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François de Vigny

Lord littleton - Poéme


Poéme / Poémes d'François de Vigny





Si vous me demandiez ce qu'il fut, je dirais

Qu'il était pâle et grand, triste et blond, que ses traits

N'étaient pas de ceux-là qui font que l'on s'écrie :

Je ne croirai jamais qu'il danse ni qu'il rie.

Au contraire, il avait un front calme et des yeux

Très doux, très bienveillants, distraits mais gracieux.



Son esprit était grave et simple était sa vie,

Simples ses sentiments; aucune folle envie;

Il était de la cour sans y demander rien.

Dédaignant les honneurs, content de peu de bien

Et de beaucoup d'amour pour une jeune femme

Dont il avait gagné le cœur et perdu l'âme.

Il avait en horreur tout pouvoir excepté

Celui de la pensée et de la vérité,

Incontestable empire, immortelle influence,

Droit populaire et droit divin d'intelligence

Qu'exerce l'esprit fort sur l'esprit indécis,

Comme la
Galigaï dit de la
Médicis.

La mâle république était, dit-on, son rêve.

Non celle de
Platon ou celle de
Genève,

Car il craignait beaucoup le règne des
Pédants,

Mais une qui passait dans ses songes ardents

Comme dans le chaos roule, passe et repasse

Un astre nouveau-né qui se perd dans l'espace

Et qui, cherchant sa route et son temps et son lieu,

Tourne encore lentement sous le souffle de
Dieu.

Du reste il s'ennuyait beaucoup et, sur la terre,

Ce qu'il aimait le moins, c'était son
Angleterre

A cause du brouillard et de la liberté

Qui dans ce pays-là rime à captivité.

Cependant il riait de bon cœur au théâtre,

Espérant s'amuser, sans prendre un air folâtre

Et sans dire non plus :
J'ai vécu trop longtemps

Comme fait à
Paris tout homme de quinze ans.

Celui-là résista ferme à la
Destinée.

A chaque instant du jour, chaque jour de l'année

Il lutta fortement et ne lui permit pas

De gagner le terrain contre lui d'un seul pas,

Si ce n'est une fois; et certes la victoire

N'est pas franche et loyale.
Or, voici son histoire.

Il voyageait.
Comment n'eût-il pas voyagé,
Puisqu'il était
Anglais ?
Chacun s'est ménagé
Des logements divers sur le globe.
En
Afrique,
Des ruches pour de noirs frelons.
En
Amérique
Les
Peaux-rouges ont tous des hamacs où le vent
A bercé
La
Fayette et
René; l'un rêvant
La souveraineté du
Peuple immense et l'autre
Le droit divin. (Que
Dieu choisisse son apôtre.)



Moi je crois au pouvoir du plus intelligent,
Comme à la
Bourse on croit au pouvoir de l'argent.
Les immobiles
Turcs ont des tentes de soie
Qu'avec tout un harem sur des chameaux on ploie;
Et les
Parisiens mobiles sont couchés
Dans des réduits les uns sur les autres juchés,
Comme dans les tiroirs d'une armoire de pierre
D'où l'on prend, quand on veut, une famille entière
Toute joyeuse et prête à se battre en chantant.
Mais le mot seul d'Anglais signifie : habitant
D'une maison de bois qui va sur quatre roues,
De l'onde des ruisseaux à l'épaisseur des boues.

Quel est-il donc l'instant qui nous jette en avant ?
Invisible et fougueux comme un souffle du vent,
Il saisit l'homme au fond des retraites qu'il aime,
Tout au fond du repos, au fond du bonheur même,
Dans l'asile choisi qu'il croyait pour toujours
Suffisant à sa joie, ainsi qu'à ses amours.

