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Saint-Pol-Roux

Priere a l'ocean - Poéme


Poéme / Poémes d'Saint-Pol-Roux





Océan :

Divinité de houles et de houles sur des gouffres et des gouffres,

Monstre glauque, semblable à quelque énorme gueule de baudroie suivie d'une incommensurable queue de congre,

Masse mouvante avec, pour âme, cette lame sourde jaillissant en lave d'un puits abyssal,

Époux de la tempête aux griffes de noroît et cheveux de suroît,

Génie double qui souques ta victime entre vent, arrière-vent et vent-debout,

Démon de verre cassant des vaisseaux comme on casse des noix,

Ogre aux dents de récif qui croque des tas d'hommes comme sur la terre nous croquons des pommes,

Nappe d'orgie sur quoi les flottilles sont les friandises, les escadres les gigots,

Insondable estomac où se digèrent les naufrages dont les épaves rares sur les flots figurent les os,

Diaphragme innombrable au muscle soulevé depuis les tréfonds inconnus jusqu'à l'éclair des nues,

Jungle liquide des sautes-de-vent accouplées aux brisants,

Harpagonie de trésors engloutis,

Joute des aventures d'or et des squales d'acier,

Cimetière dansant où les péris se heurtent, l'alliance au doigt,

Farouche pêle-mêle où tout se trouve - sauf un cœur,
Océan...

Océan :

Ciel à l'envers,

Hublot de l'enfer,

Quelqu'un de formidable parmi tous les êtres,

Chose la plus grande parmi tant de choses,

Geste le plus vaste d'entre tous les gestes,

Majesté la première au rang des majestés,

Océan,

Catastrophe constante,

Agrégat de tourmentes,

Tragédie sans fin,

Oh fais taire tes orgues barbares du large !

Haut sur sa dune aux immortelles d'or

Un poète te parle !

Abaisse donc tes monts sabaothiques
De l'Iroise et des loins atlantiques,
Calme tes nerfs noués en pieuvres,
Scelle tes chiens-de-mer aux creux du
Toulinguet,
Aspire ma présence de tes branchies toutes,
Puis, posant les pieds blancs de ton flux sur la grève,
Accueille en cette oreille qu'est ce coquillage
Les mots qui te descendent sur la brise tendre
Arrivée des vallons de l'Aulne et de l'Élorn !
Dis, mon grand

Si grand qu'il me semble sombrer dans ta barbe d'écume ;

Dis, mon grand si grand que me voici néant,

Vaine fourmi près d'un géant,

Dis, mon grand,

J'ose, moi le veilleur à la proue du vieux monde,

T'implorer pour ceux qui labourent ton onde.








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Saint-Pol-Roux
(1861 - 1940)
 
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