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Maurice Chappaz

LA PETITE ÉPINE TREMPÉE DANS L'ENCRE


Poésie / Poémes d'Maurice Chappaz





par Christophe Calame



En 1966, Maurice Chappaz avait cinquante ans. « J'avais rencontré Bertil Galland, l'éditeur de ma vie, qui me donna le succès. »

Cette année-là vont paraître non seulement ses deux nouveaux recueils, Office des morts et Tendres campagnes, mais aussi reparaître tous les autres recueils plus anciens, égrenés jusque-là dans sa course par le « garçon qui croyait au paradis » (selon l'expression qui donnera plus tard son titre à un récit autobiographiquE).





Je regarde ces petits livres gris au graphisme parfait, sans âge : dans leur mesure égalisée, trente ans d'itinéraire poétique. Je cherche une image. Je ne veux pas retenir celle, trop facile, des toits d'un petit village valaisan. C'est peut-être Tendres campagnes qui va me la donner. Et non pas tant au sens des « campagnes », ces petits pâturages, ces lopins de vignes âprement rassemblés par Maurice Chappaz et ses compatriotes, mais surtout au sens des « campagnes » que sont les expéditions « perdues » dont parle l'auteur dans une lettre. Oui, ces petits livres sont les domaines intérieurs de Maurice Chappaz, et en même temps le mémorial de ses anabases de rôdeur.

« J'avais accepté et même élu la solution confidentielle, dit Maurice Chappaz de ses premières publications, ce tir secret à longue distance de Mermod qui avait parfaitement convenu aux poètes que j'admirais, les grands Vaudois à l'œil aigu, à l'œil pur, et qui portait sur deux cents ou trois cents lecteurs. »> Et l'on peut dire en effet que les recueils de Maurice Chappaz ont été « semés » aux quatre coins de la Suisse romande : les Grandes Journées de Printemps à Porrentruy (dans le JurA) en 1944, Verdures de la Nuit à Lausanne en 1945, la petite anthologie des textes de La Fontaine à Fribourg en 1946, les traductions de Théocrite, de Virgile et le Testament du Haut-Rhône (1953), le Valais au gosier de grive (1960), le Chant de la Grande-Dixence (1965), chez plusieurs éditeurs différents (ce qui est aussi toute une géographie !). A ce moment, le rôdeur des refuges, des granges et des chemins de forêts est devenu un propriétaire foncier qui a bâti sa maison, qui commercialise avec adresse les vins de son clan. C'est aussi un père de famille. Bref, déjà peut-être plus qu'un « petit propriétaire-vigneron avec des domiciles dans les forêts » comme le traducteur des Géorgi-ques aime à se décrire.



En 1966, Chappaz publie aussi le Portrait des Valaisans en légende et en vérité, qui se vendra à plusieurs milliers d'exemplaires en quelques mois, et lui vaudra ce prix de la ville de Martigny qui représentait pour lui la réconciliation avec sa •< ville natale ». (« Mais c'est de l'amitié, me suis-je tout à coup aperçu, qui jaillit vers moi ! Et cela m'a ébranlé. Je me rappelle mon beau-père le Peintre quand nous parlions du succès : "Mais non, Maurice, le succès c'est quand la fanfare du village vient nous chercher, c'est la fête populaire". »). Et deux ans plus tard, c'est Corinna Bille — son épouse et la mère de ses trois enfants — qui sort enfin du désert en publiant la Fraise noire. Bertil Galland, depuis Lausanne, négocie avec Gallimard quatre titres de Corinna Bille dans la collection blanche. Cette politique éditoriale dynamique va amener les écrivains de la Suisse romande aux grandes consécrations de l'actualité littéraire parisienne : Chessex recevra le prix Goncourt en 1973, Borgeaud le prix Renaudot en 1974, Corinna Bille la première Bourse de la nouvelle de l'Académie Goncourt en 1975. Comme le cinéma suisse au début des années 70, les écrivains suisses étaient sortis du ghetto national. Les années 80 les y ont-elles replongés ? Ce n'est pas sûr : là comme ailleurs les étiquettes collectives sont tombées. Borgeaud, Chessex, Bouvier et d'autres n'ont guère besoin d'être présentés comme « suisses » pour être lus.



