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Poésie de Max Jacob


Poésie / Poémes d'Max Jacob





par Claude Michel Cluny



Situer Max Jacob ?



C'est simple, et ce ne l'est pas. Il fut de tout, et avant la plupart ; il fut partout, mais jamais inféodé. Il pressentit peut-être le cubisme ; surtout, il apprivoisa les rêves à sa manière, bien avant leur exploitation systématique par les surréalistes. Le génie de Picasso lui paraît évident dès la première exposition du jeune peintre espagnol, pour qui, lors de longs moments de misère, il montre le dévouement le plus fraternel. Juif sans religion, il ne s'étonne guère que l'image christique apparaisse sur le mur de sa chambre, le voilà catholique. « Le pauvre Max » (pauvre, il l'est vraiment !) quitte Paris pour Saint-Benoît ; il s'y fait ermite, par intermittences, en pénitence avec ses démons... Il y a un mage chez cet astrologue pour boutiquières et femmes du monde. Il étonne et charme des hommes de caractère, qui ne s'étonnaient pas si aisément, qu'ils fussent eux-mêmes en première ligne aux batailles de « l'art moderne », ou renfermés dans leur propre univers : Cocteau, Radiguet, Picasso, Derain, Modigliani, Morand, Kahnweiler... Car Max peint. A la diable, évidemment. On ne sait trop si toute l'époque est née de ses dessins, de ses papiers et cartons gouaches, ou s'il en a deviné et attrapé au vol, ou partagé, ce qui sans doute est plus probable, les inventions, les variations, les orientations. Car si l'étonnant artiste plastique a des manières successives, l'écrivain, lui, a un style, évident et entre tous identifiable, quel que soit le genre littéraire qu'il aborde. Mais, portraitiste au trait implacable (et surtout de soI) ou coloriste savoureux - il suffit de voir les nombreuses scènes de cirque qu'il a traitées pour en juger -, il a su faire passer dans cette autre part peu connue de son ouvre, lorsqu'elle n'était pas simplement alimentaire, le libre reflet de ses obsessions lyriques (que fait donc le Christ à côté d'une femme devant la Comédie-Française ?). Un peu d'argent lui viendra enfin de la vente de ses gouaches, petite monnaie du talent qui l'aidera, avant et après la grande crise économique, à vivoter. On croit qu'il se disperse, mais il amasse. L'ouvre - poèmes, méditations, théâtre, romans, réflexions, peintures et dessins... -, reste à son image : comment la situer ? C'est d'abord aux enfants qu'il s'adresse, sous les figures du roi Kaboul et du marmiton Gauwain... N'en sourions pas comme d'une pochade sans signification. L'enfant, ou à dire plus vrai l'enfance, n'abandonnera pas le poète, même drogué, draguant socratiquement, tirant l'horoscope, chantant les louanges de Dieu, souffrant et vieillissant. Un ange rare parmi les anges lui tiendra cette précieuse lampe allumée jusqu'aux derniers jours. Et la lumière, fût-elle parfois un rien soufrée, éclaire les visions, et les raisons, si l'on peut dire, des nonsenses, le goût du coq-à-1'âne, de la légèreté proche de la comptine, de la chanson. Légendes bretonnes ou inventions imitatives, ces pièces désinvoltes témoignent, de même que des échappées inattendues sur le paysage, amenées parfois par le jeu d'une rime, d'une nostalgie sincère pour le cadre de ses années de jeunesse. Au-delà de la forme c'est, plus profondément, la persistance d'une naïve clarté au cour de la richesse verbale, des jeux sur les mots, et de ces rideaux de ténèbre qui soudain s'abattent au détour d'un vers, d'une strophe, d'un poème en prose, c'est cela qui confère à la poésie de Max Jacob son exemplaire singularité.





C'est tragique et burlesque.

Et tu n'as pas le droit

Pour des tas de raisons de crier au secours.

Et cela, cette angoisse est de nuit et de jour.

Le voleur est charmant et noble comme un roi.



