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François de Vigny

MoÏse - Poéme


Poéme / Poémes d'François de Vigny





Le soleil prolongeait sur la cime des tentes
Ces obliques rayons, ces flammes éclatantes,
Ces larges traces d'or qu'il laisse dans les airs,
Lorsqu'en un lit de sable il se couche aux déserts.
La pourpre et l'or semblaient revêtir la campagne.
Du stérile
Nébo gravissant la montagne,
Moïse, homme de
Dieu, s'arrête, et, sans orgueil,
Sur le vaste horizon promène un long coup d'oeil.
Il voit d'abord
Phasga, que des figuiers entourent;


Puis, au-delà des monts que ses regards parcourent,
S'étend tout
Galaad,
Ephraïm,
Manassé,
Dont le pays fertile à sa droite est placé;
Vers le
Midi,
Juda, grand et stérile, étale
Ses sables où s'endort la mer occidentale;
Plus loin, dans un vallon que le soir a pâli,
Couronné d'oliviers, se montre
Nephtali;
Dans des plaines de fleurs magnifiques et calmes
Jéricho s'aperçoit, c'est la ville des palmes;
Et, prolongeant ses bois, des plaines de
Phogor


Le lentisque touffu s'étend jusqu'à
Ségor.
Il voit tout
Chanaan et la terre promise,
Où sa tombe, il le sait, ne sera point admise.
Il voit; sur les
Hébreux étend sa grande main,
Puis vers le haut du mont il reprend son chemin.



Or, des champs de
Moab couvrant la vaste enceinte,
Pressés au large pied de la montagne sainte,
Les enfants d'Israël s'agitaient au vallon
Comme les blés épais qu'agite l'aquilon.



Dès l'heure où la rosée humecte l'or des sables
Et balance sa perle au sommet des érables,
Prophète centenaire, environné d'honneur,
Moïse était parti pour trouver le
Seigneur.
On le suivait des yeux aux flammes de sa tête,
Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,
Lorsque son front perça le nuage de
Dieu
Qui couronnait d'éclairs la cime du haut heu,
L'encens brûla partout sur les autels de pierre,
Et six cent mille
Hébreux, courbés dans la poussière,
A l'ombre du parfum par le soleil doré,
Chantèrent d'une voix le cantique sacré;
Et les fils de
Lévi, s'élevant sur la foule,
Tels qu'un bois de cyprès sur le sable qui roule,
Du peuple avec la harpe accompagnant les voix,
Dirigeaient vers le ciel l'hymme du
Roi des
Rois.



Et, debout devant
Dieu,
Moïse ayant pris place,
Dans le nuage obscur lui parlait face à face.

Il disait au
Seigneur : «
Ne finirai-je pas ?
Où voulez-vous encor que je porte mes pas ?
Je vivrai donc toujours puissant et solitaire ?
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. —
Que vous ai-je donc fait pour être votre élu ?
J'ai conduit votre peuple où vous avez voulu.
Voilà que son pied touche à la terre promise.
De vous à lui qu'un autre accepte l'entremise,
Au coursier d'Israël qu'il attache le frein;
Je lui lègue mon livre et la verge d'airain.

Pourquoi vous fallut-il tarir mes espérances,
Ne pas me laisser homme avec mes ignorances,
Puisque du mont
Horeb jusques au mont
Nébo
Je n'ai pas pu trouver le lieu de mon tombeau ?
Hélas ! vous m'avez fait sage parmi les sages !
Mon doigt du peuple errant a guidé les passages.
J'ai fait pleuvoir le feu sur la tête des rois;
L'avenir à genoux adorera mes lois;



Des tombes des humains j'ouvre la plus antique,
La mort trouve à ma voix une voix prophétique,
Je suis très grand, mes pieds sont sur les nations,
Ma main fait et défait les générations. —
Hélas ! je suis,
Seigneur, puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !

Hélas ! je sais aussi tous les secrets des deux,

Et vous m'avez prêté la force de vos yeux.

Je commande à la nuit de déchirer ses voiles ;

Ma bouche par leur nom a compté les étoiles,

Et, dès qu'au firmament mon geste l'appela,

Chacune s'est hâtée en disant :
Me voilà.

J'impose mes deux mains sur le front des nuages

Pour tarir dans leurs flancs la source des orages;

J'engloutis les cités sous les sables mouvants; so
Je renverse les monts sous les âileTdes vents;

Mon pied infatigable est plus fort que l'espace;

Le fleuve aux grandes eaux se range quancTjè passe,

Et la voix de la mer se tait devant ma voix.

Lorsque mon peuple souffre, ou qu'il lui faut des lois,

J'élève mes regards, votre esprit me visite;

La terre alors chancelle et le soleil hésite, 'Vos anges sont jaloux et m'admirent entre eux. —

Et cependant,
Seigneur, je ne suis pas heureux;

Vous m'avez fait vieillir puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre.



Sitôt que votre souffle a rempli le berger,
Les hommes se sont dit :
Il nous est étranger;
Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,
Car ils venaient, hélas ! d'y voir plus que mon âme.
J'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir,
Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.
M'enveloppant alors de la colonne noire,
J'ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloire,
Et j'ai dit dans mon cœur :
Que vouloir à présent ? oo
Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant,
Ma main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche,
L'orage est dans ma"vôix, l'éclair est sur ma bouche;



Aussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous,
Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux.
O
Seigneur! j'ai vécu puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre. »

Or, le peuple attendait, et, craignant son courroux,
Priait sans regarder le mont du
Dieu jaloux;
Car s'il levait les yeux, les flancs noirs du nuage
Roulaient et redoublaient les foudres de l'orage,
Et le feu des éclairs, aveuglant les regards,
Enchaînait tous les fronts courbés de toutes parts,
Bientôt le haut du mont reparut sans
Moïse. —
Il fut pleuré. —
Marchant vers la terre promise,
Josué s'avançait pensif et pâlissant,
Car il était déjà l'élu du
Tout-Puissant.








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François de Vigny
(1570 - ?)
 
  François de Vigny - Portrait  
 
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Biografie / cronologie

Conformément aux préoccupations constamment manifestées par l'écrivain, nous avons étendu cette chronologie dans la direction du passé, à la recherche de la noblesse des ancêtres, et dans celle de l'avenir, à l'écoute des échos de l'œuvre renvoyés par la postérité.

Bibliographie