wikipoemes
paul-verlaine

Paul Verlaine

alain-bosquet

Alain Bosquet

jules-laforgue

Jules Laforgue

jacques-prevert

Jacques Prévert

pierre-reverdy

Pierre Reverdy

max-jacob

Max Jacob

clement-marot

Clément Marot

aime-cesaire

Aimé Césaire

henri-michaux

Henri Michaux

victor-hugo

Victor Hugo

robert-desnos

Robert Desnos

blaise-cendrars

Blaise Cendrars

rene-char

René Char

charles-baudelaire

Charles Baudelaire

georges-mogin

Georges Mogin

andree-chedid

Andrée Chedid

guillaume-apollinaire

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

arthur-rimbaud

Arthur Rimbaud

francis-jammes

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
auteurs essais
 

Paul Verlaine



odes en son honneur - Poéme


Poéme / Poémes d'Paul Verlaine





I



Tu fus une grande amoureuse
A ta façon, la seule bonne
Puisqu'elle est tienne et que personne
Plus que toi ne fut malheureuse.
Après la crise de bonheur
Que tu portas avec honneur.

Oui, tu fus comme une héroïne,
Et maintenant tu vis, statue
Toujours belle sur la ruine
D'un espoir qui se perpétue
En dépit du
Sort évident.
Mais tu persistes cependant !

Pour cela, je t'aime et t'admire
Encore mieux que je ne t'aime *
Peut-être, et ce m'est un suprême
Orgueil d'être meilleur ou pire
Que celui qui fit tout le raalc.
D'être à tes pieds tremblant, féal !

Use de moi, je suis ta chose ;
Mon amour va, ton humble esclave.
Prêt à tout ce que lui propose
Ta volonté dure et suave,
Prompt à jouir, prompt à souffrir.
Prompt vers tout, hormis pour mourir d !

Mourir dans mon corps et mon âme.
Je le veux si c'est ton caprice.
Quand il faudra que je périsse
Tout entier, fais un signe, femme.
Mais que mon amour dût cesser ?
Il ne peut que s'éterniser.

Jette un regard de complaisance, Ô femme forte, ô sainte, ô reine.
Sur ma fatale insuffisance
Sans doute à te faire sereine :
Toujours triste du temps fané.
Du moins, souris au vieux damné.



II



Laisse dire la calomnie

Qui ment, dément, nie et renie

Et la médisance bien pire

Qui ne donne que pour reprendre

Et n'emprunte que pour revendre...

Ah ! laisse faire, laisse dire !

Faire et dire lâches et sottes,

Faux gens de bien, feintes mascottes".

Langues d'aspic et de vipère ;

Ils font des gestes hypocrites,

Ils clament, forts de leurs mérites.

Un mal de toi qui m'exaspère.

Moi qui t'estime et te vénère
Au-degSus de tout sur la terre,
T'estime et vénère, ma belle,
De l'amour fou que je te voue.
Toi, bonne et sans par trop de moue,
M'admettant au lit, ma fidèle * !

Mais toi, méprise ces menées.
Plus haute que tes destinées,
Grand cour, glorieuse martyre,
Plane au-dessus de tes rancunes
Contre ces d'aucuns et d'aucunes ;
Bah ! laisse faire et laisse dire !

Bah ! fais ce que tu veux, ma belle
Et bonne. - fidèle, infidèle, -
Comme tu fis toute ta vie.
Mais toujours, partout, belle et bonne,
Et ne craignant rien de personne.
Quoi qu'en aient la haine et l'envie.

Et puis tu m'as, si tu m'accordes
Un peu de ces miséricordes
Qui siéent envers un birbe honnête.
Tu m'as, chère, pour te défendre.
Te plaire, si tu veux m'entendre
Et voir, encor que laid et bête.



III



L'écartement des bras m'est cher, presque plus cher

Que l'écartement autre :
Mer puissante et que belle et que bonne de chair,

Quel appât est le vôtre !

