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Jacques Izoard

Une analyse thématique


Poésie / Poémes d'Jacques Izoard





LE CORPS corps sifflé que je dénude



Qu’il suffise de souligner dans les deux poèmes choisis les mots afférents au corps, pour se rendre compte de l’importance de celui-ci dans la poétique d’Izoard. corps... épaule... doigts... dix doigts... sein... oeil... corps... salive... jambes... mains... cents doigts... oeil... poignet... coeur... veines... peau



Ainsi apparaît-il avec «évidence» que l’imaginaire du corps (et le corps imaginairE) envahit les préoccupations d’Izoard.

À ce mot corps, il y faut encore adjoindre les mots qui évoquent le vêtement. Le vêtement, cette «rhétorique du corps» dont nous allons souligner quelques aspects. mante... corsage... le vêtement



Cette «métonymie vestimentaire » est présente dans l’oeuvre entière d’Izoard. Quelques exemples choisis bien au hasard d’un seul livre, Vêtu, dévêtu, libre suffiront à nous convaincre d’une telle réalité. Voici : mes guenilles, les vêtements bleus, habillons les doigts d’habits de bagnards, tissu mince dans le pied–, etc.

Il me faut citer ici – à propos du vêtement – cet extrait de Rhétoriques du corps (Philippe Dubois et Yves Winkin, Éditions Universitaires,

De Boeck, 1988) :

La figure, le vêtement sont des masques, mais masques investis d’une fonction paradoxale de révélateurs : ce qui, en eux, fait écran démasque.

Telle apparaît bien la nature figurale, au fond, du vêtement : il est cette médiation rhétorique qui autorise 1e discours à toucher au corps, en le voilant : « Tout comme la tenture dissimule et révèle l’escalier dérobé, le vêtement dérobe le sujet.



Le thème du corps et la fragmentation du corps sont partie intégrante de la démarche poétique de Jacques Izoard.

Daniel Laroche, dont on ne soulignera jamais assez le travail intelligent à propos de cette oeuvre, parle quant à lui du corps aperçu, tant il est évident que ces parties visibles du corps sont longuement interpellées par Izoard.

Il évoque à ce propos l’image du corps morcelé ou dissocié.

Mais il nous faut le citer encore plus loin : L’oeuvre d’Izoard, à cet

égard, se rattache à celles d’un Lautréamont ou d’un Michaux, comme à certaines images de Picasso ou de Bellmer, hantées par la vision du corps tordu, démembré, signe ultime d’un monde qui a perdu, irrémédiablement, son équilibre et son unité.

Mais s’agit-il vraiment d’une perte d’unité ou d’un temps intermédiaire avant l’unité ?

Et l’on ne peut oublier, à ce moment de réflexion, la pensée présocratique et celle en particulier d’Empédocle d’Agrigente, figure si attachante de la philosophie ancienne :



Sur la terre poussaient en grand nombre des têtes sans cou, erraient des bras isolés et privés d’épaules et des yeux vaguaient tels quels... (De la NaturE) Pour clore cette trop brève évocation du corps dans l’oeuvre d’Izoard, il me faudrait citer un entretien de l’auteur avec Robert Delieu (RTBF - Le corps humain en poésie et en chanson, 1988) :



Je considère le corps, dit Izoard, comme une espèce d’usine intérieure avec des organes, des rouages, des machineries qui fonctionnent sans arrêt... mais aussi comme une espèce de vaste pays perpétuellement à découvrir , et là aussi ça me paraît tout à fait intéressant au niveau de l’écriture. D’une certaine manière, on ne s’habitue jamais à son propre corps.



2. LES OBJETS



L’oeuvre d’Izoard fait aussi une constante référence aux objets. Par les quelques objets cités dans ces deux poèmes, il nous sera possible de traverser deux domaines qui hantent la pensée du poète.

Les objets contondants et les objets de l’enfance. la serpe... des toupies le verre mince a. Les contondants et autres objets de délit

Au morcellement du corps se joignent les objets du délit. Cités au hasard du livre : aiguilles, clous, les bouts de bois, dague, l’épieu, les épines, etc.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, la violence d’Izoard, si violence il y a

– ce dont je ne suis pas convaincu – cette violence est douce violence par le mot et dans le mot. b. Les objets de l’enfance

Dans le fragment cité, Toupie. Mais ici encore, avec d’autres objets du quotidien, des objets ronds, on trouve dans l’oeuvre d’Izoard une panoplie de jouets.

Citons en vrac : la toupie, les billes, le bilboquet, la locomotive...



LES MICROCOSMES

Si la poétique d’Izoard est oeuvre de morcellement et de fragmentation, elle s’organise également autour de ce qu’on pourrait aisément appeler les «microcosmes izoardiens ».



Dans les textes choisis, Trace, empreinte, verre mince, sont autant d’allusions aux mondes miniatures qui hantent la pensée du poète.

Dans l’oeuvre, nombreux sont les exemples, des objets minuscules du monde animal et végétal, où la réduction opère une fascination évidente aux yeux du poète et du lecteur. Une approche psychanalytique d’une telle oeuvre apporterait d’ailleurs quelques éclaircissements sur la démarche poétique d’Izoard. Et il serait bien intéressant d’y aller voir un peu plus loin – mais cela dépasserait le cadre de cette trop brève étude – sur les rapports qu’entretient le poète avec l’enfance et avec sa propre enfance.



