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François Villon

François Villon - poete


Poésie / Poémes d'François Villon





Villon semble bien être passé à la cour de Blois. Le manuscrit personnel de Charles d'Orléans contient plusieurs poèmes de lui. Déjà renommé de son temps — son œuvre sera imprimée dès 1489 et Clément Marot en donnera dès 1533 une édition critique —, il n'était donc peut-être pas tout à fait, ou pas seulement, le marginal dont sa poésie comme ses démêlés avec la justice donnent l'image.





De son vrai nom François de Montcorbier, né, à en croire le Testament, en 1432, orphelin de père, sans fortune, il doit à la générosité de Guillaume de Villon, chapelain de Saint-Benoît le Bétourné, de faire des études à la Faculté des Arts de Paris, qui le reçoit bachelier en 1449, licencié et maître en 1452. Mais à partir de cette date, les seules indications sûres que nous ayons sur lui sont d'origine judiciaire. Le 5 juin 1455, il blesse mortellement un prêtre, Philippe Sermoise, au cours d'une rixe. Il s'enfuit, mais revient à Paris après avoir obtenu, en janvier 1456, des lettres de rémission. La nuit de Noël de la même année, en compagnie de quatre complices, dont deux appartiennent à la bande dite des Coquillards, dont il connaît le jargon, il commet un vol avec effraction au Collège de Navarre, et quitte à nouveau Paris par prudence. C'est sans doute à cette époque qu'il passe à Blois, peut-être aussi à la cour du duc Jean II de Bourbon. Pendant l'été 1461, il est en prison à Meung-sur-Loire, pour une raison inconnue, sur l'ordre de l'évêque d'Orléans Thibaud d'Aussigny : cette expérience particulièrement douloureuse est le point de départ du Testament. Libéré le 2 octobre à l'occasion de l'entrée de Louis XI dans la ville, il retourne à Paris. Mais en novembre 1462, il est arrêté pour le vol du Collège de Navarre, révélé entre-temps par un de ses complices, puis relâché après avoir promis de rembourser cent vingt écus. A la fin du même mois, le voilà à nouveau en prison à la suite d'une rixe où un notaire pontifical a été blessé. Condamné à la pendaison, il fait appel. Le 5 janvier 1463, le Parlement de Paris commue la peine en dix ans de bannissement. Villon quitte à nouveau Paris, et nous perdons alors définitivement sa trace. Les deux anecdotes que Rabelais rapporte à son sujet, et dont l'une le montre à la cour du roi d'Angleterre, sont de fantaisie.



En dehors de quelques ballades dans le jargon des Coquillards, d'interprétation difficile, et de quelques poèmes variés, quelques-uns liés à la cour de Blois, la plupart à ses démêlés avec la justice — parmi lesquels la célèbre Epitaphe Villon, dite « Ballade des pendus », l'œuvre de Villon se compose essentiellement de deux poèmes en huitains d'octosyllabes (ababbebE), le Lais et le Testament.

Le Lais (320 verS) se donne pour contemporain du vol du Collège de Navarre (Noël 1456). Prétextant une déception amoureuse, Villon annonce son intention de partir pour Angers et, selon l'usage, lègue ses biens pour le cas où il ne reviendrait pas. En réalité, il lègue des objets qu'il ne possède pas ; quant aux destinataires — des Parisiens appartenant à tous les milieux —, ils sont présentés de façon ironique ou par antiphrase. Entendant la cloche de la Sorbonne sonner l'angélus du soir, il s'interrompt pour prier et tombe dans une demi-inconscience. Quand il en sort, son encre est gelée et sa bougie éteinte : il se déclare alors incapable de finir son poème. Le temps pendant lequel a duré ce état second peut être interprété comme le moment où le vol a été commis : Villon atténuerait ainsi plaisamment sa responsabilité. Le Testament (186 huitains, dans lesquels sont insérés 15 ballades, une double ballade et 3 rondeaux, soit en tout 2 023 verS) a été composé en 1461-1462, après la captivité de Meung. A partir de cette dure expérience, dont il garde une haine violente pour l'évêque Thibaud d'Aussigny, Villon médite dans une première partie sur sa jeunesse enfuie, sa déchéance physique et morale, sa pauvreté, la mort inévitable, précédée d'une angoissante agonie (« Quiconque meurt, meurt a douleur ») et suivie de la décomposition du cadavre — ou peut-être déjà du mourant :



La mort le l'ail frémir, pallir,

Le nez courber, les vaines tendre,

Le corps enfiler, lascher, mollir,

Joinctes, oz, nerfs croistre et estendre.

