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François-Marie Arouet Voltaire

La saint-barthélemy - Poéme


Poéme / Poémes d'François-Marie Arouet Voltaire







Le signal est donné sans tumulte et sans bruit1 ;
C'était à la faveur des ombres de la nuit.
De ce mois malheureux l'inégale courrière
Semblait cacher d'effroi sa tremblante lumière ;
Coligny languissait dans les bras du repos,
Et le sommeil trompeur lui versait ses pavots.
Soudain de mille cris le bruit épouvantable
Vient arracher ses sens à ce calme agréable ;
Il se lève, il regarde, il voit de tous côtés
Courir des assassins à pas précipités ;
Il voit briller partout les flambeaux et les armes,
Son palais embrasé, tout un peuple en alarmes,
Ses serviteurs sanglants dans la flamme étouffés.
Les meurtriers en foule au carnage échauffés,
Criant à haute voix : «
Qu'on n'épargne personne ;
C'est
Dieu, c'est
Médicis, c'est le roi qui l'ordonne ! »
Il entend retentir le nom de
Coligny;
Il aperçoit de loin le jeune
TélignyJ,
Téligny dont l'amour a mérité sa fille.
L'espoir de son parti, l'honneur de sa famille,
Qui, sanglant, déchiré, traîné par des soldats,
Lui demandait vengeance, et lui tendait les bras.



Le héros malheureux, sans armes, sans défense,
Voyant qu'il faut périr, et périr sans vengeance,
Voulut mourir du moins comme il avait vécu,
Avec toute sa gloire et toute sa vertu.



Déjà des assassins la nombreuse cohorte
Du salon qui l'enferme allait briser la porte;
Il leur ouvre lui-même, et se montre à leurs yeux
Avec cet œil serein, ce front majestueux.
Tel que dans les combats, maître de son courage,
Tranquille il arrêtait ou pressait le carnage.



À cet air vénérable, à cet auguste aspect,
Les meurtriers surpris sont saisis de respect;
Une force inconnue a suspendu leur rage. «Compagnons, leur dit-il, achevez votre ouvrage, «
Et de mon sang glacé souillez ces cheveux blancs, «
Que le sort des combats respecta quarante ans ; «
Frappez, ne craignez rien ;
Coligny vous pardonne ; «
Ma vie est peu de chose, et je vous l'abandonne... «J'eusse aimé mieux la perdre en combarrant pour vous... »
Ces tigres à ces mots tombent à ses genoux :
L'un, saisi d'épouvante, abandonne ses armes ;
L'autre embrasse ses pieds, qu'il trempe de ses larmes ;
Et de ses assassins ce grand homme entouré
Semblait un roi puissant par son peuple adoré.

Besme- qui dans la cour attendait sa victime,
Monte, accourt, indigné qu'on diffère son crime ;
Des assassins trop lents il veut hâter les coups ;
Aux pieds de ce héros il les voit trembler tous. À cet objet touchant lui seul est inflexible ;
Lui seul, à la pitié toujours inaccessible,
Aurait cru faire un crime et trahir
Médicis,
Si du moindre remords il se sentait surpris. À travers les soldats il court d'un pas rapide :
Coligny l'attendait d'un visage intrépide;
Et bientôt dans le flanc ce monstre furieux



Lui plonge son épée, en détournant les yeux,
De peur que d'un coup d'œil cet auguste visage
Ne fît trembler son bras, et glaçât son courage.

«
Du plus grand des
Français tel fut le ttiste sort.
On l'insulte, on l'outrage encore après sa mort.
Son corps, percé de coups, privé de sépulture.
Des oiseaux dévorants fut l'indigne pâture ;
Et l'on porta sa tête aux pieds de
Médicis,
Conquête digne d'elle, et digne de son fils.
Médicis la reçut avec indifférence,
Sans paraître jouir du fruit de sa vengeance,
Sans remords, sans plaisir, maîtresse de ses sens,
Et comme accoutumée à de pareils présents.



Qui pourrait cependant exprimer les ravages
Dont cette nuit cruelle étala les images?
La mort de
Coligny, prémices des horreurs,
N'était qu'un faible essai de toutes leurs fureurs.
D'un peuple d'assassins les troupes effrénées.
Par devoir et par zèle au carnage acharnées,
Marchaient le fer en main, les yeux étincelants,
Sut les cotps étendus de nos frères sanglants.
Guise était à leur tête, et, bouillant de colère,
Vengeait sur tous les miens4 les mânes de son père.
Nevers,
Gondi,
Tavanne un poignard à la main.
Echauffaient les transports de leur zèle inhumain ;
Et, portant devant eux la liste de leurs crimes,
Les conduisaient au meurtre, et marquaient les victimes.



Je ne vous peindrai point le tumulte et les cris.
Le sang de tous côtés ruisselant dans
Paris,
Le fils assassiné sur le corps de son père.
Le frère avec la sœur, la fille avec la mère.
Les époux expirant sous leurs toits embrasés.
Les enfants au berceau sur la pierre écrasés :
Des fureurs des humains c'est ce qu'on doit attendre.
Mais ce que l'avenir aura peine à comprendre,
Ce que vous-même encore à peine vous croirez,



Ces monstres furieux, de carnage altérés,
Excités par
Ja voix des prêtres sanguinaires,
Invoquaient le
Seigneur en égorgeant leurs frères ; fit, le bras tout souillé du sang des innocents,
Osaient offrir à
Dieu cet exécrable encens.










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François-Marie Arouet Voltaire
(1694 - 1778)
 
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Voltaire, entre la légende et l'histoire


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