Paul Verlaine

Alain Bosquet

Jules Laforgue

Jacques Prévert

Pierre Reverdy

Max Jacob

Clément Marot

Aimé Césaire

Henri Michaux

Victor Hugo

Robert Desnos

Blaise Cendrars

René Char

Charles Baudelaire

Georges Mogin

Andrée Chedid

Guillaume Apollinaire

Louis Aragon

Arthur Rimbaud

Francis Jammes


Devenir membre
 
 
 

François de Vigny

Le mont des oliviers - Poéme


Poéme / Poémes d'François de Vigny





I



Alors il était nuit et
Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers qu'un vent sinistre incline
Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux;
Triste jusqu'à la mort; l'œil sombre et ténébreux,
Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe
Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe;
Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni,


II s'arrête en un lieu nommé
Gethsémani :
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,
Puis regarde le ciel en appelant :
Mon
Père ! —
Mais le ciel reste noir, et
Dieu ne répond pas.
Il se lève étonné, marche encore à grands pas,
Froissant les oliviers qui tremblent.
Froide et lente,
Découle de sa tête une sueur sanglante.
Il recule, il descend, il crie avec effroi :
Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !
Mais un sommeil de mort accable les apôtres,

»
Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.
Le fils de l'homme alors remonte lentement.
Comme un pasteur d'Egypte il cherche au firmament
Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.
Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile
D'une veuve et ses plis entourent le désert.
Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert
Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte
Serra son cœur mortel d'une invincible étreinte.
Il eut froid.
Vainement il appela trois fois :


Mon
Père ! —
Le vent seul répondit à sa voix.

Il tomba sur le sable assis et, dans sa peine,
Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine. —
Et la
Terre trembla, sentant la pesanteur
Du
Sauveu? qui tombait aux pieds du créateur.



II



Jésus disait : «
O
Père, encor laisse-moi vivre !
Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre!
Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?
C'est que la
Terre a peur de rester seule et veuve,
Quand meurt celui qui dit une parole neuve;
Et que tu n'as laissé dans son sein desséché
Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.
Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,
Qu'il a comme enivré la famille mortelle
D'une goutte de vie et de
Divinité,
Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit :
Fraternité!


Père! si j'ai rempli mon douloureux message,
Si j'ai caché le
Dieu sous la face du
Sage,
Du
Sacrifice humain si j'ai changé le prix,


Pour l'offrande des corps recevant les esprits,
Substituant partout aux choses le
Symbole,
La parole au combat, comme aux trésors l'obole,
Aux flots rouges du
Sang les flots vermeils du vin,
Aux membres de la chair le pain blanc sans levain;
Si j'ai coupé les temps en deux parts, l'une esclave
Et l'autre libre; — au nom du
Passé que je lave
Par le
Sang de mon corps qui souffre et va finir :
Versons-en la moitié pour laver l'avenir !
Père
Libérateur! jette aujourd'hui, d'avance,


La moitié de ce
Sang d'amour et d'innocence
Sur la tête de ceux qui viendront en disant : «
II est permis pour tous de tuer l'innocent. »
Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux
Sages
Qui troubleront l'esprit de chaque nation
En donnant un faux sens à ma rédemption. —
Hélas ! je parle encor que déjà ma parole
Est tournée en poison dans chaque parabole;

Eloigne ce
Calice impur et plus amer
Que le fiel, ou l'absinthe, ou les eaux de la mer.
Les verges qui viendront, la couronne d'épine,
Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,
Enfin toute la croix qui se dresse et m'attend,
N'ont rien, mon
Père, oh! rien qui m'épouvante autant!




Quand les
Dieux veulent bien s'abattre sur les mondes,
Ils n'y doivent laisser que des traces profondes,
Et si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet
Dont le gémissement sans repos m'appelait,
C'était pour y laisser deux anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace,
La
Certitude heureuse et l'Espoir confiant
Qui dans le
Paradis marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente
Terre,
N'ayant que soulevé ce manteau de misère
Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,
Que d'un bout tient le
Doute et de l'autre le
Mal.



Mal et
Doute !
En un mot je puis les mettre en poudre;
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis. —
C'est l'accusation


Qui pèse de partout sur la
Création ! —
Sur son tombeau désert faisons monter
Lazare.
Du grand secret des morts qu'il ne soit plus avare
Et de ce qu'il a vu donnons-lui souvenir,
Qu'il parle. —
Ce qui dure et ce qui doit finir;
Ce qu'a mis le
Seigneur au cœur de la
Nature,
Ce qu'elle prend et donne à toute créature;
Quels sont, avec le ciel, ses muets entretiens,
Son amour ineffable et ses chastes liens;
Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle,


Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle;
Si les astres des deux tour-à-tour éprouvés
Sont comme celui-ci coupables et sauvés;
Si la
Terre est pour eux ou s'ils sont pour la
Terre;
Ce qu'a de vrai la fable et de clair le mystère,
D'ignorant le savoir et de faux la raison;
Pourquoi l'âme est liée en sa faible prison;



Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,
Entre l'ennui du calme et des paisibles joies
Et la rage sans fin des vagues passions,
Entre la
Léthargie et les
Convulsions;

Et pourquoi pend la
Mort comme une sombre épée
Attristant la
Nature à tout moment frappée;


Si le
Juste et le
Bien, si l'Injuste et le
Mal
Sont de vils accidents en un cercle fatal

Ou si de l'univers ils sont les deux grands pôles,
Soutenant
Terre et
Cieux sur leurs vastes épaules ;
Et pourquoi les
Esprits du
Mal sont triomphants
Des maux immérités, de la mort des enfants;


Et si les
Nations sont des
Femmes guidées
Par les étoiles d'or des divines idées

Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit,
Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit;


Et si, lorsque des temps l'horloge périssable
Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,
Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,
Un soupir de mon cœur, un signe de ma croix,
Pourra faire ouvrir l'ongle aux
Peines
Eternelles,
Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes;


Tout sera révélé dès que l'homme saura
De quels lieux il arrive et dans quels il ira. »



III



Ainsi le divin fils parlait au divin
Père.
Il se prosterne encore, il attend, il espère...
Mais il renonce et dit :
Que votre
Volonté
Soit faite et non la mienne et pour l'Eternité.
Une terreur profonde, une angoisse infinie
Redoublent sa torture et sa lente agonie.
Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.
Comme un marbre de deuil tout le_cicl était noir.
La
Terre sans clartés, sans a^sîre et sansjiurore,
Et sans clarté de l'âme ainsi qu'elle est encore,
Frémissait. —
Dansle bois il entendit des pas,
Et puis il vit rôder la torche de
Judas.



S'il est vrai qu'au
Jardin sacré des
Ecritures,

Le
Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporte;

Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,

Si le
Ciel nous laissa comme un monde avorte,

Le juste opposera le dédain à l'absence

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la
Divinité.








Contact - Membres - Conditions d'utilisation

© WikiPoemes - Droits de reproduction et de diffusion réservés.



François de Vigny
(1570 - ?)
 
  François de Vigny - Portrait  
 
Portrait de François de Vigny


Biografie / cronologie

Conformément aux préoccupations constamment manifestées par l'écrivain, nous avons étendu cette chronologie dans la direction du passé, à la recherche de la noblesse des ancêtres, et dans celle de l'avenir, à l'écoute des échos de l'œuvre renvoyés par la postérité.

Bibliographie