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Simone de Beauvoir

Sortir de l'enfance, ouvrir les yeux


Poésie / Poémes d'Simone de Beauvoir





En 1939, les événements s'accélèrent. En mars, Hitler entre en Tchécoslovaquie, en avril, c'est Mussolini qui envahit l'Albanie. Les accords de Munich sont violés, la France et l'Angleterre signent un traité de solidarité avec la Pologne. Le 23 août, l'Allemagne et l'URSS signent un pacte de non-agression : Hitler peut annexer tous les territoires qu'il désire ; en contrepartie, les Soviétiques exercent leur influence sur une partie de l'Europe de l'Est, sur la Finlande et sur les Pays baltes. Ces derniers rompent leurs alliances en Europe : la guerre est inéluctable.





Sartre et Castor ne peuvent ignorer l'actualité. Pourtant ils se tiennent à l'écart le plus longtemps possible, essaient jusqu'au bout de maintenir leur manière de vivre. Sartre multiplie les liaisons : après Wanda, il s'intéresse à Louise Védrine, une jeune juive dont la famille a fui les pogroms et à Nathalie Sorokine, une autre élève de Simone, qu'ils surnomment Natacha. Simone doit batailler pour le voir seul de temps en temps. Elle commence à écrire L'invitée, qui lui prendra quatre ans. Le lecteur de Gallimard lui demande de couper certains passages trop osés : on accepte d'un homme, Sartre, des propos explicites, pas d'une femme, fût-elle agrégée de philosophie et compagne du premier.

Cette différence de lecture, la difficulté de mettre en pratique le fameux pacte, la distribution des rôles dans leur couple, font naître chez Simone une réflexion sur la condition féminine. Sartre et elle s'accordent des amours contingentes, se les racontent en détail et les utilisent dans leurs écrits. Mais le besoin de plaire de Sartre est bien plus profond que celui de Simone. Elle a des aventures avec des hommes qu'elle trouve séduisants, avec lesquels elle peut avoir un rapport d'égalité intellectuelle. Lorsqu'il s'agit d'amitiés féminines plus ou moins amoureuses, elle choisit de préférence des jeunes femmes brillantes. Sartre cherche à charmer, à être admiré, à transformer ses maîtresses. Si l'une d'elle devient trop exclusive, il fait appel à son petit Castor pour régler le problème. En fait il ne supporte pas de ne pas être aimé, mais déteste faire de la peine ; aussi charge-t-il Simone, moins sentimentale, de faire écran entre lui et ses problèmes.



L'annonce de la mobilisation le 2 septembre fait vaciller leur univers. Sartre est mobilisé, et comme des milliers de couples, ils se font leurs adieux à la gare de l'Est. La première lettre qu'elle reçoit de lui est datée... du 2 septembre. Fidèles à leurs habitudes, ils décident de tout noter dans un journal de guerre, elle sur la vie à l'arrière et lui au front. Elle se jette dans le travail, seul remède contre l'angoisse : elle enseigne au lycée Camille-Sée, tient son journal, fait des démarches pour aller voir Sartre sur le front où il ne se passe rien, continue son roman et s'occupe de leur « famille ». Comme dans les vraies familles, les relations sont parfois ambiguës, mais la solidarité ne se dément jamais : toute leur vie, Sartre et Castor aideront les amis dans la gêne, allant jusqu'à se démunir eux-mêmes. Associer ainsi refus des responsabilités et générosité n'est pas la moindre de leurs contradictions.



En octobre, au mépris de toutes les consignes, elle décide d'aller voir Sartre. Seules les femmes mariées sont autorisées à venir, et encore. Arrivée à Nancy, elle tombe par chance sur un gendarme compréhensif qui lui accorde un laissez-passer d'une journée. Déçue, car elle comptait rester cinq jours, elle met du temps à trouver Sartre. Ils ne peuvent parler qu'une heure, ensuite il doit repartir, c'est la règle. Ils s'échangent leurs écrits, discutent de leur état d'esprit, de la situation.

De retour à Paris, Simone se remet au travail. En l'absence de Sartre elle est chef de famille, non seulement celle de cœur, mais aussi la vraie. Madame Mancy, la mère de Sartre, se rapproche et noue avec elle une complicité qui durera jusqu'au retour de son fils. Les parents de Simone doivent faire face aux restrictions qui ne font que commencer ; sans pour autant rétablir de relations très proches, elle veille sur eux. Hélène est restée dans le Limousin afin d'être près de Lionel de Roulet. En convalescence, celui-ci séjourne avec sa mère à Saint-Germain-les-Belles.

Les rares permissions de Sartre sont minutées : il a plusieurs femmes - dont sa mère - à voir ; chacune doit respecter les horaires. Les plus possessives arrivent à leurs fins, tant il déteste les conflits. Simone a un jour la désagréable surprise de recevoir une lettre dans laquelle il lui fait part de son intention d'épouser Wanda, parce que celle-ci réclame sa présence et qu'un mariage, c'est trois jours de permission... Elle a beau se dire que c'est une manière pour lui de l'appeler au secours afin qu'elle raisonne Wanda, le choc n'en est pas moins rude.



Sartre a beaucoup souffert de passer du statut d'adorable petit garçon à celui d'homme laid. Sa remarquable intelligence et sa voix charmeuse en font un séducteur, mais un séducteur anxieux, toujours inquiet de déplaire, et qui ne sait pas dire non. Celle qui doit dire non, c'est Castor.

