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Germain Nouveau

Toto - Poéme


Poéme / Poémes d'Germain Nouveau





A la fête qu'après-demain je donnerai,

Il y aura beaucoup de monde.
Toi, curé,

J'exige que l'on vienne et le diable ait ton âme !

S'il y aura des gens de l'Olympe ?
Oui, madame,

Quant à vous, je ne vous invite pas,
Zari.

On entrera, dès que le maître aura souri,

A l'heure par exemple où se couchent les villes.

A la porte on vendra des éventails des
Iles

Du temps qu'Athénasie était reine en riant.

Un diplomate russe, un nonce d'Orient

Viendront gris sans que l'on trouve ça regrettable.

Le dîner, viande et fruits, écrasera la table.

Je ne sais pas les noms de ce qu'on mangera,

Ni quels vins couleront ni quels airs l'on jouera,

Mais les glaces seront de
Venise et des pôles.

Des plats d'or voleront par-dessus les épaules,

Sous de fiers lustres à cent mètres du plafond

Qui sera comme un ciel d'indulgence sans fond,

Où trembleront des seins, des lyres et des astres.

Des rires crouleront comme de gros désastres.

On entendra des cris d'oiseaux dans les hauteurs ;

Il y aura des chefs d'offices, des auteurs,

Des voyageurs parlant comme ceux-là du conte ;

Nag la pâle y sera, répondant au vieux comte :

«
Change en or ton argent, ton or en perles, cher »...



Et les femmes seront des anges bien en chair,

Nourris de moelles de boxeurs et de cervelles

D'acrobates, disant des bêtises entre elles.

Il y aura des gens sérieux quoiqu'en deuil,

Quelque immense poète en un petit fauteuil,

Et puis, sur une estrade en feutre, une féerie

De musiciens blonds venus de
Barbarie,

En gilets frais ainsi que des pois de senteur.

Autour de la maison, obscur comme le cœur,

Le parc sera pompeux et la lune mignonne.

Ah ! nous aurons aussi le monsieur dont personne

Ne sait le petit nom ni le nom, croyez-vous,

Et ce sera le plus délicieux de tous.

Il y aura le diable : une humble enfant qui souffre

Dira le reconnaître à son odeur de soufre.

Certes il y aura l'ami qu'on croyait mort,

Le chien qui mord, et la bonne femme qui dort,

Et plus d'un mendiant au bras de quelque dame,

Mis avec toute la distinction de l'âme ;

Et la musique aura tant d'influence, vrai,

A la fête qu'après-demain je donnerai,

Que l'on croira jouir d'une mort indicible,

Et mourir plus longtemps qu'il ne semble possible,

Dans une sorte d'aise et de grâce, humblement.

Quant au bal, qui sera rose admirablement,

Il entraînera tout nous tous : danseurs sceptiques,

Filles graves roulant des prunelles mystiques,

Et chacune — je vous inviterai,
Zari, —

Trouvera son valseur, son ange et son mari.

Bref, tout ce monde, armé de ses plus jolis vices,

De salle en salle ira tournant avec délices,



Dans un vaste froufrou de cœurs et de chiffons,
Dans mon château, mon bon vieux château des

Bouffons
Qu'avoisine une mer verte et gaie au possible,
Suivre vers la folie une pente insensible,
Ou vers le crime qui, ce soir-là, sera roi,
Jusqu'à ce qu'apparaisse, après le souper froid,
Le matin bête dans la cohue étonnée.
Hélas ! personne à la fête que j'ai donnée !








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Germain Nouveau
(1851 - 1920)
 
  Germain Nouveau - Portrait  
 
Portrait de Germain Nouveau


Biographie / Œuvres

Il est l’aîné des 4 enfants de Félicien Nouveau (1826-1884) et de Marie Silvy (1832-1858). Germain Nouveau perd sa mère alors qu’il n’a que sept ans. Il est élevé par son grand-père.

Après une enfance à Aix-en-Provence et des études qu’il effectue au petit séminaire, pensant même à embrasser la prêtrise, et après une année d’enseignement au lycée de Marseille en 1871-1872, Nouveau

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