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Théophile de Viau

Lettre à son frère - Poéme


Poéme / Poémes d'Théophile de Viau





Mon frère, mon dernier appui,
Toi seul dont le secours me dure
Et qui seul trouves aujourd'hui
Mon adversité longue et dure;
Ami ferme, ardent, généreux,
Que mon sort le plus malheureux
Pique d'avantage à le suivre,
Achève de me secourir :
Il faudra qu'on me laisse vivre
Après m'avoir fait tant mourir.



Quand les dangers où
Dieu m'a mis
Verront mon espérance morte;
Quand mes juges et mes amis
T'auront tous refusé la porte;
Quand tu seras las de prier,
Quand tu seras las de crier,
Ayant bien balancé ma tête
Entre mon salut et ma mort,
Il faut enfin que la tempête
M'ouvre le sépulcre ou le port.



Ce sont les droits que mon pays
A mérités de ma naissance,
Et mon sort les aurait trahis
Si la mort m'arrivait en
France.
Non, non, quelque cruel complot
Qui de la
Garonne et du
Lot
Veuille éloigner ma sépulture,
Je ne dois point en autre lieu
Rendre mon corps à la nature,
Ni résigner mon âme à
Dieu.



L'espérance me confond point;
Mes maux ont trop de véhémence,
Mes travaux sont au dernier point :
Il faut que mon repos commence.
Quelle vengeance n'a point pris
Le plus fier de tous ces esprits
Qui s'irritent de ma constance !
Ils m'ont vu, lâchement soumis,

Contrefaire une repentance
De ce que je n'ai point commis.



Ha! que les cris d'un innocent,
Quelques longs maux qui les exercent,
Trouvent mal aisément l'accent
Dont ces âmes de fer se percent !



Leur rage dure un an sur moi
Sans trouver ni raison ni loi
Qui l'apaise ou qui lui résiste.
Le plus juste et le plus chrétien
Croit que sa charité m'assiste
Si sa haine ne me fait rien.



L'énorme suite de malheurs!
Dois-je donc aux races meurtrières
Tant de fièvres et tant de pleurs,
Tant de respects, tant de prières,
Pour passer mes nuits sans sommeil,
Sans feu, sans air et sans soleil,
Et pour mordre ici les murailles !
N'ai-je encore souffert qu'en vain?
Me dois-je arracher les entrailles
Pour soûler leur dernière faim?



Derechef, mon dernier appui,
Toi seul dont le secours me dure,
Et qui seul trouves aujourd'hui
Mon adversité longue et dure,
Rare frère, ami généreux,
Que mon sort le plus malheureux
Pique d'avantage à le suivre,
Achève de me secourir :
Il faudra qu'on me laisse vivre
Après m'avoir fait tant mourir.








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Théophile de Viau
(1590 - 1626)
 
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