(V. 321-324).



Cette vision l'amène à des considérations sur le thème du Ubi sunt ? qui s'expriment à travers trois ballades, celle « des dames du temps jadis », comme l'a baptisée Marot, dont le refrain est « Mais ou sont les neiges d'antan ? », celle « des seigneurs du temps jadis » (refrain « Mais ou est le preux Charlcmagne ? ») et celle « en vieil langage françoys » (refrain « Autant en emporte ly vens »). Evoquant la misère du grand âge, qui conduit parfois à l'horrible péché qu'est le suicide, Villon donne la parole à une vieille qui regrette le temps de sa jeunesse et ses amours enfuies :



« Ainsi le bon temps regretons

Entre nous, povres vielles sotes

Assises bas, a cruppetons,

Tout en ung tas comme pelotes,

A petit feu de chencvoles1

Tosl alumées, tost estaintes ;

Et jadiz fusmes si mignotes !...

Ainsi en prenl a maint et maintes. »

(V. 525-532).



Dans une ballade elle invite les filles de joie à profiter de leur jeunesse sans épargner les hommes, ce qui conduit le poète à montrer le danger qu'il y a pour ceux-ci à être amoureux, propos qu'il développe dans une double ballade (refrain « Bien est cureux qui riens n'y a ! ») illustrée d'exemples mythologiques et bibliques. Hélas, il a été lui-même amoureux et abusé, mais renie Amour aujourd'hui qu'il est à l'article de la mort.

La seconde partie du Testament reprend le procédé du Lais — non plus au regard d'un éventuel départ, mais au regard d'une mort prochaine —, en l'amplifiant, en le systématisant, en lui donnant plus de précision (dispositions conformes à celles d'un vrai testament touchant la sépulture, les aumônes, etc.). Les légataires, plus nombreux (une soixantainE), sont variés : grands personnages qu'il estime (Robert d'EstoutevillC) ou déteste (Pierre de Brezé), filles et voyous, parmi lesquels ses anciens complices, clercs et bourgeois, catégories dont il se moque (moines', amants courtois et transiS). Les allusions elliptiques ou cryptiques, les déformations plaisantes, le recours à l'antiphrase rendent parfois l'interprétation difficile. Les ballades insérées dans cette partie du poème, et dont plusieurs semblent avoir été composées antérieurement, constituent autant d'hommages rendus aux légataires, hommages soit sérieux (ballade à sa mère pour lui permettre de prier Notre Dame, à Robert d'EstoutevillE), soit burlesques (ballade à son « amie », à l'ivrogne Jean Cotart, etc.). Pour finir il prend à son compte deux ultimes ballades, l'une où il « crie a toutes gens mercis », l'autre en forme de conclusion :



Icy se clost le testament

Et finisl du povre Villon.

Ung iraicl but de vin morillon

Quant de ce monde voult partir.

(V. 1996-23).



L'œuvre de Villon n'est pas en elle-même d'une extrême nouveauté. Le genre du poème en forme de testament fictif et parodique existe avant lui. Les thèmes « sérieux » qu'il traite sont des lieux communs de la poésie. Mais la mise en scène du moi, caricaturale, dérisoire et amère, qu'avaient inaugurée les dits du XIIIe siècle, trouve avec lui son expression la plus vigoureuse. L campe avec une intensité extrême la figure du poète misérable et vicieux, revenu de tout, battant le pavé de la ville, hantant Mes perdues et « enfants perdus », mauvais garçons et mauvais lieux, abandonnant « tout aux tavernes et aux filles ». Il mêle avec une extrême audace les tons et les registres, les thè-mes, le sérieux apparent et le bouffon, l'angoisse et le rire obscène, les allusions et les sous-entendus. Il subvertit l'amour courtois en en exagérant les poses, en l'amalgamant cyniquement à l'amour vénal, en multipliant les expressions à double sens. D renouvelle les considérations sur la mort en les appliquant à ceux qui, de la torture au gibet, l'affrontent de la façon la plus douloureuse et la plus dégradante. Une versification habile, fluide et dense, au rythme prenant et aux enjambements audacieux (« Beaulx enfans, vous perdez la plus / Belle rose de vo chappeau... »), un sens aigu de la formule et du trait, n'ont pas peu contribué à sa gloire.



