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Guy de Maupassant

BOULE DE SUIF


Poésie / Poémes d'Guy de Maupassant





A peine Guy a-t-il pris possession de son bureau, rue de Grenelle, que le maréchal de Mac-Mahon démissionne. Son départ marque la fin de 1' « Ordre moral » qu'il avait instauré et le triomphe des républicains. Jules Grévy s'installe à l'Elysée et Jules Ferry rue de Grenelle, en remplacement d'Agénor Bar doux. Mais la carrière administrative de Guy n'est nullement compromise par ce bouleversement politique. C'est son ami Henry Roujon qui est directeur de cabinet du nouveau ministre et, le 1er février 1879, il affecte le jeune attaché au secrétariat de Xavier Charmes. Celui-ci, guère plus âgé que son proche collaborateur, est bienveillant et courtois. Mais il exige tant de travail et tant de présence que Guy, derechef, se lamente : « J'ai ici des rapports très agréables avec Charmes, mon chef, écrit-il à Flaubert. Nous sommes presque sur un pied d'égalité ; il m'a fait donner un très beau bureau. Mais je lui appartiens ; il se décharge sur moi de la moitié de sa besogne ; je marche et j'écris du matin au soir ; je suis une chose obéissant à la sonnette électrique et, en résumé, je n'aurai pas plus de liberté qu'à la Marine. Les relations sont douces, c'est là le seul avantage ; et le service est beaucoup moins ennuyeux '. » A plusieurs reprises, Xavier Charmes voudrait charger son secrétaire de rédiger des rapports délicats sur des problèmes scientifiques, artistiques ou littéraires, mais Guy se dérobe. Sans se soucier de son avenir administratif, il refuse de faire du zèle et se cantonne dans l'expédition des affaires les plus banales. Ainsi du moins a-t-il l'esprit libre pour penser à ses propres écrits. Ses supérieurs le jugent « correct », « déférent », mais se plaignent de ses nombreuses absences.





Il a déménagé depuis peu et habite maintenant au 17 de la rue Clauzel , en plein quartier des amours vénales. Dans ce logement qui comporte deux pièces, avec entrée et cuisine, il a transporté ses meubles, ses livres, une tapisserie ancienne et, bien entendu, la main d'écorché. La maison est, disent ses amis, une « ruche garnie des abeilles de la rue de Bréda ». Guy s'amuse d'être plongé dans ce phalanstère de prostituées. Il entretient avec elles les meilleures relations. Parfois, un client de ces dames, se trompant d'étage, vient sonner à sa porte. Cela lui rappelle les joyeusetés de La Feuille de Rose. Mais, pour l'instant, un autre projet théâtral l'absorbe. Après avoir longtemps tergiversé, Ballande accepte de monter son petit acte en vers, L'Histoire du vieux temps, au Troisième Théâtre français. Guy a dédié son œuvrette à Caroline Commanville pour faire plaisir à Flaubert. Le soir de la première, le public réagit favorablement. « Ma pièce a bien réussi, écrit Guy à Flaubert ; mieux même que je n'aurais espéré. Lapommeraye, Banville, Claretie ont été charmants : Le Petit Journal très bon, Le Gaulois aimable, Daudet perfide... Zola n'a rien dit... Du reste sa bande me lâche, ne me trouvant pas assez naturaliste ; aucun d'eux n'est venu me serrer la main après le succès. Zola et sa femme ont applaudi beaucoup et m'ont vivement félicité plus tard. »

Dans l'ensemble, les rapports de Guy avec le ménage Zola sont des plus cordiaux. Il se rend souvent à Médan, fait honneur à la table de ses hôtes, boit sec, raconte des anecdotes raides, que la brune et sévère Mme Zola écoute en se pinçant les lèvres, discute littérature sans réticence, et presque d'égal à égal, avec le maître de maison. Ce dernier ayant décidé d'acheter une barque, Guy se charge de lui en dénicher une. « Le bateau le plus usité et le meilleur pour les promenades en famille, c'est la norvégienne légère, lui écrit-il. J'en ai vu quatre fort jolies, mais construites par des constructeurs connus, qui en demandent de 260 à 450 francs... A Argenteuil, on m'a proposé d'en faire une pour 200 francs; mais il faudrait attendre au moins trois semaines... Maintenant, j'ai trouvé un bateau dit chasse-canard, de 5 mètres de long sur 1,35 m de large, dont je puis répondre comme solidité. Le bois ne contient aucun aubier ; il est fort léger à manier et gentil à l'œil... Le prix est de 170 francs, je crois qu'on trouverait toujours à le revendre sans aucune perte... Si vous vous décidiez pour le chasse-canard, le constructeur lui donnerait, avant de vous l'envoyer, un coup de peinturel. »