Quelques exemples de ces microcosmes : petits chapeaux de paille, ma poupée minuscule, mille très petits jardins de Liège, des nains, petite serre des vélos, très petit ermitage, se rétrécit la serre de l’oeil, leurs membres courts, et cette dernière phrase : Je longe un jardin minuscule, un jardin de puce.

Et c’est l’averse dans le mille. C’est le jardin du dé.

Ces quelques exemples sont extraits du tout premier poème en prose de Vêtu, dévêtu, libre intitulé : Jardins minimes.

Jacques Izoard habite encore «les jardins minimes» de son enfance, de son être profond et nous donne ainsi à lire la pureté de l’enfance, le grand rêve jamais achevé de l’enfant ; il nous donne le regard du «rêveur éveillé ».



LA FASCINATION DU BLEU

L’un des recueils d’Izoard s’intitule Pavois du bleu et c’est bien de pavois du bleu qu’il s’agit lorsqu’est évoquée la poétique d’Izoard.

Le monde d’Izoard est obsessionnel à souhait. Avec le corps et le microcosme, le bleu est une figure qui traverse constamment son poème.



Bleu ? Le bleu adjectif, le bleu nom commun masculin. Le bleu du ciel sans nuages, le bleu du conte de fées (les contes bleuS), le bleu de la colère et du sang (colère bleue, peur bleuE). Parfois aussi, le bleu de «n’y voir que du bleu ».



Lorsqu’on lit attentivement les tables de matières, on s’aperçoit tout de suite que de longues séquences, poèmes en prose ou en vers, font, dans plusieurs ouvrages, référence au bleu. Citons au hasard : Ourdir le bleu (in La patrie empailléE), Le bleu mat ou Bleu Malo d’un dormeur de passage (in Vêtu, dévêtu, librE) ou encore, Petit lyrisme bleu (in Corps, maisons, tumulteS).

Autant de bleu qu’il nous est possible de voir, de sentir et toucher.

Car la poésie d’Izoard possède cette faculté unique et bien rare d’éveiller en nous, lecteur, une suite importante de sens. Le mot izoardien opère une fascination telle sur le lecteur, qu’il l’emporte au même instant dans différents mondes de «sens ».

Nous écrivions le bleu dans nos cahiers, écrit le poète.



AUTRES THEMES RECURRENTS

Nous évoquerons ici quelques thèmes qui participent à ce monde obsessionnel d’Izoard et qui font de cette poésie une démarche unique et si fascinante.

- Le paysage

Toute l’oeuvre d’Izoard est parcourue d’évocations tantôt évidentes, tantôt cachées, de régions aussi différentes que la Wallonie ou les Asturies pour ne citer que celles-ci.



Liège, les campagnes avoisinantes et l’Ourthe sont de nombreuses fois évoqués. Qu’il s’agisse d’un mot patois, d’un nom de lieu, de métiers ancestraux, etc. On lira à ce propos, le poème admirable de sensation, d’émotion où Izoard dit La Batte, marché de Liège bien connu.

Une étude qui aborderait les rapports du poète avec sa ville serait

également révélatrice de la démarche d’Izoard. Mais, sans ouvrir aujourd’hui cette réflexion, qu’il me soit simplement permis de poser ici ou là quelques bornes, et de citer ces deux courts extraits de Petites merveilles poings levés :

Quelle est la réalité de la ville dans laquelle vit le poète ? Adapte-t-il celle-ci à la vision personnelle qu’il en a ? Ou, au contraire, s’y fabrique-t-il lui-même une vie propre ? Change-t-il sa ville ou est-ce la ville qui le transforme ? Ma ville me plaît là où elle est dérisoire et quelconque, banale peut-être, banale justement. Dirai-je « chargée d’humanité» ?



Et ce petit recueil se termine par ces quelques phrases : Que le poème accueille le paysage d’aujourd’hui, d’où qu’il soit, dans sa diversité, dans son chatoiement, dans sa pauvreté, dans sa simplicité, là où les hommes vivent, là où les hommes sont absents ou rares. Et lui restitue son intégrité native. Le poète est celui qui ouvre les yeux.

Mais plus encore que la ville et son coeur, c’est la périphérie, le pourtour et les environs qui fascinent Izoard.

Autre fascination aussi, pour l’Espagne et tout particulièrement les

Asturies. On se souviendra du très beau livre écrit avec Savitzkaya Rue Obscure qui trouve son origine dans un voyage aux Asturies.

- Les nombres.

Alors que l’oeuvre d’Izoard s’attache bien souvent à dire les petites choses, le réduit, on trouve dans tous les ouvrages publiés un référé important et fréquent aux nombres, qu’il s’agisse des nombres cinq ou dix, cent ou mille.



Dans les textes qui nous servent de «prétextes», citons les dix doigts d’hiver, des mains de cents doigts.

Ailleurs les exemples foisonnent :

Dix poèmes sourdant du mot « poème». Dix embellies. Dix doigts divers. Dix langues prononçant dix fois le mot « poèmes».

- Les métiers, le sommeil, les voyeurs sont également omniprésents dans l’oeuvre d’Izoard.










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Jacques Izoard
(1936 - 2008)
 
  Jacques Izoard - Portrait  
 
Portrait de Jacques Izoard


Biographie

Le 29 mai 1936
naissance de Jacques Delmotte à Liège, dans le quartier populaire de Sainte-Marguerite. Son père est instituteur, sa mère professeur de dessin. Il aura une sœur (Francine, née en 1940) et un frère (Jean-Pierre, né en 1945). Ancêtres rhénans, dont on se transmet en famille de lointaines citations.

RepÈres bibliographiques

ŒUVRES DE JACQUES IZOARD