Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

Simone de Beauvoir

Finir ce que l'on a commencé


Poésie / Poémes d'Simone de Beauvoir





Le pessimisme des médecins fait réfléchir Simone durant son séjour à l'hôpital. Même si elle guérit cette fois-ci, que se passera-t-il lorsqu'elle ne pourra plus vivre seule ? Sa famille proche, du point de vue de la loi, c'est sa sœur, Hélène. Si elle devient invalide, elle devra aller vivre avec elle. Mais Hélène et Lionel vivent en Alsace, dans un petit village ; Simone ne peut supporter l'idée d'être si loin de Paris, de Sylvie, de Lanzmann, de Bost et de tous les autres. Et puis Hélène n'a que deux ans de moins qu'elle : elle peut disparaître avant son aînée, ne pas être en état de s'occuper d'une vieille dame infirme ; et que deviendrait son œuvre littéraire ? En 1979, Simone a publié Anne, ou quand prime le spirituel, les nouvelles qu'elle avait écrites avant la guerre, et dit ne plus vouloir écrire. Mais elle veut un droit de regard sur l'avenir de ses livres, et cela, Hélène n'est plus assez jeune pour le lui assurer. Légalement, Hélène, qui n'a pas d'enfant, est la seule héritière de tous ses manuscrits et de sa correspondance.



Une idée s'impose alors à Simone, qui en fait part à Lanzmann : adopter Sylvie. Elle est consciente de ce que beaucoup de gens penseront et diront : Sartre avait Ariette, Beauvoir ne sait décidément que l'imiter; elle a refusé la maternité et maintenant elle le regrette. Elle sait aussi que Sylvie est une jeune femme très indépendante, qui ne supporte pas de voir sa relation avec Simone assimilée à une relation mère-fille. Quant à Hélène, comment réagira-t-elle à une décision qui semble l'évincer ? Après un premier mouvement d'incompréhension chagrinée, elle accepte l'idée de laisser l'héritage de Simone entre les mains d'une jeune femme qui connaît aussi bien l'œuvre que son auteur. Hélène est peintre, elle expose beaucoup, surtout à l'étranger ; elle sait qu'il ne serait pas facile pour elle de s'occuper de sa sœur malade.

Sylvie se montre plus réticente. Elle a rompu des liens familiaux étouffants et l'idée d'en recréer d'autres, même purement formels, l'insupporte. Mais son entourage la convainc qu'il faut absolument une héritière à Simone : toutes les décisions, qu'elles soient médicales, littéraires, matérielles, reviennent à Hélène en cas d'incapacité de sa sœur à les prendre. Or Hélène est d'accord pour confier toutes ces responsabilités à Sylvie. Quelques mois plus tard l'adoption est officielle : Sylvie Le Bon devient Sylvie Le Bon de Beauvoir. Mais du vivant de Simone, elle n'utilisera jamais ce nom.

La première année suivant la mort de Sartre est difficile, Simone peine à sortir de la dépression. Heureusement, l'énergie de Sylvie l'oblige à remonter doucement la pente. Puisqu'elle a choisi de vivre, autant le faire bien. Et puisqu'elle ne peut accepter la perte de Sartre, elle conjure sa douleur en écrivant. Avec La Cérémonie des adieux, elle fait pour Sartre ce qu'elle a fait pour Zaza avec Anne, ou quand prime le spirituel, et pour sa mère, Françoise, avec Une Mort très douce : une tentative parfois brutale, toujours émouvante de tenir le chagrin à distance, de surmonter l'injustice de la mort et de la souffrance de ceux que l'on aime.



Le livre est mal accueilli. Les critiques reprochent à Simone les détails intimes sur la maladie de Sartre, sur sa dégradation physique et morale. On l'accuse de se venger de son infidélité en livrant le portrait cruel d'un homme diminué. À tout cela elle répond vertement que Sartre était un grand penseur, mais pas une idole ; que comme tout un chacun, il était tributaire de son corps vieillissant. Ce journal des dix dernières années de Sartre n'est pas une œuvre littéraire comme le sont les mémoires : c'est un témoignage que Simone rapproche de son étude sur la vieillesse. Les entretiens qui le suivent sont comme une plongée dans cinquante ans de la vie d'un couple hors du commun.



