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TRAHERNE - modèle parfait






Traherne est le modèle parfait d'une catégorie d'esprits assez rares, ceux qui, ayant décidé une fois pour toutes de remplacer le monde réel par un monde issu de leur imagination, commencent par se figurer cette imagination elle-même comme un champ libre de recevoir toutes les formes et déterminations imaginables. Il est vrai qu'en s'instituant ainsi créateur d'un monde qui aurait commencé par ne pas exister, ou à n'exister que sous la forme d'un vide préalable, Traherne ne suppose rien d'autre que la possibilité pour lui de refaire à son échelle et à l'intérieur de son esprit une sorte d'opération créatrice calquée sur la création divine du monde réel. De la même façon, tout apparaîtra au poète comme se manifestant et se développant dans un certain espace et dans un certain temps, tenus d'abord pour entièrement libres d'être imaginés par lui. Dénués originellement de toute forme particulière, temps et espace seront ensuite, selon un plan plus ou moins fixé, peuplés, comblés, nourris d'une infinité de choses destinées à déployer dans la vacuité originelle une profusion d'objets plus ou moins nettement définis. Il est possible, en effet, que le Créateur n'ait pas procédé autrement. Il est peut-être parti d'une absence d'être pour aboutir à une plénitude. Or, l'entreprise imaginée par le poète Traherne obéit assez bien au même ordre de marche. Traherne aussi commence par l'établissement d'un vide préalable. Ce vide est tout intérieur. L'esprit du poète se présente comme initialement dépourvu de toute substance et de toute forme. Il est un vide mental, et rien d'autre. Mais ce vide n'a rien de tragique. Il n'est à aucun degré une privation d'être. Il est, au contraire, dans la perspective que Traherne en a, une promesse inépuisable de richesses, une capacité illimitée, la faculté de réaliser tout ce que l'esprit se propose d'imaginer.





Il est vrai que, dans le cas du poète, toutes ces réalisations sont purement imaginaires. Mais pour celui-ci l'imaginaire est toujours réel. Il l'est même bien plus que le réel matériel. Donc le poète se découvre, à la suite de Dieu, et, si l'on peut dire, dans la foulée de celui-ci, le possesseur privilégié d'une puissance imaginative infinie, grâce à laquelle le rien devient un tout, le négatif un positif, et cela pour ainsi dire sans effort, rien qu'en s'abandonnant à sa veine créatrice, avec l'heureuse facilité, que possèdent les dieux créateurs et les poètes rêveurs, de réaliser sans embarras leurs rêves. De plus, cette transformation ou re-création magique du monde, chez un rêveur-créateur comme Traherne, n'a pas seulement l'avantage de se trouver réalisée sans le moindre effort. Si elle s'accomplit dans un mouvement merveilleusement facile, elle a pour mérite supplémentaire d'être menée avec un extraordinaire enthousiasme. De ce point de vue il n'y a pas de poète qui fasse jaillir du vide avec autant de joie toute la richesse latente qu'il ne contient pas en lui-même mais que l'esprit créateur peut lui donner. Ou, pour décrire encore sous un jour à peine différent cette création onirique, l'ardeur qui est en elle transmet à l'objet sur lequel elle s'exerce un cachet d'authenticité et un lustre particulier. Ainsi le néant lui-même acquiert ici une vraiepositivité. Peu d'ouvres, peut-être aucune, ne manifestent plus clairement le bonheur de créer. Créer un poème, créer un monde, créer son âme propre, peut-être même créer Dieu. Car ce qu'on peut dire du poète, on peut le dire du Dieu qu'il est devenu. Dans la perspective qui se révèle, le Dieu dont il s'agit est un Dieu qui, en créant le monde, semble se créer lui-même. Il trace sa propre image sur le vide qui l'avait précédé.



Mais par là même un dernier problème se pose. Le Dieu-créateur, qui crée le poème, à quel moment devient-il vraiment lui ? Est-ce au moment où il crée, ou au moment où il se dévoile en se créant ? Dans la mesure où il est créateur, est-il vraiment déjà Dieu, ou ne l'est-il pas encore, puisqu'il a besoin de se compléter par l'opération même qui l'occupe ? Il est une puissance déterminante qui n'est pleinement elle-même que lorsqu'elle arrive à déterminer pleinement son image dans sa création.



Il va de soi que le Dieu dont il s'agit ici n'est rien autre que le poète lui-même. Ne s'invente-t-il pas finalement comme l'auteur du monde qu'il a imaginé ? Or, ne court-il pas ainsi le risque d'avoir créé en fin de compte un monde moins parfait que celui que dans la vacuité initiale de sa pensée il avait désiré créer ? Toute puissance déterminante a pour fin de réaliser un objet déterminé. Mais, s'il réussit à créer ainsi une réalité déterminée en laquelle il rêvait de se reconnaître lui-même, ne perd-il pas de ce fait le privilège de rester en lui-même purement indéterminé ? Le poète, en créant son poème, ne perd-il pas d'un côté ce qu'il gagne de l'autre ? L'enthousiasme de Tra-herne créateur est toujours en danger de s'évanouir au milieu des formes qu'il ne cesse d'évoquer.



TRAHERNE : TEXTES



Un livre où rien n'est écrit est comme une âme d'enfant dans laquelle tout peut s'inscrire. Il a la capacité de recevoir beaucoup de choses, mais ne contient rien II me vient le désir de le remplir de merveilles profitables. (Ouvres, Ed. Margoliouth, 1.1, p. 3.)

Remplis les espaces ouverts entre la terre et les cieux. (Ibid., p. 11.)



Il est étrange que Dieu ait à désirer quelque chose, car il y a en lui la plénitude de toutes les bénédictions. Pourtant de toute éternité il a été plein de désir. Sinon, il n'aurait pu être plein de trésors de toute sorte. Un désir infini, tels sont les lieux et la cause d'un trésor infini. (Ibid., p. 21.)



Une vaste et infinie capacité

Fit mon sein comme celui de la Déité

Dans le mystérieux et céleste esprit de qui

Tous les âges et tous les mondes ensemble brillent

(Ibid., t. 2, p. 48.)



Les pensées sont de très hautes choses Les vrais enfants du

Roi des Rois, Les pensées sont d'étranges créatures célestes... Combien agiles et volatiles, et sans entraves, Illimitées, auxquelles nulle forme n'est assignée, Combien changeables et spacieuses et faciles et libres...

(Ibid., t. 1, p. 176.)






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