Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Yves Bonnefoy

Le haut du monde - Poéme


Poéme / Poémes d'Yves Bonnefoy





I



Je sors,

Il y a des milliers de pierres dans le ciel,

J'entends

De toute part le bruit de la nuit en crue.

Est-il vrai, mes amis,

Qu'aucune étoile ne bouge?

Est-il vrai

Qu'aucune de ces barques pourtant chargées

D'on dirait plus que la simple matière

Et qui semblent tournées vers un même pôle

Ne frémisse soudain, ne se détache

De la masse des autres laissée obscure?

Est-il vrai

Qu'aucune de ces figures aux yeux clos

Qui sourient à la proue du monde dans la joie

Du corps qui vaque à rien que sa lumière

Ne s'éveille, n'écoute?
N'entende au loin

Un cri qui soit d'amour, non de désir?



II



Elle ouvrirait, sans bruit,

Elle se risquerait dans le vent de mer

Telle une jeune fille qui sort de nuit

Soulevant une lampe qui répand

Sa clarté, qui l'effraye aussi, sur ses épaules,

Et se retourne, mais le monde va sans réponse,

Le bruit des pas de ceux qui devraient ouvrir

Leur porte sous les arbres, et la rejoindre

Ne sonne pas encore dans la vallée.

Les choses sont si confiantes pourtant,
L'agneau si complaisant à la main qui tue,

Et les regards sont si intenses parfois,

Les voix se troublent si mystérieusement quand on prononce

Certains mots pour demain, ou au secret

Des fièvres et des invites de la nuit.

Est-il vrai que les mots soient sans promesse,

Éclair immense en vain,

Coffre qui étincelle mais plein de cendres?



III



En d'autres temps, mes amis,

Nous aurions écouté, ne parlant plus

Soudain,

Bruire la pluie de nuit sur les tuiles sèches.

Nous aurions vu, courbé

Sous l'averse, courant

La tête protégée par le sac de toile,

Le berger rassembler ses bêtes.
Nous aurions cru

Que le couteau de la foudre dévie

Parfois, compassionné,

Sur le dos laineux de la terre.

Nous aurions aperçu, qui se dispersent
Chaque fois que c'est l'aube,
Les rêves qui déposent, couronnés d'or,
Leur étincellement près d'une naissance.



IV



Et fût-elle venue

S'asseoir auprès de nous, l'incohérente,

La vieille qui n'a plus que le souvenir,

Reste, l'un d'entre nous

Eût dit, reste, détends tes mains noircies par la fumée,

Parle-nous, instruis-nous, ô vagabonde.

Le ciel était scellé pourtant, comme aujourd'hui,
La barque de chaque chose, venue chargée
D'un blé du haut du monde, restait bâchée À notre quai nocturne, brillant à peine
De simplement la pluie dans le vent de mer.

Et on rentrait le soir les mêmes bêtes lasses,

La mort était servante parmi nous

À recueillir le lait qui a goût de cendre.



V



Je sors.

Je rêve que je sors dans la nuit de neige.

Je rêve que j'emporte

Avec moi, loin, dehors, c'est sans retour,

Le miroir de la chambre d'en haut, celui des étés

D'autrefois, la barque à la proue de laquelle, simples,

Nous allions, nous interrogions, dans le sommeil

D'étés qui furent brefs comme est la vie.

En ce temps-là

C'est par le ciel qui brillait dans son eau

Que les mages de nos sommeils, se retirant,

Répandaient leurs trésors dans la chambre obscure.



VI



Et la beauté du monde s'y penchait

Dans le bruissement du ciel nocturne,

Elle mirait son corps dans l'eau fermée

Des dormeurs, qui se ramifie entre des pierres.

Elle approchait bouche et souffle confiants

De leurs yeux sans lumière.
Elle eût aimé

Qu'au repli de sa robe fermée encore

Paraisse sous l'épaule le sein plus clair,

Puis le jour se levait autour de toi,

Terre dans le miroir, et le soleil

Ourlait ta nuque nue d'une buée rouge.

Mais maintenant

Me voici hors de la maison dont rien ne bouge

Puisqu'elle n'est qu'un rêve.
Je vais, je laisse

N'importe où, contre un mur, sous les étoiles,

Ce miroir, notre vie.
Que la rosée

De la nuit se condense et coule, sur l'image.



VII



Ô galaxies

Poudroyantes au loin
De la robe rouge.

Rêves,

Troupeau plus noir, plus serré sur soi que les pierres

Je vais,

Je passe près des amandiers sur la terrasse.

Le fruit est mûr.

J'ouvre l'amande et son cœur étincelle.

Je vais.

Il y a cet éclair immense devant moi,

Le ciel,

L'agneau sanglant dans la paille.










Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Yves Bonnefoy
(1923 - ?)
 
  Yves Bonnefoy - Portrait  
 
Portrait de Yves Bonnefoy


Biographie

Principaux ouvrages