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Aimé Césaire

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Tout compte fait


Poésie / Poémes d'Aimé Césaire





L'expérience de la régionalisation



Au bout de la nuit



Au cours de la décennie écoulée, de 1958 à 1963, comme au cours de la suivante, Aimé Césairc se heurte à des difficultés d'ordre politique ou d'ordre administratif sans nombre. L'hostilité des autorités préfectorales est à son paroxysme. De 1965 à 1968, le budget de la ville de Fort-de-France est mis sous tutelle. En cette période de répression les mesures coercitives se multiplient. Les forces de l'ordre sont en alerte. La jeunesse est durement frappée : arrestations, procès en chaîne. La Martinique et la Guadeloupe comptent les victimes. Est-il besoin de les énumérer ? 1959, à Fort-de-France, trois morts ; 1961, au Lamentin, idem ; 1963, procès de l'qjAM (Organisation de la jeunesse anti-colonialiste martiniquaisE) ; 1967, procès du GONG (Groupe d'organisation nationale de la GuadeloupE) ; 1971, un lycéen, Gérard Nouvet est blessé par une grenade ; 1974, au mois de février, un ouvrier agricole, Tllmany est tué ; 1978, Alain Jovignac est abattu par un militaire, etc. L'incident qui a lieu le 21 janvier 1971 et auquel Aimé Césaire est mêlé directement peut être retenu à titre d'exemple. Des gendarmes, poursuivant de jeunes collégiens qui s'y étaient réfugiés, entourent l'hôtel de ville, lancent des bombes lacrymogènes à travers les fenêtres de l'édifice. Aimé Césaire est là. A ses côtés, son fidèle compagnon de route, le docteur Pierre Aliker. Ayant vu choir à ses pieds une grenade, Aimé Césaire publie le 23 janvier une lettre où il déclare : « Je tiens la Préfecture pour directement responsable de l'agression perpétrée contre la mairie. »





A la veille des élections municipales du 14 mars 1971, il met en garde les autorités. La situation politique, économique et sociale est explosive. Les partis de droite manouvrent en vue de le faire battre par leur candidat, le colonel Rimize, officier retraité d'origine martiniquaise. « Nous sommes en 1788, à la veille de 1789 : c'est ce qui explique cette réaction "ultra" (...). Les Martiniquais sont en conflit permanent avec les autorités françaises et, depuis quelque temps, en conflit ouvert. Le candidat de la droite est un « Bokassa » local démobilisé pour qu'il se présente contre moi. Il se vante d'avoir reçu quatre cents millions pour mener à bien son action. Il a son PC chez les militaires'7. » Le colonel Rimize est néanmoins battu. Cet échec ravive l'hostilité des autorités préfectorales. La répression s'alourdit. Les troubles s'aggravent. Candidat aux élections législatives au mois de mars 1973, Aimé Césaire prononce à Fort-de-France le 2 février un important discours. Il expose pour la première fois la conception du mandat parlementaire à compétence et à durée limitées. Il déclare que, réélu député, il aura « pour tâche essentielle (...) de soulever au parlement français et auprès du gouvernement le problème essentiel de la Martinique (...). Dès que l'on refuse d'y aborder ce problème, votre député reviendra parmi vous (...). Il remettra son mandat à la disposition du peuple qui lui donnera de nouvelles instructions »



Les troubles s'aggravent, en effet. La jeunesse, insatisfaite, est de plus en plus séduite par les solutions radicales. Le mot d'ordre d'indépendance gagne en extension. Aimé Césaire maintient néanmoins son cap : l'autonomie. «Je n'ai jamais parlé d'indépendance parce que je crois à l'autodétermination. Nous sommes à un tournant. Il restait un petit sentier, si ce sentier est barré, l'histoire se fera'9. » Le 29 juillet 1973, dans le discours qu'il prononce à la clôture du Ve Congrès du Parti progressiste martiniquais, Césaire met en garde une fois de plus le gouvernement : « Ou bien vous conservez le statut actuel, ou bien c'est l'indépendance totale, à vos risques et périls80. » « (Le parti progressistE) a rejeté le mot d'ordre d'indépendance comme inadéquat, irréaliste, irresponsable, dangereux même, dans la mesure où il peut faire reculer la prise de conscience à laquelle nous travaillons et nuire à notre cause plutôt que de la servir. Notre position ne prête à aucune équivoque : l'autonomie, toute l'autonomie, mais rien que l'autonomie . »