Le merveilleux sauve-t-il de la peur ? A croire que la vie ne vaut pas un songe : d'où les très fréquentes dérives du sens vers l'irrationnel, le conte, refuges sans doute de l'innocence... évidemment un peu perverse. Ce qui se marie donc aisément aux résurgences d'un folklore local, celui de sa Bretagne quimpéroise, qu'il connaissait bien. Mais aussi domaines ouverts à toute la kabbale, à toutes les sollicitations ludiques de l'imaginaire, aux caprices de son érudition fantasque. Max ne recrée pas, il s'empare des « paroles ailées » venues d'une tradition, les secoue dans le « cornet à dés » du poème. Transmutations de son « laboratoire » ! D'une part, le monde concret, le réel, perd ses repères. D'autre part, par une sorte de phénomène inverse, l'irrationnel s'inscrit naturellement dans le discours, ignore et passe les obstacles logiques. Il aura, avant et mieux que quiconque, mis en pratique ce constat de son Art poétique : « La poésie moderne saute toutes les explications. » 2 Aussi, et quels qu'en soient le prétexte ou la forme, le glissement s'opère d'un niveau de langue, d'un niveau de sens à un autre avec la force tranquille de l'évidence. On peut en prendre bien des exemples dans ses romans, tel Filibuth ou la montre en or 5, lesquels nous paraissent, par parenthèse, avoir ouvert la voie à quelques-unes des ouvres de Queneau ou d'Audiberti.



Dès lors, on mesure le pouvoir du mot. Il produit un champ d'attraction par la rime, l'allitération, voire le calembour, ou l'homophonie... La sémantique devient sous sa plume la baguette d'un sourcier désinvolte ou subversif- là encore il convient d'évoquer les héritiers, Audiberti, Queneau, Tardieu, dans l'immédiat après-guerre. Un mot possède son propre poids sémantique ; il dispense son propre rayonnement ; en même temps, il diffuse un écho qui en fait tomber d'autres de la voûte du temple. Le vocabulaire offre un inépuisable clavier. Mais Max en joue moins en tablant sur l'étymon qu'en virtuose des analogies et de l'euphonie, moins par affinités de sens que par des effets de couleur sonore. A cet égard, il n'y a guère d'évolution ; des premiers textes aux derniers, si la magie s'exerce, elle a pour alliés l'oil, l'oreille et la capacité d'élan à sauter l'explication. Tout est ici pouvoir ludique.



Cette « modernité », il la partage alors avec d'autres ; Cendrars, Cocteau, Morand. Ces trois-là sautent droit pardessus ou à travers les apparences, la raison, la comparaison et ce sont les éclairs jaillissants des Lampes à arc de Morand, des Documentaires de Cendrars (ces instantanés qu'il avait voulu intituler « Kodaks ») ; enfin, des tirs à vue de Cocteau dans le Cap de Bonne Espérance et le Discours du Grand sommeil Max fait l'enjambement du sens, mais comme en virevoltant. Il y a chez lui un cirque verbal qui n'est pas le « tirer vite et juste » de ses trois complices. Par exemple, la première strophe du Joueur amoureux'' reste plus proche d'Apollinaire, ou des « fantaisistes », tel Carco. Musique burlesque, rythme dansant, qui grince un peu - Max enchantait Auric, Milhaud, Poulenc et Sauguet entre autres. La gravité du tfième principal (cf. Supplément tragique ad libituM) n'exclura jamais la dissonance, le coup de cymbale ou le couac. Dieu même passe dans un poème sans plus de prérogatives qu'un cheval, une automobile, la Gorgone ou Fantômas. D'ailleurs, à l'instar de ses scènes à la gouache, le poème est d'abord un lieu de rencontres. Lesquelles seront, selon le jour ou l'heure, bonnes ou douteuses, en tout cas naturelles... voire concomitantes, quand bien même elles sont impossibles. Le poème est aussi le puits d'Alice, on y tombe au pays des merveilles, ou de l'épouvante. Que voyait-il, ou croyait-il voir dans la boule de cristal ou le marc d'un café dont les fonds ajoutaient de la sépia aux couleurs des tubes ? L'histoire nous a livrés les clés : elles ouvraient les « portes de l'enfer ».

Qu'elle annonce les deux guerres ou fasse parler les anges, cette poésie est déroutante. Elle a de quoi laisser en arrêt des peintres aussi peu conventionnels que Dali ou Picasso : « Les deux bossues étaient pareilles à des rognons de veau, de vous, de nous, de mou de veau... » Sous la facture comique, l'image est terrible, parce qu'on ne peut s'empêcher de la mémoriser... Terrible, donc crédible.



