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Aimé Césaire

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Portrait d'un revenant


Poésie / Poémes d'Aimé Césaire





Décembre 1939



Il est parti le 30 septembre 1931 à bord du Pérou. Il revient au mois de décembre 1939 à bord du Bretagne. Il savait en partant qu'il reviendrait. Comme si, d'avance, il s'était pénétré de la vérité de cette sentence que Victor Hugo avait inscrite au-dessus de la porte de la maison qu'il occupait, du temps de son exil à Guernesey : exilium vita est, la vie est un exil. Il a été heureux de partir. Le voici tout heureux de revenir : « Partir. Mon cour bruis-sait de générosités emphatiques. Partir... J'arriverais jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : j'ai longtemps erré et je reviens vers la froideur désertée de vos plaies37. » Mais celui qui revient est presque méconnaissable. L'exil a changé l'homme. Aimé n'est plus le même. Entre le départ et le retour s'accomplit une transformation. Celui qui s'en est allé partait informe, divisé. Le rebelle était sans cause. Celui qui revient s'est éveillé à une conscience lucide de sa nature, de sa condition. 11 n'est plus seul. Une femme, Suzanne, son épouse, et son premier fils sont du voyage. Il sort du chaos. « Le cri qui maudit n'existe plus en moi. » Il n'est plus noué ni muet. L'angoisse a trouvé son exutoire, les mots. Il entonne un hymne à la liberté, à la parole retrouvée. Ce fut, pour citer l'adage, un combat de Nègres dans un tunnel. Mais au bout de la nuit luit enfin la clarté d'un petit jour. Ayant désormais une cause à défendre, il fourbit les armes d'une stratégie double : celle, naturelle, de la pensée logique et celle, miraculeuse, de la pensée magique. Juge et partie, il dresse le réquisitoire et fait le plaidoyer. Une transformation s'est opérée. La décision est prise : celle de tenter l'aventure littéraire, d'interpréter et de transformer le monde par la pensée, la parole et l'écriture. Aimé Césaire n'est pas encore pleinement et entièrement lui-même. Mais il s'empresse de le devenir. S'étant découvert poète voyant, il se sait maître d'un art, impatient de créer, de modeler, de servir, de construire. Une ferveur quasi mystique l'habite.





Aimé Césaire pédagogue



Le semeur

Au mois d'octobre 1939, Aimé Césaire occupe son premier poste. Suzanne qui, pour sa part, avait déjà enseigné à Paris, est affectée au lycée technique de Bellevue. Aimé est nommé professeur au lycée Scholcher. Il a pour collègue René Ménil qui enseigne la philosophie. Il entre en fonction dans les nouveaux locaux, qui avaient été édifiés entre 1920 et 1937 sur l'emplacement actuel, route de la Corniche. Pendant quatre ans, il enseigne aux élèves des classes de seconde, de première et de terminale. Une première supérieure sera créée, à son initiative, pour la préparation des bacheliers martiniquais des deux sexes qui, à cause de la guerre, ne pouvaient se rendre en France pour y suivre un cursus universitaire. « J'étais professeur. Je faisais un cours de littérature pour une classe de première. (...) J'avais des disciples. C'était très important. J'ai formé des quantités de jeunes gens - qui sont maintenant des hommes - certains sont devenus des amis, d'autres des adversaires, enfin, peu importe ! Ils sont tous sortis de moi, de notre enseignement. J'étais professeur, assez efficace, semble-t-il, et j'ai eu incontestablement de l'influence sur toute une génération38. » Au programme de ses cours sont inscrits les auteurs latins et grecs, la littérature française moderne et contemporaine. Frantz Fanon, Edouard Glissant, Georges Desportes sont au nombre de ses élèves. L'influence durable qu'il exercera, l'admiration dont il est entouré s'expliquent par la qualité de son enseignement, la forme inédite qu'il imprime à la relation pédagogique autant que par le contenu de son discours. Malraux, Rimbaud, Lautréamont, les poètes surréalistes, les romanciers d'avant-garde, les civilisations africaines donnaient matière à cet enseignement qui, aux dires d'Aimé Césaire lui-même, « faisait un certain bruit ». Quoique d'un naturel réservé, peu expressif, plutôt froid, il est dans l'exercice de ses fonctions affable et souriant. L'affectueuse admiration que lui vouent ses élèves se résume en un pseudonyme : on l'appelle le « lézard vert », parce que souvent vêtu d'un complet vert à carreaux, correct mais assez peu seyant. On rit sous cape de son léger zézaiement, on imite sa manière involontairement comique de déclamer du bout de la langue : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes. » Car il adore Racine et aussi Molière. Sa joie de connaître, de faire connaître, de lire à ses élèves des morceaux choisis est communicative. Il faut l'imaginer, un matin de 1940, s'adressant à la classe sans autre préambule : « Rimbaud, puissance de la révolte ! » ou encore, debout, sur le dernier banc, au fond de la classe, déclamant une tirade. Il aime avec une égale ferveur la poésie lyrique, la poésie dramatique, le théâtre classique et le théâtre contemporain. C'est en cette période de fièvre créatrice qu'il compose le long poème des « Pur sang » ou se révèle déjà une entière maîtrise des moyens, et qu'il commence parallèlement la rédaction de sa première pièce, Et les chiens se taisaiment. Attentif aux auteurs d'avant-garde, il s'est enthousiasmé a la lecture de Huis clos. Son second fils, qui naîtra en 1941, se prénommera Jean-Paul. C'est de manière analogue, par amitié littéraire, qu'il avait donné à son fils aîné le prénom du poète malgache Jacques Rabemananjara. Il restera fidèle à ce choix puisque la dernière de ses six enfants, Michelle, sera nommée en hommage à Michel Leiris, son parrain. « Toute mon activité reste accrochée aux Antilles et, plus spécifiquement, à la Martinique, sorte de lieu géométrique de l'amour et de la morale : faire ouvre utile à une population pour laquelle j'ai de la sympathie. Sauf cette motivation affective, je n'ai aucune raison de m'intéresser au sort du coupeur de cannes plutôt qu'à celui, par exemple, des dockers de Rouen », écrivait celui-ci, dans son Journal, en 1949.