Au premier tour des élections présidentielles, au mois de mai 1974, les électeurs votent massivement en faveur de Valéry Giscard d'Estaing. Au deuxième tour, le 19 mai, Valéry Giscard d'Estaing est élu. Devenu président de la République, il effectue une visite officielle à la Martinique du 13 au 16 décembre 1974. A cette occasion, il rencontre le président américain Gerald Ford. Après un entretien téléphonique cordial avec le président Valéry Giscard d'Estaing, Aimé Césaire s'apprête à l'accueillir, comme convenu, le jour dit, à la mairie de Fort-de-France. Giscard hésite. Césaire le rassure. « Il n'y a rien à craindre. De Gaulle s'y était rendu dans les mêmes conditions. Il n'y a pas ici que des adversaires du président de la République. Il y a des gens venus écouter un dialogue82. » Mais Giscard ne vient pas. Pour quelle raison ? A cause, dira-t-il, de la foule et de l'étroitesse des lieux, autour de la mairie. Un journaliste facétieux commente l'incident en ces termes : « Césaire-Giscard d'Estaing. Coq game et poule mouillée ?83 » Césaire s'en est étonné : «Je suis vraiment déçu par cette foule d'arguments après coup. (...) Moi, je trouve ces méthodes indignes d'un président de la République (...). De Gaulle, lui, aurait foncé, il aurait salué, il aurait même discuté84. » Un autre exemple montre jusqu'où vont les représentants de l'autorité gouvernementale d'alors. Il faut coûte que coûte abattre, à travers l'homme politique, le symbole vivant. Au mois de février 1976, Léopold Sedar Senghor, président de la République du Sénégal, se rend en visite officielle en Haïti. Il en profite pour faire étape à la Martinique afin de saluer son condisciple et ami Aimé Césaire. Senghor demande au Théâtre national de Dakar d'être du voyage, pour représenter à Fort-de-France La Tragédie du roi Christophe. Mais le préfet refuse de délivrer aux acteurs de la troupe le visa sans lequel ils ne peuvent entrer en territoire martiniquais. Léopold Sedar Senghor interroge, s'indigne et menace d'annuler sa visite à la Martinique si la troupe sénéga' 'ise n'y est pas admise en même temps que lui. C'est alors seulement que le préfet se résout à délivrer les visas nécessaires.

Pour Césaire, la nuit coloniale se prolonge. Il n'est pas encore au bout de ses peines. Durant le septennat du président Valéry Giscard d'Estaing, entre 1974 et 1978, les obstacles politiques auxquels il se heurte sont toujours plus redoutables. L'on multiplie, comme auparavant, manouvres et tentatives d'intimidation afin de le déposséder de ses mandats électoraux de maire et de député. Aux élections législatives de mars 1978, il a pour adversaire Michel Renard, candidat de la droite. La campagne électorale est émaillée de violences. Une rixe éclate sur la Savane, à Fort-de-France, le 9 mars. Il y a mort d'homme. Aimé Césaire déclare : « Ce n'est pas un de nos amis (...). Il est tombé dans un combat douteux et pour une cause douteuse. Mais c'était un Martiniquais (...). Je m'incline devant sa dépouille et je présente à sa famille mes très sincères condoléances (...). Victime du colonialisme, il l'aura été jusqu'au bout8-1. » Pour Césaire, 1978 est une année de cruelles épreuves tant politiques qu'affectives. Léon-Gontran Damas meurt. Le 21 janvier 1978, Césaire adresse à sa veuve ce message : « Bouleversé nouvelle décès Léon Damas. Avec lui disparaît poète authentique de notre génération et champion négritude. Profonde sympathie. » Il compose en hommage au poète guyanais cet émouvant poème.