Par ailleurs, il ne s'épargne pas - il suffit de regarder la noire cruauté de ses autoportraits pour se convaincre, sinon de la sincérité du mea culpa, du moins de l'acuité du regard qu'il portait sur lui-même. Et puis, le repentir n'est intéressant que s'il est sincère, s'il fait souffrir ; comme le péché. D'où la force des accents soulignant l'angoisse, la culpabilité. Le plus souvent, il parle à travers des masques : « Si ma tête est le ciel mon empire est l'enfer », écrit-il au nom d'une Montagne métaphorique 6 ; ou bien : « Par vengeance la race fut tuée par les Lapithes / Et moi je suis mordu par l'amour qui m'habite » (in Mythologie présentE) 7. L'idée première de composer un grand recueil de poèmes mystiques, sur un autre registre que celui, fort farfelu, dévolu aux ouvres de « saint Matorel », lui vint en 1926, et il y travaillera dix ans, laissant un manuscrit de plusieurs centaines de poèmes. La guerre vaudra à cette ouvre de nombreux avatars. Marcel Béalu et Pierre Colle parviennent tout de même à publier une partie du livre, que Jean Denoël reprendra chez Gallimard, sous le titre l'Homme de cristal'. Un demi-siècle après la mort du poète, ce qui demeurait inédit paraît enfin, sous le titre origi nal d'Actualités éternelles, grâce à Didier Gompel-Netter qui en avait rassemblé les pièces, quasi intégralement 9. Or, l'un des procès que l'on fait à l'auteur de la Défense de Tartufe {in Derniers poèmeS) l0 est un procès pour insincérité ou, dans le meilleur des cas, pour légèreté. Il n'est donc pas indifférent de voir sur pièces la preuve indubitable de la permanence d'une inspiration, même si nous ne sommes pas - en ce qui nous concerne - habilité à juger le bien-fondé ou la qualité eschatologique de la foi du poète converti, laquelle laissa longtemps la prudente Eglise réticente... Sans évoquer le nombre considérable de « méditations religieuses » (plusieurs milliers, semble-t-il !), la relation à Dieu traverse, depuis 1909, l'ouvre de Max Jacob. En empruntant, il est vrai, les voies les plus diverses. Dieu (ou le Christ son mandant, ou la ViergE) ne rechigne pas à aller au cinéma, et peut-être au cirque. Le poète, s'il ne parle de soi qu'à mots détournés, ne fait pas douter d'une autre permanence, inscrite en parallèle, reconnue, grimaçante et douloureuse, qui est celle du péché. Naïf et malin, oui ; roué, non - à cause ou, pardon, grâce à Dieu ; mais roué de coups, oui. L'ange, lui prenant des mains son bâton de vieillesse, lui en caressa les côtes assez rudement. Les tristes dernières années - trahisons, accidents, pauvreté, arrestation des siens... la sienne enfin, sur ordre de la Gestapo - l'éprouvèrent dans son corps et dans son âme. L'humour, on devrait le savoir, est souvent la politesse du malheur. On ne saurait donc lire les poèmes de Max Jacob en faisant l'impasse sur ce qui s'impose assez tôt comme l'une des composantes essentielles de son univers mental. Janus il est, Janus il demeure : un Max rit, l'autre Max pleure. Pourquoi serait-il insincère ? L'habillage de sa foi et de ses repentirs fait sourire ? C'est pourtant à lui que, en 1916, Joseph Altounian fait appel pour écrire un poème sur le martyre du peuple arménien décimé à la fois par les Kurdes et par les sbires d'un ultime sultan turc fou, Abdul-Hamid. Max Jacob, juif converti devenait le chantre de la plus vieille communauté chrétienne des confins de l'Europe et de l'Asie.



La liberté de sa poétique étonne autant que celle de son inspiration. Si elle emprunte à des formes anciennes - ballade, villannelle... - ce n'est que pour amener le lecteur à danser sur sa propre musique, dissonante et boiteuse à l'envi. Claude Roy a su justement l'écrire : « La discordance est ici l'arme secrète d'un cour en proie au discord. L'esprit de contradiction est la ressource d'une âme en jeu de toutes les contradictions. » ' ' D'un vers à l'autre, nous passons sans être prévenu du sourire à l'angoisse, ou bien la beauté se casse sur un jeu de mots cocasse. Se trouve-t-il en peine de terminer un poème ? Il s'en va sur la pirouette d'un « etc. » sans vergogne. Méfiance probable aussi de l'apitoiement sur soi, de la confidence et de trop d'aveux... En vérité, on en lit peu dans son oeuvre en prose comme en vers. Croit-on voir affleurer quelque allusion, Max aussitôt se défile en changeant de pied, chargeant de l'espérance ou de la faute quelque figure opportunément surgie. Mais si ses rythmes désaccordent bien le chant, ils ne font pas pour autant disparaître une douleur sous-jacente. « On ne donne la vie que par l'émotion. » l2 Sans non plus verser dans le sentimentalisme : à peine apparaît-il, il le détourne, nous offrant une grimace plutôt qu'une larme. S'émeut-il ? il en appelle à la dérision. Doit-on, ou peut-on supposer qu'il réfrénait une native propension de mauvais aloi à geindre, à se faire plaindre ? Mais la vérité du mal enduré reste parfois si forte, si prégnante, que l'humour même n'en pourra mais - rappelons-nous le poème en prose de l'Amour du prochain : ...« Heureux crapaud ! tu n'as pas l'étoile jaune. » " Dès que le destin lui en laisse le choix, la vie oublie rarement de nous infliger le pire.