Je regarde, dans la biographie de Corinna Bille par Gilberte Favre, la photographie prise en 1976 sur l'île San Giulio, au lac d'Orta dont Bertil Galland vient de raconter l'histoire étonnante dans son récent Princes des marges. On y voit rassemblés presque tous les écrivains qui publiaient alors chez lui. Barbes, moustaches, cheveux longs, foulards, jeans, pattes d'éléphant, sabots, Clark, bottes de western... Mais aussi c'est les années 70, la décennie la plus libre du siècle peut-être : les commissaires politiques n'étaient plus crédibles et l'entrepreneur n'était pas encore devenu la figure achevée de la raison. Je comprends maintenant le secret de cette photographie : les écrivains qui sont rassemblés là ne sont pas un « mouvement » d'avant-garde et ne sont pas non plus en « concurrence ». Subjectivement, ils sont amis ; objectivement, ils sont complémentaires au sens où chacun « représente » une œuvre, un genre littéraire, une fonction sociale (tiens, pas de journalistes littéraireS), et puis surtout des régions de la Suisse romande. Monnier « est » le Jura ; Chessex, le pays de Vaud ; Chappaz et Corinna Bille « sont » le Valais.



Qu'est-ce que le Valais ? Géographiquement parlant, c'est la haute vallée du Rhône, depuis sa source jusqu'au lac Léman, qui forme dans la Suisse francophone le plus méridional des « cantons », si l'on peut appliquer ce terme administratif étriqué aux Etats souverains dûment constitués qui forment la Confédération helvétique : il ne leur manque pour être indépendants que la monnaie, l'uniforme et les timbres, toutes choses dont les vieilles nations de la Communauté européenne se verront d'ailleurs bientôt privées elles aussi. Pour Maurice Chappaz, le Valais est bien plus qu'un Etat. C'est une « hostie », une « terre des calices ».

Avec la rencontre de Corinna Bille et de Maurice Chappaz, deux châteaux de la grande vallée s'unissaient. D'abord celui de l'Oncle — terme à prendre dans une acception presque sicilienne : Maurice Troillet, quarante ans au Conseil d'Etat du Valais, président du Conseil national suisse, était le propriétaire de l'Abbaye du Châble, le château d'été du prince-abbé de Saint-Maurice institué par Sigismond, roi de Bourgogne. Ensuite le Paradou, la grande demeure « fin de siècle » du peintre Edmond Bille à Sierre, dans laquelle Romain Rolland, Pierre Jean Jouve et bien d'autres ont résidé (voyez le Monde désert de JouvE), sans parler du souvenir des dernières années de Rilke. Le vieux Valais patriarcal rencontrait la culture européenne (au seul moment du siècle où elle l'ait vraiment été).

En 1976, pourtant, la presse du Valais va se déchaîner contre eux : « Le Valais a sa gangrène et son cancer, c'est Maurice Chappaz... Chappaz écrit toujours pour dénigrer toutes les valeurs de civilisation dont le culte et le respect ont valu à la Suisse sa position éminente parmi les nations... La montagne a accouché d'une sale bête puante... Il y a longtemps qu'il parcourt le pays vêtu en clochard... Il y a longtemps qu'il fait de l'auto-stop et emprunte des livres sans les rendre... Chappaz s'accroupit pour ses besoins dans la position de l'embryon déféquant sur les Alpes... Une littérature pour les porcs... Ils sont possédés par le mauvais esprit... » D'où vient cette haine, cette violence verbale si peu helvétique ? Chappaz s'en était pris aux promoteurs du tourisme alpin, aux maquereaux des cimes blanches » comme il dit.



Il n'avait pas attendu pourtant d'être un personnage public pour lancer des campagnes de défense de la nature : en 1948, à peine établi et presque sans ressources, il se bat déjà contre l'établissement d'une place d'armes pour les chars dans le bois de Finges. Puis plus tard contre l'extension de l'aérodrome militaire de Sion. « Quelle est la tâche des poètes ? Ils font face à de grandes destructions, politiques malgré eux, anarchistes sociaux (...) Pour moi, dans l'ici et le maintenant du Valais, c'était un envahissement monstrueux : l'armée nous écrasant de ses places d'armes, l'usine pourrissant pinèdes et vergers de ses fumées, le tourisme industriel équipant les cimes blanches et étalant, écumant, une énorme pollution. Rire des porte-monnaie. La plaine disparaissait sous le béton. Villages bradés, incendies favorisés. I! y a un meurtre. Je le ressentais à la source même de ma poésie. »