Quand il revient au lycée Scholcher, en 1939, Aimé Césaire a vingt-six ans. Il éveille les esprits en enseignant les vertus de l'indocilité et du doute méthodique. La haute estime dans laquelle le tiennent ses élèves ne sera pas démentie dans les années qui suivront. Quelques-uns, d'entre les meilleurs, se proclameront ses disciples, par exemple Frantz Fanon qui, dans Peau noire, masques blancs, reconnaîtra l'ampleur de la dette acquittée à l'auteur du Cahier d'un retour au pays natal. Au lycée Scholcher, Aimé Césaire ne ressemble pas à ses collègues. L'enseignant se double d'un chercheur, le professeur d'un poète inspiré. Ses compétences pédagogiques, son dévouement passionné à ses élèves ne peuvent être dissociés du processus créateur dont la publication du Cahier d'un retour au pays natal avait signalé l'emprise inéluctable. L'écrivain, qui avait d'emblée pris le pas sur l'enseignant, va bientôt donner son entière mesure. Sa conviction est faite : il est poète et, comme tel, voyant. Mais cette activité créatrice n'obéit pas seulement à une nécessité intérieure. Elle porte l'empreinte des circonstances historiques. La Martinique n'est pas à l'écart du siècle. Les rigueurs de la guerre se font de plus en plus cruellement ressentir. En 1940, l'amiral Robert, nommé haut commissaire de la France aux Antilles et à la Guyane par le pouvoir pétainiste, instaure un régime dictatorial ouvertement raciste et fasciste. Pour les intellectuels de la nouvelle génération, l'heure de la résistance a sonné. La revue Tropiques, créée à l'initiative d'Aimé Césaire, est une revue de combat. Les pages qu'il publie dans le premier numéro sont un appel à la résistance. Au moment où la soldatesque hitlérienne déferle sur l'Europe, elles donnent le signal de la révolte contre le régime autoritaire de l'amiral Robert. Dans ce texte, Césaire pose les fondements d'une dialectique de la différence et de l'identité qui va régir durablement sa pensée et son action dans les domaines culturels et politiques. Les particularités culturelles sont, dit-il, au point de départ de toute contribution à l'universel. La résistance à la ryrannic est un impératif catégorique : « Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre. »



L'instrument d'une prise de conscience

La revue Tropiques, 1941-1942



L'activité pédagogique d'Aimé Césaire n'entrave nullement, au cours de ces quatre années, son activité créatrice. Au mois d'avril

