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Un chantier des Lumières : l'Encyclopédie






Dix-sept volumes de texte, onze de planches (in-folio : le format du journal le MondE). Ce « monument des progrès de l'esprit humain » (VoltairE) s'édifie de 1750 à 1772 sans cesser d'occuper l'Europe des Lumières (et des anti-LumièreS), en attendant de l'incarner pour la postérité. C'est incontestablement l'événement intellectuel majeur de la seconde moitié du siècle, par l'ampleur des effets visés, des remous suscités, des capitaux et des collaborateurs mobilisés, des questions soulevées, et par la cristallisation qu'elle provoque dans les mentalités : avec l'Encyclopédie, le mouvement des Lumières s'accélère. À tout le moins, son histoire mouvementée accompagne une mutation du siècle.





Quelques dates...



1747 : Diderot et d'Alembert deviennent responsables d'une Encyclopédie ou Dictionnaire universel des Ans et des Sciences dont le privilège a été pris en 1746, au départ pour traduire et développer un, puis deux dictionnaires anglais.

1750 : Diffusion à 8 000 exemplaires du Prospectus rédigé par Diderot pour attirer les souscriptions. On prévoit 10 volumes in-folio, dont 2 de planches.

1751 : Premier volume de l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, par une société de gens de lettres.

1752 : Deuxième volume. Arrêt du Conseil d'État interdisant les deux premiers volumes déjà distribués. Compromis grâce à des appuis à la cour et à Malesherbes, directeur de la librairie.

1753 : Troisième volume. - 1754 : Quatrième volume.

1755 : Cinquième volume. - 1756 : Sixième volume.

1757 : Attentat de' Damiens contre Louis XV. Les attaques contre l'Encyclopédie se multiplient. Le volume sept (novembrE) contient l'article « Genève » (d'AlemberT), qui provoque des remous à Genève, et la rupture de Rousseau (Lettre à d'Alembert sur les spectacles, 1758).

1758 : D'Alembert renonce à la co-direction (mais continue à superviser les mathématiqueS).

1759 : Crise. Le parlement de Paris condamne huit ouvrages, dont De l'esprit, d'Helvétius, et l'Encyclopédie (févrieR). La distribution des sept premiers volumes est suspendue. Le Conseil du roi révoque le privilège de 1746 (marS). Le pape condamne l'Encyclopédie (septembrE). Malesherbes sauve l'entreprise ; le gouvernement fermera dorénavant les yeux sur l'impression clandestine du texte parallèlement à la publication des Planches.

1762 : Premier volume des Planches.

1764 : Diderot découvre que le libraire Le Breton a censuré des textes qui lui paraissaient trop dangereux et détruit les originaux.

1766 : Les dix derniers volumes de textes sont enfin publiés (la distribution reste interdite à Paris et VersailleS).

1770 : Le gouvernement interdit la mise en vente d'une réimpression par Panckoucke.

1772 : Publications des deux derniers volumes des Planches.

1776-1777 : Panckoucke publie un Supplément (quatre volumes de texte, un volume de plancheS). Il se lance ensuite dans une Encyclopédie méthodique dont il ne verra pas la fin.



...et quelques chiffres



L'Encyclopédie doit être située dans une expansion continue et croissante des dictionnaires. De 1680 à 1739 : 167 ; de 1740 à 1799 : 536 ; de 1800 à 1829 : 512. « Au moins 30 portatifs précèdent le Dictionnaire philosophique [portatif/ dé Voltaire (1764), de 1738 à 1763 » (P. Retat, dans Histoire de l'édition françaisE). « Avec les mémoires des académies et les journaux littéraires, le dictionnaire devient une des formes canoniques, et la plus dynamique, de l'accumulation du savoir » (ouv. cit.)- En 1758, paraît un dictionnaire des dictionnaires !

1700-1750 : 2 000 exemplaires en moyenne pour un grand dictionnaire. L'Encyclopédie (plus les rééditionS) : 4 225 exemplaires pour la première édition in-folio. Près de 25 000 en tout, de 1751 à 1782, pour les six rééditions (infolio, in-4°, in-8C), plus les Extraits et VEncyclopédie méthodique de Panckoucke.

Gains : 2 500 000 livres pour Le Breton et ses associés de la première édition. Le Breton a multiplié son capital par... 30, et meurt avec une fortune énorme (1 500 000 livreS). Mais pour les 8 525 exemplaires de l'édition in-4°, le bénéfice n'est plus que de 500 000 livres (l'ouvrier parisien vit avec une livre par jouR). Un éditeur, Charles-Joseph Panckoucke, qui rachète les droits de l'Encyclopédie, « va bâtir en vingt ans un empire éditorial aux dimensions de l'Europe. Il joue sur trois atouts majeurs : vulgariser la philosophie, mobiliser une équipe d'auteurs, parier sur la puissance du journalisme [...] » (D. Roche, dans : Histoire de l'édition françaisE).