Si les commentaires de la presse ne l'intéressent guère, la réponse d'Ariette, publiée dans le journal Libération, déclenche sa colère. La jeune femme minimise l'importance de la relation entre Sartre et Beauvoir, et surtout conteste le rôle néfaste que Simone attribue à Benny Lévy, notamment en ce qui concerne le contenu des fameux entretiens publiés dans Le Nouvel Observateur. Aucune des deux femmes ne souhaite aller en justice, et Simone refuse d'user de son droit de réponse. Ariette a tous les droits sur l'œuvre de Sartre, notamment celui d'empêcher toute publication si elle le désire. Simone choisit de répliquer à l'article de Libération en publiant sa correspondance avec Sartre.

C'est le début d'une guerre d'usure entre Simone et Ariette. Robert Gallimard joue les intermédiaires entre les deux femmes, avec un argument imparable : aucune d'elles ne voudrait nuire à l'œuvre de Sartre en privant le public de certains textes. En 1982, Simone entreprend le classement de ses lettres. La plupart lui sont adressées, mais elle possède également une partie de celles destinées à d'autres femmes, Olga notamment. Simone avertit Olga qu'elle compte publier la correspondance de Sartre, et que certains passages risquent de les contrarier, elle et sa sœur Wanda. Olga, qui lui en avait voulu longtemps de l'avoir clairement dépeinte dans L'Invitée, lui interdit de publier la moindre allusion à Wanda ou à elle-même. Cela n'arrête pas Simone, dont le but est de montrer qu'elle était bien l'amour nécessaire de Sartre.



La parution des lettres est retardée, car Ariette publie deux inédits de Sartre, Cahiers pour une morale et Les Carnets de la drôle de guerre, et demande des changements de noms dans la correspondance afin de protéger les personnes concernées. Simone commence par refuser, puis en accepte certains. Gallimard édite enfin les Lettres au Castor et à quelques autres à l'automne 1983. Simone remet à Ariette les quelques notes de la main de Sartre qu'elle possède encore, afin qu'elles soient utilisées pour l'édition complète de ses œuvres. Elle peut maintenant se consacrer entièrement à Sylvie et au mouvement féministe.

Dans les années 80, le féminisme se mêle à la politique. En 1981, Yvette Roudy, une militante féministe qu'elle apprécie beaucoup, demande à Simone de soutenir François Mitterrand, le candidat socialiste à la présidence de la république. Simone hésite, car elle veut voyager avec Sylvie et continuer à militer pour les femmes ; or elle sait combien un engagement politique exige de temps. Gisèle Halimi et le mouvement Choisir organisent un débat intitulé « Quel président pour les femmes ? », et invitent tous les candidats à y participer : seul Mitterrand accepte, ce qui décide Simone à se prononcer en sa faveur.



Après la victoire socialiste de mai 1981, Yvette Roudy est nommée ministre des droits de la femme. Elle crée une commission, Femme et Culture, qui réunit des femmes de toutes origines professionnelles et sociales ; Simone en est la présidente honoraire. Les participantes lui rendent hommage en se rebaptisant « Commission Beauvoir », ce qui la touche beaucoup. Chaque mois, elle se rend au ministère, et la commission étudie des mesures concrètes à proposer afin de promouvoir l'accès des femmes à tous les secteurs culturels.

À la surprise générale, Simone s'est complètement rétablie, physiquement et moralement. Elle signe des appels en faveur des femmes, de la liberté d'opinion, des droits des homosexuels ; elle vient en aide à des artistes et des écrivains ; elle participe à la fondation de foyers pour femmes battues. Avec Sylvie, elle voyage et sort, et projette de réaliser un vieux rêve : retourner aux États-Unis. Prise dans un tourbillon d'activité, elle surmonte le vide laissé par la mort de Sartre.



En 1983, le Danemark lui décerne le prix Sonning de culture européenne, doté de vingt-trois mille dollars. Grâce à cet argent, Simone peut organiser avec Sylvie un long voyage en Amérique. Pour une fois il n'y aura ni journalistes, ni conférences; c'est un voyage sentimental, un hommage à Nelson Algren mort deux ans auparavant, l'occasion de revoir les vieux amis comme les Gerassi, de visiter les musées. Sylvie ne connaît pas les États-Unis ; Simone est heureuse de lui faire découvrir New-York, la Nouvelle-Angleterre, les chutes du Niagara, les petites villes de la côte Est. Après deux mois de tourisme, Simone est prête à affronter la rentrée parisienne.