La dénomination de « grands rhétoriqueurs » est impropre : elle repose sur un contresens commis sur deux vers du chanoine de Reims Guillaume Coquillart (f 1510), poète satirique un peu dans la tradition de Villon. Mais elle est entrée dans l'usage pour désigner une tendance de la poésie de cour du milieu du XV* au début du XVT siècle. Si le vieux Charles d'Orléans et son entourage restent rebelles à ces nouveautés, on les voit fleurir à la cour de Bretagne, avec Jean Meschinot, à la cour de Bourbon, avec Jean Robertet, et surtout à la cour de Bourgogne, avec, à la suite de Michault Taillcvent et de Georges Chastel-lain, Olivier de la Marche, Pierre Michault, Jean Molinet, Jean Lemaire de Belges. Dans les dernières années du XV siècle, sous le règne de Charles VIII, la cour de France suivra avec André de la Vigne, Guillaume Crétin, Octovien de Saint-Gelais, Jean Marot.



Tous ces poètes, qui n'ont jamais été réunis en une école, n'en présentent pas moins des traits communs. Ce sont des poètes de cour, employés et rémunérés par le prince, souvent dans des fonctions sans rapport direct avec leur activité poétique. Leur haute conception du service du prince et de l'Etat apparaît dans leur œuvre, qui ne se limite pas à la poésie lyrique ni au vers, mais fait une grande place à la prose oratoire. Volontiers moralisateurs, soucieux d'agir sur l'opinion en vue du bien public, ils font à l'amour une place des plus réduites. Dans leurs œuvres et dans leurs traités de versification, ils se réclament volontiers d'Alain Charrier, remarquable à leurs yeux autant par son goût du débat et de l'éloquence politiques que par les coups qu'il avait portes à l'idéal de l'amour courtois. Ces traités de versification, ou Arts de seconde rhétorique, sont nombreux : Doctrinal de la Seconde Rhétorique de Baudet Hercnc dès 1432, Rhétorique de l'humaniste Guillaume Fichet (né en 1433), celui-là même qui crée le premier atelier d'imprimerie à la Sorbonne en 1470, Grand et Vray Art de Pleine Rhétorique de Pierre Fabri, qui connaît les honneurs de l'impression dès le début du XVT siècle, Instructif de la Seconde Rhétorique que le compilateur qui se nomme « l'Infortuné » (Rcgnaud Le Queux ?) place en tête du Jardin de Plaisance et Fleur de Rhétorique, anthologie de la poésie courtoise du XVe siècle imprimée en 1501. De tels ouvrages témoignent de la tournure d'esprit sérieuse, laborieuse, réflexivc, qui est celle de ces auteurs.



Plus volontiers encore que des poèmes à forme fixe, il écrivent des dits strophiques plus amples à la versification incroyablement complexe : poèmes pouvant se lire de haut en bas ou de bas en haut, par hémistiches, par colonne ou par vers entiers ; acrostiches complexes, rimes intérieures, rimes inversées, rimes équivoques courant tout au long de la pièce, rimes reproduisant au long de la strophe les notes de la gamme Jean MolineT), etc. Leur recherche, en vers et en prose, de la virtuosité technique et de la prouesse verbale manifeste un effort constant pour pousser les possibilités de la langue jusqu'à leurs limites extrêmes. Cet effort, longtemps discrédité par les sarcasmes des poètes de la Pléiade, a suscité assez récemment un nouvel intérêt. Mais le rejet de l'art des Rhétoriqueurs a été pour beaucoup au XVT siècle dans la définition d'une nouvelle poétique et c'est lui qui donne souvent à tort l'impression que la Renaissance a rompu totalement avec les lettres médiévales.









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François Villon
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