Il lui parle à l'oreille et lui dit :
Marche.
Il rêve
Aussitôt une chose inconnue et se lève.
Il se lève et s'en va, comme pour ne plus voir
Ce qu'il aimait le mieux et quitte, sans savoir
Pourquoi.
Parce qu'il faut qu'incessamment il aille,
Comme un brave au canon lointain de la bataille,
Parce qu'il faut quitter sa pensée aussitôt
Qu'on jouit d'elle et fuir sans en savoir le mot.
Parce qu'il faut chercher, toujours triste et farouche,
Cet aliment divin qui manque à notre bouche,
Ce fruit d'arbre de vie et de bonheur humain
Qui remonte toujours quand s'élève la main.

Donc il voyageait.
Où ?
C'était en
Italie.
Ainsi me l'a conté cette
Anglaise jolie
De qui les sourcils noirs forment un double arceau
Dessiné sur le front comme avec un pinceau
Et qu'à son parler pur, qu'à ses yeux de
Sultane
L'oreille croit française et le regard persane.
Clarinda, sa maîtresse, était seule avec lui
Dans un palais vivant jadis, mort aujourd'hui.
Mort ?
Oui, tout monument bâti pour la famille
Est vivant seulement alors qu'elle y fourmille,
Que la présence humaine est là qui le défend
Et que chaque fenêtre a des regards d'enfants,



Chaque porte une voix qui parle, qui commande,
Qui chante, qui soupire, ou murmure ou demande,
Alors que les rideaux ont à voiler des feux
Comme fait la paupière en tombant sur les yeux,
Que les grilles de fer ouvrent leurs doubles ailes,
Vont et viennent sans fin comme deux sentinelles,
Quand le toit lentement fume et qu'en tournoyant
S'allume par degrés l'escalier flamboyant
Et que la nuit on voit la lumière agrandie
Eclater sur la vitre ainsi qu'un incendie.
La vie est là.
Mais moi je vois avec douleur
Tout seuil désert.
Toujours j'y fis inscrit :
Malheur.
La fenêtre sans flamme avec son lambris frêle
Ressemble à l'œil éteint d'un cadavre au corps grêle,
Dentelé comme l'est une scie et mouvant
Sur ses côtes sans chair où vient siffler le vent.

O douce
Clarinda! vous aimiez ces ruines

Et ces marbres chargés de pendantes racines;

Ces longs appartements pleins d'échos où vos pieds

Formaient trois pas lorsque d'un pas vous les frappiez;

Les sièges de
Romains où s'assirent trois
Doges

Dont le porphyre usa manteau ducal et toges;

La colonnade immense et triste où le
Zéphyr

Passe timidement avec un doux soupir

Et vous a, maintes fois, dans la nuit rencontrée

Tenant, comme
Psyché, la lampe timorée

Et seul vous entendit un soir que le soleil

Tremblait dans le flot bleu qu'il teignait de vermeil.

Vous aviez sur sa lèvre et sur sa tête blonde

Passé votre main blanche en jouant et, dans l'onde,

Vous regardiez ses traits et les vôtres, flottant

A vos pieds et par l'air troublés de temps en temps,

Car le large balcon se prolonge et domine

L'eau qui baigne les murs et par degrés les mine.

Vous éleviez la voix la plus tendre et parfois

Vous vous parliez ou bien vous taisiez à la fois.

Le jeune
Lord cherchait dans vos yeux vos pensées,

Vous, les siennes; vos mains dans ses doigts enlacées

Dans ses doigts palpitaient et ces reflets accents

Des nerfs avaient pour vous un ineffable sens.

— «
Je vous aime, ô
Mylord, mon
Seigneur et mon âme,

Parce que vous savez bien aimer une femme

Et tout abandonner, parce que la fierté

Vous revêt à mes yeux de force et de beauté. »








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François de Vigny
(1570 - ?)
 
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Portrait de François de Vigny


Biografie / cronologie

Conformément aux préoccupations constamment manifestées par l'écrivain, nous avons étendu cette chronologie dans la direction du passé, à la recherche de la noblesse des ancêtres, et dans celle de l'avenir, à l'écoute des échos de l'œuvre renvoyés par la postérité.

Bibliographie