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Une nouvelle ère littéraire ?






De 1980 à aujourd'hui: vingt-cinq ans. Une génération. Mais que valent les «générations» dans le domaine littéraire? Une carrière d'écrivain se prolonge bien au-delà. Et les esthétiques ne se renouvellent pas au rythme biologique. Pourquoi donc retenir cette période ? Et, au-delà d'une légitime curiosité envers la production la plus récente de notre littérature, quelle pertinence lui accorder? Il est vrai qu'entre 1979 et 1984, sont apparus sur la scène littéraire de nombreux écrivains jusqu'alors inconnus. Et qui ont depuis tenu leurs promesses. Mais cela ne suffit pas à qualifier une nouvelle époque: n'auraient-ils pas suivi les lignes déjà tracées par leurs aînés? Lesquels n'ont bien sûr pas cessé d'écrire: au début des années 1980 les librairies accueillent de nouveaux livres d'Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Claude Simon et d'autres, dont la réputation n'est certes plus à faire.





Mais le lecteur sent bien que quelque chose a changé : les ouvres actuelles de ces écrivains connus ne ressemblent pas vraiment à celles que l'on s'était habitué à lire sous leur plume. Parfois même, l'inflexion est très nette, presque surprenante. Aux jeux formels qui s'étaient peu à peu imposés dans les années 1960-70 succèdent des livres qui s'intéressent aux existences individuelles, aux histoires de famille, aux conditions sociales, autant de domaines que la littérature semblait avoir abandonnés aux sciences humaines en plein essor depuis trois décennies, ou aux « récits de vie» qui connaissent alors un véritable succès. Le goût du roman, le plaisir narratif s'imposent à nouveau à des écrivains qui cessent de fragmenter leurs récits ou de les compliquer outrageusement. Et les nouveaux venus ne sont pas en reste, prêts parfois à faire du romanesque avec presque rien, tant leur désir en semble fort. Prêts aussi à plonger dans le réel qu'avait déserté une grande part de la littérature, à s'installer dans l'arrière-fond de la province, dans les banlieues populaires : autant d'espaces depuis longtemps laissés en jachère. Le passé aussi est revisité, l'Histoire reconquise.

Autant de phénomènes qui suffisent à mettre le critique en alerte : ce n'est pas seulement une génération nouvelle qui s'avance, c'est bien une nouvelle période esthétique qui commence à se dessiner, et implique plusieurs générations d'écrivains. Certains symptômes attestent de son extension: les revues d'avant-garde s'éteignent les unes après les autres, les groupes esthétiques se dissolvent sans que d'autres ne viennent les remplacer, les manifestes et théories autour desquels ils s'étaient rassemblés perdent de leur aura. Des notions nouvelles s'imposent dans les articles et les débats: celle d'«autofiction », notamment, qui n'a que quelques années; celle de « néolyrisme » dans le monde plus feutré de la poésie. On parle bientôt (l'expression apparaît en 1989) d'«impassibilité» romanesque... Une page de l'histoire littéraire est vraiment en train de se tourner.



Le risque de la myopie

Mais comment décrire la littérature actuelle sans se tromper - sans surévaluer un auteur dont le succès ne durera qu'une saison, passer à côté d'un autre qui bâtit dans l'ombre l'ouvre de demain ? C'est qu'un écrivain de talent surprend ses lecteurs, peu prédisposés à recevoir une ouvre qui dérange leurs critères d'appréciation. Le risque alors est d'autant plus grand, soit de ne reconnaître que les ouvres qui se conforment à des goûts déjà constitués, soit de se laisser emporter par la vague médiatique, prompte à célébrer tel effet de scandale éphémère, mais rémunérateur.

Sans doute... Mais attendre que la «postérité» ait fait le tri et le travail, n'est-ce pas s'en remettre à d'autres ? se décharger de la responsabilité qui nous incombe ? Et la postérité, elle-même, sur quoi se fonde-t-elle ? sur la critique journalistique ? le « bouche à oreille » ? Il n'est pas sûr que ces critères soient plus fondés que d'autres. Il faut accepter que notre point de vue soit relatif: à notre forme d'exigence, aux questions de notre temps...

Ce risque que suppose un ouvrage critique sur la littérature contemporaine, nous l'avons assumé. Le lecteur n'y trouvera peut-être pas longuement présenté tel écrivain dont la rumeur journalistique et télévisuelle est pleine. Gageons cependant qu'il aura plaisir à découvrir tel autre dont nul ne lui avait encore parlé - et dont on parlera encore demain. Mais l'essentiel n'est pas là, car notre propos n'est pas de livrer un « palmarès », ni de construire un Panthéon avant l'heure. Nous avons voulu décrire et comprendre la littérature en train de se faire, celle qui a commencé de naître au début des années 1980 et qui continue d'évoluer autour des mêmes enjeux. En outre, nous avons un peu de recul : vingt-cinq ans, ce n'est pas rien. Certains écrivains qui ont commencé de publier au début des années 1980 ont déjà de nombreux ouvrages à leur actif: nous avons eu le temps de voir leur ouvre se constituer, s'approfondir, s'ajuster. Et leur trajet même nous aide à mieux comprendre ce qui habite les plus jeunes.



Littérature française ou littérature francophone ?