Zola opte pour le chasse-canard à cent soixante-dix francs et Guy conduit lui-même l'embarcation jusqu'à Médan. On décide de la baptiser Nana, du nom de la nouvelle héroïne de Zola, parce que, dit Guy, « tout le monde grimpera dessus ». Evoquant ces réunions amicales, Maupassant écrira, avec une verve teintée de nostalgie : « Pendant les longues digestions des longs repas (car nous sommes tous gourmands et gourmets et Zola mange à lui seul comme trois romanciers ordinaireS), nous causions... Quelquefois, il prenait son fusil, qu'il manœuvrait en myope, et, tout en parlant, tirait sur des touffes d'herbes que nous lui affirmions être des oiseaux, s'étonnant considérablement de ne trouver aucun cadavre. Certains jours, on péchait à la ligne... Moi, je restais dans la barque, la Nana, ou bien je me baignais pendant des heures. » Cependant, malgré son admiration cent fois proclamée pour son illustre confrère, Guy commence à se méfier du naturalisme. Il y voit une contrainte systématique, et par conséquent dangereuse, imposée à l'inspiration du romancier. « Que dites-vous de Zola ? écrit-il à Flaubert. Moi, je le trouve absolument fou. Avez-vous lu son article sur Hugo ? Son article sur les poètes contemporains et sa brochure : La République et la Littérature ?" La République sera naturaliste ou elle ne sera pas. " " Je ne suis qu'un savant. " (Rien que cela. Quelle modestie !) " L'enquête sociale. " Le document humain. La série des formules. On verra bientôt sur le dos des livres : "Grand roman selon la formule naturaliste "... Cela est pyramidal... Et on ne rit pasl. »



Mais voici que la princesse Mathilde, grande amie de Flaubert, s'intéresse à la piécette de Guy et souhaite la faire jouer dans ses salons par l'actrice Marie-Angèle Pasca, en présence de l'auteur. Or, la quadragénaire Pasca vit en ce moment un désespoir d'amour qui la rend indisponible. « Nom de Dieu, que les femmes sont bêtes ! » grogne Guy. Heureusement, vers le mois de mai 1879, le chagrin de l'interprète idéale semble s'être atténué. On peut de nouveau compter sur elle. La princesse Mathilde envoie au jeune auteur une lettre charmante pour lui préciser son intention. Intimidé, Guy, qui fait volontiers le fier-à-bras devant les femmes du peuple, s'adresse à Flaubert en le priant de l'éclairer sur les manières du grand monde : « Que dois-je faire ? Ecrire ou faire une visite ? Dans les deux cas, quelques renseignements, s'il vous plaît, sur les usages? Quand on lui écrit, quelle est la formule? Madame, ou Madame la Princesse, ou Altesse?... Quand on parle, dit-on " Votre Altesse " ? La troisième personne paraît bien " genre larbin ". Mais quoi alors ? " Altesse " n'est pas euphonique et a l'air familier comme un tutoiement de prince. Est-ce Madame la Princesse? J'attends un mot de vous immédiatement2. » Flaubert donne, de loin, son avis; Guy est reçu dans les salons de la princesse qui le traite avec bonhomie; la pièce est jouée devant une assemblée restreinte et remporte un succès mondain.



Il n'en faut pas plus pour que Guy se sente désormais bien vu par la droite comme par la gauche. A gauche il y a Zola, à droite Juliette Adam. Poussant à la roue, Flaubert présente à Juliette Adam, directrice de La Nouvelle Revue, le dernier poème de son disciple, La Vénus rustique : « Je lui crois un grand avenir littéraire, écrit-il. Il est connu dans le monde des Parnassiensl. » Malgré cette recommandation, le poème est refusé et Juliette Adam conseille au jeune auteur de s'inspirer de Theuriet. Tant de sottise indigne Flaubert qui écrit à Guy : « Voilà bien les journaux ! Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! Theuriet donné pour modèle ! La vie est lourde et ce n'est pas aujourd'hui que je m'en aperçois2. »