Ô seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur.
Purs, blancs, joie et caresse,

Volupté pour mes yeux et mes mains et mon cour
Qui bat de votre ivresse,

Aisselles, fins cheveux courts qu'ondoie un parfum

Capiteux où je plonge.
Cou gras comme le miel, ambré comme lui, qu'un

Dieu fit bien mieux qu'en songe.

Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveurs

Autour de mes épaules.
Palpitants et si doux d'étreinte à mes ferveurs

Toutes à leurs grands rôles,

Que je ne sais quoi pleure en moi, pleine et plaisir.

Plaisir fou, chaste peine,
Et que je ne puis mieux assouvir le désir

De quoi mon âme est pleine.

Qu'en des baisers plus langoureux et plus ardents

Sur le glorieux buste,
Non sans un sentiment comme un peu triste dans

L'extase comme auguste !

Et maintenant vers l'ombre blanche - et noire " un peu.

L'amour, il peut détendre
Plus par en bas et plus intime son fier jeu

Dès lors naïf et tendre !



IV



La sainte, ta patronne ', est surtout vénérée
Dans nos pays du
Nord et toute la contrée
Dont je suis à demi, la
Lorraine et l'Ardenne.
Elle fut courageuse et douce et mourut vierge
Et martyre.
Or il faut lui brûler un beau cierge
En ce jour de ta fête et de quelque fredaine
De plus, peut-être, en son honneur, ô ma païenne !

Tu n'es pas vierge, hélas ! mais encore martyre "

Non pour
Dieu, mais pour qui te plut (qu'ont-ils à rire ?)

A cause de ton cour saignant resté sublime.

Courageuse, tu l'es, pauvre chère adorée.
Pour supporter tant de douleur démesurée
Avec cette fierté qui pare une victime.
Avec tout ce pardon joyeux et longanime.

Et douce ?
Ah oui ! malgré ton allure si vive
Et si forte et rude parfois.
Douce et naïve
Comme la voix d'enfant aux notes paysannes.
Douce au pauvre et naïve envers tous et que bonne
Sous un dehors souvent brutal qui vous étonne.
Vous, les gens, mais dont j'ai vite su les arcanes !
Douce et bonne et naïve, âme exquise qui planes

Au-dessus de tout préjugé bête ou féroce.
Au-dessus de l'hypocrisie et du cant rosse
Et du jargon menteur et de l'argot fétide
Dans la région pure c où la haine s'ignore,
Où la rancune expire, où l'amour pur arbore
Sur la blancheur des cieux sa bannière candide. Ô résignation infiniment splendide !

En ce jour de ta fête et malgré nos frivoles
Préoccupations moins coupables que folles
De baisers redoublés pour le cas, et l'antienne d
Plus gentille encor qu'excessive des mots lestes,
Recueillons-nous pourtant, pensons aux fins célestes
Afin qu'après la mort ou, las ! après la tienne,
Le survivant pour l'absent prie, ô ma chrétienne !



V



«
Quand je cause avec toi paisiblement.
Ce m'est vraiment charmant, tu causes si paisiblement !

Quand je dispute et te fais des reproches,
Tu disputes, c'est drôle, et me fais aussi des reproches.

S'il m'arrive, hélas ! d'un peu te tromper, Ô misère ! tu cours la ville afin de me tromper ".

Et si je suis depuis des temps fidèle,
Tu me restes, durant juste tous ces temps-là, fidèle

Suis-je heureux, tu te montres plus heureuse
Encore, et je suis plus heureux, d'enfin ! te voir heureuse *.

Pleuré-je, tu pleures à mon côté.
Suis-je pressant, tu viens bien gentiment de mon côté.

Quand je me pâme, lors tu te pâmes
Et je me pâme plus de sentir qu'aussi tu te pâmes.

