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Simone de Beauvoir

Le clan Sartre


Poésie / Poémes d'Simone de Beauvoir





Début 1929, Simone fait son stage au lycée Janson-de-Sailly en compagnie de Claude Lévi-Strauss et de Maurice Merleau-Ponty. « Plus rien au monde ne me semblait hors d'atteinte », écrit-elle alors. Une jeune femme de vingt et un ans, préparant l'agrégation de philosophie, enseigne dans un prestigieux lycée de garçons ! Elle est heureuse d'enseigner, de guetter la petite flamme dans l'œil d'un élève intéressé, d'amener toute une classe à réfléchir.

Une bronchite l'oblige à interrompre son stage en février, mais Simone est sûre d'elle : écrire et transmettre, rester au plus près de la jeunesse, de la vie en formation, voilà son avenir.





Françoise, heureuse des succès de sa fille, lui accorde davantage d'intimité. Georges ne s'oppose plus de front à Simone, ce qui revient à lui laisser tacitement la liberté de ses opinions. Cette nouvelle entente est encore renforcée par la maladie et la mort du grand-père Beauvoir en mai. Tout le monde aimait ce vieil homme, figure centrale de la famille. Avec lui disparaissent le monde de l'enfance et l'époque des vacances insouciantes à la campagne.

En tenue de deuil, robe et chapeau à voilette noirs, elle croise Maheu et ses amis à son retour à la Sorbonne. Pour la première fois, Maheu se détache des autres pour venir la saluer. Il lui remet ce jour-là un cadeau de Sartre (à qui elle n'a encore jamais parlé) : un dessin représentant Leibnitz, sujet d'étude de Simone. Dans cette bande d'étudiants brillants et excentriques, c'est Sartre qui la fascine le plus. Elle est à la fois attirée et choquée par ses blagues et par les rumeurs sur sa vie privée. En compagnie de Pierre Guille, il jette par exemple des bombes à eau du toit de l'Ecole sur les passants, en criant « ainsi pissait Zarathoustra ». On raconte aussi qu'une riche Argentine leur a demandé de donner des cours à son fils, et que cette femme les tient sous son charme. Maheu, jaloux de son amitié, est réticent à lui présenter Sartre officiellement.

Les écrits de l'agrégation brillamment réussis, son père emmène Simone passer une soirée au cabaret et sa mère, heureuse et fière, accepte définitivement son indépendance. La jeune fille décide de s'installer seule dès la fin des examens. Pour éviter les rumeurs et le scandale, elle louera une chambre chez sa grand-mère Brasseur, qui, depuis la mort de son mari, prend des pensionnaires chez elle. Aux yeux de la famille, la morale est sauve.

Sartre s'impatiente. Maheu, qui transmet son invitation à Simone, doit s'absenter quelque temps. Il lui demande d'attendre son retour pour accepter le rendez-vous. Elle envoie donc sa sœur à sa place : « Je dis à Poupette que Sartre était très drôle et qu'elle s'amuserait beaucoup si elle y allait à ma place. Je lui dis aussi qu'il était très laid, mais qu'elle ne devait pas y faire attention parce qu'il pouvait être charmant. » Mais Sartre est déçu et la pauvre Hélène passe une morne soirée. Au retour de Maheu, Sartre convie Simone à venir leur parler de Leibnitz, et plus largement à préparer les oraux avec le groupe. Intimidée mais ravie, elle se lance ; c'est le début d'une relation qui durera cinquante ans.



Le petit groupe travaille tous les matins avec énergie, et se détend l'après-midi. Maheu tente de défendre sa place d'ami privilégié auprès de Simone, mais son échec à l'agrégation les sépare. Il quitte Paris sans dire au revoir, écrivant juste à Sartre : « Tu diras au Castor tout le bonheur que je lui souhaite. » Sartre et Castor sont reçus premier et deuxième. La discussion est serrée entre les membres du jury qui hésitent à attribuer la première place à Simone. La place revient finalement à Sartre parce qu'il est normalien, de trois ans plus âgé et qu'il passe le concours pour la deuxième fois.



Comme chaque année, Simone séjourne une partie de l'été dans le Limousin. Un matin, sa cousine Magdeleine vient la trouver dans la cuisine et lui glisse à l'oreille qu'un homme l'attend dehors. Cet homme, c'est Sartre. Il a pris le train sur un coup de tête pour la rejoindre, s'est installé à l'hôtel au village de Saint-Germain-les-Belles et l'attend dans un champ voisin. Comme Georges et Françoise refusent de l'inviter à leur table, les cousines grappillent ce qu'elles peuvent à la cuisine et l'apportent à Sartre pour son déjeuner. Magdeleine trouve cela très romanesque et se prête volontiers à la manœuvre. Mais Françoise s'aperçoit vite que le garde-manger se vide ; Simone change alors de tactique et part tous les matins avec un pique-nique pour ne revenir que le soir.

