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Yves Bonnefoy

La voix encore - Poéme


Poéme / Poémes d'Yves Bonnefoy





«
Et venais-tu pour la nuque ployée

Là-haut, dans cette chambre, non, dans le ciel

D'orage, et cette main dans la tienne, et le cri

D'espoir, de joie, puis relever les yeux

Vers la cime parfaite des montagnes

Et contempler, comme nuptialement,

La beauté, qui semble augurale, de ce monde

(Car c'est là, sous l'étoile, que je demeure,

Ma parole est ce givre sous ce silence,

Le seuil est là, où la grappe des pierres

Mûrit hors de l'espace, illuminée),


Je t'ai permis de boire à cette lumière,

Je t'ai donné l'enfant qui me désigne.

Par la brièveté de la porte, vois

Le pain brûler sur la table.



Par le bois cloué mort dans la porte, prends

Mesure de la nuit qui couvre la terre.

Par le déchirement de la couleur,

Par le gémissement des gonds de la porte, sens

Se déjointer dans l'énigme du temps

L'être de la présence et de la promesse.

La nuit est prompte et lourde à retomber



Sur le bleu du dehors du monde, dont la voix

Va te sembler trompeuse, te faire mal,

Et le cri de la nuit est acre dans l'huile

Des gonds de toute chose : cependant,

Le poids même du fer sur la pierre témoigne

De corps suants, courbés

Sur le bâtir mystérieux et le sens.



Et vois, la pierre

A des mots infinis dans l'herbe du seuil,

Et là, dans la chaleur,

Ce qui n'a pas de paix est la paix encore. »








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Yves Bonnefoy
(1923 - ?)
 
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