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T1ERNO MONÉNEMBO - Les Ecailles du ciel






«Djimmcyabé n'avait plus figure de ville. Ses rues - non plus seulement celles des Bas-Fonds, mais aussi celles du centre-ville que l'on appelait avant l'Indépendance En-Haut avec une tentation mêlée de crainte - ressemblaient à des sillons de labour avec leur gadoue rouge et leurs flaques d'eau bourbeuse. Ses maisons s'étaient lézardées, recouvertes d'une méchante couche de salissure. Ses jardins étaient tombés en friche. Çà et là, caracolaient de vieilles guimbardes aux pneus pleins de fissures et d'aspérités, des carrosseries si rocarabolesques qu'on les eût crues destinées à quelque cirque préhistorique. Un terrible réveil avait succédé à l'euphorie. La négraille désenchantée coulait un triste regard sur la nouvelle réalité et étouffait à tout bonheur son amertume. Les flûtes et les coras'prêtaient comme elles pouvaient leur alacrité aux hommes à un moment où ils en avaient besoin.





Les discours de Ndourou-Wembîdo étaient devenus un rite hebdomadaire auquel tout le monde était impérativement convié. Des colonnes de policiers et de miliciens exhortaient les militants à coups de machette. Les têtes brûlées, qui trouvaient le moyen d'attraper des blessures sous cette vertueuse incitation, étaient tenus de rester conscientes et de retenir l'ensemble du discours faute de quoi ils avouaient explicitement leur opposition au régime et leur soumission à la hyène colonialiste. Des comités de quartier dressaient la liste des absents, et ceux-ci étaient pendus en guise de préliminaire aux meetings ultérieurs. La population de la ville s'entassait donc comme des sardines au stade du Premier-Avril qui, somptueux cadeau d'un peuple ami, Instruments de musique à cordes. ne pouvait contenir tout le monde: des gens mouraient piétines ou asphyxiés, ou rcssortaient du stade avec des membres fracturés et des côtes brisées. Ndourou-Wembidô s'emparait du micro comme d'un fétiche. Il vociférait des slogans introductifs que la foule reprenait sous la surveillance aiguë des miliciens. Au coin de sa bouche perlait une écume de bave. Il levait les bras aux cieux et dénonçait de nombreux complots sataniqucs: la terre entière se préparait à l'assassiner. »

(Paris, Seuil, 1986, p. 150-151)



De son vrai nom Tierno (ThicrnO) Saïdou Diallo, il est né à Porédaka (GuinéE) en 1947, fait des études techniques au collège de N'Zérékoré, termine son cycle à Kankan, passe par le lycée de Kindia et le collège de Donka à Conakry où il obtient un baccalauréat de biologie en 1969. Dès cette année, il doit fuir son pays soumis à la dictature de Sékou Touré (pour les universités de Dakar et d'AbidjaN) et fait des études de biochimie à Grenoble et à Lyon en travaillant comme «balayeur» dans un supermarché du coin. Il récupère le passeport français de son père (qu'un cousin rapporte de BucaresT), obtient la nationalité et est nommé comme assistant à l'université. En 1979, il enseigne en Algérie, à l'Institut de Sciences de Batna et, entre 1981 et 1985, à Rabat (MaroC). Après le retour en France, il s'installe à Caen et entreprend de multiples voyages: les Antilles, les Caraïbes, le Mexique, la Colombie, le Brésil, les États-Unis, des pays d'Afrique et d'Europe.



Ouvres



Romans



- Les Crapauds - brousse ( 1979)

- Les Écailles du ciel (1986)

- Un rêve utile ( 1991)

- Un attiéképour Elgass (1993)

- Les racines de la pierre (1994)

- Pelurinho (1995)

- Cinéma {991)

- L'Aîné des orphelins (2000)

- Rio de Janeiro. La ville mélisse (2001)

- Peuls (2004)



Essai



- Césaire et nous. Une rencontre entre l'Afrique et les

Amériques au XXIe siècle (2004)



Le roman Les Ecailles du ciel nous fait découvrir «cette ville de sécheresse d'âme» avec les insuffisances et les problèmes humains que pose son développement, avec la nouvelle société qui se forme et dont la nouvelle élite, s'emparant de l'argent et du pouvoir politique, fait toujours contraste avec le monde des pauvres marginalisés, avec le nouveau rapport qui s'établit à la tradition (tentations de la ville, culte de la personnalité, dégradation des mours, exiL). La découverte que cette ville n'est pas une «terre promise» mais un monde «en plein déséquilibre» qui réserve «d'amères surprises» et de fausses valeurs vient du choc qui ne s'absorbe pas facilement avec ce que, en bien ou en mal, suppose l'Occident.



