Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Yves Bonnefoy

La barque aux deux sommeils - Poéme


Poéme / Poémes d'Yves Bonnefoy





I



Glisse la barque étroite aux deux sommeils

Qui respirent l'un près de l'autre, sans recherche

De rien, dans l'immobilité, qu'un même souffle.

À l'aube le courant va plus rapide,

La barre qu'on n'entend pas de nuit gronde là-bas,

L'enfant qui joue à l'avant de la barque

Alors a compassion et se rapproche
Car ceux qui dorment là n'ont pas de visage,
Rien que ces deux flancs nus qui firent confiance
L'un à la joie de l'autre; et l'aube est froide,
L'eau sombre a des reflets d'une autre lumière.

Il s'approche, il se penche,

Il voit dans leur travail l'homme, la femme,

C'est une terre pauvre, dont les voies

Sont emplies d'eau comme après les orages.

Il place dans ce sol

Le germe d'une plante, qui recouvre

De ses palmes bientôt, sans souvenirs,

Le lieu de l'origine, aux rives basses.

C'est elle qu'il pressent, depuis déjà

Les premiers mots en lui, quand il regarde

Monter le soir ces piliers de fumée

Là-bas, loin dans la paix des deux branches du fleuve.

Et c'est elle qu'il veut, contre le ciel,

Voir croître chaque jour, dans l'évidence

Des oiseaux qui se croisent en criant.

Il ira tard le soir dans son feuillage,

Il cherchera le fruit dans la couleur,

Il en pressera l'or dans ses mains paisibles,

Puis il prendra la barque, il ira poser

Le vin du temps désert, dans une jarre,

Au pied du dieu du rêve, agenouillé

Les yeux clos, souriant,

Dans les herbes lourdes de graines du bord du fleuve.



II



Ils dorment.
Fut vaincu enfin le temps qui œuvre

Contre toute confiance, toute joie.

Peut-être même que leur forme laisse sourdre

La lumière du rêve, qui ruisselle

Devant beaucoup des barques qui avancent

Avant le jour dans les pays de palmes.

Ils dorment.
Et l'enfant revient à la proue,
Il contemple à nouveau, qui étincelle
Maintenant, l'eau du fleuve.
Puis il rassemble
Des branches pour le feu, qu'il allume, serré
Dans un vase de terre.
Et il s'endort,
Coloré par la flamme qui veille seule.



III



Ils rêvent.
Dans la vie comme dans les images
C'est vrai que la valeur la plus claire avoisine
L'ombre noire de là où les mots se nouent
Dans la gorge de ceux qui ne savent dire
Pourquoi ils cherchent tant, dans le temps désert.

Ils vont.
Et la couleur qui brasse la nuée
Prend parfois par hasard dans ses mains de sable
Leur désir le plus nu, leur guerre, leur regret
Le plus cruel, pour en faire l'immense
Château illuminé d'une autre rive.



IV



L'étoile dans la chose a reparu,

Elle en grossit le grain qui se fait moins trouble,

La grappe de ce qui est donne à nouveau

La joie simple de boire à ceux qui errent,

Les yeux emplis de quelque souvenir.

Et ils se disent que peu importe si la vigne
En grandissant a dissipé le lieu
Où fut rêvée jadis, et non sans cris
D'allégresse, la plante qu'on appelle
Bâtir, avoir un nom, naître, mourir.

Car ils pressent leurs lèvres à la saveur,
Ils savent qu'elle sourd même des ombres,
Ils vont, ils sont aveugles comme
Dieu
Quand il prend dans ses mains le petit corps
Criant, qui vient de naître, toute vie.

Et tout alors, c'est comme un vase qui prend forme,

La couleur et le sable se sont unis.

Les mondes de l'imaginaire se dissipent.

Quelque chose s'ébauche qui ressemble

À des cailloux qui brillent dans l'eau claire.








Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Yves Bonnefoy
(1923 - ?)
 
  Yves Bonnefoy - Portrait  
 
Portrait de Yves Bonnefoy


Biographie

Principaux ouvrages