Les coups portés à son protégé ébranlent Flaubert comme s'il était personnellement visé à travers lui. Ces derniers mois ont été très pénibles pour l'ermite de Croisset. A bout de ressources, il a dû, sur l'insistance de ses amis, avec Guy à leur tête, accepter un poste de conservateur hors cadre à la bibliothèque Mazarine. Cette fonction, purement honorifique, ne l'obligera ni à travailler ni même à résider dans la capitale et lui rapportera trois mille francs par an. « C'est fait ! J'ai cédé ! écrit-il. Mon intraitable orgueil avait résisté jusqu'ici. Mais, hélas ! je suis à la veille de crever de faim, ou à peu près3. » Guy lui ayant rendu visite dans sa retraite, il le prie de l'aider à brûler quelques vieilles lettres. C'est le soir. Les flammes dansent dans la cheminée, éclairant le lourd visage au front chauve et aux yeux brouillés de larmes. Des monceaux de papier noircissent en se recroquevillant entre les chenets. L'étrange cérémonie continue pendant des heures, entrecoupée de soupirs et de paroles de regret. Devant cet homme usé, brisé, qui trie ses souvenirs et regarde son passé partir en fumée, Guy mesure l'inanité de la gloire terrestre. Fasciné, il a l'impression de vivre par avance la mort de l'être qui lui est le plus cher au monde après sa mère. Soudain, dans le fatras des pages manuscrites, Flaubert tombe sur un paquet noué par un ruban. Il le déplie et découvre un petit soulier de bal avec, à l'intérieur, un mouchoir de femme bordé de dentelle et une rose fanée. « Il baisa ces trois reliques avec des gémissements de peine, écrit Maupassant, puis il les brûla et s'essuya les yeux. »

C'est le cœur plein d'appréhension que Guy quitte son vieux maître pour regagner Paris. Une curieuse nouvelle l'y attend. Il est nommé officier d'Académie. Ennemi de toutes les distinctions honorifiques, il n'en accueille pas moins celle-ci avec une certaine satisfaction. Mais voici que le ciel s'assombrit de nouveau au-dessus de sa tête. La Revue moderne et naturaliste vient de publier un de ses poèmes, signé Guy de Valmont et intitulé Une fille. Il ne s'agit pas d'un inédit, ces vers ayant déjà paru trois ans auparavant, sous le titre Au bord de l'eau, dans La République des lettres de Catulle Mendès. Néanmoins, le sous-préfet d'Etampes, ville où est imprimée la Revue moderne et naturaliste, estime qu'il y a là matière à scandale et alerte les autorités judiciaires. Une instruction est ouverte. Affolé, Guy se demande si l'éclat qui se prépare ne va pas lui coûter sa place au ministère. De plus, il redoute qu'on n'interdise la publication de son recueil : Des vers, qui contient la pièce mcriminée. Ce recueil, Flaubert l'a chaudement recommandé à la femme de l'éditeur Charpentier, lui écrivant : « J'insiste. Ledit Maupassant a beaucoup, mais beaucoup de talent ! C'est moi qui vous l'affirme et je crois m'y connaître. Bref, c'est mon disciple et je l'aime comme mon fils. Si votre légitime ne cède pas à toutes ces raisons-là, je lui en garderai rancune, cela est certain '. »



Devant la catastrophe qui s'annonce, Guy, par un mouvement spontané, se tourne vers Flaubert. Certes, il est confus de faire appel à son vieux maître, qui a déjà tant de soucis personnels. Mais nul mieux que l'auteur de Madame Bovary, poursuivi vingt-quatre ans plus tôt pour le même crime, ne pourrait, pense-t-il, lui venir en aide2.



Le 14 février 1880, Guy se rend à Etampes, où le juge d'instruction lui signifie son inculpation. Il est officiellement accusé d' « outrage à la moralité publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Entre-temps, la Revue moderne et naturaliste a publié une autre poésie de lui, intitulée Le Mur. Cette circonstance ne va-t-elle pas aggraver son cas aux yeux de la justice ? Rentré chez lui, il écrit à Flaubert : « Je suis décidément poursuivi pour outrages aux mœurs et à la morale publique. Et cela à cause de Au bord de l'eau. J'arrive d'Etampes où j'ai subi un long interrogatoire du juge d'instruction. Ce magistrat a été du reste fort poli, et moi je ne crois pas avoir été maladroit. Je suis accusé, mais je crois qu'on hésite à pousser l'affaire, parce qu'on voit que je me défendrai comme un enragé. Non à cause de moi (je me fous de mes droits civilS), mais à cause de mon poème, nom de Dieu ! Je le défendrai coûte que coûte, jusqu'au bout, et ne consentirai jamais à renoncer à la publication. Maintenant mon ministère m'inquiète et j'emploie tous les moyens imaginables pour obtenir une ordonnance de non-lieu. »