« Je vois les négritudes obstinées les fidélités fraternelles la nostalgie fertile et toi qu'est-ce que tu peux faire là noctambule à n'y pas croire de cette nuit vraie salutaire ricanement forcené des confins

à l'horizon de mon salut frère feu sombre toujours. »



Moratoire



En 1973, Césaire prononce dans la cour de la mairie le « Discours des trois voies et des cinq libertés ». Ce discours marque le début de la troisième et dernière étape de l'évolution de sa pensée politique. La première étape (1946-1956) est celle de l'engagement départementaliste. La deuxième (1956-1973) est celle de la rupture. Le clivage entre départcmentalistes et autonomistes est consommé. Le parti progressiste est créé en 1958. En 1961, une première victoire électorale est remportée. Camille Darsières est élu conseiller général. En 1963, dans l'élan de la campagne de soutien aux militant de l'OJAM, un manifeste est publié, prônant l'autonomie de gestion. Dans le Discours des trois voies et des cinq libertés, Aimé Césaire dresse le bilan des actions engagées qui n'ont pas abouti, des réformes attendues qui n'ont pas été appliquées. Une nouvelle stratégie s'impose. Le Front uni de toutes les forces de la gauche martiniquaise qui avait été formé au Morne Rouge au mois d'août 1971 est dissout en novembre 1972, quelques mois avant les élections législatives. Compte tenu de ce revers, constatant que le mot d'ordre de l'autonomie n'obtient pas l'adhésion majoritaire, il apparaît nécessaire de l'adapter aux deux exigences du temps présent : ouvrer au changement de mentalités pour promouvoir la modernisation économique. En 1972 est mise en place, sous l'égide de Pierre Messmer, ministre des Départements d'outre-mer, une amorce de régionalisation. La formule adoptée concerne l'ensemble de la communauté nationale, à l'échelle de la République tout entière. Les résultats ne sont guère probants. Etablissement public régional, le conseil régional n'est encore qu'un appendice du conseil général.



Aux élections présidentielles de 1981, Césaire appelle à voter en faveur du candidat socialiste François Mitterrand. L'électorat martiniquais, sourd à son invite, vote au contraire massivement pour Valéry Giscard d'Estaing. Aimé Césaire est conduit à prononcer, au mois de mai 1981, huit ans après le Discours des trois voies et des cinq libertés, le non moins retentissant « Discours du moratoire ». La bataille du statut peut et doit être, prr lame-t-il, renvoyée à plus tard. L'autonomie demeure l'objectif à atteindre, mais il faut en attendant privilégier le développement économique et travailler au changement des mentalités. « Nous proposons un "moratoire" », dit-il. En employant ce mot, Césaire plonge tout le monde dans l'embarras, partisans et adversaires. Peu nombreux sont ceux qui dans l'auditoire saisissent la vraie signification de ce mot barbare, d'où une avalanche de malentendus, de contresens également calamiteux. Les uns et les autres de s'étonner, pour s'en féliciter ou pour le déplorer, que Césaire ait renoncé à l'autonomie. Il lui faut donc, en bon pédagogue, expliquer le sens du mot et la figure de pensée. Qui dit « moratoire » dit faire étape, marquer un temps d'arrêt, le plus court possible pour après poursuivre sa route, avec une assurance plus grande et la certitude d'atteindre l'objectif fixé. La régionalisation lui apparaît donc clairement comme un détour propice, comme une transition utile vers l'autonomie. Quelles qu'en soient les imperfections et les limites, elle représente, pcnse-t-il, un incontestable progrès par rapport au statu quo départemental. Le « Discours du moratoire » expose les raisons du compromis tactique que rend possible la venue au pouvoir du candidat socialiste. En 1974, François xMitterrand étant le candidat de l'union de la gauche aux élections présidentielles, Aimé Césaire avait accepté les propositions du Parti socialiste français et s'était rallié au programme commun. L'une des dispositions essentielles était la mise en ouvre d'une loi de décentralisation et de régionalisation. La justesse du mot d'ordre qu'adoptait le PPM, le 22 mars 1958, lors de son congrès constitutif est, dit Aimé Césaire, confirmée par les faits. « Le Parti progressiste martiniquais (...) pourrait proposer la transformation des départements d'outre-mer en régions fédérales. Si nous faisons cela, nous aurons réussi à allier notre double souci de rester liés à la France et d'être de bons Martiniquais ; et, sans tomber dans le séparatisme qui nous serait mortel, nous aurons triomphé d'une autre séparation qui, elle aussi, à la longue, peut s'avérer mortelle, la séparation de l'homme d'avec lui-même. » Dès 1965, il est vrai, Aimé Césaire avait invité le PPM à prendre position en faveur du candidat socialiste François Mitterrand. Aux élections présidentielles de 1981, fidèle à l'engagement pris, il soutient activement les orientations du programme de l'union de la gauche. François Mitterrand est élu. La loi Deffcrre du 3 mars 1982, définissant les compétences nouvellement dévolues à la collectivité régionale, répondra en partie à l'attente d'Aimé Césaire.