1941 paraît le premier numéro de la revue Tropiques. Fondée par Aimé Césaire et René Ménil, avec le concours de Suzanne Césaire, d'Aristide Maugée et de quelques autres jeunes intellectuels martiniquais, Tropiques prolonge l'activité critique à laquelle René Ménil et Aimé Césaire, étudiants à Paris, s'étaient respectivement initiés, dans Légitime Défense et L'Etudiant noir. Revue théorique, Tropiques veut combler un vide culturel, forger l'instrument d'une prise de conscience : « un centre de réflexion, un bureau de pensée, donc une revue40... » rappelle Aimé Césaire. Elle s'ouvre aux domaines de la création littéraire et artistique comme aux champs de la connaissance philosophique et scientifique. Cinq numéros paraissent entre le mois d'avril 1941 et le mois d'avril 1942 (numéros 1 à 9). Il faut signaler l'importance de la contribution de Suzanne, l'épouse d'Aimé Césaire, en raison de l'exceptionnelle qualité de ses articles. La publication est interrompue entre le mois d'avril

1942 et le mois de février 1943. Une lettre de censure du lieutenant de vaisseau Bayle frappe d'interdit la revue, la jugeant « révolutionnaire, raciale et sectaire ». Cette décision de censure couronne une campagne de tracasseries policières et de dénigrements que les autorités vichyssoises, mécontentes de l'audience intellectuelle et morale croissante d'Aimé Césaire, organise au cours de l'année 1942-1943, afin de le contraindre à démissionner de son poste de professeur au lycée Schcelcher. A la lettre de censure du lieutenant Bayle, les rédacteurs de la revue Tropiques répondent : « "ingrats et traîtres à la patrie", "empoisonneurs d'âme", aucune de ces épithètes ne nous répugne essentiellement... Nous ne parlons pas le même langage. » L'hostilité des autorités vichyssoises est à la mesure de la force d'impact de la revue. La parution du premier numéro fait événement, puisqu'elle motive une rencontre qui infléchira sensiblement non seulement l'orientation idéologique et esthétique de la revue mais encore le destin littéraire d'Aimé Césaire lui-même : celle du chef de file du surréalisme. Dans Martinique charmeuse de serpents, André Breton s'en souviendra : « Pour moi son apparition, je ne veux pas dire seulement ce jour-là, sous l'aspect qui est le sien, prend la valeur d'un signe des temps. » Aimé Césaire dira, lui aussi, l'importance exceptionnelle qu'a eu cette rencontre : « Je faisais du surréalisme comme monsieur Jourdain de la prose... J'avais lu les pères du surréalisme. Sans être vraiment surréaliste, j'avais les mêmes ancêtres qu'eux... Rimbaud, bien entendu, Mallarmé, les symbolistes, Claudel, Lautréamont. (...) Quand Breton a lu les trois premiers numéros de Tropiques, il a cru que j'étais un surréaliste. Ce n'était pas entièrement vrai, ce n'était pas entièrement faux. (...) Breton nous a apporté la hardiesse (...). La rencontre avec Breton a été une confirmation de la véracité de ce que j'avais trouvé par mes propres réflexions (...). La rencontre a été extraordinaire... La rencontre avec Breton a été pour moi une chose très importante, comme avait été importante la rencontre avec Senghor dix ou quinze ans plus tôt. »



Les articles que Césaire, Ménil et leurs collaborateurs publient dans Trop iques, de 1941 à 1942 puis de 1943 à 1945, confirment tous cette orientation : définir clans le domaine artistique et, plus largement, dans le domaine culturel comme dans les domaines socio-économique et politique une identité collective antillaise. L'outillage conceptuel mis à contribution est emprunté, non sans eclectisme, aux sciences humaines les plus novatrices : histoire, sociologie, ethnologie, linguistique, psychanalyse. L'accent est mis sur la communauté de destin des peuples de la diaspora noire américaine, sur la nécessité de revaloriser l'héritage africain. Une attention toute particulière est accordée par Aimé Césaire aux apports de l'ethnologue allemand Léo Frobenius. Le concept de l'être et de l'histoire qu'il s'efforce alors d'élaborer est directement influencé par ce dernier. Si, dès 1932, La Revue du monde noir publie un extrait, c'est seulement en 1936 que paraît, chez Gallimard, l'Histoire de la civilisation africaine. La rédaction de certaines séquences du Cahier d'un retour au pays natal et de plusieurs poèmes des Armes miraculeuses est étroitement associée à la lecture des pages de l'« Introduction » à VHistoire de la civilisation africaine. La revue Tropiques catalyse ainsi les aspirations d'un peuple soumis au joug d'une dictature coloniale. Les nombreux poèmes qu'Aimé Césaire y fait paraître, outre les articles d'information ou essais d'analyse ou de vulgarisation qu'il multiplie, sont des appels à peine voilés à la résistance. Le Rebelle, héros de la tragédie qu'il rédige alors, a valeur emblématique. Cet oratorio à l'antique, intitulé Et les chiens se taisaient, est une ouvre de combat, un pamphlet politique comparable aux Châtiments de Victor Hugo. La quasi-totalité des textes qui seront réunis plus tard en 1946, dans le recueil Les Armes miraculeuses sont composés pendant cette période. D'abord publiés dans Tropiques, ils sont faits d'un réseau d'images du ciel, des étoiles, de la mer : épopée d'un peuple asservi, en quête de liberté, s'obstinant à tenter de vaincre le destin contraire. « Genèse noire », tel est le titre fort significatif du poème de James Weldon Johnson dont Aimé Césaire publie la traduction dans le second numéro.