Un projet d'envergure l'attend en effet. Depuis longtemps Josée Dayan, une cinéaste, souhaite réaliser un film adapté du Deuxième sexe. Yvette Roudy soutient le projet. La chaîne de télévision TF1 doit participer au montage financier, mais craint que le marché américain, qui est censé rentabiliser la production, ne soit choqué par le contenu du film. En France même, certains passages du film risquent d'être mal perçus : outre l'aspect politique et polémique du livre, sa longueur et la difficulté de l'adapter en six heures, la partie documentaire montre des images terribles, sur l'excision des petites filles en Afrique par exemple. Après de nombreuses négociations, le film finit par se faire. En novembre 1984, il est diffusé à la télévision uniquement en France - aucun autre pays ne l'achète - et en quatre heures seulement. Simone est fière du résultat et se prête de bonne grâce aux interviews.

Active, heureuse, Simone donne l'impression à tous ses amis de connaître une seconde jeunesse. Aucun ne s'attend à ce qu'elle retombe malade, aussi est-ce un choc pour Sylvie de la trouver un matin par terre, incapable de se relever. Elle est tombée en voulant se lever, et doit restée là une bonne partie de la nuit, glacée ; transportée à l'hôpital, elle doit y rester plus d'un mois. À sa sortie, elle reprend ses activités et se dit totalement rétablie. En réalité, elle a beaucoup de mal à marcher et vit dans la crainte d'une nouvelle chute. Elle insiste cependant pour continuer à mener sa vie comme elle l'a toujours fait : elle réunit le comité de rédaction des Temps Modernes chez elle, dîne au restaurant, continue à boire de l'alcool, pourtant formellement déconseillé par les médecins. Sylvie n'est pas dupe de ce semblant de santé et cherche à l'intéresser à de nouveaux projets. Claude Lanzmann sort de douze années d'un travail monumental, Shoah, un documentaire de neuf heures. Simone l'a aidé à financer le projet, et Lanzmann lui demande de rédiger une préface pour le livre qui doit sortir en même temps. Il espère la distraire de la douleur, chaque jour un peu plus forte, et de l'ennui. Il y réussit : elle a toujours autant de plaisir à écrire. Elle renouvelle l'expérience avec un livre racontant l'histoire d'un américain mort du sida ; ce sera son dernier texte.

Au début de l'année 1986, Simone semble avoir trouvé un rythme qui lui convient. Comme elle ne se déplace qu'avec difficulté, elle reçoit ses amis et relations chez elle. Elle accorde des interviews, s'entretient avec des écrivains et des chercheurs, lit les journaux et discute politique avec passion. Tout paraît pouvoir continuer ainsi pendant encore des années.



Mais un soir de mars, elle se plaint de crampes, et Sylvie la conduit à l'hôpital. Après quelques jours d'observation, le diagnostic tombe : œdème du poumon, troubles hépatiques. Elle est opérée, développe une pneumonie et reste en réanimation deux semaines. Puis, début avril, les choses s'améliorent : elle est installée dans une chambre individuelle, peut se lever et faire quelques pas. Toutefois elle est trop fatiguée pour lire et elle s'ennuie, malgré la présence amicale de Sylvie, de Lanzmann et de Bost : elle n'a droit aux visites qu'une heure par jour. Seuls ses intimes sont mis au courant de sa maladie, afin d'éviter la foule de journalistes et d'admirateurs devant l'hôpital ; Sylvie, qui doit continuer à assurer ses cours, est suffisamment épuisée sans avoir à donner d'interviews.

Le plus grand souci de Simone durant cette période, c'est sa sœur. Hélène est invitée par l'université de Stanford en Californie pour une exposition de ses œuvres qui doit illustrer un colloque du Centre de recherche sur les femmes. Elle hésite à partir parce que son mari, Lionel, vient de subir une opération ; les mauvaises nouvelles de Simone la décident à annuler son voyage. Apprenant cela, celle-ci lui envoie comme porte-bonheur pour le vernissage de son exposition... un billet d'avion pour San Francisco. Lionel est invité par des amis à passer sa convalescence en Afrique du Nord au moment où Simone commence à aller mieux. Tout semble rentrer dans l'ordre, Hélène prend son avion, pour apprendre à l'atterrissage que sa sœur est à nouveau en réanimation. Dans les jours qui suivent, Sylvie tient Hélène au courant par téléphone : Simone dort la plupart du temps, son état est stable et lorsqu'elle s'éveille elle est tout à fait lucide. Ses amis recommencent à espérer un rétablissement.



