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Simone de Beauvoir

Un autre univers : la Sorbonne et Normale


Poésie / Poémes d'Simone de Beauvoir





Madame Lacoin voit toujours d'un mauvais œil l'amitié de sa fille pour Simone. Elle va jusqu'à humilier un jour Françoise en feignant de ne pas la reconnaître devant plusieurs dames de leur connaissance. Les deux jeunes filles se voient dès lors le plus possible en cachette de leurs mères, et passent ces heures clandestines à discuter de philosophie.



Bien que profondément blessée par le mépris de madame Lacoin, Françoise continue à admirer ce que cette famille représente comme réussite sociale et morale. Aussi ne s'oppose-t-elle pas à ce que Zaza invite Simone pour trois semaines dans les Landes en septembre 1927. Elle offre même une robe neuve à sa fille et lui permet de prendre un train de bonne heure le matin, afin de passer la journée à visiter Bordeaux, seule. Une liberté grisante pour Simone !



La maison des Lacoin, comme toujours, déborde de vie et de monde : aux neuf enfants s'ajoutent les parents, divers membres de la famille, des invités en nombre et une armée de domestiques. Cette année-là, il y a également une gouvernante, Stépha, que les enfants appellent « mademoiselle la Polonaise ». Elle a été engagée pour s'occuper des plus petits, parfaire l'allemand de Zaza et animer les soirées familiales. Elle est pianiste, chanteuse, sait raconter des histoires et parle plusieurs langues. De son vrai nom Estepha Awdykovitch, elle s'entend tout de suite avec Simone. Venue d'Ukraine pour étudier à Paris, Stépha joint l'utile à l'agréable : elle profite du bord de mer en gagnant sa vie. Très gaie, indépendante d'esprit, elle a beaucoup d'affection pour Zaza, et nettement moins pour le reste de la famille. Aussi madame Lacoin n'est-t-elle pas fâchée que la fin des vacances vienne soustraire sa fille à ces deux mauvaises influences.



A Paris, Simone et Stépha se voient presque chaque jour. Hélène présente à sa sœur Géraldine Pardo, dite Gégé, qu'elle a rencontrée dans une école de dessin de Montparnasse. Gégé vient d'un milieu ouvrier, elle est passionnée par son futur métier de dessinatrice et compte bien travailler, même si elle se marie. Géraldine — comme Stépha, issue, elle, d'une famille aisée et cultivée - prend sa vie en main selon ses inclinations et non selon ce que parents, amis ou relations estiment convenable.

Pendant les mois qui suivent, Simone mène plusieurs vies de front. Elle étudie avec acharnement et obtient son certificat de philosophie générale avec mention très bien (devant Simone Weil et Maurice Merleau-Ponty, deux futurs grands philosopheS). Elle poursuit sans réelle conviction son idylle avec Jacques, fréquente la bonne société avec Zaza, et s'offusque de la liberté de mœurs de Stépha, qui ne cache pas sa liaison avec Fernando Gerassi, un jeune peintre espagnol qu'elle est sur le point d'épouser. Mais lorsqu'elle sort le soir, elle se donne le frisson en se rendant seule ou avec Hélène dans des bars plus ou moins fréquentables. Elles se trouvent parfois dans des situations désagréables voire dangereuses, face à des hommes qui prennent au sérieux les effronteries de jeunes filles qui croient seulement jouer. Elles sont fières de leur audace qui les hisse au rang des provocateurs surréalistes, inconscientes du danger ou plutôt, avec l'aplomb de la jeunesse, persuadées de l'efficacité de leur bonne étoile.



Pour la session de 1929, Simone décide de préparer à la fois son diplôme d'études supérieures et l'agrégation de philosophie. À la Sorbonne, où ont lieu les cours des candidats à l'agrégation, elle se lie d'abord avec des étudiants de son milieu et renforce ses liens avec Maurice Merleau-Ponty. Avec Maurice de Gandillac et quelques autres, ils forment un petit groupe de philosophes dont elle est fière d'être la seule fille. Ces jeunes gens, catholiques pratiquants, sont surnommés avec ironie les « talas » (ceux qui vont-à-la messE) par les autres étudiants. Les talas sont bien accueillis dans les familles Beauvoir et Lacoin, et Merleau-Ponty devient un habitué des parties de tennis avec Zaza le dimanche matin.

Simone considère Maurice comme un très bon camarade, un peu trop sage et manquant d'audace intellectuelle. Zaza en revanche est éblouie par ce jeune homme intelligent et charmant, qui semble en plus avoir toutes les qualités requises pour satisfaire les exigences de sa famille. Simone se réjouit de voir les deux jeunes gens tomber amoureux l'un de l'autre. Elle aperçoit enfin pour son amie la possibilité d'un vrai mariage d'amour.