L'idée de la régionalisation n'est pas récente. Le général de Gaulle qui fut le premier à la promouvoir sollicita l'avis des conseils généraux d'outre-mer, en vue de la création d'un Établissement public régional. Cette idée, reprise par Georges Pompidou, a abouti sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing au décret du 22 septembre 1972 qui étendait aux départements d'outre-mer la loi du 5 juillet 1972 portant création d'une deuxième collectivité locale, le conseil régional. Dès le début des années 1960, rappelons-le, le député-maire de Fort-de-France avait réclamé, compte tenu de l'échec de ladite assimilation, la transformation du département de la Martinique en une région autonome. Le 22 janvier 1963, dans un discours prononcé à l'Assemblée nationale, critiquant la politique de gouvernement dans les départements d'outre-mer, il citait l'exemple de l'industrialisation du sud de l'Italie et demandait que soient créés à la Martinique, sur ce modèle, des organismes décentralisés chargés d'effectuer les investissements nécessaires. Le 15 octobre 1965, dénonçant une fois de plus les tares du régime départemental, il se référait à l'exemple de la Corse, département où l'opinion majoritaire se disait déjà favorable à une autonomie régionale comparable à celle de la Sicile et de la Sardaigne. Le 20 octobre 1966, à l'Assemblée nationale, Aimé Césaire protestait encore contre un arrêt de la Commission de Bruxelles interdisant à la banane, au sucre et au rhum antillais l'accès du marché commun. Le 26 octobre, revenant à la charge, Aimé Césaire demandait aux ministres des Départements d'outre-mer et de l'Agriculture « de tout mettre en ouvre pour corriger [cette] injustice » et pour que les produits agricoles antillais bénéficient d'une détaxe de distance. Dans une intervention relative au budget des départements d'outre-mer, le 2 novembre 1967, à l'Assemblée natior le, il brossait un tableau préoccupant des réalités économiques aux Antilles françaises, tant dans les domaines agricoles et industriels que dans le domaine touristique. Pour justifier les moyens auxquels il fallait recourir, il citait encore en exemple l'Allemagne et l'Italie, ces deux pays ayant su conférer aux diverses régions qui les composent une autonomie administrative propice au développement économique de chacune.