Il n'est pas interdit de supposer également que cette pudeur, ou cette prudence, cette mise en retrait de soi en tant qu'homme privé, a incité Max Jacob à cultiver un lyrisme masqué, à privilégier les écrans ; à désaccorder pour mieux désarçonner l'éventuelle, l'indésirable effusion. Le jongleur vit du secret de ses tours. Il se moque d'écrire de .< beaux » vers : « Si bien écrit, si bien écrit qu'il n'en reste plus rien », professa-t-il comme un avertissement dans son Art poétique. Sa « perfection » - encore que le terme convienne peu à une expression aussi ludique et narquoise - est ailleurs. Dans une sorte d'improvisation (relativE), dans l'inattendu des ruptures de sens, la fraîcheur d'images farfelues... Pensons à la manière dont les amateurs offusqués accueillirent les roses, les cirrons, les verts acides du Greco, les couleurs pures de Van Gogh, les délicieuses insolences d'accords ou de constructions contrapunctiques de Milhaud ou de Stravinsky, les ouvres étranges de Satie. Aux Morceaux en forme de poire de ce dernier, aux Machines agricoles du premier... Le premier tiers du siècle, qui nous réapprit à voir et à entendre, avait une place pour ce baladin de l'art occidental.

La poésie est affaire sérieuse. Les stratèges devraient s'y essayer. « La poésie, écrit Max dans son Art poétique, est la poursuite du rêve par d'autres moyens, qui sont ceux de l'art. » Dans le très singulier patchwork des recueils du Cornet à dés, le poète a fait son miel de ses visions, présages et remords. Nous en publions ici le troisième et dernier ensemble, demeuré inédit. La manière n'a pas varié, qui mêle les aphorismes du moraliste aux sentences les plus saugrenues, les jugements acides aux poèmes en prose. Une ligne parfois suffit : « Un gilet bien fait est une poitrine impassible » ; « Les poèmes des jeunes poètes : les selles incomplètes ». Erik Satie aurait pu signer l'une et l'autre, et bien d'autres encore dont le ton est si proche de ses propres axiomes. Mais avec cet art de la provocation, et de la preuve par l'absurde qui, depuis le Moyen Age, a toujours su se faufiler dans la poésie française, et qu'il renouvelle, Max Jacob affirme la nature particulière du poème en prose.



Il n'a pas été très clair dans la définition qu'il a voulu en donner dans sa préface au premier Cornet à dés. Cependant, prêchant l'exemple, il écarte les textes baudelairiens, ceux d'Aloysius Bertrand - comme, s'il les avait connus, il eût écarté les Poèmes en prose de Tourgueniev. Le texte doit posséder son unité, être bouclé, refermé autour de son noyau irradiant, tel un fruit ; il doit avoir son autonomie, c'est-à-dire « être situé ». Il se reprend, dans l'inédit que l'on trouvera dans le présent volume, par cette formule, guère plus précise : « ailleurs que sur terre » ' Il faut entendre, croyonsnous, que le poème en prose doit être autonome : le contraire de ce que sont les Chants de Maldoror, par exemple, ou le Spleen de Paris. La généalogie passe alors sans mésalliance par Lefèvre-Dcumier, Rimbaud, Mallarmé, Jarry, Cocteau, Reverdy, Michaux... L'un des plus longs poèmes en prose de Jacob, Boucles, peut se lire plus loin. Il est révélateur de sa conception de ce genre poétique, ici parfaitement accompli, mais vite affronté, lorsqu'il couvre plusieurs pages, au mortel glissement vers le récit. D'une manière générale les poèmes en prose sont assez brefs et, chez Jacob, espace idéal à la collision des puissances du nonsense. On y voit bien également l'apport des rêves, et par une ludique concrétion l'entraînement des mots, atomes libérés du sens par les pouvoirs de la vision.

