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Jacques Izoard

Le bleu mat - Poéme


Poéme / Poémes d'Jacques Izoard





Le bleu du bleu déchire l'ombre ou défend l'incisive ardeur du lien, du lieu précis et bleu.
Bleu mat de ce sable, de cette neige.
Bleu pervers d'un bleu d'outre.
Le pal très doux, le pal très dur.
Bleu de l'ombre où déjà j'expire, où j'écris bleu d'aube ou de castel.
Bleu du bleu.
Bleu du bleu.
Mat.
Mât mangé de la boucherie.
Bouche de bleu défunt, de bleu précis.
Bleu plié, bleu de femme, de femme.
Je désirais le bleu délice d'une rivière au point du jour...
Et je serrais mes épis, mes tiges.
Je renonçais à l'herbe, au grave instinct d'être seul près du soc.
Parleur parlant de paroles ou de voix tendue de bouche à roc.
Mais le bleu du bleu effilé emporte le bleu mat, le castel.
Bleu caressé des tempes.
Bleu au secours du bleu mat, de ce bleu bleui de bleu, du petit bleu qui court, prince d'ibis et de béatitude.



Le souffle est court

dès qu'on arrache l'aile du bon vieux cœur.

Rêve d'une rivière

qu'on emmène avec soi,

très longue et poissonneuse.

Sous l'ongle, un petit feu

palpite et fait merveille.

Bande l'arc de ta langue

et prononce «rêveur», «sommeil»,

dis «jonquille», crie «cagoule» !

Abandonne ta peau

dans le regard des autres.

Il s'ensuit la mort belle

de ce qui nous unit.



Ta voix mord la peau.
Pourtant, cent tiges enveloppent le corps.
Un rêve sans désastre m'envahit, m'insuffle un air plus léger.
J'aime les cent souffles des dormeurs sans amour.



Corps à corps, j'étreins mon sosie en un court combat de lèvres et de langues. À l'endroit du cœur, la peau se déchire.



L'aile, sous le cœur, c'est la bonté légère d'un voleur de chemins, d'un siffleur sans faucille.
Arrête la calèche et le pouls: tout devient invisible.
Un marchand de cerises est vêtu d'un sarrau.



Bon vin, serpe sous l'ongle, pomme pleine d'amandes, et doigts sous les paupières...
Et dans la coquille deux rêveurs font le feu qu'on attend loin d'ici.
Le marteau brise la tempe d'un mannequin oublié.



Corps à corps, lumière... de tour très noire, de vigilance, je venais serrer la pierre, morceler griffes et cheveux.
Enfin, dans ma rencontre, exister à qui mieux mieux.
Faire semblant de cracher la langue ou le pouce, de casser l'épieu, l'étendard.



Bourreau, jasmin, furet.

L'étang n'est pas l'étang:

les cents doigts des corbeilles

fouillent l'herbe et les noix.

Dans la langue vide

tout fait parole au bon rouet:

boules de laine

au fond du puits !

Chats et rosiers : sarabande !

Le jardin cache la ciguë

dans le nain de pierre.



Pille la saveur

du thym, de la langue.

Dans la chambre, un échassier

plie ses pattes.

Un laitier sans houppelande

laisse rêveur un rêveur.



Au jeu de la muscade, le loup du conte, à coup sûr, perd ses proies, ses volailles.
Ne croirait-on voir, sous la basse ossature, le marchand grassouillet, vendeur d'aiguilles, d'images ?
Et les enfants du dimanche fabriquent colliers de marrons, frondes et châteaux que la mer engloutit.
L'oiseau sans cœur touche ma bouche rouge.



Tu dors comme un gaucher sous les sabots des yeux : les ciseaux n'ont pas de pouce, la marée basse abandonne les cargos, le sable.
Hérésie frappe au carreau : le char de l'herbe éventre la maison.



Voix très lisse

d'un oiseau pointu,

dont je n'ai jamais

tenu le bec.

J'ai vécu dans le pouce

dont la douceur est douce:

j'y rêvais de grelots,

d'œil sans plumes,

de renard argenté,

dont l'argent m'effrayait,

de criquets, de crécelles.

Comme toujours, je mentais

dans le sabot d'ébène.



Une aiguille tire le fil

du petit froid qui se lève

et touche le corps sous la peau :

l'arbre est chien ou tète

de lièvre ou de lion, de faisan.

Les arbres ont le nom des arbres,

n'ont pas le nom des guis,

ou des sévères buis funèbres.

Avant la nuit, la fumée

cherche à aimer le ciel :

sabots vidés se taisent,

et chats mangent l'oreille

des promeneurs du jeudi.

Charroi d'angélus et de cris

que les enfants cachent.

Le froid mord la nuque:

les mains ont la chaleur

du feu qu'on emporte

où que l'on aille.



Si nous parlions du feu ?
Cinq langues lèchent le bras, l'herbe étanche, le miroir petit du sang.
Apprêtons les dentelles.
Partout, le lierre sec.
Partout, la haute astuce des blés, des doigts écartés.
Volez, taches d'encre, de la paume au papier.