L'ambiance familiale chez les Beauvoir se détend. Georges et Françoise approuvent les amitiés officielles de Simone à la Sorbonne. La jeune fille cloisonne soigneusement les différentes parties de sa vie, et ses parents peuvent ignorer Stépha, Gégé et les artistes qu'elles côtoient, comme ils choisissent de ne pas se soucier des fréquentations d'Hélène ni des sorties tardives des deux sœurs. Autour de Simone, les relations amoureuses se multiplient : Zaza est heureuse avec Maurice, Stépha s'installe avec Fernando. Et Jacques ? Elle continue de dire qu'ils se marieront un jour. Stépha essaie de lui montrer qu'il ne s'engage en rien, mais en vain. Ces fiançailles rêvées lui permettent de laisser de côté ses sentiments et de se consacrer tout entière à l'étude et à l'amitié.

Toutefois son caractère exigeant et contestataire ne tarde pas à reprendre le dessus. Les talas ne l'éblouissent pas, ils sont trop sages. Elle découvre - grâce à Jacques encore une fois - un livre qui la marque profondément : Le Potomak de Jean Cocteau. C'est un assemblage insolite de notes, de dessins et de maximes dont Cocteau disait qu'il décrivait des « personnages occultes représentant le graphique des troubles profonds qui accompagnent les mues de l'intelligence », une formulation digne des surréalistes qui enchante Simone. Dans le livre, deux camps inconciliables s'opposent : les Mortimer, qui représentent toutes les valeurs bourgeoises, et les Eugènes, qui personnifient les artistes refusant toute contrainte. Impertinents, désinvoltes, audacieux, les Eugènes emportent naturellement son adhésion enthousiaste.

Or, à la Sorbonne, un petit groupe d'étudiants incarne les valeurs des Eugènes. Sartre, Maheu et Nizan forment un trio affranchi, qui scandalise et fascine à la fois. Brillants, ils donnent l'impression de tout prendre avec désinvolture. Ils choisissent leurs cours en fonction des professeurs, commentent d'un air entendu l'allure des étudiantes et tournent les talas en dérision. Maheu et Nizan sont mariés, et Sartre a la réputation d'être un séducteur, buveur qui plus est. Ils ont remarqué cette jeune fille, jolie mais habillée et coiffée n'importe comment, brillante - tous savent qu'elle veut passer l'agrégation et son diplôme en même temps - mais lointaine. Elle les intéresse, mais ils prennent sa distance pour de la froideur. Elle n'est pas méprisante, elle est timide et ne sait comment s'y prendre pour les approcher : [ de tous mes camarades ], « seul me demeurait hermétique le clan formé par Sartre, Nizan et Herbaud*. (...) Ils avaient mauvaise réputation. »

René Maheu est le premier à saluer Simone dans les couloirs de l'université, mais uniquement lorsqu'il est seul. À la bibliothèque, où il étudie avec nonchalance, ils échangent quelques sourires, puis Maheu se met à suivre avec elle les conférences de Léon Brunschvicg. Il venait « sans doute parce que j'y étais, car il n'y était jamais venu avant, et Sartre et Nizan (...) n'y mirent jamais les pieds. » Doté d'un humour féroce, il ne manque aucune occasion de l'exercer, de préférence aux dépens des talas ou de professeurs jugés dépassés. Simone est vite conquise par ce jeune homme séduisant et drôle ; lui aussi aime Cocteau et son Pototnak, et dessine des Eugènes et des Mortimer pendant les cours. Il griffonne un jour un petit animal qu'il déclare être un castor et lui fait le visage de Simone. Beauvoir ressemble au mot anglais beaver, qui signifie castor. Un nom fait pour elle, affirme-t-il, elle qui ne cesse de travailler, de s'activer et de pousser les autres à faire de même - elle essaie, en effet, de persuader Maheu de prendre ses études plus au sérieux. Simone apprécie ce surnom, et bientôt tous ses camarades l'appellent ainsi.

René Maheu la pousse à formuler ce qu'elle sait depuis longtemps : elle doit s'affranchir définitivement de son éducation sévère, assumer la liberté qu'elle revendique. Il estime que la vie intellectuelle ne doit pas empêcher celle du corps... pour les hommes, car il n'aime pas les femmes « faciles ». C'est entre eux un sujet de désaccord : pour Simone, les individus ont les mêmes droits en amour, quel que soit leur sexe.

Leur amitié exigeante lui donne confiance en elle. « Même si j'étais recalée, je ne resterais pas à la maison, et si j'étais reçue, je ne demanderais pas de poste, je ne quitterais pas Paris : dans les deux cas, je m'installerais chez moi et je vivrais en donnant des leçons... Gagner de l'argent, sortir, recevoir, écrire, être libre... »






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Simone de Beauvoir
(1908 - 1986)
 
  Simone de Beauvoir - Portrait  
 
Portrait de Simone de Beauvoir


Œuvres

Née dans une famille bourgeoise et catholique, Simone de Beauvoir entreprend, à l'âge de 17 ans, des études de lettres et de mathématiques. En 1926, elle adhère à un mouvement socialiste et suit des cours de philosophie à la Sorbonne pour préparer le concours de l'agrégation. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, qui fréquente le même groupe d'étudiants qu'elle. Dé

Bibliographie sÉlective