Parvenu à ce point, Guy hésite à formuler sa requête. Il connaît la répugnance de Flaubert pour les prises de position publiques, les campagnes dans les journaux, le tapage. Mais son avenir est en jeu. Tant pis pour les scrupules du Vieux. Il fonce, tête baissée : « Je viens vous demander un grand service en vous priant de me pardonner de vous prendre votre temps et votre travail pour une si stupide affaire. J'aurais besoin d'une lettre de vous à moi, longue, réconfortante, paternelle et philosophique, avec des idées hautes sur la valeur morale des procès littéraires, qui vous assimilent aux Germiny ' quand on est condamné, ou vous font parfois décorer quand on est acquitté. Il y faudrait votre opinion sur ma pièce Au bord de l'eau au point de vue littéraire et au point de vue moral (la moralité artistique n'est que le BeaU) et des tendresses. Mon avocat, un ami, m'a donné ce conseil, que je crois excellent. Voici pourquoi : cette lettre serait publiée par Le Gaulois dans un article sur mon procès. Elle deviendrait en même temps une pièce pour appuyer la défense et un argument sur lequel serait basée toute la plaidoirie de mon défenseur. Votre situation exceptionnelle, unique, d'homme de génie poursuivi pour un chef-d'œuvre, acquitté péniblement, puis glorifié, et définitivement classé comme un maître irréprochable, accepté comme tel par toutes les écoles, m'apporterait un tel secours que mon avocat pense que l'affaire serait immédiatement étouffée après la seule publication de votre lettre. Il faudrait que ce morceau parût tout de suite, pour bien sembler une consolation immédiate envoyée par le Maître au Disciple. Maintenant, si cela vous déplaisait le moins du monde, pour n'importe quelle raison, n'en parlons plus... Je suis seul pour me défendre, menacé dans mes moyens d'existence, sans appui dans ma famille ni dans mes relations et sans la possibilité de couvrir d'or un grand avocat... »

Et, craignant que Flaubert ne l'ait pas bien compris, il précise : « Quand je vous demande une longue lettre, je veux dire deux ou trois pages de votre papier à lettres : seulement pour intéresser la presse en ma faveur et la faire repartir là-dessus. Je vais intriguer auprès de tous les journaux où j'ai des amis. Je vous embrasse bien tendrement, mon cher Maître, et je vous demande encore pardon. A vous finalement. — Guy de M. » Au moment de cacheter la missive, pris de remords, il ajoute en post-scriptum : « Si cela vous embêtait que votre prose allât dans un journal, ne m'envoyez rien '. »



En recevant cet appel au secours, Flaubert n'hésite pas une seconde. Tout en pestant contre l'obligation de confier sa pensée à des feuilles de choux, il médite un plan de bataille. « Mon chéri, annonce-t-il à Guy, je vais immédiatement écrire la lettre que tu me demandes, mais ça va me prendre toute la journée, et peut-être la soirée. Car avant tout il faut y réfléchir... Elle pourra grandement fâcher messieurs les juges qui s'en vengeront sur toi... Je vais tâcher de la faire la plus dogmatique possible2. » D'abord, il dresse, à l'intention de son élève, une liste des personnages officiels qu'il devrait aller voir pour les intéresser à sa cause.



Il écrit lui-même à ceux dont il pense qu'ils sont les plus influents. Parmi tous ces protecteurs possibles, Raoul-Duval, conseiller municipal de Rouen, lui semble particulièrement bien placé. « Grâce à Raoul-Duval, affirme-t-il encore à Guy, le procureur général arrêtera les choses et tu ne perdras pas ta place *. » Et, pour lui remonter le moral, il invoque sa propre expérience de la justice : « Procès qui m'a fait une réclame gigantesque et à laquelle je dois les trois quarts de mon succès2. » En dépit des exhortations du Vieux, Guy est de moins en moins rassuré : « Je crois que je vais perdre ma place et me trouver sur le pavé, c'est raide, se lamente-t-il. On m'a dit de différents côtés et par des canaux autorisés que j'allais être condamné certainement. Donc, il y a des dessous. On m'affirme que cela vient du salon de Mme Adam (entre nouS) et que je suis une victime désignée pour frapper ensuite Zola3. »

Enfin, le 21 février 1880, Le Gaulois publie la lettre de Flaubert à son disciple : « A quoi sommes-nous forcés maintenant? Que faut-il écrire? Comment publier? Dans quelle Béotie vivons-nous? La poésie comme le soleil met l'or sur le fumier. Tant pis pour ceux qui ne le voient pas. » Flaubert n'est pas satisfait de cette épître vengeresse car, dit-il, elle est écrite « dans un style de cheval de fiacre ». Mais le retentissement est immédiat. Une semaine plus tard, les poursuites sont abandonnées et le juge d'instruction signe une ordonnance de non-lieu. Bouleversé de reconnaissance, Guy attribue au seul Flaubert le mérite d'avoir fait reculer les magistrats : « Merci encore, mon bien cher patron, de votre éloquente lettre qui m'a sauvé et de votre vive intervention... Ce sont des misérables et des lâches. Leur retraite à mon sujet est bien belle. Enfin, c'est fini4. »

