Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Jean Claude Renard

L'espace de la parole - Poéme


Poéme / Poémes d'Jean Claude Renard





1



En ce pays bas de brûlures,
De raisins braisés, d'enneigements
Où l'on ne peut faire qu'exister
La parole n'est pas possible.



2

Il y a des vents trop profonds
A l'origine des choses.



3

Je remonterai des pertuis
Où circulent l'eau paysanne
Et de nuit, l'hiver, quand il lune
Les bêtes des grandes forêts roses.



4

Sur la mort,

Sur le sable où patientent le silence et l'absence,
Hors des fouecs, dans le feu ténébreux,
Devant la laine, l'arbre,

Les oiseaux qui habitent les îles de limon instruites par quels fleuves, —
Un langage commence.



5

La grange incendiée,

Le mortier qui éclate aux murs de la maison sous les anciens platanes
Et ces coqs enterres dans un champ de silex
Ouvrent des brèches propices à l'oracle.



6

J'attends,

En respirant comme un poulpe endormi.
Que la rupture y forme une plaie assez vive pour se tendre vers l'être
Et que le sang, irriguant les fougères et les oursins fossiles.

Apporte le secret que nul vide qui veille ne renonce à connaître.



7

Une langue naissante et où je nais

S'approche

Qui aimante l'esprit.


Semblable en mes tourbières aux roses dévorantes.



8

Il s'établit dans l'oreille
Un bruit d'oranges, — à l'ombre

La verdure jointe et distincte de la phyllie et des branches,
Puis dans les yeux nus la lumière qui déchiffre un toit, une amphore, une fontaine près du figuier.
Révélant la vitre à la vitre

Et le sourcier et le maçon sur les racines de la mer
Par la fête pure de dire.



9

Ce soleil d'amont,

Ces lavandes à l'aplomb des roches intérieures peintes d'enfants, d'aurochs et d'armes,

Ou ce torrent dans les falaises avec la fourrure des loutres.

La parole s'allie à leur initiation,

Comblant l'absence, me nommant


Et ses présences incarnées font de moi leur preuve et leur proie.



10

Cela même dans mon désir

Qui est identique et nouveau comme sur les collines l'air blanc,
Je l'espère de l'âme mobile où se multiplie pour la chairLa saveur des cèpes grillés avec des feuilles de sarriette,

Et prenant science de la pierre franche que la foudre d'août a frappée

Je prononce la danse el la chasse qui furent premières dans les bois

Quand les cerfs étaient rouges,


Le solstice déjà du temps et de la mort.



11

Pour l'exorcisme, l'avènemenl des signes et du pain
Dans les hauts récits magnétiques qui présagent contre le meurtre.
Sur la plaine que l'hiver sèche,
L'abricot, l'olive, l'amande.
Le rhum noir gèle autour des os.



12

Mais qu'au fond du langage
S'éveille et se célèbre la parole de l'être
Qui fonde les pluies saintes commencées dans le mythe
Où la garrigue est verte

El les puits se peuplent d'agneaux, de genèses au goût de cassis.



13

Les pins qui luisent dans la brume rassembleront leurs signifiances.

Leur gisement en sa différence el ses noces

Quand, sur
Pécorcc où la résine écume comme un noyau de cristal pur,

L'alchimie louchera le lait que le doigt touche

Ou l'or juste avec l'autre image de l'or

Et l'été — là.



14

Une voix se tient au verger, dans la paix des pêches humides,
Fascinée par la prophétie,

L'écriture intacte et natale qui n'annonce que l'espérance —
Mais comme des cerises sous le givre,
Une femme avec du gravier et du goémon sur les seins
Ou l'auspicc d'un merle bleu,
Et conduit plus loin le regard,
Au-delà de toute mémoire,
Vers une future merveille.



15

Est-ce plus bas. sous les dernières dalles.
Dans l'acédie qui mine les cavernes de verre.
Qu'il faut chercher l'aube vivante
Pour qu'à l'instant où cessent les augures
La parole étonnée de porter un mystère plus grand que la parole
Se traduise en offrande?



16

Ces bois m'enseignent qu'une langue sacrée
Peut faire naître la même et l'autre menthe
Au bord de la rivière
Si le matin, qui germe avec les mots,
Marche à travers les prés.
Parmi la transparence énigmatique et fraîche,
Dans le son, dans le sens, dans la fulguration d'une fable de mains,
Sous les jeunes marsaulls.
Lavant le lin mêle à l'herbe et aux galets.



17

Puis il y aura peut-être une légende qui ne nommera plus le dieu pareillement

Mais s'élèvera dans le soir,

Sur les talus,

Au milieu des vignes glacées.

Pour parler encore aux enfances

De la seule maison où mûrira le vin.











Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Jean Claude Renard
(1922 - 2002)
 
  Jean Claude Renard  - Portrait  
 
Portrait de Jean Claude Renard


Bibliographie

Jean-Claude Renard (1922 - 2002) est un poète et écrivain prolifique français né à Toulon. Son œuvre, empreinte de mystères et de spiritualité, lui valut le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1988 et le Prix Goncourt de la poésie en 1991. Il fut l’un des collaborateurs des Éditions du Seuil et des Éditions Casterman. Il est également l’auteur de plusieurs essais. Il entra dans le mond

Biographie