Ah ! dis, quand je mourrai, mourras-tu, toi ? »
Comme je t'aimais mieux, je mourrai plus que toi. »

...
Et je me réveillai de ce colloque.
C'était un rêve (un rêve ou bien quoi ?) ce colloque.



VI



Mais après les merveilles
Qui n'ont pas de pareilles
De l'épaule et du sein.
Faut sur un autre mode
Dresser une belle ode
Au glorieux bassin.

Faut célébrer la blanche
Souplesse de la hanche
Et sa mate largeur.
Dire le ventre opime
Et sa courbe sublime
Vers le sexe mangeur.

Que chastement, encore
Que joliment, décore
Et défend juste assez
L'ombre qui sied aux choses
Divines, peu moroses"
Rideaux drûment tressés,

Teutatès adorable,
Saturne plus aimable,
Anthropophage cher *
Qui veut aux sacrifices
Non le sang des génisses
Mais le lait de ma chair.

Nous chanterons ensuite
L'aine blonde et sa fuitec
Ambrée au sein du
Saint...
Mais déposons la lyre.
Livrons-nous au délire
Raisonnable et succinct !

Non ! fou, braque, orgiaque.
En apache, en canaque
Ivre de tafia :

Nous ne sommes pas l'homme
Pour la docte
Sodome
Quand la
Femme il y a.



VII



Fin s'est réveillé.
Dès l'aube tu m'as dit "

Bonjour en deux baisers et le pauvre petit

Pépia, puis remit sa tête sous son aile

Et tut pour le moment sa gente ritournelle.

Ici je te rendis, pour les tiens, un baiser

Multiforme, ubiquiste et qui fut se poser

De la plante des pieds au bout des cheveux sombres

Avec des stations aux lieux d'éclairs et d'ombres,

Un jeu (car tu riais) ridiculement doux,

Et, brusque, entre les tiens je poussai mes genoux,

Tôt redressé sur eux et, penché vers ta bouche,

Fus brutal sans que tu te montrasses farouche,

Car tu remerciais dans un regard mouillé.

C'est alors que
Fin, tout à fait réveillé,

Le mignon compagnon ! comparable aux bons drilles
Que le bonheur d'autrui ne fait pas * envieux,
Salua mon triomphe en des salves de trilles
Que tout son petit cour semblait lancer aux cieux.

Il sautillait, fiérot, comme un gars qui se cambre,
Acclamant un vainqueur justement renommé,
Et l'aurore éclatant aux carreaux de la chambre
Attestait sans mentir que '' nous avions aimé.



VIII



Cuisses grosses mais fuselées.
Tendres et fermes par dessous.
Dessus, d'un dur qui serait doux,
Musculeuses et potelées,

Cuisses si bonnes, tant baisées
Devers leur naissance et par là.
Blanches plus que rose-thé, la
Meilleure part de mes pensées.

Genoux, petites têtes d'anges
Bouffis dans leur juste maigreur,
Mollets bondis qui font fureur
En des bas clairs craignant les fanges.

Pieds dressés pour te hausser jusque

A ma taille pour t'embrasser.

Moi, t'enlever et te placer

Sur le lit. pieds très beaux que busqué

La cheville de mol ivoire
Et que parfume leur fraîcheur ;
Doigts délicats, frêle rougeur
Doucement fauve " au talon, voire

Assez forte peau pour la marche,
Mais quoi ! faut-il pas au cher corps
Base solide et soutiens forts,
Au cher corps qui garde mon *
Arche ?

L'arche de crainte et de blandices
Où j'entre, tous torts expiés,
Comme on monterait au ciel.
Pieds
Divins, genoux fins, bonnes cuisses !



IX



Tu fus souvent cruelle.
Même injuste parfois,
Mais que fait, ô ma belle,
Puisqu'en toi seule crois

Et puisque suis ta chose.

Que tu me trompes avec
Pierre,
Louis, et colera punclum.
Le sais, mais, là ! n'en ai que faire °
Ne suis que l'humble factotum.