Un soulèvement a lieu à Fort-de-France, au mois de juin 1943. Les exactions du régime, la pénurie des denrées alimentaires consécutive au blocus allié de l'île en sont les causes. Les masses populaires s'étant insurgées, le gouvernement vichyssois doit démissionner précipitamment. Le gouverneur Georges-Louis Ponton, à qui les autorités gaullistes confient l'administration de l'île en remplacement de l'amiral Robert, autorise la reparution de Tropiques. « Alors Georges-Louis Ponton vint à nous avec son agissante bonne volonté. (...) Son sens humain faisait qu'il bousculait les papiers, les règlements, les préjugés de la carrière ou de l'école, pour tout simplement regarder, voir et sentir », écrira Césairc, en hommage, à la mort de ce dernier, le 31 juillet 1944. Cinq numéros sont publiés entre le mois de février 1944 et le mois de septembre 1945 (numéros 10 à 14). La période est, il est vrai, fertile en controverses. Le 6 mars 1944, à l'initiative d'Aimé Césaire, Eticmble prononce à Fort-de-France, en présence du gouverneur Ponton, une conférence intitulée « L'Idéologie de Vichy contre la pensée française », où il fait l'éloge de l'anticlérical convaincu que fut Victor Schcelcher, insistant lourdement sur le fait que les Noirs doivent leur liberté à un athée et que, une fois de plus, l'Eglise s'est compromise en soutenant le pouvoir pétainistc. L'évêquc de la Martinique, Mgr Varin de la Brunelière, riposte en rendant publique un mois après une lettre pastorale où, prenant le contrepied du conférencier, il affirme que l'Eglise a toujours combattu l'esclavage depuis l'ère païenne. Le jeudi 20 avril 1944, Aimé Césaire répond à l'évêque en prenant à témoin saint Paul, Bartholomé de Las Casas, Bossuet et Sepulveda pour prouver, à l'inverse, que l'Eglise a souvent été favorable à l'esclavage. « Pendant quatre siècles l'Eglise s'est fort bien accommodée de notre esclavage, à nous les nègres. Et si nous sommes à l'heure qu'il est des hommes libres, ce n'est pas à elle que nous le devons...



(...)

"On s'y fait." Tel est le mot de l'Eglise...

Alors vinrent ceux qui ne s'y firent point.

Alors Robespierre vint. Alors Grégoire vint. Alors Schcelcher vint...

Il ne me reste plus, Monseigneur, qu'à vous prier de croire à mon profond regret. »



Cette « Lettre ouverte à Monseigneur Varin de la Brunelière, Évêque de Saint-Pierre et de Fort-de-France » a été publiée, ainsi que de larges extraits de la conférence d'Etiemble, au mois de mai 1944 dans le numéro 11 de la revue Tropiques. (Petit fait plaisant : Varin de la Brunelière, qui avait longtemps exercé des fonctions nastorales au Lorrain et à Basse-Pointe, était un ami de Maman Mini- Il fit part à celle-ci de son étonnement pour regretter que, bonne catholique, elle eût pour petit-fils un vrai suppôt de satan. Mais qu'y pouvait-elle, Maman Nini ?) Cette livraison contient également une note indiquant que la revue Hémisphères, paraissant à New York, sous la direction d'Yvan Goll, vient de consacrer un double numéro aux Antilles, comportant une étude de Breton dédiée à Aimé Césaire sous le titre Martinique charmeuse de serpents, Un grand poète noir. L'étude de Breton est présentée, dans ce numéro de la revue Hémisphères, comme une préface destinée à l'édition du Cahier d'un retour au pays natal, dans une traduction de Lionel Abel et d'Yvan Goll.