Alors qu'il voudrait être tout entier à la joie, il doit se préoccuper de sa santé. Il souffre, dit-il à Flaubert, d'une paralysie de l'accommodation de l'œil droit. Selon les médecins qu'il a consultés, il s'agit de la même maladie que sa mère, « une légère irritation de la partie supérieure de la moelle ». « Donc, troubles du cœur, chute des poils ou accidents de l'œil auraient la même cause... Dans tous les cas, c'est bougrement emmerdant. » Incontestablement, l'athlète aux muscles d'acier a les nerfs fragiles. Il perd ses cheveux, il est irascible, il a même parfois des hallucinations. Malgré ces défaillances physiques, il se prépare, avec fougue, à de nouveaux combats. Le tumulte fait autour de son procès avorté a amplement servi sa renommée. Son volume de poésies, Des vers, est en préparation chez Charpentier, et un recueil de nouvelles, Les Soirées de Médan, parmi lesquelles figure un de ses contes, Boule de Suif, est sur le point de paraître chez le même éditeur. C'est au cours d'un dîner autour de Zola qu'est née l'idée de ce travail collectif. Réunis chez l'auteur comblé de L'Assommoir et de Nana, les jeunes du groupe des cinq, Maupassant, Huysmans, Céard, Alexis et Hennique, évoquent la guerre de 70. Chacun a, sur cette époque pitoyable, des souvenirs qu'il souhaiterait livrer au public. Soudain, Hennique suggère de composer sur ce thème un volume de six nouvelles. On applaudit et, aussitôt, on cherche un titre. Huysmans en avance un dont l'audace fait frémir l'assistance : L'Invasion comique. Mais n'est-ce pas trop provocateur ? Céard propose Les Soirées de Médan, en hommage à la maisonnette de Zola où ses jeunes admirateurs aiment à se retrouver. Cette appellation paisible est adoptée à l'unanimité. Dans une exaltation joyeuse, il est décidé que le livre sera placé sous le patronage de leur hôte, Zola. Son nom, déjà si célèbre, servira d'introduction et de caution aux cinq débutants rangés derrière lui. On fera ainsi une entrée en force dans le monde des lettres. En réalité, Zola songe à insérer dans le recueil une nouvelle qu'il a déjà publiée en Russie, puis en France, L'Attaque du moulin, Huysmans a en vue un de ses récits, Sac au dos, qui est paru récemment à Bruxelles, et Céard a envoyé à un périodique russe dont il est le correspondant un tableau violent du siège de Paris, La Saignée. Il ne reste plus aux trois autres auteurs, Maupassant, Hennique et Alexis, qu'à se mettre à l'ouvrage. Cette collaboration aura l'avantage, précise Guy, que le nom de Zola « fera vendre ». Il compte sur cent à deux cents francs par « tête de pipe ». Et il écrit à Flaubert pour justifier une entreprise dont le Vieux pourrait prendre ombrage : « Nous n'avons eu, en faisant ce livre, aucune intention antipatriotique ni aucune intention quelconque; nous avons voulu seulement tâcher de donner à nos récits une note juste sur la guerre, de les dépouiller du chauvinisme à la Déroulède, de l'enthousiasme faux jugé jusqu'ici nécessaire dans toute narration où se trouvent une culotte rouge et un fusil. Les généraux, au heu d'être tous des puits de mathématiques où bouillonnent les plus nobles sentiments, les grands élans généreux, sont simplement des êtres médiocres comme les autres, mais portant en plus des képis galonnés et faisant tuer des hommes sans aucune mauvaise intention, par simple stupidité. Cette bonne foi de notre part dans l'appréciation des faits militaires donne au volume entier une drôle de gueule, et notre désintéressement voulu dans ces questions où chacun apporte inconsciemment de la passion exaspérera mille fois plus les bourgeois que des attaques à fond de train. Ce ne sera pas antipatriotique, mais simplement vrai : ce que je dis des Rouennais est encore beaucoup au-dessous de la vérité1. »