Les années 70 ? la défense de la nature ? l'amour des paysans ? le catholicisme ? Mais n'avait-on pas établi la dangerosité éminente et définitive de tout cela ? Que font les nouveaux maîtres penseurs qui veillent sur notre vertu ? Mais c'est un scandale ! on veut nous faire lire un poète qui n'a pas de pôle-position dans la presse, qui ne passe pas à Sacrée soirée, qui porte des chaussures de montagne et qui, en plus de tout, est Suisse ? Chappaz répondrait (à la manière de MilleR) : « Notre temps nie absolument la paix, depuis l'instant de penser jusqu'à celui de se rendre au petit endroit qui était anciennement une guérite, un pigeonnier obligeant à une délassante promenade sur une galerie de bois. Cette paix d'être, de vaquer à ses occupations, de comprendre quelques éléments de l'univers en agissant (comme lorsqu'on marche en montagnE) nous apparaît maintenant presque une sagesse orientale (...) Les archives de la culture populaire affirment bien aussi que les antiques structures des hameaux ont aidé, protégé les existences de chacun. Le but de cette humanité qui ne pactisa jamais avec les guerres et les duperies de la grande politique fut les bonheurs obscurs, les seuls véritables. »



Aujourd'hui, Maurice Chappaz vit dans la maison de l'Oncle, au Châble, avec ses vins, parmi ses livres et les manuscrits laissés par Corinna Bille, dont il prépare l'édition. Il est revenu de ses voyages, de ses lieux saints : Himalaya, Tibet, Népal, Spitzberg, Laponie, Russie, Liban.



Bien sûr, le titre de Tendres campagnes est virgilien. Bien sûr, on pourrait y trouver « les fermes, les maisons tranquilles entre les arbres fruitiers » dont parle dans sa brillante préface le traducteur des Géorgiques (préface qui a été recalée en postface dans l'édition « Poésie/Gallimard » ; la réflexion sur l'actualité de Virgile est remplacée en tête du volume par des considérations historiques, plus utiles aux étudiants qui apprennent le latin : quel triple exil que celui du temps, de l'étude, de la langue !). Pour Maurice Chappaz, Virgile est le contemporain absolu. Son expérience de la crise de l'agriculture romaine est celle même du Valais contemporain :



« Personne ne sait qu'il possède le bonheur et moins que les autres sans doute ces milliers de villages un peu mages — de l'Eirurie, des Monts Sabins, de l'Ombrie — qui assimilaient le monde sans rien dire et devaient disparaître sucés, happés de loin par la Rome impériale dévorante, s'éparpillant en soldats, fonctionnaires, boutiquiers ou rentiers dans l'Urbs ou à son service. Les masses conradines italiennes s'éteignirent presque totalement en moins d'un siècle. Le blé, l'huile d'olive et le vin, l'essentiel de la vie fut importé d'Egypte, de Sardaigne, des îles grecques. Les champs restèrent incultes ou mal travaillés par d'anciens militaires auxquels on les disiribuaii gratuitement el qui faisaient la noce, ou furent acquis encore par les spéculateurs. Les riches propriétaires d'esclaves seuls pouvaient tenir campagne et arrondir à l'infini leurs domaines sans se soucier d'une vraie culture. Les campagnards libres devinrent de très pauvres diables, endettés et prisonniers. Toute cette lamentable chute de l'agriculture, mal, pas du tout enrayée à coups de décrets, s'accompagnait d'ailleurs d'un foisonnement d'exploiiations pour villas, escargotières, viviers, ruchers, élevages de grives, serres de fleurs et de fruits. »