Commentaire composé



Le fragment choisi donne une image ahurissante de Dijmméyabé, nom sous lequel on devine la ville d'Abidjan, transformée et méconnaissable (n 'avait plus figure de villE). Ce n'est plus un paysage rcconnaissable, l'organisation foncièrement ségrégative - les rues des Bas-Fonds et celles du centre - ville (d'en HauT) - se maintient socialement, mais autrement on s'embourbait également dans leur gadou rouge et leurs flaques d'eau bourbeuse, car les nouveaux dirigeants n'ont ni le savoir-faire ni l'intérêt de s'occuper de l'urbanisme.



L'aspect extérieur qu'offre la ville est désolant: les maisons en décrépitude, lézardées, sales, étaient entourées de jardins abandonnés (en frichE). Les voitures ne sont que de vieilles guimbardes, qui caracolaient comme des chevaux dans un manège, avançant par à-coup, à cause du chemin, mais aussi de leurs pneus pleins de fissures et d'aspérités; l'image de cirque (mais un cirque préhistoriquE) annoncée par le verbe caracoler est renforcée par l'incongruité des carrosseries rocambolesques.

L'euphorie provoquée par l'Indépendance est bientôt remplacée par la déception. Le passage du rêve à la réalité, le réveil, est brutal. La négraille désenchantée, voilà les mots si tristement péjoratifs que l'auteur choisit pour mieux contraster l'espoir irréel et la nouvelle réalité, fait d'amertume. Tentative de la remplacer, mais impuissante, que ces sons de flûtes et de coras, pleins d'alacrité; les hommes en avaient besoin.



Mais ce n'était pas pour élever leur esprit, c'était pour accompagner le discours du président, pour essayer de donner un air de fête à cet événement dégradant et dangereux. L'auteur accuse les traits, exagère pour mieux faire comprendre ce moyen qu'on avait choisi pour endoctriner les foules (et nous ne sommes pas loin de l'époque où on y était aussi soumiS). Ces discours du président Ndourou - Wembîdo sont devenus un rite hebdomadaire où tout le monde était dans l'obligation de participer (impérativement convié - à remarquer l'alliance de motS). Les paroles de bienvenue sont remplacées par des coups de machette (arguments incontestableS) des policiers et des miliciens. Ceux qui étaient frappés, parce qu'essayant de s'opposer (les têtes brûléeS), à cette vertueuse incitation, étaient obligés (!) de rester conscients et d'enregistrer l'ensemble du discours s'ils ne voulaient pas que l'on croie qu'ils avouaient explicitement leur opposition au régime et leur soumission à la hyène colonialiste. L'humour noir avec lequel l'auteur décrit la tentative du nouveau pouvoir de mater les esprits, en schématisant à l'extrême leur adhésion: la manifestation extérieure, pour fausse qu'elle soit, est impérative, le slogan est monté en épingle, ironiquement. Aucune absence n'est permise, l'organisation est parfaite, (les comités de quartier dressaient la liste des absentS), la punition extrême: ceux-ci étaient pendus en guise de préliminaire aux meetings ultérieurs.

L'endroit choisi pour les meetings, le stade du Premier-Avril (date des événements ayant mené à l'IndépendancE), somptueux cadeau d'un peuple ami (qui n'est pas nommé, mais on s'en rappelle quelques-unS), était loin d'accommoder toute la ville. Entassées comme des sardines, beaucoup de gens mouraient piétines ou asphyxiés, ou, s'ils en réchappaient, c'était avec des membres fracturés et des côtes brisées.

Ndourou-Wembidô atteint dans sa nouvelle position l'apogée d'une vie; enivré par ce pouvoir discrétionnaire, il aime s'entendre parler; le micro est un fétiche (remarquer le moderne et le traditionnel qui se rejoignenT), il hurle ses slogans introductifs (la langue de bois en actioN) que la foule est obligée de répéter (sous la surveillance aiguë des milicienS). Excité outre mesure (Au coin de sa bouche perlait une écume de bavé), comme un chien enragé, il accompagne son discours démagogique de gestes d'apothéose (les bras aux deuX) pour dénoncer de nombreux complots sataniques: la terre entière se préparait à l'assassiner. Il pousse la paranoïa à son dernier degré, comme tout tyran ayant abusé de ses prérogatives, et conscient, au plus profond de son être, que les crimes se paient cher et que le châtiment ultime n'est pas loin.



A consulter



1. Auzas, Noémie, Tierno Monénembo. Une écriture de l'instable, Paris, L'Harmattan, 2004.

2. Chemain, Roger, La ville dans le roman africain,

Paris, L'Harmattan/ACCT, 1981. 3.Kane, Mohamadou K., Roman africain et tradition, Dakar, NEA, 1982.

4. Nkshama, Pius Ngandu, Mémoire et écriture de l'histoire dans Les Ecailles du Ciel de Tierno Monénembo, Paris/Montréal, L'Harmattan/ L'Harmattan Inc., 1999.

5. Teko-Agbo, Ambroise, «Tierno Monénembo ou l'exil, l'impertinence et l'écriture», dans Notre librairie, avril-juin, 1996, p. 82-98.





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