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Achille Chavêe

UN GRAND SEIGNEUR DU SANG DE L'ÉPHÉMÈR


Poésie / Poémes d'Achille Chavêe





Ni l'œuvre, très controversée, ni l'auteur « ce vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne» ne laissent indifférent.

Très tôt épris de liberté et d'idéal révolutionnaire. Achille Cha-vée (1906-1969) se révolte contre la société bourgeoise et conventionnelle qui est la sienne. Dès l'enfance, il donne du fil à retordre à ses maîtres, tant il étouffe dans le milieu étriqué et dévot du séminaire de Saint-Roch à Ferrières. où il commence ses études.

A quinze ans. il vient habiter avec ses parents à La Louvière. On l'expulse de l'Institut Saint-Joseph pour ses propos subversifs. Il entre à l'Athénée de Mons où il fait la connaissance de Fernand Demousticr (en littérature Fernand DumonT) qui deviendra son meilleur ami et exercera une grande influence sur son œuvre: «je lui dois beaucoup, a dit Chavée. Il m'a appris, chose difficile parmi tant d'autres, l'élégance ».



Chavée poursuit ses humanités et découvre Rimbaud. Baudelaire, ses poètes favoris, mais aussi Nerval, Maeterlinck. Grégoire Le Roy...



En 1962, il retrouve Fernand Dumont à l'Université Libre de Bruxelles où il entreprend des études de droit. Encore étudiant, il fonde avec Walter Thibaut l'Union fédéraliste wallonne, mouvement qui revendique l'autonomie culturelle et économique de la Wallonie.

Bientôt, les événements l'obligent à dépasser les limites étroites de l'engagement fédéraliste et l'amènent à adopter des positions à la fois plus radicales et plus universelles.

Avocat depuis 1930, Chavée est de plus en plus sensible aux problèmes de la classe ouvrière, principale victime de la crise économique mondiale de 1929. Région très industrialisée, La Louvière est particulièrement frappée par la crise. La baisse des salaires et la montée croissante du chômage qu'elle entraîne touchent principalement les ouvriers qui vivent, pour la plupart, dans une misère noire. Cette situation dramatique atteint son paroxysme en 1932, année où éclatent les grandes grèves insurrectionnelles qui s'étendent à tout le Hainaut. L'événement brutal, qui échappe au contrôle syndical, va renforcer la conscience politique des jeunes intellectuels. Il sera le choc décisif pour Chavée, qui découvre la même année le surréalisme : « le surréalisme a été pour moi une véritable libération liée à l'aspect social et insurrectionnel des grèves de 1932».



On peut deviner l'effet prodigieux que devaient produire les déclarations révolutionnaires d'André Breton sur Chavée parvenu à ce stade-ci de son évolution. Le projet fondamental de libération de l'homme qui sous-tend le surréalisme l'enthousiasme au plus haut point et détermine désormais son appartenance au mouvement. 11 lit avec passion les écrits de Breton, se lie d'amitié avec les surréalistes belges tels que Marcel Lecomtc, René Magritte. Paul Nougé. Camille Goemans. avant de fonder lui-même son propre groupe à La Louvière, groupe qui portera le nom significatif de Rupture.

Fondé en 1934, au moment où le mouvement surréaliste français est dans une période de dissensions politiques graves, le groupe rassemble au départ quatre Hennuyers : Achille Chavée. avocat et écrivain. André Lorent dit le colonnel. à l'époque bibliothécaire. Albert Ludé, chimiste, et Marcel Parfondry. instituteur.



A ce quatuor, se joindront quelque vingt membres sympathisants. et parmi eux. Pol Bury, Armand Simon, les poètes Marcel Havrenne et Fernand Dumont, autant de personnalités qui figurent parmi les plus connues.

Les statuts du groupe, calligraphiés par Marcel Parfondry. révèlent que ses deux buts principaux tiennent d'une part dans le désir de «tremper les consciences révolutionnaires», d'autre part, dans celui de «contribuer à fonder une morale prolétarienne ». Les objectifs de Rupture sont donc essentiellement politiques.

Aux alentours de 1934-1935, le climat politique est loin de s'améliorer. Les retombées de la crise se font toujours sentir, non seulement en Belgique mais dans toute l'Europe qui assiste en outre à la montée du fascisme.

1935 sera l'année la plus féconde pour le groupe Rupture. Ils organisent l'exposition surréaliste en Hainaut où seront exposées des toiles de Arp. Brauner. Ernst, Chirico. Magritte. Dali... Cette manifestation ne rencontrera qu'un faible écho auprès d'un public ignorant, désarçonné et volontiers moqueur. Elle sera toutefois l'occasion d'un rassemblement entre les surréalistes bruxellois et ceux du Hainaut qui ne se côtoyaient que rarement. Plus préoccupés de littérature que de politique, les Bruxellois prenaient aussi bien leurs distances à l'égard de La Louvière que de Paris.