De ton humeur gaie ou morose.

S'il arrive que tu me battes.
Soufflettes, égratignes, tu
Es le maître dans nos pénates,
Et moi le cocu, le battu.

Suis content et vois tout en rose.

Et puis dame ! j'opine
Qu'à me voir ainsi si
Tien, finiras, divine,
Par m'aimoter ainsi *

Qu'on s'attache à sa chose.



X



Et maintenant, aux
Fesses !
Je veux que tu confesses.
Muse, ces miens trésors
Pour quels - et tu t'y fies -

Je donnerais cent vies
Et, riche, tous mes ors
Avec un tas d'encors.

Mais avant la cantate
Que mes âme et prostate
Et mon sang en arrêt
Vont dire à la louange
De son cher
Cul que l'ange... Ô déchu ! saluerait.
Puis il l'adorerait",

Posons de lentes lèvres
Sur les délices mièvres
Du dessous des genoux,
Souple papier de
Chine,
Fins tendons, ligne fine
Des veines sans nul pouls *
Sensible, il est si doux !

Et maintenant, aux
Fesses !
Déesses de déesses,
Chair de chair, beau de beau.
Seul beau qui nous pénètre
Avec les seins, peut-être,
D'émoi toujours nouveau
Pulpe dive, aime peau !

Elles sont presque ovales.
Presque rondes.
Opales,
Ambres, roses (très peu)
S'y fondent, s'y confondent
En blanc mat que répondent
Les noirs, roses par jeu.
De la raie au milieu.

Déesses de déesses !
Du repos en liesses,
De la calme gaîté.
De malines fossettes
Ainsi que des risettes c.
Quelque perversité
Dans que de majesté !...

Et quand l'heure est sonnée

D'unir ma destinée

A son destin fêté,

Je puis aller sans crainte

Et bien tenter l'étreinte

Devers l'autre côté :

Leur concours m'est prêté.

Je me dresse, et je presse,
Et l'une el l'autre fesse

Dans mes heureuses mains.
Toute leur ardeur donne.
Leur vigueur est la bonne
Pour aider aux hymens
Des soirs aux lendemains...

Ce sont les reins ensuite.
Amples, nerveux, qu'invite
L'amour aux seuls élans
Qu'il faille dans ce monde.
C'est le dos gras et monde.
Satin tiède, éclairs blancs,
Ondulements troublants.

Et c'est enfin la nuque
Qu'il faudrait être eunuque
Pour n'avoir de frissons,
La nuque damnatrice,
Folle dominatrice
Aux frissons polissons
Que nous reconnaissons.

Ô nuque proxénète.
Vaguement déshonnête
Et chaste vaguement.
Frisons, joli symbole
Des voiles de l'Idoled
De ce temple charmant.
Frisons chers doublement !



XI



Riche ventre qui n'a jamais porté.

Seins opulents qui n'ont pas allaité,

Bras frais et gras, purs de tout soin servile.

Beau cou qui n'a plié que sous le poids
De lents baisers à tous les chers endroits.
Menton où la paresse se profile,

Bouche éclatante et rouge d'où jamais
Rien n'est sorti que propos que j'aimais.
Oiseux et gais - et quel nid de délices !

Nez retroussé quêtant les seuls parfums
De la santé robuste, yeux plus que bruns
Et moins que noirs, indulgemment complices.

Front peu penseur mais pour cela bien mieux.
Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux
Jusques aux reins lourdement se hasarde.

Croupe superbe éprise de loisir

Sauf aux travaux du suprême plaisir,

Aux gais combats dont c'est l'arrière-garde.

Jambes enfin, vaillantes seulement

Dans le plaisant déduit au bon moment

Serrant mon buste ou ballant vers la nue.

Puis, au repos - cuisses, genoux, mollet, -
Fleurant comme ambre et blanches comme lait : -
Tel le pastel d'après ma femme nue.



