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Germain Nouveau

Le refus - Poéme


Poéme / Poémes d'Germain Nouveau





Je suis pédéraste dans l'âme,
Je le dis tout haut et debout.
Assis, je changerais de gamme,
Et, couché sur un lit,
Madame,
Je ne le dirais plus du tout.



La pédérastie est un vice :
C'est l'avis de mon médecin.
Je le crois, il n'est pas novice
Quand il soutient que l'exercice
Le plus naturel, le plus sain,



Sain, comme la mer et son hâle,
L'honneur même de la maison,
Qui fait le regard le moins pâle,
Le plus magnifiquement mâle,
Sans aucune comparaison,



Le plus ravissant sur la terre,
C'est de froisser le traversin
D'une femme qu'on... désaltère,
Quand elle serait adultère,
Quand elle n'aurait qu'un seul sein.



C'est là le sentiment intime
De tous les peuples sous le ciel ;
Et je me fous, pour la maxime,
Que l'Exception règne ou rime
Même d'un air spirituel ;



De tous, oui, autant que nous sommes,
Aussi bien du
Chinois charmant
Que du
Français, peintre de pommes ;
Et c'est l'opinion des hommes
Qui furent des hommes, vraiment,



Plus forts que ceux dont leur église
Met les cercueils au
Panthéon ;
Ce sont ceux-là qu'on poétise,
Par exemple...
Abraham...
Moïse,
Et, si tu veux...
Napoléon.



C'est l'opinion du plus sage
Chez les
Slaves au regard clair,
Chez les
Germains au doux visage,
Chez les
Latins au beau langage,
Et chez les
Bretons au cœur fier.



C'est la tienne,
Aimée, et la nôtre ;
C'est celle de tout bon cerveau,
Qui n'a contre elle qu'un... apôtre,
Un monsieur pourtant comme un autre,
Son nom ?... devra rimer en veau.




Son nom, voyons ? —
Comment,
Madame,
Son nom ? mais puisqu'il n'est pas pur,
Il souillerait, ce nom infâme,
Tes chastes oreilles de femme ;
Et puis, moi je n'en suis pas sûr.



Si c'était une calomnie

Qu'une apparence aide à courir.

Je ferais une vilenie ;

Son nom ?
Ah ! jamais de la vie !

J'aimerais cent fois mieux en mourir !



La jolie école qu'il fonde,
Sans ce nom-là, pourra planer
Dans une obscurité profonde ;
La plus belle fille du monde
Comme l'on dit, ne peut donner...



D'ailleurs,
Madame, cette école

Ne fait pas beaucoup d'adhérents :

Ils n'ont pas de porte-parole ;



Et c'est comme une offre un peu molle

Qui rit à des indifférents.



Cependant, sa présence agace
Ceux qui la soupçonnent dans l'air ;
Car ce soupçon va, se déplace,
Et finalement vous enlace
Comme la vague dans la mer.



Ces messieurs
Usent la gazette,
Dînent en ville assez bien mis ;
Quelquefois courtisent
Lisette ;
J'approuve cela, mais, mazette !
Je n'en... gueule pas mes amis.



Oui, ce vilain soupçon nous gêne
Et pourrait submerger un jour,
Près de la niche, avec la chaîne,
L'Amitié, cette belle chienne
Qui hurle à sa lune d'amour.



Pour moi, vous remarquerez comme
J'ai quelque grâce à protester :
Passant pour la moitié d'un homme,
N'aurais-je pas le droit, en somme,
De chercher à me compléter ?



Bien mieux, tiens ! je ne suis pas large,
Mais le plus raide des paris,
Qu'on me le tienne, et je me charge
Sous les yeux du public, en marge,
Du plus vieux mouchard de
Paris !



Or, je ne suis pas pédéraste ;
Que serait-ce si je l'étais !
Voyez,
Madame, quel contraste !
Ah ! par la perruque d'Eraste !
El maintenant... si je pétais !










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Germain Nouveau
(1851 - 1920)
 
  Germain Nouveau - Portrait  
 
Portrait de Germain Nouveau


Biographie / Œuvres

Il est l’aîné des 4 enfants de Félicien Nouveau (1826-1884) et de Marie Silvy (1832-1858). Germain Nouveau perd sa mère alors qu’il n’a que sept ans. Il est élevé par son grand-père.

Après une enfance à Aix-en-Provence et des études qu’il effectue au petit séminaire, pensant même à embrasser la prêtrise, et après une année d’enseignement au lycée de Marseille en 1871-1872, Nouveau

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