Les grands dictionnaires d'avant 1750 sont individuels : Bayle, Moreri, Furetière, etc. Mais 160 collaborateurs travaillent autour de Diderot et du chevalier Jaucourt (qui rédige un quart des articles !) ; 100 à l'Encyclopédie méthodique de Panckoucke. Soit plusieurs centaines de personnes impliquées (typographes, graveurs...). Le dictionnaire portatif, au contraire, mise sur la brièveté sélective de la matière, voire sur une écriture délibérément individualisée (Voltaire : Dictionnaire philosophique, 1764 ; Questions sur l'Encyclopédie, par des amateurs, 1770-1772).

L'Encyclopédie est un monde : environ 60 200 articles ! 25 000 grandes pages ! 2 900 planches !

Un monde ou un chaos ?



Ordre et désordre



La flagrante hétérogénéité de l'Encyclopédie, reconnue par Diderot, dénoncée par Voltaire, sans doute inévitable, tient à plusieurs facteurs : la compilation de matériaux d'origines diverses ; une conception qui se modifie en cours de route ; la valeur très inégale des collaborateurs ; l'éclectisme des points de vue ; les difficultés politiques, qui provoquent départs, retards, compromis.

D'Alembert et Diderot ont voulu pallier l'inéluctable désordre d'un inventaire alphabétique : « L'ouvrage dont nous donnons aujourd'hui le premier volume a deux objets : comme Encyclopédie il doit exposer, autant qu'il est possible, l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines ; comme Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, il doit contenir sur chaque science et sur chaque art [...] les principes généraux qui en sont la base, et les détails les plus essentiels qui en sont le corps et la substance » (d'Alembert, Discours préliminaire des Éditeurs, en tête du premier volumE). On devrait donc pouvoir reconstituer de véritables traités. C'est ainsi que Marmontel réunit ses articles de littérature pour l'Encyclopédie, le Supplément et l'Encyclopédie méthodique (Éléments de littérature, 1787). Un système de renvois (d'efficacité discutée, en tout cas non systématiquE) vise à renforcer les liaisons, permet d'éclairer un article par un autre, avec parfois des intentions polémiques, voire ironiques (l'article « Cordelier », d'un ton digne, renvoie à « Capuchon », qui agresse les moines. Ces jeux pouvaient dérouter ou dérider les lecteurs, mais guère prétendre tromper les censeurS).



A la base, il y a donc la croyance en une unité de la raison, qui exprime l'unité de l'homme, placé au centre de l'ouvre comme au centre du monde : « Pourquoi n'introduirons-nous pas l'homme dans notre ouvrage, comme il est placé dans l'univers ? Pourquoi n'en ferons-nous pas un centre commun ? » (Diderot, art. « Encyclopédie »). Plus que méthodologique, l'unité est d'abord idéologique : tous les collaborateurs sont des Philosophes, qui partagent les options fondamentales des Lumières - sensualisme d'origine Iockéenne, méthode newtonienne libéralisme intellectuel, volonté de progrès. Ils ne pouvaient que rencontrer l'hostilité de l'Église, des parlements, d'une partie de l'appareil d'État. Sur certains sujets importants, plusieurs articles expriment délibérément des opinions divergentes (Diderot se déclare pour le despotisme éclairé dans « Autorité politique », D'Holbach pour un système représentatif dans « Représentants » ).

Sur l'origine des sociétés, les institutions, l'économie, etc., l'Encyclopédie tend à présenter un cocktail d'opinions, entre lesquelles le lecteur peut choisir à condition d'exercer sa raison critique. L'article « Âme », après un début orthodoxe de l'abbé Yvon, débouche sur une argumentation matérialiste de Diderot, sans que le cas reste isolé. Cet éclectisme (interne aux LumièreS) exaspérait le militantisme voltairien. Il entraîne aujourd'hui des précautions de lecture. Mais il fait de l'Encyclopédie une ouvre de dialogue, une démonstration en acte du libéralisme, oscillant entre les deux écueils du dogmatisme et du scepticisme.

En ouvrant au hasard ce livre monstrueux, on plonge tête la première dans l'enchevêtrement fascinant, vertigineux, du monde des idées. Ou de leurs chaos, quand l'Histoire les a pétrifiées. Tendue vers le progrès, l'Encyclopédie nous invite aujourd'hui à la mélancolie méditative des ruines, chère au cour de Diderot. Lambeaux et tombeaux de l'esprit, par quoi se paierait le prix du pari tenté par d'Alembert et Diderot de vendre, vite, cher et en vrac, les Lumières ? Cette tour de Babel sauvée par l'imprimerie méritait que la philosophie sortît de son cabinet et de ses vieilles robes de chambre, pour se frotter aux métiers (préindustrielS), au capital (pré- ou quasi capitalistE), et à la politique (de toujours ?).








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