Le 9 novembre 1968, prenant part au débat engagé à la demande du gouvernement sur le projet de régionalisation, Césaire avait répété que la départementalisation est un échec. Il accepta d'émettre un vote favorable au projet, mais sous cette forte réserve : « La région ne sera viable que si, assez vite, elle correspond à la fois à un espace économique rationnel et à une identification ethnoculturelle précise. » Le 17 mai 1969, il adressa une lettre à chacun des sept candidats aux élections présidentielles : « Seule une réponse claire de votre part nous permettra d'informer objectivement et totalement nos populations et de leur donner des raisons valables de s'intéresser au prochain scrutin. » Il s'agissait pour lui, par ce moyen, de faire prendre en compte les revendications formulées par le parti progressiste au nom du peuple martiniquais. N'ayant reçu de réponse d'aucun candidat, honnis Jacques Duclos et Michel Rocard, il préconisa l'abstention. Le 9 avril 1974, Aimé Césaire et Camille Darsières adressèrent une autre lettre à François Mitterrand, candidat unique de la gauche aux élections présidentielles : « Vous représentez (...) tout à la fois, un homme favorable au socialisme et favorable à la décolonisation de notre peuple. Tel est le sens de notre vote. Vous saurez peser combien il contient d'espérance8'. » Le 18 avril de la même année, à l'occasion d'une réunion publique organisée dans la cour de la mairie de Fort-de-France, Aimé Césaire s'adressait en ces termes à l'envoyé de François Mitterrand, (ïaston Defferre : « Ce que nous vous demandons, c'est un président de la République sous le règne duquel, sous prétexte de régionalisation ou de participation, on ne remettra pas au pouvoir quelques attardés d'ancien régime88. » Au mois de mai 1974, l'écrasante victoire de Valéry Giscard d'Estaing inspire à Césaire cette appréciation : « C'est avec tristesse, et pourquoi le dissimuler, avec honte, que j'ai pris connaissance du score martiniquais du candidat unique de la gauche François Mitterrand. Ainsi donc, seul parmi les peuples colonisés des DQM le peuple martiniquais a assuré une majorité à la réaction89. » Au mois d'octobre 1976, François Mitterrand lui ayant rendu visite à la mairie de Fort-de-France, Aimé Césaire, dans son discours d'accueil, déclare : « Si vous voulez nous aider (...) aidez-nous d'abord à redevenir nous-mêmes, aidez-nous à rendre à notre peuple la fierté d'être lui-même. »



Le dernier congrès

La question du statut



L'élection de François Mitterrand à la présidence de la République, au mois de mai 1981, a rendu possible le vote et l'application de la loi Defferre. La Martinique, comme les autres départements des Antilles-Guyane et la Réunion, est désormais pourvue d'une nouvelle collectivité locale : le conseil régional. En février 1983, la coalition de gauche conduite par le PPM remporte les élections. Aimé Césaire est élu président du conseil régional. Démissionnaire, - parce que tenu au respect de la loi prohibant le cumul des mandats -, il est remplacé à la tête de cette assemblée en 1988 par Camille Darsièrcs. Un grand pas est accompli. Les relations qui s'établissent entre l'État et la nouvelle collectivité locale sont cordiales. A l'habituelle hostilité des représentants du pouvoir central fait place, dans la plupart des cas, une bienveillante compréhension. Quoi qu'on dise, si la décentralisation et la régionalisation ont été dans les départements d'outre-mer une expérience positive, tout imparfaite et incomplète soit-elle, cela est dû sans doute pour beaucoup aux liens d'estime et d'amitié qu'avaient noués trois hommes : Césaire, Defferre, Mitterrand. Le maire de Fort-de-France et le maire de Marseille se sont connus, jeunes députés, sur les bancs de l'Assemblée nationale au lendemain de la guerre. Sans toutefois partager les mêmes orientations ' olitiques, ils ont su entretenir au cours des législatures successives des rapports de bonne camaraderie. En 1946, Gaston Defferre avait activement contribué à l'élaboration d'une loi cadre qui, en créant l'Union française, visait un tant soit peu à remédier aux injustices les plus criantes dont étaient victimes les ressortissants des colonies françaises d'Afrique et d'Asie. Si, aujourd'hui, le conseil régional de la Martinique est domicilié avenue Gaston-Defferre à Fort-de-France, c'est qu'un hommage devait être rendu à celui qui fut, en matière de décolonisation, l'inspirateur de François Mitterrand et l'inlassable artisan de la loi de décentralisation et de la régionalisation. En veillant à faire du vote et de l'application de cette loi l'une des priorités de son premier septennat, François Mitterrand restait fidèle à la parole donnée à celui qui, le premier dans les départements d'outre-mer, dès 1964, avait soutenu sa candidature. L'attention toute particulière qu'a ainsi accordée François Mitterrand non seulement à l'homme politique mais encore au poète et à l'écrivain s'est manifestée en des circonstances répétées. En 1982, à l'initiative du ministre de la Culture, le Grand Prix national de la poésie est décerné au chantre martiniquais de la négritude. A l'instigation d'Antoine Vitez, administrateur de la Comédie-Française, le Festival d'Avignon lui rend hommage au mois de juillet 1989. Au mois de juin 1991, La Tragédie du roi Christophe entre à la Comédie-Française. Le 14 juillet 1991, le président de la République dévoile une plaque où s'inscrit, au fronton du ministère des DOM-TOM, au 27 de la rue Oudinot, cette strophe :