Après quelques jours, Georges décide de mettre un terme au scandale. Avec sa femme il va trouver les amoureux dans leur champ et demande à Sartre de cesser de compromettre la réputation de sa fille. Celle-ci, furieuse, cherche à l'interrompre, mais Françoise l'en empêche. Tout à coup Sartre, posément, prend la parole et explique à Georges que le travail de philosophie qu'il a entrepris avec sa ravissante fille ne peut attendre, et qu'il n'est pas question pour lui de repartir pour Paris. Vaincus, les parents de Simone abandonnent la partie. Dans les jours qui suivent, les jeunes gens, accompagnés d'Hélène, de Jeanne et de Magdeleine - qui trouve toute cette aventure de plus en plus exaltante -font de longues promenades, mettant définitivement un terme à l'autorité paternelle. Ils s'aiment et savent déjà que leur relation toute neuve, amoureuse autant qu'intellectuelle, est faite pour durer.

Rentrée à Paris, Simone emménage chez sa grand-mère et invite tous ses amis à venir voir son nouveau domaine. Elle tient surtout à la visite de Zaza, mais celle-ci est jalousement retenue dans les Landes par sa mère, qui souhaite l'envoyer passer une année en Allemagne afin de lui faire oublier Merleau-Ponty. Comme il est d'usage dans son milieu, madame Lacoin a pris des renseignements sur le jeune homme. Elle lui refuse la main de sa fille car Maurice et sa sœur cadette, contrairement à leur frère aîné, sont des enfants adultérins. Maurice découvre ainsi ses origines, et, bouleversé, renonce à épouser Elisabeth.



Ignorant tout du drame que vit son amie, Simone s'agace de ce qu'elle prend pour un manque de courage ; elle estime que si Maurice et Zaza s'aiment, ils doivent se marier même sans l'autorisation des parents. À son retour à Paris au début de l'automne, Zaza est dans un état pitoyable : amaigrie, passant du rire aux larmes, elle est méconnaissable. Dans la dernière lettre adressée à son amie, elle parle avec enthousiasme de son séjour à Berlin, et dans le même temps pleure son amour perdu. Simone n'a pas le temps d'y répondre : quelques jours plus tard, une lettre de madame Lacoin lui annonce qu'Elisabeth est hospitalisée avec une forte fièvre que les médecins ne s'expliquent pas ; dans son délire, elle demande son violon, Simone et Maurice. Ses parents, au désespoir, sont prêts à tout accepter, mais il est trop tard. Elle sombre dans le coma et meurt quelques jours plus tard.

Maurice ne révèle pas le secret de sa naissance à Simone, qui le rend responsable du drame au même titre que la famille ; elle lui en voudra pendant des années. Zaza ne lui avait rien dit non plus; c'est l'une de ses sœurs qui lui racontera toute l'histoire bien des années plus tard, après avoir lu les Mémoires dont le premier volume s'achève sur ces mots : « Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j'ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa vie. »



Cette liberté, elle va en profiter, et tout de suite, sans jamais faire de compromis. Sa relation avec Sartre doit être débarrassée de toute hypocrisie bourgeoise, elle doit la vivre intensément. Il lui propose le mariage pour éviter d'être séparés quand ils commenceront à enseigner. Elle refuse. Pourtant rien ne l'angoisse plus que d'être loin de lui, son âme sœur. Ensemble, ils se sentent prêts à dévorer le monde, côte à côte mais sans chaînes. En 1929, c'est un choix audacieux, même pour de jeunes philosophes. Pourtant ils sont très vite reconnus comme un couple à part entière, par leurs amis d'abord, puis par leurs familles, qui désapprouvent certes, mais font contre mauvaise fortune bon cœur en évitant tout simplement d'en parler.



Sartre et Castor ne veulent pas se marier, mais leur relation est particulière, il faut la formaliser, lui donner un nom : ce sera le pacte. C'est Sartre qui expose la théorie de l'amour nécessaire (Simone et luI) et des amours contingentes (les rencontreS). Des esprits curieux comme les leurs ne peuvent être strictement monogames, dit-il, ce serait renoncer au monde et à sa diversité. Dans un premier temps, il lui propose un « bail de deux ans », durant lequel ils se consacreront entièrement l'un à l'autre. Ensuite, à la condition de tout se dire, chacun aura sa liberté, étant entendu que leur lien sera toujours primordial. Leur valeur philosophique centrale, que développera l'existentialisme, c'est la liberté liée à la responsabilité de chaque être humain. Le droit aux amours contingentes est défendu par Sartre, qui n'entend pas renoncer à toutes les femmes pour une seule. Les principes d'égalité de Simone entre l'homme et la femme l'amènent à y souscrire. Elle est trop sûre de l'amour nécessaire qu'il y a entre eux pour craindre que cette liberté la mette en danger. Au fil des années ce pacte sera parfois douloureux pour elle, mais jamais elle ne remettra en question le principe fondamental de leur relation : la liberté.






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Simone de Beauvoir
(1908 - 1986)
 
  Simone de Beauvoir - Portrait  
 
Portrait de Simone de Beauvoir


Œuvres

Née dans une famille bourgeoise et catholique, Simone de Beauvoir entreprend, à l'âge de 17 ans, des études de lettres et de mathématiques. En 1926, elle adhère à un mouvement socialiste et suit des cours de philosophie à la Sorbonne pour préparer le concours de l'agrégation. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, qui fréquente le même groupe d'étudiants qu'elle. Dé

Bibliographie sÉlective