Ce conte insolent, intitulé Boule de Suif, il a hâte de le soumettre au jugement du maître. Dès qu'il reçoit les premiers placards de l'imprimerie, il les expédie à Croisset. Flaubert se jette dessus avec voracité et éclate d'enthousiasme. Il a eu raison de miser sur l'avenir de Guy. Le gaillard a tellement bien profité de ses leçons qu'il vient, d'un seul coup, de s'égaler aux plus grands. Encore tout remué par cette découverte, Flaubert écrit à sa nièce Caroline : « Boule de Suif, le conte de mon disciple, dont j'ai lu ce matin les épreuves, est un chef-d'œuvre; je maintiens le mot, un chef-d'œuvre de composition, de comique et d'observation2. » Le même jour, il confirme son opinion à l'auteur : « Il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d'œuvre. Oui, jeune homme ! Ni plus, ni moins, cela est d'un maître. C'est bien original de conception, entièrement bien compris et d'un excellent style. Le paysage et les personnages se voient et la psychologie est forte. Bref, je suis ravi ; deux ou trois fois, j'ai ri tout haut... Je vous ai mis, sur un petit morceau de papier, mes remarques de pion. Tenez-en compte, je les crois bonnes. Ce petit conte restera, soyez-en sûr. Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois! Pas un n'est raté!... J'ai envie de te bécoter pendant un quart d'heure ! Non, vraiment, je suis content ! Je me suis amusé et j'admire... Rebravo! nom de Dieu1. » Jamais Flaubert ne s'était montré aussi exultant devant un texte de son élève. Guy en est d'autant plus heureux que, quelques jours auparavant, ses camarades eux-mêmes l'ont couvert de louanges. Réunis chez lui, rue Clauzel, pour lire chacun sa nouvelle, ils ont écouté Boule de Suif dans un silence religieux, puis, d'un même élan, tous se sont levés et l'ont acclamé comme un maître. Lui, cependant, est sans indulgence pour l'apport des cinq autres auteurs des Soirées de Médan. « Zola : bien, mais ce sujet aurait pu être traité de la même façon et aussi bien par Mme Sand ou Daudet, écrira-t-il à Flaubert. Huysmans : pas fameux ; pas de sujet, pas de composition, peu de style. Céard : lourd, très lourd, pas vraisemblable, des tics de style, mais des choses fines et curieuses; Hennique : bien, bonne patte d'écrivain, quelque confusion par places. Alexis : ressemble à Barbey d'Aurevilly, mais comme Sarcey veut ressembler à Voltaire2. »



Et, de fait, Boule de Suif domine les autres nouvelles du volume par la justesse de l'observation, l'aisance de l'écriture, la précision des images, jamais forcées, et l'humour féroce qui se dégage d'un récit en apparence linéaire. Dans la France occupée par les Prussiens, cette diligence, avec son lot de passagers peureux, infatués et égoïstes, est un symbole de la médiocrité humaine. C'est toute la nation humiliée par la défaite qui est enfermée là-dedans. Lorsqu'un officier allemand interdit le départ de la patache tant qu'une des voyageuses, la prostituée Boule de Suif, n'aura pas couché avec lui, les bourgeois, qui la méprisaient jusque-là, estiment qu'elle doit se sacrifier dans l'intérêt commun. « Puisque c'est son métier, à cette gueuse, de faire ça avec tous les hommes, je trouve qu'elle n'a pas le droit de refuser l'un plutôt que l'autre », déclare Mme Loiseau. De son côté, le comte de Bréville entreprend de convaincre la fille avec douceur et diplomatie : « Donc vous préférez nous laisser ici, exposés comme vous-même à toutes les violences, plutôt que de consentir à une de ces complaisances que vous avez eues si souvent dans votre vie. » A la table d'hôte, on cite le cas de Judith et d'Holopherne. Une vieille religieuse affirme même qu'une action n'est jamais blâmable quand l'intention est bonne. D'abord révoltée à l'idée de livrer son corps à un ennemi de la patrie, Boule de Suif, circonvenue par tant de gens honorables, finit par céder. L'acte étant consommé, l'officier allemand tient parole et la diligence peut repartir. Les bourgeois, soulagés d'un grand poids, reviennent à leur vraie nature et se détournent de nouveau de la malheureuse. Dédaignée de tous, elle pleure sur sa honte. « Personne ne la regardait, ne songeait à elle, écrit Maupassant. Elle se sentait noyée dans le mépris de ces gredins honnêtes qui l'avaient sacrifiée d'abord, rejetée ensuite comme une chose malpropre et inutile. »

Ce qui a frappé surtout l'auditoire, ce qui a charmé Flaubert, c'est l'allure juteuse de la phrase, les cent détails vrais dans la peinture des personnages et la morale amère qui se dégage de l'ensemble. La vie jaillit de partout dans ce conte haut en couleur qui a la vigueur d'un pamphlet contre la société bien-pensante. Et, contrairement à ce que Flaubert aurait pu craindre, son élève ne l'a pas singé. Tout en profitant de l'enseignement du maître, il a su créer une œuvre d'une originalité évidente. Son écriture est plus libre, plus spontanée que celle du solitaire de Croisset. A l'âge de trente ans, Guy de Maupassant existe enfin par lui-même. Cette explosion de son talent à la face du monde est d'autant plus stupéfiante qu'il a composé Boule de Suif au milieu des pires ennuis. Pendant qu'U écrivait, il lui fallait encore se préoccuper des intrigues administratives, des menaces de procès qui pouvaient lui faire perdre sa place au ministère, de sa santé enfin. Alors qu'il est sommé de répondre à l'interrogatoire du juge d'instruction d'Etampes, il souffre tellement de son œil droit qu'il peut à peine tracer une ligne sur le papier et qu'il doit se laisser poser cinq sangsues derrière l'oreille. D'autre part, ses migraines sont si violentes que, pour les combattre, il a recours à Péther. Cette drogue endort sa douleur et aiguise son esprit. Il en célébrera les vertus dans la nouvelle Rêves : « Bientôt l'étrange et charmante sensation de vide que j'avais dans la poitrine s'étendit, gagna les membres qui devinrent à leur tour légers, légers comme si la chair et les os se fussent fondus et que la peau seule fût restée, la peau nécessaire pour me faire percevoir la douceur de vivre, d'être couché dans ce bien-être. Je m'aperçus alors que je ne souffrais plus... Ma tête était devenue le champ de lutte des idées. J'étais un être supérieur, armé d'une intelligence invincible, et je goûtais une jouissance prodigieuse à la constatation de ma puissance. »