Pourtant très peu de choses, dans Tendres campagnes, peuvent nous renvoyer à ces idylles que le rôdeur Maurice Chappaz cherchait encore dans ses errances. Il y a bien une source, mais c'est « la grande bible de la ferme » ; il y a bien des cerisiers en fleurs, mais c'est ceux du Japon ; une heure avant l'aube au rendez-vous de la Pernette, on ne reçoit qu'une volée de plombs, et d'ailleurs dans ce « pays où tout est gratis », les verres de moût ont le même prix que les coups de fusil ; il y a bien un paysan, mais « qui s'empoigne la tête », ne sachant que faire de la nuit : prier, regarder la lune ou forniquer ? Et si celui qui nous racontait ses « tendres campagnes » était, non le centurion odieux des Bucoliques bien sûr, mais un centurion plus tardif, plus doux, plus rêveusement barbare ? Je suis un doux I soldat burgonde I qui lient le monde I ouvert la nuit, conclut le poème central du recueil. Et l'on repère alors toute la part faite au monde militaire dans ce recueil : un « sergent des ombres » rappelle l'amoureux éconduit, celui qui se décrit ainsi : Poète trôleuret chat gris, I vivant en songe de vie, I j'ai perdu mon régiment. Et c'est jusqu'à la métaphore amoureuse qui semble venir s'enrégimenter : Même lit, mêmes cœurs I presque comme à la caserne, et Ils se dévêtirent et ils s'aimèrent I comme deux soldats en voyage. (On pourrait de même évoquer le régime seigneurial du discours poétique, celui qui provient de l'intarissable source occitane.)



Pour aller du titre virgilien à l'enonciation finale de la douceur « burgonde » du tendre conquérant qui tient « ouvertes les portes de la nuit », le thème décisif du recueil est peut-être bien celui de la nuit justement : Tendres campagnes est un poème infiniment nocturne. Et certes seule la Nuit I peut avoir pitié de moi, dit le poète. Et plus loin : Je voudrais que la nuit I remplace le jour. Cette nuit, souhaitée jusqu'au blasphème à l'égard de la figure diurne du Christ, c'est l'élément enveloppant qui abrite l'être aimé : Sur le toit de sa chambre I la nuit qui marche comme une colombe. L'être aimé lui-même, « nuit au milieu du jour », recèle et contient la nuit désirée : Nuit dessinant la nuit, la rigok d'ombre entre tes seins. Tes lèvres sucent un peu de noirceur transparente. Même si le poète s'accuse d'avoir méconnu l'amour, en se traitant lui-même « d'idiot de nuit ». Rien ne peut cependant arrêter la quête amoureuse qui conduit les « princes qui habitaient chez Virgile » à aller « obscurs dans les nuits blanches », à la seule lumière de cette rougeur qui, d'entrée, est dite être la seule qui puisse guider dans les ténèbres et éclairer la rencontre désirée. La nuit blanchit et kjour rougit I quand je l'aime. Et si la honte du désir est comme l'« aurore d'une autre vie », c'est bien que les mains qui se tendent dans la nuit vers le corps aimé cherchent la douceur chassée du monde et abritée encore, pour l'amour seulement, dans le silence de ia nuit. On trouve encore la beauté de la lumière des grandes journées de printemps, celle de la jeunesse et du Valais virgilien dans le secret de la nuit amoureuse.



« Faut-il vous informer que dans Office des morts tous les dédicataires étaient des prêtres : Charles (JoumeT) puis Norbert (ViattE), Paul (SoudaN), Alexis (PeirY), maîtres de français, de grec et de religion à St-Maurice ? »



Office des morts est un recueil secret, personnel, crypté. Les dédicaces en sont lourdes de drames. La part autobiographique de ces poèmes se condense à l'extrême, comme si elle ne souhaitait plus guère être comprise. Il y a là des messages destinés à des tombes. Pourquoi le publier alors ? Parce qu'Office des morts est aussi le plus oriental des recueils de Chappaz, le plus « tibétain » peut-être, son Livre des morts. La valeur gnomique de la parole poétique y est portée à son comble, revêtant de gravité les images poétiques, les arrachant au plaisir et au jeu. Une sagesse est là, mais condensée, densifiée, comme destinée aux morts, résonnant dans une parole mate et comme assourdie par un espace trop vaste. Issu d'une crise intérieure, le recueil provient à la fois d'un retour inattendu à la foi catholique au début des années 60, et plus tard du drame que constitua le décès du chanoine Norbert Viatte, l'un des professeurs bien-aimés de l'auteur de l'Abbaye de Saint-Maurice. « En même temps, mon Eglise cahotante et conciliaire témoignait d'une hémorragie du sacré, d'une perte de langage. Je m'éloignai. » Le Portrait des Valaisans s'ouvre sur le lever des chanoines, passe par les violences et les victoires des curés de village, et finit par les errances des clochards et des fous.

