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Essais littéraire

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Samuel Beckett






Si étrange que puisse paraître cette remarque concernant deux écrivains que tout dans l'esprit semble séparer, on peut très bien soutenir que la pensée de Samuel Beckett n'est pas sans marquer par endroit quelques points de ressemblance avec celle de Paul Valéry.



L'une et l'autre de ces deux pensées, en effet, se présentent parfois comme ayant en commun une caractéristique inattendue. Elles sont aptes, toutes deux, dans le cours du plus ou moins long exposé par lequel, habituellement, elles s'expriment, à couper court soudain, à interrompre sans la moindre préparation la continuité de leur discours, et à ne reprendre celui-ci qu'après une pause très nette. Mais alors que, chez Valéry, dans le courant du journal parlé - ou écrit - qu'il a l'habitude de tenir de façon continue, la pause ainsi révélée n'a d'autre objet le plus souvent que d'introduire une digression spontanément amenée par le jeu de la pensée ou le désir d'introduire en celle-ci quelque idée imprévisible mais apparentée, la pensée de Beckett, au contraire, si on peut même ici parler de pensée et non d'une brutale interruption tout à fait inopinée, semble violemment se contracter, freiner sur place, se heurter à un obstacle ou exploser. En d'autres termes, à n'importe quel moment de son discours, Beckett peut s'arrêter d'un coup, non apparemment pour souffler avant de reprendre de plus belle la parole, mais plutôt comme si, imprévisiblement, quelque obstruction majeure bloquait soudain sa pensée, ou la faisait brutalement tourner court. Phénomène, chez lui, pourtant extrêmement fréquent. Parfois la raison de ces singulières interruptions peut être explicable. Mais le plus souvent, c'est comme si une angoisse ou une colère dont il ne saisissait pas lui-même l'origine, s'emparait sur-le-champ de lui et le prenait à la gorge, l'empêchant pour un temps de poursuivre ce qu'il disait. Quelquefois même, c'est pire encore. On dirait que, sur le moment, sans raison, sans préparation, sans pressentir même ce qui lui arrive, il se découvre au bord d'un trou qui l'empêche de reprendre le fil du thème qu'il a dans l'esprit. Arrêt sans motif, conscience d'un vide inexplicable, balbutiement convulsif, puis reprise de la parole, mais sur un ton qui, sans qu'on comprenne pourquoi, a l'air complètement changé. C'est comme si, sur ce nouveau versant de l'échange des idées, du côté de l'avenir, tout l'élan de la pensée se trouvait sans raison majeure, engagé dans une nouvelle direction, ou plutôt qu'au point de jonction, il y ait comme une cassure aussi brutale que possible. Alors que, chez Valéry, par exemple, dans ses fameux Carnets, aucune pause ne se manifeste jamais, ou ne se montre que sous la forme, le plus souvent, d'une suspension songeuse, issue de quelque développement imprévisible, mais merveilleusement justifié de la pensée, chez le malheureux Beckett, au contraire, l'arrêt brusque de la parole prend l'aspect d'un cri d'angoisse étouffé, ou fait l'office de cette sorte de rauque interrogation émanant d'un être sommé de se taire sans comprendre la cause de ce qui lui arrive. Toute une série de demandes semble alors prête à fuser sur ses lèvres : « Je ne sais pas ce que cela veut dire. » -« Je ne comprends pas ce qui m'arrive. » - « Je ne puis supporter. » - Et la réaction la plus angoissée de toutes, celle qui dénie toute responsabilité dans ce qui a lieu : « Qui est-ce qui parle ainsi, ce n'est pas moi qui parle. »





L'ignorance angoissée de Beckett, jaillissant ainsi au grand jour, n'est donc déterminée par aucun objet que ce soit. Elle trahit le trou, la vacance de l'esprit ayant perdu la faculté de se définir, et la remplaçant par une sorte de gémissement irrité. L'aboutissement d'une telle sorte de pensée n'est donc jamais un affermissement de soi, un approfondissement de l'être. C'est la prise de conscience d'un vide. Il semble que dans certaines circonstances, ou, pire encore, parfois dans l'absence de toutes celles-ci, ce qui reste n'est plus suffisant pour constituer une raison valable de vivre, mais seulement pour prendre conscience de ce dont on est privé.



BECKETT : TEXTES



Je ne savais pas où j'étais...

Tout ce que je dis s'annule.

Ce qui est sûr, c'est que dans une heure il sera trop tard, dans une demi-heure il fera nuit, et encore ce n'est pas sûr, quoi donc, qu'est-ce qui n'est pas sûr? Tout s'emmêle, les temps s'emmêlent...

Je n'essaie pas de comprendre...



Je ne sais plus très bien ce que je fais, ni pourquoi, ce sont là des choses que je comprends de moins en moins, je ne m'en cache pas.

Il m'arrivait d'oublier non seulement qui j'étais, mais que j'étais, d'oublier d'être.



« Qui j'étais » : c'est la question centrale, fondamentale, d'identité.

Cogito dégradé, passage du Je pense au On pense. Ça parle, ça pense. Quelle pensée ?... Le Je pur aboutit à une parole anonyme.

Cette voix qui sort de moi, elle me remplit, elle clame contre mes murs, elle n'est pas mienne.



- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

- Je ne sais pas.

- Allons-nous-en.

- On ne peut pas.

- Pourquoi ?

- On attend Godot.








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