1935 sera également l'année où Achille Chavée publie son premier recueil Pour cause déterminée alors que entre-temps, paraît l'unique numéro de la revue du groupe : Mauvais temps. Dans cette revue on voit poindre les premières divergences d'opinion qui aboutiront à la dissolution du groupe. L'engagement, au départ, était politique. Or certains membres de Rupture et parmi eux Fernand Dumont. figure centrale très influente, s'orientent vers un champ d'activités plus spécifiquement artistiques. En contact fréquent avec les surréalistes bruxellois, Dumont. qui n'est pas sur le terrain brûlant de La Louvière. s'intéresse de plus en plus exclusivement à la littérature et à la poésie comme en témoignent les nombreuses lettres qu'il écrit à Chavée. lui-même partagé entre militantisme et écriture.



Un an après la fondation de Rupture, l'orientation du groupe devient à ce point littéraire que l'équilibre entre les préoccupations esthétiques et les exigences politiques devient de plus en plus précaire3. C'est dans ce climat d'hésitations sur la marche à suivre que Chavée s'engage en 1937 dans les brigades internationales en Espagne, où la guerre civile a éclaté.

Cette période aura une influence déterminante sur son écriture désormais hantée par l'image du sang : « la guerre à laquelle j'ai participe » explique Chavée « ne s'est pas traduite pour moi par le vain appareil extérieur de ses moyens de destruction, mais par l'influence souterraine de sa plus saisissante réalité, l'homme et son sang, son sang que j'ai vu répandu, son sang qui imprègne à tout jamais ma réalité subconscienle, son sang qui éclabousse tous les objets, qui ronge les paroles, qui coule des arbres et qui circule dans l'écharpe de la nuit »4.

Un an plus tard, Chavée revient d'Espagne, très résolu : parti trotskyste, il s'est définitivement tourné vers le stalinisme et restera fidèle toute sa vie au Parti communiste belge. En 1938. il publie le recueil Une fois pour toutes qui se réfère en grande partie à la guerre d'Espagne.

Entre-temps, la dissolution de Rupture est devenue inévitable. Si avant 1937, l'éclatement du groupe avait été provisoirement évité, les orientations politiques nouvelles de chacun de ses membres sont à présent décisives. Le groupe se divise désormais entre les «staliniens» (comme Chavée et DumonT) et ceux qui. comme André Lorcnt. sont demeurés trotskystes. Début 1939. la rupture est consommée.



Après l'éclatement de Rupture, Chavée et Dumont fondent le groupe surréaliste en Hainaut. Plusieurs de ses membres participeront avec les Bruxellois aux deux numéros de L'invention collective. Chavée et Dumont élaborent un deuxième numéro de Mauvais temps. Ils n'arriveront pas à mener leur projet à terme : la guerre les en empêche. Dumont disparait dans les camps de concentration. Chavée plus chanceux, échappe à la mort grâce à la clandestinité. Au lendemain de la guerre, il prend contact avec les anciens de Rupture pour fonder le groupe Haute-nuit caractérisé par le « rejet de tout dogmatisme : l'hostilité au conformisme dans l'art ; la croyance aux manifestations originales et d'avant-garde ». Ce troisième groupe éditera plusieurs recueils de Chavée avant de se dissoudre à son tour.



Pendant ce temps, Achille Chavée poursuit ses activités politiques (il sera président des Amitiés belgo-soviétiques de 1945 à 1955) et collabore à un nombre impressionnant de revues belges. Il s'intéresse de plus en plus à la peinture abstraite et à la poésie moderne, grâce notamment à Frcddy Plongin, André Miguel, André Balthazar et Pol Bury dont il fait la connaissance aux alentours des années 50. Ces deux derniers animent les éditions Montbliart ainsi que la revue et les éditions Daily-Bul. Fondée sur une esthétique du dérisoire, du farfelu, du décousu, cette revue orientera la pensée surréaliste en différentes directions, parfois opposées. Tous ses collaborateurs, intéressés au mouvement d'avant-garde, cultiveront le ludique, la désinvolture et l'humour burlesque. Témoin cette déclaration de Chavée dans un des numéros de la revue Daily-Bul. A la question « Qui êtes-vous?» il donna cette réponse cocasse: «Je suis le plus grand poète de la rue Ferrer à La Louvière... ».








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Achille Chavêe
(1906 - 1969)
 
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