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Paul Verlaine

épilogue - Poéme


Poéme / Poémes d'Paul Verlaine





I



Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.
Balancés par un vent automnal et berceur,
Les rosiers du jardin s'inclinent, en cadence.
L'atmosphère ambiante a des baisers de sœur.

La
Nature a quitté pour cette fois son trône

De splendeur, d'ironie et de sérénité :

Clémente, elle descend, par l'ampleur de l'air jaune,

Vers l'homme, son sujet pervers et révolté.

Du pan de son manteau que l'abîme constelle,

Elle daigne essuyer les moiteurs de nos fronts,

Et son âme éternelle et sa forme immortelle

Donnent calme et vigueur à nos cœurs mous et prompts.

Le frais balancement des ramures chenues.
L'horizon élargi plein de vagues chansons.
Tout, jusqu'au vol joyeux des oiseaux et des nues.
Tout, aujourd'hui, console et délivre. —
Pensons.



II



Donc, c'en est fait.
Ce livre est clos.
Chères
Idées
Qui rayiez mon ciel gris de vos ailes de feu
Dont le vent caressait mes tempes obsédées,
Vous pouvez revoler devers l'Infini bleu !

Et toi.
Vers qui tintais, et toi,
Rime sonore,
Et vous,
Rhythmes chanteurs, et vous, délicieux
Ressouvenirs, et vous,
Rêves, et vous encore,
Images qu'évoquaient mes désirs anxieux,

II faut nous séparer.
Jusqu'aux jours plus propices
Où nous réunira l'Art, notre maître, adieu.
Adieux, doux compagnons, adieu, charmants complices !
Vous pouvez revoler devers l'Infini bleu.

Aussi bien, nous avons fourni notre carrière
Et le jeune étalon de notre bon plaisir.
Tout affolé qu'il est de sa course première,
A besoin d'un peu d'ombre et de quelque loisir.


Car toujours nous t'avons fixée, ô
Poésie,
Notre astre unique et notre unique passion,
T'ayant seule pour guide et compagne choisie.
Mère, et nous méfiant de l'Inspiration.



III



Ah ! l'Inspiration superbe et souveraine ',
L'Égérie aux regards lumineux et profonds,
Le
Genium commode et l'Erato soudaine,
L'Ange des vieux tableaux avec des ors au fond,

La
Muse, dont la voix est puissante sans doute,
Puisqu'elle fait d'un coup dans les premiers cerveaux,
Comme ces pissenlits dont s'émaille la route.
Pousser tout un jardin de poëmes nouveaux,

La
Colombe, le
Saint-Esprit, le saint
Délire,

Les
Troubles opportuns, les
Transports complaisants,

Gabriel et son luth,
Apollon et sa lyre,

Ah ! l'Inspiration, on l'invoque à seize ans !

Ce qu'il nous faut à nous, les
Suprêmes
Poètes
Qui vénérons les
Dieux et qui n'y croyons pas,
A nous dont nul rayon n'auréola les têtes,
Dont nulle
Béatrix n'a dirigé les pas,

A nous qui ciselons les mots comme des coupes
Et qui faisons des vers émus très froidement,
A nous qu'on ne voit point les soirs aller par groupes
Harmonieux au bord des lacs et nous pâmant,

Ce qu'il nous faut, à nous, c'est, aux lueurs des lampes,
La science conquise et le sommeil dompté.
C'est le front dans les mains du vieux
Faust des estampes,
C'est l'Obstination et c'est la
Volonté !

C'est la
Volonté sainte, absolue, éternelle,

Cramponnée au projet comme un noble condor

Aux flancs fumants de peur d'un buffle, et d'un coup d'aile

Emportant son trophée à travers les deux d'or !

Ce qu'il nous faut à nous, c'est l'étude sans trêve.
C'est l'effort inouï, le combat nonpareil.
C'est la nuit, l'âpre nuit du travail, d'où se lève
Lentement, lentement, l'Œuvre, ainsi qu'un soleil !

Libre à nos
Inspirés, cœurs qu'une œillade enflamme.
D'abandonner leur être aux vents comme un bouleau ;
Pauvres gens ! l'Art n'est pas d'éparpiller son âme :
Est-elle en marbre, ou non, la
Vénus de
Milo ?

Nous donc, sculptons avec le ciseau des
Fensées
Le bloc vierge du
Beau,
Paros immaculé.
Et faisons-en surgir sous nos mains empressées
Quelque pure statue au péplos étoile.

Afin qu'un jour, frappant de rayons gris et roses
Le chef-d'œuvre serein, comme un nouveau
Memnon,
L
Aube-Postérité, fille des
Temps moroses,
Fasse dans l'air futur retentir notre nom
I






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Paul Verlaine
(1844 - 1896)
 
  Paul Verlaine - Portrait  
 
Portrait de Paul Verlaine


Œuvres

Après une enfance à Metz, il fait ses études à Paris et trouve un emploi à l'Hôtel de Ville. Il fréquente les salons et cafés littéraires de la capitale et fait la connaissance de nombreux poètes célèbres de son époque. Ces rencontres l'incitent à composer lui aussi des vers. Verlaine est d'un caractère timide, et cette faiblesse est aggravée par des deuils familiaux : il se tourne alors vers la b

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