Pourtant, il se singularise là encore, cette fois par rapport a « l'écriture automatique » que pratiquent les surréalistes. Breton, Desnos, et consorts. Dans le même texte que cité ci-dessus, il s'explique parlaitement sur sa démarche, sur l'imbrication de l'imaginaire et de la veille, le poète étant le guetteur émerveillé ou/et mélancolique (selon ApollinairE), en charge du maintien du cap sur l'art. Rendons-lui la parole :



Pour fouiller le tréfonds de moi-même, j'ai eu recours à ce qui le révèle le mieux, à mes rêves de la nuit, qui sont comme la photographie de notre état mental, aux associations d'idées que je m'exerçais à prendre sur le fait et qui sont les vrais chemins de notre pensée, aux mots qui me venaient spontanément et sans que la raison prenne part à leur venue.



Le travail du poète est donc, pour une part, de transposer le matériau des rêves. De « l'objectiver ». Ce qu'il explicite également : on atteint à l'objectivation par la « composition », c'est-à-dire .< l'art de grouper les détails autour d'un centre ». Ces lignes sont essentielles à la compréhension de sa conception d'un classicisme moderne. Les formes changent, les règles demeurent. Il pouvait estimer à bon droit qu'un jour, ses ouvres rééditées (il parlait en 1934), on verrait « la part qui me revient dans les mouvements poétiques, qui relèvent de l'inspiration pure et du fond inconscient de l'homme ». (Ce qui suit vise le surréalisme, dont les membres tenaient boutique de rêves, qu'ils eussent voulu à leur usage exclusif.) Et si l'on relit Pierre Reverdy- par trop méconnu encore -, comment ne pas déceler aussi, et différemment, dans son ouvre en prose comme en vers, le subtil alliage du réel et de l'inconscient ?



C'est un poète bien singulier que Max Jacob. Les scories, assez nombreuses, des Cornets à dés, pourraient laisser supposer un travail de premier jet sans repentir, sans hésitation, abandonné tout aussitôt à la publication. Pour l'essentiel de l'ouvre, il n'en est rien. Jean Follain, qui fit la connaissance de Max Jacob en 1929, recopia dans Les Uns et les Autres, un passage de la première lettre qu'il en reçut, dont ces mots : « La poésie est une affaire de mise en cave. Par la suite, j'ai compris que parfois, pas toujours, on pouvait remiser un poème plusieurs mois ou même années, pour le retrouver et alors le parachever ; il avait, dans le même temps, mûri en soi » l5. Au fur et à mesure qu'il écrivait, il jetait dans une petite malle - moins importante que la malle fameuse de Fernando Pessoa -, le premier état de ses textes ; il arrivait qu'il en donnât, pris frais sur sa table, lorsqu'un visiteur le sollicitait pour une revue, un journal... Aussi existe-t-il quelquefois deux ou trois versions notablement différentes d'un poème, sans qu'il soit aisé de déterminer laquelle est la dernière en date. Les manuscrits sont parfois quasiment indéchiffrables à force de ratures, de surcharges. Souvent peu attentif à l'orthographe, il avait la fréquente habitude de crayonner, de dessiner à la plume dans les marges ou sur le texte. Max Jacob a beaucoup écrit ; écrire était comme une respiration - une expiration de l'être et de ses songes. « Ceci dit, il ferma les yeux et mourut. »





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Max Jacob
(1876 - 1944)
 
  Max Jacob - Portrait  
 
Portrait de Max Jacob


Orientation bibliographique / Ouvres

1903
Le Roi Kaboul l et le marmiton Cauwain. Livre de prix pour les écoles (Picard et Kahn), Paris, Librairie d'éducation nationale, 1904.

Biographie

Il passe toute sa jeunesse à Quimper (Bretagne), puis s'installe à Paris, où il fréquente notamment le quartier de Montmartre et se fait de nombreux amis dont Picasso, qu'il rencontre en 1901, Braque, Matisse, Apollinaire et Modigliani.

Juif de naissance, il se convertit au catholicisme. Logeant au 7 de la rue Ravignan, l'image du Christ lui apparaît le 22 septembre 1909 sur le mur

La vie et l'Ouvre de Max Jacob


Chronologie


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