La langue française est une langue partagée. Plusieurs littératures, très différentes entre elles, l'écrivent. On ne peut raisonnablement, dans les limites d'un seul ouvrage, prétendre en rendre compte de façon synthétique, sauf à se contenter de quelques visions cavalières: qui trop embrasse, mal étreint. Traiter vraiment de la littérature francophone suppose en effet des compétences bien diverses et très étendues: il faut être africaniste autant qu'américaniste, connaître le Québec et la Polynésie comme la Suisse et la Belgique, sans oublier les communautés francophones minoritaires dans leurs pays, au Liban, en Israël et dans tant d'autres régions du globe. La plupart des ouvrages qui disent traiter de la littérature « française et francophone » font portion congrue à cette dernière. Or ces littératures sont nombreuses, vivantes et actives, ce serait leur faire injure que de les réduire à quelques pages. Aussi avons-nous décidé de nous en tenir à la seule littérature «française».

Ce qui ne résout rien, car les frontières, pas plus que les catégories, ne sont étanches. Quel critère décide qu'un écrivain est français plutôt que francophone? sa naissance? sa résidence? son éditeur originel? sa nationalité? Toutes choses - ou presque - qui peuvent changer. Et qui changent de fait. La géographie et l'histoire politique nous ont légué à cet égard des partages étonnants : on est français à la Guadeloupe et à la Réunion, mais francophone à Haïti et à Maurice, îles plus proches entre elles que de la France métropolitaine. Nous avons donc dû inventer nos critères de partage selon des paramètres essentiellement littéraires : publication et réception. Publication : car c'est un trait discriminant que celui de l'éditeur. Selon que l'écrivain publie la première édition de ses livres en son pays ou en France, il ne se destine pas exactement aux mêmes lecteurs. Lorsque Jean-Philippe Toussaint, Amélie Nothomb ou Eugène Savitzkaya font paraître leurs livres en France, ils écrivent à l'intérieur de la littérature française, quel que soit le sentiment qui les attache à la Belgique. Réception : car le lectorat français reçoit ces écrivains sans faire aucune différence entre eux et les autres. Il lui arrive même de ne pas les savoir étrangers (c'est sans doute un trait de «l'annexionnisme» françaiS) et d'en faire les représentants majeurs d'une certaine littérature «française». C'est ainsi que Jean-Philippe Toussaint s'est trouvé avec Jean Echenoz promu par la presse, puis par son éditeur, « chef de file » des « impassibles ».



La littérature, l'artisanat et le commerce

Même en se limitant au domaine français, on ne saurait traiter de tous les livres ni de tous les écrivains de la période. Le nombre d'ouvrages publiés chaque année est tel qu'il défie toute ambition exhaustive - et notre propos s'y égarerait. Plus important est de dessiner les contours de la littérature contemporaine en distinguant ce qui la caractérise. Car toute une part de la production littéraire est sans âge : elle persévère dans sa façon d'être sans se trouver affectée par les débats esthétiques: elle ne permet pas d'identifier une période. C'est une littérature consentante, c'està-dire une littérature qui consent à occuper la place que la société préfère généralement lui accorder, celle d'un art d'agrément voué à l'exercice de l'imaginaire romanesque et aux délices de la fiction. Force est de constater que ces ouvrages se (rE)produisent souvent en série, variant à l'infini les mêmes intemporels ingrédients, mixtes de romans historiques, exotiques ou sentimentaux. De tels livres relèvent au mieux de l'artisanat, d'un artisanat bien maîtrisé parfois, voire de qualité, mais pas de l'art. Ces écrivains sont en quelque sorte nos «compagnons du devoir». Il n'en sera guère question ici.

Plus attentive à l'époque, à ses modes ou à ses humeurs, dont elle propose le reflet exacerbé et volontiers provocant, s'avance une littérature qui ne consent pas moins, mais selon un autre registre, plus mondain et plus mercantile. On pourrait l'appeler littérature concertante en ce qu'elle fait chorus sur les clichés du moment et se porte à grand bruit sur le devant de la scène culturelle. Elle trouve dans ce bruit le seul gage de sa valeur car sa recherche est celle du «scandale», mais il s'agit d'un scandale calibré selon le goût du jour, «surfant» sur le goût que le jour peut avoir, par exemple, pour les jeux du sexe, du spectacle ou du cynisme. Elle fraie avec les slogans publicitaires et les formules pseudo-culturelles. C'est aussi une littérature consentante car elle consent à l'état du monde, qu'elle résume à la loi du marché et qu'elle exploite à son profit : elle sait ce qui va marcher, susciter les articles et les émissions radiotélévisées. À cet égard, elle tient plus du commerce que de l'artisanat. Nul doute que cette littérature traduise quelque chose de l'état social, mais elle ne le pense pas. Elle n'a de vertu sociologique que symptomatique, et ne vaut, à ce titre, pas plus que n'importe quelle autre conduite sociale momentanée.

Ces formes majeures de la littérature consentante - romanesque atemporel, poésie convenue, théâtre de divertissement et scandale calibré - se partagent souvent les feux de la scène médiatique, comme en attestent les listes de «best-sellers» publiées par certains magazines persuadés que la meilleure littérature est celle qui se vend bien (l'ambiguïté du verbe en dit d'ailleurs assez long sur la façon dont cette littérature s'inféode à des principes peu littéraireS).

Mais il ne faut pas s'y méprendre ni tomber dans le lieu commun qui consiste à penser que la qualité d'un livre est inversement proportionnelle à son succès. Les vraies différences sont ailleurs.








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