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Anna de Noailles

Le conseil - Poéme


Poéme / Poémes d'Anna de Noailles





Myro, sois déférente envers celui qui t'aime,
Ne crois pas ton doux corps par les dieux achevé,
Sans l'amant ébloui que ton œil fait rêver
Ton être vaniteux ne serait pas soi-même.



Loin du flot qui lui voue un murmurant amour
La rive d'or n'est plus qu'un sable désertique ;
Honore le désir fidèle et nostalgique
Qui fait à ta beauté un infini contour.



Lorsque tes pieds sont joints et tes mains refermées
A l'heure où le sommeil vient encercler ton
Ut,
Regarde, avant d'entrer dans l'éphémère oubli,
La morte que tu es quand tu n'es pas aimée...



Quand mon esprit fringant, et pourtant aux abois,
A tout le jour souffert de sa force prodigue,
L'heure lasse du soir vient m'imposer son poids ;
Merci pour la fatigue !



Peut-être que la peur, l'orgueil, l'ambition
Peuvent, par leur angoisse aride et hors d'haleine,
Recouvrir un instant ma triste passion ;
Merci pour l'autre peine !



Rétrécissant sur toi le confus infini,
Je ne situais plus que ton cœur dans l'espace ;
Le sombre oubli des nuits te rend ta juste place ;
Le sommeil soit béni !



Parfois, abandonnée à ma hantise unique,
J'ignore que le corps a ses humbles malheurs,
Mais la souffrance alors m'aborde, ample et tragique ;
Merci pour la douleur !



N'octroyant plus au temps ses bornes reposantes,
Tant le désir rêveur m'offre ses océans,
Tu me désapprenais la mort ; elle est présente ;
Merci pour le néant...



Jusqu'où peut-on aimer, poursuivre, détenir ?
Quand a-t-on épuisé la quantité des yeux ?
Quand vient l'heure où l'esprit se vante de finir
Ce repas renaissant, intact et captieux ?



Avoir ne donne rien à l'appétit sans terme,
Tout est commencement et dérisoire effort ;
Quel est ce gain léger, cette avance, ce germe,
Tant que tu m'éblouis et que tu n'es pas mort ?




La concluante mort cependant serait vaine,
J'ai besoin que tu sois quand je ne vivrai plus ;
Je tremble d'emporter dans le froid de mes veines
L'éclat mystérieux par lequel tu m'as plu...



Je possédais tout, mais je t'aime ;
Mon être est par moi déserté ;
Je vis distante de moi-même,
Implorant ce que j'ai été :



Songe à cette mendicité !

Est-ce ta voix ou ton silence,
Ou bien ces indulgents débats
Où, répétant ce que tu penses,
Je t'induis en tes préférences
Afin de suivre tous tes pas,
Qui me font, avec confiance,

Affirmer notre ressemblance,

O toi que je ne connais pas ?...



Quand tu me plaisais tant que j'en pouvais mourir,
Quand je mettais l'ardeur et la paix sous ton toit,
Quand je riais sans joie et souffrais sans gémir,
Afin d'être un climat constant autour de toi ;



Quand ma calme, obstinée et fière déraison
Te confondait avec le puissant univers,
Si bien que mon esprit te voyait sombre ou clair
Selon les ciels d'azur ou les froides saisons,



Je pressentais déjà qu'il me faudrait guérir
Du choix suave et dur de ton être sans feu,
J'attendais cet instant où l'on voit dépérir
L'enchantement sacré d'avoir eu ce qu'on veut :

Instant éblouissant et qui vaut d'expier,



Où, rusé, résolu, puissant, ingénieux,

L'invincible désir s'empare des beaux pieds,

Et comme un thyrse en fleur s'enroule jusqu'aux yeux !



Peut-être ton esprit à mon âme lié
Se plaisait-il parmi nos contraintes sans fin,
Tu n'avais pas ma soif, tu n'avais pas ma faim,
Mais moi, je travaillais au désir d'oublier !




Certes tu garderas de m'avoir fait rêver

Un prestige divin qui hantera ton cœur,

Mais moi, l'esprit toujours par l'ardeur soulevé,

Et qu'aurait fait souffrir même un constant bonheur,



Je ne cesserai pas de contempler sur toi,

Qui me fus imposant plus qu'un temple et qu'un dieu,

L'arbitraire déclin du soleil de tes yeux

Et la cessation paisible de ma foi !








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Anna de Noailles
(1876 - 1933)
 
  Anna de Noailles - Portrait  
 
Portrait de Anna de Noailles


Biographie

Anna-Elisabeth Bassaraba de Brancovan naît â Paris le 15 novembre 1876. Elle est fille du prince Gregoire Bassaraba de Brancovan et de Ralouka Musurus, issue d'une familie grecque illustre.
Elle passe une enfance heureuse, notamment â Amphion, la propriete familiale dont le parc borde le lac Leman, et oii elle decouvre l'ivresse de la narure. Anna a un frere, Constantin, et une sceur, Helen