À beau moudre

un cri d'oiseau

celui que pique un coq.

Longue cheville

coule en moi, j'avale

un rêve d'enfant.

Ronce te salue

dès qu'un chemin se perd,

t'arrache la peau.

Et cœur de battre

tocsin, chamade.





Ville de cent villages

où je cherchais travail,

où je marchais vers toi.

Abats.
Crèches.
Abris.

Rouge des mots bougés.

Voici l'enfant qui tète

et mes tambours fumés.

L'appareil durcit le fil.

va fondre en un instant.

Réveil des pas qui passent,

éveil du pain sous la dent.

J'habille l'habit de sel.

Je ne sais quoi.
Je pars.



Le chemin de
Saint-Hubert est le chemin des fanges : billots, caillots, sabots.
Parlons à voix basse de nos faucilles, de nos feux.
Mourrons-nous étouffés sous l'aile de la rivière, dans la chaleur du pain?
De longs doigts caressent les jambes, les muscles durs.



L'Ourthe avec ses cris-rouets

fait sourde oreille.

Et nous avons les orteils cassés,

la salive éperdue...

Nous marchons, enracinés.

Les roseaux pointus dans les dents,

nous sifflons sarabande,

gardiens des bourdons et des rats.



L'Ourthe à coups de cœur.
Poulseur bleu bat chamade.
Nos enfants gratteurs nagent autour de l'île. À ceux qui nous observent, nous tendons nos bras.
Fête harcelée, dénudée, fraîcheur livide ou limpide, dont le feu sans force est une épée dans l'eau.



Ourthe, hauteur hâve.
Autour du cou, le liseron serre ce qui me jugule.
Ici, le pays des faux est un pays de laine et de noix.
La bonne aorte affuble le sang d'un chapeau neuf.
Ainsi, nous rêvons d'un rêveur qui vit dans notre fleuve au fil des verges et des glus.



Sainte
Ourthe obscure.

Les bons chameaux traversent

le pont léger, l'aorte.

Je ne dors que dans le poing

d'un voleur du dimanche.

Et je deviens coquille, carabe.

On me parle encore d'épieux,

de rose perdue, d'arbre englouti.

Mais la ciguë sagace

est ma sœur la plus proche.



Mâle
Ourthe élargie !
Au fond des cris, la voix s'affine: petitement j'espère te parler dans la maisonnette.
Les menus doigts de l'eau tressent et tissent l'écharpe dont la liquide ardeur vainc les gués, les rivages.
Un nageur sans pourpoint vient mourir sur le sable.



Ourthe rouge où je nage avec les minarets miniers, les bidons bossus, les noyés.
Déjà, je pèse, marchand nu, la jambe du pendu.
Frottis moussu colore mes lèvres de jus maussade.
Le fil du fleuve arrête le chant des martinets.



Marche à noirs sabots dans les chemins griffus : qui trouve la pierre qui fait la belle qui fait la morte?
Que cache le poing?
Le poing que cache la rose qu'un voleur surveille.



Deltoïde : ahan aigu du corps, aisselle inverse au nom de bras.
Je lissais le long des plumes, ton regard de mille paons, devinant l'effroi des paumes (trouées, percées, lacérées).

Grand pectoral : le lit des lys où les bébés nageurs grouillent.
Paume à l'affût des yeux.
Paume à l'assaut des pupilles.
Ma fée me tient la main.
Voici le grand voyage vers le cœur qui clame.



Couturier: je tisse épanchements et velours.
Coque d'orme ou genou.
Qui siffle à mi-salive dans la bille de couleur?
Une seule ombre éclate: la cuisse assiste au départ des coureurs.

Grand dorsal des ténèbres, te suivre du doigt, te toucher des tendons.
Vivons sans palmes, sans trébucher, sans tousser.
Le sable inonde la maison cachée dans notre haleine.



Biceps brachial : étendons le suaire mince de l'herbe sur tout le corps mouillé.
Avertissons l'épaule.
Paralysons la main, dans la bouche adorée.
Voici le feu pointu de la petite salive.

Grand droit de l'abdomen :

nul n'abolit travaux, citadelles.

Plante dans l'axe de l'œil

l'étendard en guenilles,

le pal souverain.

Tu peux loger le pouce

dans la coquille d'amour.










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Jacques Izoard
(1936 - 2008)
 
  Jacques Izoard - Portrait  
 
Portrait de Jacques Izoard


Biographie

Le 29 mai 1936
naissance de Jacques Delmotte à Liège, dans le quartier populaire de Sainte-Marguerite. Son père est instituteur, sa mère professeur de dessin. Il aura une sœur (Francine, née en 1940) et un frère (Jean-Pierre, né en 1945). Ancêtres rhénans, dont on se transmet en famille de lointaines citations.

RepÈres bibliographiques

ŒUVRES DE JACQUES IZOARD