« En nous l'homme de tous les temps

En nous, tous les hommes

En nous l'animal, le végétal, le minéral

L'homme n'est pas seulement homme

Il est univers. »



Pourquoi cette cérémonie organisée en son honneur, et à laquelle il avait été bien évidemment convié, s'est-elle déroulée en son absence ? Ne s'est-il pas rendu à Avignon ? N'a-t-il pas assisté à la première de La Tragédie du roi Christophe à la ComédieFrançaise ? Alors pourquoi bouder la rue Oudinot ? Sa reserve naturelle, son peu de goût des éloges, des mondanités, du cérémonial officiel n'y sont pas pour rien. Passe encore d'être honoré : à vrai dire, il s'en accommode, quitte à se faire prier sans en avoir l'air ; mais dans les locaux d'un ancien ministère des Colonies ?



Au mois de mai 1982, la coalition de gauche conduite par le PPM remporte les élections régionales. Au mois de mars 1992, la coalition éclate. Le PPM perd la présidence du conseil régional. Dix-ans se sont écoulés. L'heure du bilan a sonné. Les insuffisances du système sont désormais évidentes. Le compromis n'est plus acceptable. Une révision déchirante s'impose. Elle a Heu au congrès de décembre 1992. A l'occasion d'une journée de réflexion, le 8 mai 1992, Césaire rappelait, les grandes orientations qu'il s'était efforcé de tracer en 1973 dans le Discours des trois voies. Il s'agissait de procéder à une clarification des enjeux, en rejetant d'une part, aussi bien l'assimilation pure et simple à la France que l'intégration à l'Europe, et d'autre part, l'indépendance totale. « Nous sommes pour l'autonomie, c'est-à-dire la volonté de se diriger soi-même, d'avoir accès à la responsabilité de nous-mêmes, de notre développement, de notre destin... Très tôt nous avons affirmé cette doctrine... Le temps des empires est terminé, commence celui des identités, et, insister sur l'autonomie, c'est, de façon réaliste, prendre en compte la personnalité martiniquaise91. » Dressant le bilan de son engagement, à l'occasion de cette journée de réflexion du 8 mai 1992, Aimé Césaire insiste sur le souci pédagogique qui fut le sien. Il fallait être clair, s'en tenir à une seule et même règle d'analyse. « Une prise en compte de notre spécificité dans la République française, et une prise en compte de notre spécificité dans l'Europe. » Au mois de juillet 1957, à la tribune de l'Assemblée nationale, Aimé Césaire exprimait déjà ses appréhensions. Il refusait de voter en faveur du traité de Rome et demandait expressément que les populations d'outre-mer soient consultées. Il ne disait pas non à l'Europe. Il demandait que soit reconnu le droit martiniquais à la différence et partant, un droit permanent à dérogation. Cette réserve prudente explique la décision o- 'il prend de nouveau, lors du référendum du 20 septembre 1992 ayant pour objet la ratification du traité de Maastricht, d'inviter les électeurs à voter blanc. Le 29 septembre 1982, Aimé Césaire avait déclaré à l'Assemblée nationale, à l'occasion du débat relatif à la grande loi de décentralisation du 3 mars 1982 : « Il y a une doctrine que je m'étonne toujours de voir resurgir périodiquement : c'est celle de l'assimilation ou de l'intégration. Qu'on le comprenne bien : l'assi-milationnisme est une doctrine que personne ne peut défendre sérieusement aujourd'hui. L'assimilationnisme est une vieillerie doctrinale à ranger au magasin des accessoires. Il n'y a pas d'assi-milationnisme de gauche, car ne saurait être de gauche une doctrine, une pratique, qui évacue des peuples entiers de l'histoire et les rend à l'anonymat. Notre époque, c'est celle de l'identité retrouvée, celle de la différence reconnue, celle de la différence mutuellement consentie, et, parce que consentie, surmontablc en complémentarité, ce qui rend possible, je veux l'espérer, une solidarité et une fraternité nouvelles. »