Cependant, il n'y a pas trace dans Boule de Suif de cette euphorie délirante. Le récit est d'un réalisme parfait. Pour l'écrire, Maupassant s'est inspiré d'une femme de petite vertu, dont son oncle, Charles Cordhomme, lui a conté l'histoire. Elle se nommait Adrienne Legay et ses formes rondelettes lui avaient valu le surnom de « Boule de Suif ». Quant à l'aventure, il est probable que l'auteur l'a un peu corsée pour les besoins de la cause. Bien des années plus tard, il apercevra Adrienne Legay, seule, dans une loge du théâtre Lafayette, à Rouen. Après le spectacle, il l'invitera à souper, en tête à tête, à l'hôtel du Mans. Ce sera son discret hommage à celle qui lui a fourni le prétexte de son premier succès.



Un premier succès dont il n'est pas sûr, du reste, tant que le livre n'a pas affronté le jugement du public. Il se demande même si son volume, Des vers, qui doit paraître, lui aussi, dans les prochains jours, n'a pas plus d'importance que Les Soirées de Médan. Dans l'expectative, il se rend auprès de Flaubert et, le 28 mars 1880, jour de Pâques, accueille à Croisset les invités du maître : Goncourt, Zola, Daudet et Charpentier. Goncourt est émerveillé par le spectacle de la Seine où glissent des bateaux fantômes, par la longue terrasse plantée de tilleuls, par le bureau de l'écrivain et par la qualité de la cuisine. « On boit beaucoup de vins de toutes sortes, écrit-il, et toute la soirée se passe à conter de grasses histoires qui font éclater Flaubert en ces rires qui ont le pouffant des rires de l'enfance *. » Parmi ses aînés, Maupassant fait encore figure de coquebin de la littérature. Si Flaubert a imaginé cette rencontre au sommet, c'est pour mieux préparer le lancement de son poulain.

Le 17 avril 1880, Les Soirées de Médan sortent enfin en librairie. Ayant reçu son exemplaire, enrichi de la dédicace affectueuse des six auteurs, Flaubert décrète : « Boule de Suif écrase le volume, dont le titre est stupide2. » Peu après, Guy lui envoie son recueil de vers. L'ouvrage est dédié « à Gustave Flaubert, à l'illustre et paternel ami que j'aime de toute ma tendresse, à l'irréprochable maître que j'admire avant tous ». Emu, Flaubert répond à son disciple : « Mon jeune homme, tu as raison de m'aimer, car ton vieux te chérit. Ta dédicace a remué en moi tout un monde de souvenirs... Le bonhomme a eu, pendant quelque temps, le cœur gros et une larme aux paupières3. » Mais, alors même qu'il écrit cela, il sait d'instinct que ces poésies sont un aimable divertissement dont il ne restera rien, tandis que Boule de Suif connaîtra une brillante carrière. Les Soirées de Médan portent une courte préface en forme de défi : « Nous nous attendons à toutes les attaques, à la mauvaise foi et à l'ignorance dont la critique courante nous a déjà donné tant de preuves. Notre seul souci est d'affirmer publiquement nos véritables amitiés et, en même temps, nos tendances littéraires. »



La réaction de la presse est cinglante. Dès le 19 avril, Albert Wolff écrit dans Le Figaro : « Cette petite bande de jeunes gens présomptueux, dans une préface d'une rare insolence, jette le gant à la critique. Cette rouerie est cousue de fil blanc ; le fond de leur pensée est : tâchons de nous faire éreinter, cela fera vendre le volume. Les Soirées de Médan ne valent pas une ligne de critique. Sauf la nouvelle de Zola, qui ouvre le volume, c'est de la dernière médiocrité. » Le même jour, Léon Chaperon renchérit dans L'Evénement : « MM. les naturalistes sont naturellement enfiévrés de vanité. Ils viennent de publier un volume, Les Soirées de Médan. Une vingtaine de lignes s'étalent en manière de préface. Cette préface est purement et simplement une grossièreté. » Un certain Le Reboullet, critique du Temps, est du même avis : « En dépit du panache dont il est coiffé, le livre est des plus ordinaires. Les jeunes gens qui se réclament de M. Zola ont hérité de sa suffisance, mais non de son talent. »

