils précisément? Leur biographie est impossible à écrire, tant on sait peu de chose sur leur passé. Tout juste sait-on que Hamm a Nagg et Nell pour parents, qu'il a jadis connu la Mère Pegg (p. 59), qu'il a rendu visite à un fou (p. 60-61) et qu'il a « servi de père » à Clov (p. 54). On ignore si l'histoire qu'il raconte de la rencontre du gueux est la sienne propre ou s'il s'agit d'un roman1.

Les informations manquent tout autant sur le passé de Clov. A-t-il été recueilli parce qu'il était orphelin, abandonné? Lui-même n'en sait rien: il avoue ne se souvenir ni de son père ni de son arrivée chez Hamm (p. 53). Est-il l'enfant de ce gueux venu frapper à la porte de Hamm (p. 71-72)? On ne peut pas davantage en être sûr. Hamm et Clov sont en définitive deux êtres sans grand passé ni véritable existence.



Par leur condition de prisonnier

Tous deux sont enfin des emmurés vivants, du moins encore vivants. Le «refuge» (p. 15) qu'ils habitent, s'il les protège de l'« enfer » extérieur (p. 39), est aussi leur prison. Hamm ne peut ni ne souhaite en sortir; il ne l'envisage d'ailleurs même pas, sauf dans ses rêves d'évasion (p. 31 et 50 -» problématique 12). Quant à Clov, s'il a la possibilité de fuir, il ne le fait pas, faute de pouvoir « aller loin » (p. 55). Il ne va même plus chercher du sable sur la plage pour changer la litière de Nagg et de Nell (p. 30). L'expression « Je te quitte » a beau revenir dans sa bouche comme un leitmotiv (p. 53, 54,57, 77, 88,104). elle n'est jamais suivie d'effet. Lorsque le rideau tombe, Clov est revenu sur scène, sa valise à la main, sans bouger. C'est un voyageur immobile.



DES PERSONNAGES INTERDÉPENDANTS

Aussi, à force de vivre ensemble, Hamm et Clov entretiennent-ils des relations de dépendance réciproque: Clov est l'esclave de Hamm; Hamm est soumis au bon vouloir de Clov; tous deux forment un couple inséparable.



CIov, esclave de Hamm

Clov est le jouet des caprices de Hamm : il pousse son fauteuil pour lui faire « faire un petit tour » (p. 39) ; il lui apporte son drap, son cathéter', bref tout ce dont il a besoin. Il lui donne son « remontant » ou son « calmant »; il observe à sa demande ce qui se passe à l'extérieur du refuge. Clov est toujours aux ordres de Hamm, qui multiplie à plaisir les injonctions: « Va me chercher la gaffe » (p. 59); (p. 106). À sa façon, il est lui aussi paralysé.



DES PERSONNAGES INTERCHANGEABLES

Leur interdépendance aboutit enfin à les rendre interchangeables. Les propos ou les attitudes de Clov pourraient être celles de Hamm et inversement. Tous deux détestent vivre et ont une absence totale d'illusion. Ils sont a cet égard si peu différents que Hamm apparaît comme le double vieilli de Clov.



Une même détestation de la vie

Pour l'un comme pour l'autre, le fait même de vivre est une malédiction, une punition, une maladie « sans remède » (p. 71). Aussi n'y a-t-il pas de différence fondamentale entre les injures que Hamm adresse à son père (p. 67) ou le conseil qu'il donne au gueux d'abandonner son fils (p. 71) et le désir de Clov de tuer la puce qui est dans son pantalon (p. 49) ou l'enfant qu'il aperçoit par la fenêtre (p. 103). Dans tous les cas. il s'agit de s'en prendre à tout ce qui a pu ou ce qui pourrait donner la vie (-» problématique 3). Aussi ce que dit l'un se retrouve aisément dans ce que dit l'autre: « Mais à partir de là [de la puce] l'humanité pourrait se reconstituer! » s'affole Hamm (p. 48). À quoi fait écho cette réplique de Clov: « Pas la peine [de tuer l'enfant]? Un procréateur en puissance?» (p. 103).



Une même absence d'illusions

Tous deux rejettent également toute forme de croyance, d'idéal ou même de bonheur. Clov ne croit pas à une « vie future - (p. 67), et Hamm ne croit pas en l'existence d'une divinité ou d'une quelconque intelligence supérieure (p. 47 et 74). Ni l'un ni l'autre ne se souviennent d'avoir été heureux. Ils n'éprouvent ni amour ni amitié (p. 105-106). Quand Hamm parle de son « cœur », il fait rire ses parents (p. 31) puis Clov lui-même (p. 104).

Clov « rêve » d'« un monde où tout serait silencieux et immobile et chaque chose à sa place dernière » (p. 76). Là encore, ce rêve pourrait être celui de Hamm qui, lui, songe à se « taire, et rester tranquille » afin que « c'en [soit] fait, du son, et du mouvement »

(p. 90). C'est le même néant silencieux.

Aussi tiennent-ils souvent des propos complémentaires ou parallèles, comme par exemple dans cet échange: hamm. -Tu ne penses pas que ça a assez dure? clov. - Si ! ( Un tempS). Quoi ? hamm. - Ce... cette... chose.

CLOV. -Je l'ai toujours pensé. {Un tempS). Pas toi? (p. 61-62)



Hamm, double vieilli de Clov

Leur interchangeabilité est si forte que Hamm prédit à Clov qu'il deviendra comme lui :

Un jour tu seras aveugle. Comme moi. Tu seras assis quelque part, petit plein perdu dans le vide, pour toujours, dans le noir. Comme moi. [...] Oui, un jour tu sauras ce que c'est, tu seras comme moi [...]. (p. 51-52)

De fait, Clov marche déjà mal et finira peut-être paralysé; et s'il voit encore, sa vue ne cesse de baisser. En ce sens, quand il regarde Hamm, Clov observe moins son père adoptif que son propre avenir. À l'inverse, Hamm voit en Clov ce qu'il fut. Hamm ne fut pas en effet toujours paralysé: il a marché normalement, puis difficilement puis plus du tout. La lente dégradation qu'il observe chez Clov fut la sienne. L'un est ainsi le miroir de l'autre. Même la différence que Hamm veut introduire entre eux est dérisoire: « [...] sauf que toi tu n'auras personne, parce que tu n'auras eu pitié de personne et qu'il n'y aura plus personne de qui avoir pitié » (p. 52). Hamm n'a en effet jamais eu pitié de quiconque.

En anglais, clov désigne un clou et hammer un marteau (-» problématique 14). Voilà qui résume en définitive ce que sont les deux personnages: un clou sans marteau n'est guère utile, pas plus que ne l'est un marteau sans clou. L'un a besoin de l'autre, dans un rapport constant de complémentarité et de domination.






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Samuel Beckett
(1906 - 1989)
 
  Samuel Beckett - Portrait  
 
Portrait de Samuel Beckett


Biographie

Samuel Beckett naît en Irlande le 13 avril 1906 à Foxrock dans la banlieue sud de Dublin. Ses parents appartiennent à la bourgeoisie protestante de la ville et lui donnent une éducation très stricte.