La question du statut est ainsi remise à l'ordre du jour du dernier congrès du PPM, au mois de décembre 1992. La décentralisation est remise en question : elle doit être poursuivie, approfondie, élargie. De la réponse apportée à la question de principe, celle du droit à la différence, dépend la réussite ou l'échec de toute politique de développement. Césaire insiste. « Notre doctrine est la bonne93. » Cette option est conforme aux orientations fixées depuis 1958 par le mot d'ordre : « Une région Martinique autonome dans une France décentralisée94. » C'est en s'inspirant de ce même principe que déjà en 1946, il s'était engagé dans la bataille de l'égalité des droits. «J'ai semé l'idée de la départementalisation. J'ai même été le rapporteur de la loi en 1946. Il ne faut pas oublier que c'est une loi que l'on appelait autrefois Césaire-Bissol. Je ne la renie pas du tout et cela a constitué une base de départ sérieuse pour la Martinique d'aujourd'hui. Cela ne nous a pas été accordé. Il a fallu se battre. Nous l'avons arrachée. Et il y a eu toutes sortes de réticences de la part du gouvernement français. Cela a été une victoire du peuple martiniquais9'. » Tirant les leçons de l'expérience de la décentralisation et de la régionalisation mises en place, conformément aux dispositions de la loi Defferre, Aimé Césaire estimant forclose l'échéance du moratoire, repose, dix ans après, la question du statut. « Lorsque j'ai été élu, jeune député, j'avais trente-cinq ans. Eh bien, ce qu'on avait demandé, c'était d'aller réclamer à la France l'assimilation. Un terme épouvantable, oui, mais qui, pendant un siècle, avait vraiment fait battre les cours martiniquais. On me demandait l'assimilation, eh bien, je n'ai pas demandé l'assimilation, j'ai demandé la départementalisation... Je crois même, sans me vanter, que c'était un néologisme, et c'est moi qui ai inventé le néologisme, pour vider ce terme d'assimilation de tout ce que cela contenait d'aliénant, de mystificateur et d'humiliant. J'ai remplacé l'assimilation par la départementalisation, et j'ai même ajouté qu'il s'agissait d'une « départementalisation adaptée ».








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Aimé Césaire
(1913 - 2008)
 
  Aimé Césaire - Portrait  
 
Portrait de Aimé Césaire


Biographie

Aimé Césaire est né à Basse Pointe en Martinique le 26 juin 1913. Son père était instituteur et sa mère couturière. Ils étaient 6 frères et soeurs.Son père disait de lui quand Aimé parle, la grammaire française sourit...

Ouvres

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Ouvres d'Aimé Césaire


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