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Jacques Izoard

Lire un poème d’Izoard


Poésie / Poémes d'Jacques Izoard





Orientations générales et géographies d’un poème

Il est périlleux, voire illusoire, de faire un choix et une analyse d’un poème, lorsqu’est évoquée la figure poétique d’Izoard.

Car ici, plus que partout ailleurs, la totalité pensante – notion importante dans les livres d’Izoard – imprègne tellement l’oeuvre du poète, qu’il est vain d’y opérer une quelconque fragmentation.

Chaque poème paraît écrit à sa juste place et semble former, avec les autres poèmes et textes en prose, un ensemble unique dont le morcellement est dangereux.





Le poème choisi apparaît comme le premier poème d’un ensemble intitulé : Ou cytise ou cycliste, l’une des nombreuses sections – plus d’une trentaine – que compte le livre.

Un poème sans titre propre, une lecture arbitraire.



De la syntaxe à l’architecture d’un poème

Le poème d’Izoard apparaît, et ce dans l’ensemble de l’oeuvre, de facture généralement brève. Une douzaine de vers, comme s’il s’agissait toujours de petits objets déposés sur la page blanche ; objets minuscules comme peuvent l’être les boîtes à bijoux ou à secrets.



Ces vers concis voisinent avec quelques fragments de prose, ponctuant de la sorte deux mouvements d’une même respiration parfois courte, parfois plus longue.

Dans le poème ici cité, 12 vers que nous numéroterons de 1 à 12.

La concision se retrouve également dans le vers lui-même.

La métrique est irrégulière, mais il faut signaler dans ce texte, une prévalence du rythme de 7 syllabes (7 fois dans le poème dont les 4 premiers verS)

La rime en fin de vers est quant à elle inexistante. Mais c’est d’une autre rime que se nourrit la poétique d’Izoard, à savoir la répétition des sons dans le poème.

Ainsi dans le texte : ...où rouille... la serpe ...siffle les doigts, les dix doigts... ma mante... mon corsage, mon sein... je joue le jeu... rat rieur...

...vient voir le voyageur ?

On l’aura aisément compris, l’architecture visuelle chez Izoard, se double constamment d’une architecture acoustique faite de sons qui se répètent et se répètent à l’infini des poèmes.

La concision évoquée plus haut se retrouve également dans la phrase.

Six phrases ponctuées par points ou point d’interrogation, elles mêmes divisées à deux reprises par les deux points.

Tout cela nous fait évoquer encore ces jardins minuscules d’Izoard, ces microcosmes du poète, jusqu’au morcellement, jusque dans la fragmentation.

Ce morcellement agissant également dans la phrase, le V 3 comporte ainsi deux fragments de phrases différentes.



Quelques figures de style

On trouvera ici quelques figures de style qui font la richesse, la complexité, le foisonnement unique de l’oeuvre d’Izoard.

La paronomase, figure où l’énoncé progresse sur une base phonétique et non de sens. Cette figure, propre à briser le sens de la phrase, est capitale dans le travail d’Izoard.

Dans le texte : Le rat rieur.

Un exemple parmi des centaines dans Gorgeons-nous de cent vocables : Bolet, Bolland, Bolsée, Bomal, Billevesée. Bilboquet de sureau.

Belladone. Belle-fleur...(Corps, maisons, tumulteS).

L’hypallage, procédé par lequel on attribue à certains mots d’une phrase ce qui convient à d’autres.

Ainsi, dans le poème : la serpe où rouille l’été.

Il nous faut cependant faire quelques remarques à ce propos. Car, si la serpe rouille, et non pas l’été, on peut imaginer sans peine un temps qui serait celui de l’automne où les feuilles rouillent, où l’été serait rouillé par le temps écoulé...

Là réside la magie infinie du poème!



L’interrogation, une figure chez Jacques Izoard.

Si, dans le texte proposé, l’interrogation n’est évidente qu’une seule fois (est-ce le sosie de paille qui vient voir le voyageur ?), son oeuvre, par contre, est truffée d’interrogations comme autant d’interpellations lancées au lecteur.

Interrogations jamais suivies d’une quelconque ébauche de réponse.

Car les poèmes d’Izoard sont de ceux qui ne prétendent donner aucune vérité, aucune réponse. Ils sont là, de la façon la plus abrupte qui soit, celle qui convient le mieux à susciter l’éveil, l’émotion vraie.

Je ne veux désormais que poser les questions : pourquoi la rose légère dort-elle sous la paupière? Pourquoi le sel aime-t-il l’ongle menu? Pourquoi le sang tout neuf habille-t-il ma colère ? Pourquoi le dé à coudre contientil l’océan ? (in Vêtu, dévêtu, libre, p. 19.)



Une interprétation hasardeuse

Le poème d’Izoard résiste à l’analyse rationnelle. Le poème est là, monolithe défiant le lecteur et le fascinant à la fois.

Tout au plus est-il permis d’évoquer, dans l’espace qui nous est imparti, quelques pistes où se mêlent le souvenir de l’été et l’automne venu.

Les cinq premiers vers peuvent ainsi évoquer la serpe dégainée un jour d’automne où les travaux de taille sont à réaliser.

Les vers 6 à 9 évoquent un autre espace, un autre lieu. S’agit-il d’un enfant qui regarde la mort ? Qui joue autour d’un cimetière ?

Quant aux trois derniers vers (10 à 12), ils nous entraînent encore dans un nouveau registre qui jalonne les champs ou la mort elle-même, masquée dans la paille ? Quant au voyeur, il se pourrait qu’il soit poète ou lecteur !

Cette approche dangereuse, j’aimerais qu’elle soit ponctuée par une phrase de Jacques Sojcher (in La démarche poétiquE) : Peu à peu laisser entrer en moi les mots, parcourir l’illisibilité. Ne pas comprendre, être emporté par un rythme. Revenir en arrière, annoter, raturer, encercler.

Repartir dans tous les sens... Différer un peu l’obscur...

Ainsi est ma lecture de Jacques Izoard, cette pensée qui met en oeuvre une autre pensée, une autre parole, une ouverture, une faille sur l’inconnu.







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Jacques Izoard
(1936 - 2008)
 
  Jacques Izoard - Portrait  
 
Portrait de Jacques Izoard


Biographie

Le 29 mai 1936
naissance de Jacques Delmotte à Liège, dans le quartier populaire de Sainte-Marguerite. Son père est instituteur, sa mère professeur de dessin. Il aura une sœur (Francine, née en 1940) et un frère (Jean-Pierre, né en 1945). Ancêtres rhénans, dont on se transmet en famille de lointaines citations.

RepÈres bibliographiques

ŒUVRES DE JACQUES IZOARD