Ce même mois de mai 1944, à l'invitation de Pierre Mabille, Aimé Césaire accomplit une tournée de conférences en Haïti. En son absence, au mois de juillet 1944, le gouverneur Ponton meurt tragiquement. Le gouverneur Ponton, dira Césaire, « voulait qu'au procès de l'Histoire et de la civilisation, la Martinique témoignât. Et dès lors il conçut son programme : équiper l'île, l'assainir socialement, l'améliorer techniquement. La promouvoir culturellement. Et la lancer dans la bagarre américaine au nom de la France... » Homme de lettres, ami de Breton et des surréalistes, Pierre Mabille venait, pour sa part, d'être nommé conseiller culturel à Port-au-Prince. Aimé Césaire demeure durant sept mois, de mai à décembre, en Haïti. Ce long séjour de découverte, d'enquête et d'étude est d'une importance décisive. Il en reviendra ébranlé, la conscience mûrie, élargie : « Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois. » Les ouvres majeures qu'Aimé Césaire va consacrer, au cours de la décennie suivante, à la patrie des « Jacobins noirs », aux héros de la révolution anti-esclavagiste - Toussaint Louverture et le roi Christophe - seront les ondes concentriques de ce choc intellectuel et affectif. « Une de mes caractéristiques peut-être, c'est que très tôt je me suis ressenti beaucoup plus en pays qu'en être, qu'en être singulier, qu'en être individuel. Autrement dit, je me suis identifié. Mais pas par les voies intellectuelles tout simplement ! Je me réveille Martinique, je me réveille Guadeloupe, je me réveille Haïti. Il y a identification avec tel ou tel pays de ma géographie cordiale45 ». En 1971, au cours d'un entretien qu'il accordera à un journaliste trinidadien, voulant souligner, malgré leurs dissemblances, la communauté de destin des Antillais francophones et anglophones, il ajoutera : « Je ne me sens pas dépaysé à Trinidad... Le vrai obstacle est politique. »



Aimé Césaire séjourne donc de mai à décembre en Haïti. Au Congrès international de philosophie qui se tient à Port-au-Prince, sous la présidence d'honneur de Jacques Maritain, du 24 au 30 septembre 1944, il présente une contribution intitulée « Poésie et connaissance », publiée dans les Cahiers d'Haïti au mois de décembre 1944 puis dans Tropiques en janvier 1945. Pendant son séjour haïtien, Césaire achève sa première pièce, Et les chiens se taisaient, dont la rédaction a été probablement commencée en 1940. Un article du journal Le Soir (19 décembre 1944), dans une rubrique intitulée « Sur la scène de l'actualité. Prochains ouvrages d'Aimé Césaire », annonce « un drame qui par sa composition et sa structure est inspiré des tragédies antiques ». Revenu à Fort-de-France, Aimé Césaire se remet à la tâche avec une énergie redoublée, un enthousiasme décuplé. A ses activités pédagogiques au lycée Scholcher viennent s'ajouter, pour répondre à l'attente d'un public élargi, toujours attentif" et plus nombreux, celles du journaliste et du conférencier. Au mois de janvier 1945 paraît le numéro 12 de la revue Tropiques presque entièrement consacré à Haïti. Au mois de mars, à l'hôtel de ville de Fort-de-France, à l'occasion du Congrès des jeunesses de gauche, il prononce un discours dont le journal La Petite Partie (numéro du 15 avril 1945) fait un compte rendu élogieux en qualifiant Aimé Césaire de « mentor des jeunesses de gauche ». Le 2 mai, le critique d'art Pierre Loeb, à l'invitation d'Aimé Césaire, prononce au lycée Scholcher une conférence intitulée : « La peinture et le temps présent », avec une attention toute particulière à l'ouvre du Cubain Wifredo Lam. Le 18 juin, Aimé Césaire prononce un deuxième discours en hommage au gouverneur Félix Éboué, à l'occasion du cinquième anniversaire de l'appel du général de Gaulle. Le 21 juillet 1945, à l'occasion de la fête traditionnelle dite de Victor Scholcher, il prononce encore un discours, cette fois-ci en hommage à Victor Scholcher. Le texte est repris dans la dernière livraison de Tropiques (numéro double 13-14). L'arrêt de la parution de cette revue, au mois de septembre 1945, n'est pas un fait négligeable. Une époque s'achève. Un âge de vie parvient à son terme. Le 21 octobre, Aimé Césaire est élu député de la Martinique à la première Assemblée nationale constituante. Cinq mois auparavant, le 27 mai 1945, il avait été élu maire de Fort-de-France.






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Aimé Césaire
(1913 - 2008)
 
  Aimé Césaire - Portrait  
 
Portrait de Aimé Césaire


Biographie

Aimé Césaire est né à Basse Pointe en Martinique le 26 juin 1913. Son père était instituteur et sa mère couturière. Ils étaient 6 frères et soeurs.Son père disait de lui quand Aimé parle, la grammaire française sourit...

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Ouvres d'Aimé Césaire


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