XII



Mais
Sa tête,
Sa tête !
Folle, unique tempête
D'injustice indignée.
De mensonge en furie.
Visions de tuerie
Et de vengeance ignée ;

Puis exquise bonace.
Du soleil plein l'espace,
Colombe sur l'abîme,
Toute bonne pensée
Caressée et bercée
Pour un réveil sublime.

Force de la nature
Magnifiquement dure
Et si douce,
Sa tête,
Adoré phénomène Ô de ma
Philomène
La tête, seule fête !

Et voyez qu'elle est belle

Cette tête rebelle

A la littérature

Comme à l'art de la brosse

Et du ciseau féroce,

Voyez, race future !

Car je veux dire aux
Ages
Ce plus cher des visages.
Cheveux noirs comme l'ombre
Où passerait une onde
Pure, froide, profonde.
Sous un ciel bas et sombre.

Petit front d'Immortelle
Plissé dans la querelle,
Nez mignard qu'ironise

Un bout clair qui s'envole,
Bouche d'où
Sa parole
Part, précise et concise

Mais sorcière sans cesse.
Qui blesse et qui caresse
Mon âme obéissante.
Soumise, adulatrice, Ô voix dominatrice, voix toute-puissante !...

Et ô sur cette bouche
Plus âpre que farouche,
Plus farouche que tendre,
Plus tendre qu'ordinaire,
Prince au fond débonnaire,
Le
Baiser semble attendre.

Et tout cela qu'éclaire

Le regard circulaire

De deux beaux yeux de braise,

Bruns avec de la flamme,

Sournois avec de l'âme

Et du cour, n'en déplaise

A nos jaloux, ma reine,

Ma noble souveraine

Qui me tiens dans tes geôles,

O tête belle et bonne

Et mauvaise - et couronne

Du trône, tes Épaules.



XIII



Nos repas sont charmants encore que modestes",
Grâce à ton art profond d'accommoder les restes
Du rôti d'hier ou de ce récent pot-au-feu
En hachis et ragoûts comme on n'en trouve pas chez
Dieu.

Le vin n'a pas de nom, car à quoi sert la gloire ?
Et puisqu'il est tiré, ne faut-il pas le boire ?
Pour le pain, comme c on n'en a pas toujours mangé.
Qu'il nous semble excellent me semble un fait archijugé.

Le légume est pour presque rien, et le d fromage :
Nous en usons en rois dont ce serait l'usage.
Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal.
Pourvu qu'il y en ait dans ce festin vraiment frugal.

Mais le triomphe, au moins pour moi, c'est la salade :
Comme elle en prend ! sans jamais se sentir malade.

Plus forte en cela que défunt
Tragaldabas,
Et j'en bâfre de cour tant elle est belle en ces ébats.
Et le café, qui pour ma part fort m'indiffère.
Ce qu'elle l'aime, mes bons amis, quelle affaire !
Je m'en amuse et j'en jouis pour elle, vrai !
Et puis je sais si bien que la nuit j'en profiterai.
Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvre
Et ses yeux allumés encor d'un brin de fièvre
Par la goutte de rhum bue en trinquant gaîment
Avec moi, présage gentil d'un choc bien plus charmant.



XIV



Nous sommes bien faits l'un pour l'autre ;
Pourtant, quand tu me rencontras
Menant mes derniers embarras
D'homme grave et de bon apôtre,
Ruine encore de chrétien.
Philosophe déjà païen,

Lourds de doctrine et de scrupule, (Le tout un peu décomposé).
Mais au fond très bien disposé
Pour la popine et la crapule.
En un mot, sot entre les sots
De cette sorte de puceaux.

T'eus quelque mal à la conquête, -
Et par ce mot que j'ai voulu
J'entends ton triomphe absolu, -
Sinon de mon cour, de ma tête ;
Je ne parle pas de mon corps
Vaincu dès les primes abords.