Fin mai, la débâcle est consommée. Beaucoup de gens commencent à quitter Paris : Olga rejoint ses parents en Normandie, les Gerassi fuient vers l'Espagne pour gagner les Etats-Unis. Bianca, une jeune amie d'origine juive, supplie Castor de partir avec elle. Les examens sont annulés, les lycées fermés, la défaite est certaine. Où est Sartre ? Il n'y a aucun moyen de le savoir. Simone accepte l'offre de Bianca ; dans une voiture surchargée, au milieu des colonnes de réfugiés, elle descend chez madame Morel, avec laquelle elle a gardé des relations amicales depuis leur voyage en Afrique. Sur la route, les plus inquiétantes rumeurs circulent, le ravitaillement est difficile. Chez madame Morel, Simone ne tient pas en place, se persuade qu'à Paris elle aura plus facilement des nouvelles de Sartre, probablement prisonnier, et décide de rentrer. Le retour n'est pas plus facile que l'aller jusqu'au moment où un camion de soldats allemands qui remonte vers Paris la prend à son bord avec de nombreux autres réfugiés.



De retour à Paris, elle découvre la ville occupée par les Allemands. Ses habitants font face à de nouvelles contraintes : les magasins s'approvisionnent difficilement, les administrations sont aux mains de l'occupant, le droit de circuler est limité. Ses parents sont sains et saufs, ainsi que sa grand-mère Brasseur ; elle retrouve ceux de ses amis qui ont décidé de rester. À la mi-juillet, elle a enfin des nouvelles de Sartre : il est vivant, prisonnier dans des conditions supportables, occupé comme toujours à écrire ce qu'il vit.



Peu à peu la vie se complique pour les Parisiens. La nourriture, les vêtements, le charbon sont rationnés, les tracasseries administratives sont sans cesse multipliées. L'hiver 40-41 est très froid, et Simone prend l'habitude de travailler dans les cafés : le Dôme, le Flore, la Rotonde et la Coupole sont fréquentés par les Allemands et sont donc en général chauffés, c'est là qu'elle termine L'Invitée. En mars 41, elle trouve un mot en rentrant à son hôtel : « Je suis au café des Trois Mousquetaires ». Elle court, ne trouve personne : Sartre a attendu deux heures et est parti faire un tour, il va revenir, il est là. Ils ne se sont pas vus depuis un an.

Prisonnier depuis neuf mois, Sartre est déconcerté par l'attitude des Parisiens. Au camp, les prisonniers se refusaient à imaginer l'occupation et ses conséquences sur la vie quotidienne. Sartre y discutait avec des gens intelligents, une fois les corvées terminées, les prisonniers n'avaient aucun problème à régler : par définition ils étaient nourris et logés, même si c'était dans d'inconfortables conditions. Arrivé à Paris, il trouve un semblant de vie normale. Les habitants se débrouillent pour tous les aspects matériels de la vie : la nourriture, les vêtements, les papiers pour circuler. Mal nourris, soumis aux rigueurs de l'hiver, ils essaient de vivre le le mieux possible. Pour Sartre, qui n'a pas vécu la transition, cette résignation est scandaleuse. Il reproche vertement à Castor de recourir au marché noir pour certaines denrées introuvables, d'avoir signé le papier jurant qu'elle n'est ni juive ni franc-maçonne. Elle qui a signé cette attestation pour pouvoir continuer à travailler - peu de fonctionnaires à l'époque ont refusé de le faire - essaie de s'expliquer : « la situation était plus simple au Stalag qu'à Paris où le fait même de respirer impliquait une compromission ». Elle est d'autant plus mal à l'aise pour répondre à Sartre que cette signature lui a valu le premier compliment paternel depuis des années. Georges, de plus en plus aigri et réactionnaire, approuve les mesures prises contre les Juifs et les étrangers ; sa fille enrage d'être félicitée pour un acte dont elle a honte.

Les nouvelles des amis arrivent : Bost a été blessé, mais se remet, Nizan, l'ami de toujours, est mort. Comme si cela ne suffisait pas, le Parti communiste cherche à discréditer sa mémoire : on ne lui pardonne pas d'avoir rendu sa carte à la signature du pacte entre Staline et Hitler. Henriette Nizan est à Hollywood, les Gerassi à New-York; Raymond Aron est parti pour Londres, Colette Au dry pour Grenoble, en zone libre. Hélène, qui a suivi Lionel au Portugal, y est bloquée car toutes les frontières sont fermées.



Sartre, marqué par la drôle de guerre, par la débâcle et par sa captivité, veut agir, créer un mouvement de résistance : ce sera Socialisme et Liberté. Dans les circonstances exceptionnelles d'une occupation étrangère, il estime que la neutralité des écrivains n'a plus lieu d'être. Il cherche à se rapprocher de ceux restés à Paris : Merleau-Ponty, les Desanti, Jean Kanapa et Raoul Lévy, un historien. Mais le groupe est hétérogène, isolé, hésite sur les actions à entreprendre. Ses membres rédigent des manifestes et perdent beaucoup de temps à définir leurs idées alors que des groupes actifs se sont déjà formés. Devant la réticence des réseaux constitués à les accueillir (leur enthousiasme manque totalement de prudencE), Sartre et Beauvoir redeviennent un couple d'intellectuels. Pour Simone, qui n'a toujours rien publié, il est de plus en plus difficile de n'être que « l'amie de l'écrivain ». Elle se remet à l'écriture de son roman. Sartre a repris un poste au lycée Pasteur et s'attelle à son manifeste philosophique.






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Simone de Beauvoir
(1908 - 1986)
 
  Simone de Beauvoir - Portrait  
 
Portrait de Simone de Beauvoir


Œuvres

Née dans une famille bourgeoise et catholique, Simone de Beauvoir entreprend, à l'âge de 17 ans, des études de lettres et de mathématiques. En 1926, elle adhère à un mouvement socialiste et suit des cours de philosophie à la Sorbonne pour préparer le concours de l'agrégation. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, qui fréquente le même groupe d'étudiants qu'elle. Dé

Bibliographie sÉlective