Pourtant, le 14 avril 1986, presque six ans jour pour jour après Sartre, Simone de Beauvoir s'éteint. Sylvie, qui s'appelle à présent Le Bon de Beauvoir, organise l'enterrement de son amie, avec les fidèles Lanzmann et Bost. À la disparition de Sartre, Lanzmann avait réservé pour Simone un emplacement voisin au cimetière Montparnasse, sachant qu'elle préférerait reposer auprès de son compagnon plutôt que dans la concession Beauvoir du Père-Lachaise. Son corps est exposé quelques jours dans l'amphithéâtre de l'hôpital Cochin, où les intimes de toute une vie viennent la saluer : ses cousines de Meyrignac, Gégé Pardo et les amis de Saint-Germain-des-Prés, les anciens et les nouveaux des Temps Modernes. Les politiques, Yvette Roudy bien sûr, Jack Lang, Laurent Fabius et Lionel Jospin, sont là aussi. Simone porte son célèbre turban, et la bague offerte par Nelson. Plusieurs milliers de personnes viennent lui rendre hommage dans la cour de l'hôpital. Le 19 avril, un immense cortège l'accompagne jusqu'au cimetière, parcourant son domaine parisien : le boulevard du Montparnasse, la brasserie de la Coupole, dont les serveurs se tiennent debout le long du trottoir, la serviette sur le bras, en un dernier hommage à leur vieille habituée. Dans la foule, toutes les générations et tous les pays sont représentés, et si les femmes sont nombreuses, les hommes sont bien présents, et tout aussi émus.



Après l'inhumation de Sartre sa tombe avait été couverte de fleurs, mais aussi de messages d'insultes. L'hommage à Simone est unanime : des mouvements féministes de tous les continents, des écrivains et des intellectuels persécutés dans leur pays, des groupes de femmes africaines, sud-américaines font déposer des fleurs et des remerciements. Pendant des jours, les deux tombes restent invisibles sous les couronnes de fleurs.

Simone de Beauvoir incarne la libération de la femme, elle est celle qui a osé briser tous les tabous : le mariage, la maternité, la dépendance vis-à-vis des hommes. Femme et déclassée dans une société bourgeoise et conservatrice, elle a gagné sa liberté par l'étude et l'audace intellectuelle, en rejetant le chemin tout tracé qui s'ouvrait devant elle. La notion de libre arbitre fait de choix et de responsabilité a déterminé sa propre vie, et se trouve au centre de son œuvre littéraire et philosophique. La liberté individuelle à laquelle chaque être humain a droit passe par le féminisme : les deux moitiés de l'humanité doivent pouvoir s'épanouir. Franche, parfois brutale, intransigeante, Simone de Beauvoir a aussi créé et protégé une famille de cœur qu'elle n'a jamais abandonnée, inventé une relation de couple d'un nouveau genre. Peu importent au fond ses contradictions, ses prises de position parfois excessives : dans l'esprit de tous elle reste celle grâce à qui la révolution féministe a commencé.



Plus de cinquante ans ont passé depuis la publication du Deuxième sexe ; hommes et femmes du XXIe siècle en connaissent au moins le titre et l'auteur, à défaut de l'avoir lu. L'éducation des petites filles a beaucoup évolué, tous les secteurs d'activité se sont ouverts aux femmes et des lois sanctionnent la discrimination quelle qu'elle soit. Mais la liberté est un équilibre délicat à trouver et à maintenir : « C'est aux femmes d'arracher le pouvoir aux hommes. Cela ne veut pas dire qu'elles doivent dominer les hommes à leur tour. Cela veut dire qu'il faut établir l'égalité », dit Simone de Beauvoir à John Gerassi en 1976. Pour elle il s'agit d'un travail sans cesse recommencé: ni la liberté ni l'égalité ne se décrètent. Ce sont, l'une comme l'autre, des valeurs qui demandent un apprentissage, une réflexion, une adhésion. C'est pourquoi elle attachait un si grand prix à l'éducation, à la littérature et à la philosophie. Aux jeunes femmes enthousiasmées par les premières conquêtes féministes des années 1970 elle recommandait de rester en éveil, prophétisant qu'à la première crise économique, au premier conflit, les femmes seraient incitées à retourner au foyer, car une société est toujours en mouvement et aucun progrès n'y est irréversible.






Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



Simone de Beauvoir
(1908 - 1986)
 
  Simone de Beauvoir - Portrait  
 
Portrait de Simone de Beauvoir


Œuvres

Née dans une famille bourgeoise et catholique, Simone de Beauvoir entreprend, à l'âge de 17 ans, des études de lettres et de mathématiques. En 1926, elle adhère à un mouvement socialiste et suit des cours de philosophie à la Sorbonne pour préparer le concours de l'agrégation. C'est à cette époque qu'elle fait la connaissance de Jean-Paul Sartre, qui fréquente le même groupe d'étudiants qu'elle. Dé

Bibliographie sÉlective