Mais comme nous sympathisâmes
Dès nos esprits mis en rapport
Et dès lors quel parfait accord
Entre ces luronnes, nos âmes,
Ces luronnes et nos lurons
D'esprits tout carrés et tout ronds !

Toi simple, encor que compliquée.
Et moi " naïf aux cent replis.
Notre expérience des lits
Et notre ignorance marquée
En fait de sentiments subtils,
Tout ce nous rendait que gentils

L'un à l'autre ! en dépit, par crises,
De colères bien vite au trot*.

D'humeurs noires, roses bientôt.
Et, mon
Dieu, d'un tas de sottises
Qu'on réparait, pour r'apaiser
Madame et
Monsieur, d'un baiser !

C'est de persévérer, petite !
C'est, chère, de continuer,
Quittes à parfois nous tuer
Pour nous ressusciter ensuite.
C'est de rester à deux, vraiment,
Bon cour et mauvais garnement.



XV



Quand tu me racontes les frasques
De ta chienne de vie aussi,
Mes pleurs tombent gros, lourds, ainsi
Que des fontaines dans des vasques.
Et mes longs soupirs condolents
Se mêlent à tes récits lents.

Tu me dis tes amours premières :

Fille des champs avec des gars

Puis fille en ville aux fols écarts

Et les trahisons coutumières

Et mutuelles sans remord

Des deux parts et comme d'accord.

Tout d'un coup un caprice vite
Mûri, par l'us, en passion
Sauvage, tel l'humble scion
Grandissant en palme subite
Qu'agiterait dans quelque vert
Paysage un vent du désert.

Fidèle, toi, l'autre, infidèle,
Toi douloureuse, lâche, enfin
Furieuse, soûle du vin
Du vice, essorant d'un coup d'aile
Ton cour comme un aigle blessé.
Mais sans pouvoir fuir le passé...

Je t'écoute, et ma pitié toute.

Toute mon admiration,

Une indicible affection,

Te vont de moi par quelle route.

Sinon celle d'un pur amour

Qui souffrirait, chère, à son tour,

Qui souffrira, j'en ai la crainte.
Qui souffre déjà, tu le sais,

Toi parfois mauvaise à l'excès.
Charmante aussi comme une sainte
Envers ce moi, bon vieil amant.
Le dernier, hein, probablement ?



XVI



Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie,
Et même je t'en aime et t'en admire mieux.
Il montre ton grand cceur et la gloire inflétrie
D'un amour tendre et fort autant qu'impétueux.

Car tu n'eus peur ni de la mort ni de la vie,
Et, jusqu'à cet automne fier répercuté
Vers les jours orageux de ta " prime beauté.
Ton beau sanglot, honneur sublime, t'a suivie '.
Ton beau sanglot que ton beau rire condolait
Comme un frère plus mâle, et ces deux bons génies
T'ont sacrée à mes yeux de vertus infinies
Dont mon amour à moi, tout fier, se prévalait

Et se targue pour t'adorer au sens mystique :
Consolations, voux, respects, en même temps
Qu'humbles caresses et qu'hommages ex-votants
De ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque
Où tant de passions comme en un
Panthéon,
Rancours, pardons, fureurs et la sainte luxure
Tinrent leur culte, respectant la forme pure
Et le galbe puissant profanés par
Phaon '.

Pense à
Phaon pour l'oublier dans mon étreinte
Plus douce et plus fidèle, amant d'après-midi,
D'extrême après-midi, mais non pas attiédi.
Que me voici, tout plein d'extases et de crainte.
Va, je t'aime... mieux que l'autre : il faut l'oublier.
Toi : souris-moi du moins entre deux confidences,
Amazone blessée es belles imprudences
Qui se réveille au sein d'un vieux brave écuyer.