Cependant, çà et là, des voix s'élèvent pour saluer la performance de Maupassant. Camille Lemonnier loue, dans L'Europe politique, économique et financière, ce récit « preste et coupé de courtes descriptions ». Frédéric Plessis, tout en appréciant, dans La Presse, « le style serré, retenu, concentré » et « l'esprit d'observation incontestable » de l'auteur, ajoute avec un rien de perfidie : « Cela est du Flaubert tout pur, et quel talent ne faut-il pas pour pasticher cet excellent prosateur ! » En lisant cette presse mitigée, Flaubert bougonne. Ces imbéciles n'ont rien compris. Le pompon revient à Albert Wolff avec sa charge à fond contre « les jeunes gens présomptueux » et leur préface : « L'article de Wolff m'a comblé de joie, écrit Flaubert à Guy. O eunuques ! » Et il ajoute : « J'a relu Boule de Suif et je maintiens que c'est un chef-d'œuvre. Tâche d'en faire une douzaine comme ça et tu seras un hommel ! »



Le 27 avril 1880, quelques amis, rassemblés à Rouen chez les Lapierre, fêtent Flaubert, à l'occasion de la Saint-Polycarpe, qu'il a choisi par dérision comme patron mystique, sous prétexte que l'évêque de Smyrne avait coutume de répéter : « Dans quel siècle vivons-nous, mon Dieu ! » Retenu à Paris, Maupassant ne peut prendre part au festin, mais il envoie à son maître des lettres comiques, l'une signée du « monstre de Grenelle », assassin sadique d'une fillette, une autre de félicitations au nom de Pinard, le procureur qui a requis jadis contre Madame Bovary, une troisième émanant du « cochon de Saint-Antoine ». « Véritablement, j'ai été touché de tout le mal qu'on avait pris pour me divertir, écrit Flaubert à sa nièce Caroline. Je soupçonne mon disciple d'avoir fortement coopéré à ces farces aimables1. »

Ainsi Maupassant s'évertue, même de loin, à amuser son vieux maître dont la mélancolie l'inquiète. La tendresse qui les unit est connue de tout le milieu littéraire. Certains chuchotent même que l'auteur de Madame Bovary pourrait bien être le père naturel de l'auteur de Boule de Suif. Laure Le Poittevin et Gustave Flaubert n'étaient-ils pas amis d'enfance ? De là à imaginer entre eux des relations amoureuses, il n'y a qu'un pas. Indéniablement, Flaubert et Guy se ressemblent. Même aspect physique de solidité, même aversion pour le mariage, même goût pour les filles de maisons closes, même propension à la blague « hénaurme », même haine du bourgeois, même dévotion à l'art... Mais Guy présente aussi de nombreuses affinités avec son père légal, Gustave de Maupassant. Comme lui, il est volage, dépensier, ennemi des responsabilités, incapable de supporter la moindre contrainte et sujet à des colères d'enfant capricieux. D'ailleurs, Guy n'a connu Flaubert que très tard, en 1867. A supposer qu'il fût son fils, Laure, toujours férue de littérature, aurait-elle attendu si longtemps pour les réunir ? Tout porte donc à croire qu'il ne s'agit pas entre eux d'une filiation secrète mais de la pudique et profonde amitié entre un grand aîné et celui qu'il considère comme son héritier spirituel. Malgré cette évidence, la rumeur fait son chemin. Flaubert en est-il informé ? Non, sans doute, car il exploserait de fureur. Pour l'instant, harassé de soucis, obnubilé par l'idée de terminer Bouvard et Pécuchet avant que la mort ne le prenne, il trouve sa meilleure consolation dans la jeune réussite de Guy. Le livre marche bien. En dépit d'une presse médiocre, le public est subjugué par ce nouveau venu, Maupassant, qui écrit avec force, avec vérité, et ose transformer en héroïne une simple fille du peuple faisant commerce de ses charmes. « La semaine prochaine, écrit Flaubert à Maupassant, apporte-moi la liste des idiots qui font des comptes rendus, soi-disant littéraires, dans les feuilles. Alors nous dresserons nos batteries... Huit éditions des Soirées de Médan ? Les Trois Contes en ont eu quatre. Je vais être jaloux. »








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Guy de Maupassant
(1850 - 1893)
 
  Guy de Maupassant - Portrait  
 
Portrait de Guy de Maupassant