« Dans ce collège de Saint-Maurice, deux seules vocations étaient admises : être prêtre ou être écrivain » écrit Maurice Chappaz, et plus loin : « Deux vocations : la sainte épine et la petite épine trempée dans l'encre, la plume » dit-il, bien conscient que la poésie qui est dans la religion n'est pas celle du poète. Il y a donc trahison à choisir la plume contre le sacerdoce. C'est Judas qui interroge le Christ : Serai-jepoète, Rabbi ? I — Tu l'as dit. I — Salut, Rabbi. I — Ami fais ta besogne. Le recueil Office des morts nous présente page après page l'affrontement de la liturgie avec la poésie : à gauche le latin, à droite la parole reconquise, celle qui pourra parler des morts. Aussi bien du malheur de la mort (Le monde demande de nos nouvelles : I ks cimetières fonl ce qu'ils peuvent I ks roses fleurissent sans pourquoi. I Et k plus dur est de ne pas pleurer.) que de la douceur de la mort (Nous avons mangé une baie/plus douce que l'aurore. I Nous ne reviendrons pas.)



« Peut-être suis-je à l'opposé d'un converti. J'ai reçu la foi autant par hérédité que par grâce » dit l'auteur. Bien loin de l'inquiétude paulinienne qui toujours ravage la liturgie par souci de « démythologisation », Maurice Chappaz est de ceux pour lesquels la valeur poétique de la religion doit être défendue contre les ravages de la foi nue, de ceux pour lesquels le moindre rite — même le plus « païen » — possède lui aussi sa vérité heureuse et salutaire, de ceux pour lesquels enfin il n'est pas mauvais que la religion appartienne bien au monde. Le Match Valais-Judée opposera, dans le registre fantastique et burlesque, la substance humaine du Valais aux énergumènes de la Bible, les héros de l'histoire valaisanne à ce mauvais Dieu qui tourne autour des hommes en ne pensant qu'à ça (et en n'y comprenant rien, dit Lacan en lisant le prophète OséE). A Toi de croire, jette le mort en défi à Dieu.

Dans la société post-industrielle, où le surnaturel n'est plus représenté que par le télévisuel, la mort n'est plus même un tabou comme on l'entend souvent dire. Non, la mort est purement de l'ordre du déchet : soi-même, on déchoit à s'en préoccuper. Le sommet de l'existence — l'acmè — est la reproduction photographique : vous cheminez dans l'existence jusqu'au moment où vous passez à la télévision. Après cela, vous ne sauriez que repasser ou que déchoir. Le bébé présenté sur les affiches par une publicité italienne récente a bien de la chance : à peine né, encore chargé de toutes les souillures de l'origine, il est photographié entre les mains gantées du chirurgien. Et puisqu'il a déjà été photographié, l'humanité a fait pour lui tout ce qu'elle pouvait faire : les mains gantées peuvent bien le jeter à la poubelle dans l'instant qui suit (aucune mère ne le réclamera, puisque personne n'a pris soin de lui avant son passage « à l'écran »). L'existence humaine en arrive à la séquence industrielle la plus économique : publication et poubelle.

Restait à affronter, si l'on peut dire, la place de la mort et des morts dans ce monde. Office des morts est le monument de cette méditation : « Crois-moi, ici-bas rien n'est meilleur que cette grâce de ne pas comprendre », en voilà peut-être le dernier mot.






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Maurice Chappaz
(1916 - 2009)
 
  Maurice Chappaz - Portrait  
 
Portrait de Maurice Chappaz


Biographie

Maurice Chappaz esi né le 21 décembre 1916, dans une vieille famille de notables el d'avocats de Martigny. Son oncle, Maurice Troillei, grand propriétaire de vignobles, sera Conseiller d'Etat du Valais pendant quarante ans et président du Conseil national suisse. C'est lui qui soutiendra Maurice Chappaz lorsque celui-ci, refusant de poursuivre ses études de droit, rompra avec sa famille pour se co

Orientation bibliographique

Né en 1916 à Lausanne, Maurice Chappaz passe son enfance à Martigny et à l’Abbaye du Châble, demeure familiale. Il fait ses études au collège de l’Abbaye de Saint-Maurice où il obtient une maturité latin-grec. Dès 1937, il suit des cours de droit à Lausanne qu’il abandonne en 1940 pour des études de lettres à Genève. La même année, Un homme qui vivait couché sur un banc lui vaut un prix de la revu