XVII



«
Tu m'obstines !» - «
Et je t'emmène
A la campagne. »
Ainsi parlaient
Deux amoureux dont s'éperlaient
Plus d'un encor propos amène.

Je crains fort que ces amoureux
N'aient été nous, l'autre semaine.
Nous répondant,
Tircis,
Clymcne,
Hélas ! en mots trop savoureux.

Mais puisqu'il en est temps encore,
Puisqu'il en est encore temps.
Ne soyons donc plus mécontents.
Au contraire, et que s'édulcore

Notre courroux, pourtant grondant
Un petit peu, mais pour la forme,
En un orage horrible, énorme.
De gros baisers se répondant.

ma dure et bonne compagne,
Assez, dis, de malentendus,
Et si tu veux - car je le dus -
Or, je t'emmène à la campagne.



XVIII



Ô toi triomphante sur deux

«
Rivales » (pour dire en haut style),

Tu fus ironique, - elles... feues -

Et n'employas d'effort subtil

Que juste assez pour que tu fus -

Ses encor mieux, grâce à cet us

Qu'as de me plaire sans complaire
Plus qu'il ne faut à mes caprices.
Or, je te viens jouer un air
Tout parfumé d'ambre et d'iris
Bien qu'ayant en horreur triplice
Tout parfum hostile ou complice,

Sauf la seule odeur de toi, frais
Et chaud effluve, vent de mer
Et vent, sous le soleil, de prées
Non sans quelque saveur amère
Pour saler et poivrer, ainsi
Qu'il est urgent, mon cour transi.

Mon cour, mais non pas ma bravoure
En fait d'amour !
Tu ressuscite-Rais un défunt, le bandant pour
Le déduit dont
Vénus dit :
Sil !
Oui, mon cour encore il pantèle
Du combat court, mais de peur telle !

Peur de te perdre si le sort
Des armes eût trahi tes coups,

Peur encor de toi, peur encore
De tant de boudes et de moues.
Quant aux deux autres, ô là là !
Guère n'y pensais, t'étais là.

Iris, ambre, ainsi j'annonçai

-
Ma mémoire est bonne - ces vers

A ta victoire fière et gaie

Sur tes rivales somnifères.

Mais que n'ont-ils le don si cher.

Si pur : fleurer comme ta chair !



XIX



Ils me disent que tu me trompes.
D'abord, qu'est-ce que ça leur fait,
Chère frivole, que " tu rompes
Un serment que tu n'as pas fait ?

Ils me disent que t'es méchante
Envers moi, - moi, qui suis si bon !
Toi, méchante !
Qu'un autre chante
Ce refrain très loin d'être bon.

Méchante, toi qui toujours m'offres
Un sourire amusant toujours,
Toi, ma reine, qui de tes coffres
Me puises des trésors toujours.

Ils me disent et croient bien dire,
O toi, que tu ne m'aimes pas.
Que m'importe, j'ai ton sourire.
Et puis, tu ne m'aimerais pas ?

Tu ne m'aimes pas ?
Et la grâce
Et la force de ta beauté,
Tu me les donnes, grande et grasse
Et voluptueuse beauté.

Tu ne m'aimes pas ?
Et quand même
Ce serait vrai, qu'est-ce que fait? «
Si tu ne m'aimes pas, je t'aime. » -
Mais tu m'aimes» dis, par le fait.






Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Paul Verlaine
(1844 - 1896)
 
  Paul Verlaine - Portrait  
 
Portrait de Paul Verlaine


Ouvres

Après une enfance à Metz, il fait ses études à Paris et trouve un emploi à l'Hôtel de Ville. Il fréquente les salons et cafés littéraires de la capitale et fait la connaissance de nombreux poètes célèbres de son époque. Ces rencontres l'incitent à composer lui aussi des vers. Verlaine est d'un caractère timide, et cette faiblesse est aggravée par des deuils familiaux : il se tourne alors vers la b

Chronologie


Biographie


mobile-img