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Retour de la révolution par l'histoire : Lamartine






Au début de 1847, trois ouvrages consacrés à la Révolution française, parus presque simultanément, défraient la chronique : le 6 février, le début de l'Histoire de la Révolution française de Louis Blanc ; le 28 février, ie premier volume de l'Histoire de la Révolution française de Jules Michelet ; le 20 mars, les deux premiers tomes de l'Histoire des Girondins d'Alphonse de Lamartine qui en comptera 8, les deux derniers sortant en juin. Loin d'être le seul produit du hasard, cette coïncidence illustre l'engouement déjà observé pour ces dix années dramatiques mais fondatrices de la France nouvelle. En vérité, l'histoire, dont la spécialité est en train d'acquérir ses méthodes en se dégageant peu à peu du genre littéraire, est aussi devenue un instrument de combat, prodiguant des leçons (réversibleS), des exemples (contradictoireS), des doctrines (opposéeS). Dans cet immense défilé de principes proclamés, de faits haletants, d'affrontements meurtriers, d'actions sublimes, chaque parti trouve son compte. Le mouvement contre-révolutionnaire y rencontre sa raison d'être ; le mouvement révolutionnaire, sa raison d'agir.





Sous la Restauration, les ouvrages des libéraux Thiers et Mignet visaient à réhabiliter la Révolution contre le régime en place. Sous la monarchie de Juillet, les études se succèdent, portant les marques du républicanisme et du socialisme. Entre 1834 et 1838 paraissent ainsi les 40 volumes de l'Histoire parlementaire de la Révolution française de Ph. Bûchez et P.-C. Roux. Ce monument, dont le mérite est d'offrir une riche documentation (comptes rendus des séances et procès-verbaux des clubs notammenT), contribue puissamment à faire de la Révolution un mythe sacré, atteignant sa quintessence, sa pureté religieuse, son idéal vécu dans l'épisode de la Terreur. Robespierre et Saint-Just en sont les prophètes immolés. Socialistes et chrétiens, les deux auteurs n'hésitent pas à écrire : « La souveraineté du peuple est catholique en ce qu'elle commande à chacun l'obéissance à tous ; elle est catholique en ce qu'elle comprend le passé, le présent et l'avenir, c'est-à-dire toutes les générations. Elle est catholique en ce qu'elle tend à faire de toute la société humaine une seule nation soumise à la loi d'égalité. Elle est catholique enfin en ce qu'elle émane directement de l'enseignement de l'Eglise1. » Un enseignement qui n'est pas exactement celui de Grégoire XVI, mais cette tentative de ce qu'il faut bien appeler une récupération de la Révolution par l'« école catholique conventionnelle » (comme on l'a appeléE) dénote un état d'esprit de plus en plus répandu sous la monarchie de Juillet. Le nouveau régime, indifférent en matière religieuse et favorable au développement de l'économie libérale, assimilé à l'essor de la banque et de l'industrie et au mépris de la misère sociale, voit progressivement se dresser contre lui des courants socialistes aux sources évangeliques, généralement détachés de l'Église officielle, mais revendiquant les principes originels de celle-ci. Tandis que l'extrême droite n'hésite pas à mêler ses voix à l'extrême gauche républicaine contre les gouvernements de Louis-Philippe, le socialisme français, qui multiplie ses ouvres, s'imprègne, nous avons eu l'occasion de le voir, d'une religiosité plus ou moins explicitement chrétienne. Du même coup, la Révolution se métamorphose, cessant d'être l'ennemie de la Révélation, elle en est au contraire la voix moderne. Du moins, pour Bûchez et Roux, mais l'exemple n'est pas exceptionnel. L'idée forte est que la bourgeoisie a tiré profit de la Révolution, après la défaite des jacobins ; et qu'il faut donc la reprendre au profit du peuple, au nom de l'égalité et de la fraternité.



Le culte de Robespierre est honoré dans ces années-là par Albert Laponneraye. Cet instituteur, ancien membre de la Société des Saisons, diffuse les livraisons d'un cours populaire sur la Révolution ; emprisonné pour ses activités républicaines, libéré par l'amnistie de 1837, il publie en volume, l'année suivante, son Histoire de la Révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814 (réimprimée en 1844) ; associé à Armand Carrel, il se lance dans l'édition des Ouvres complètes de l'Incorruptible («Jésus, Rousseau, Robespierre, trinité sainte et sublime2 »). Le communiste Etienne Cabet, futur auteur du Voyage en Icarie, fait paraître à son tour, en 1839, une Histoire populaire de la Révolution française de 1789 à destination des ouvriers. Armand Marrast et Jacques François-Dupont célèbrent, de leur côté, les grandes journées dans leurs Fastes de la Révolution française. Dans la Revue républicaine, Godefroy Cavaignac trace un tableau élogieux des ouvres de la Convention. A l'Académie des sciences elle-même, on peut entendre François Arago vanter les grands savants de la période révolutionnaire, Monge, Carnot, Condorcet. Autre républicain, poète, romancier, mystique (auteur d'un Évangile du peuple en 1840, payé de 8 mois de prison et de 500 francs d'amendE), économiste à ses heures, Alphonse Esquiros écrit une Histoire des Montagnards. Il faut donc situer les trois grandes histoires sorties des presses en 1847 dans ce contexte général - non pas une mode, mais un vrai mouvement de curiosité : savoir la Révolution, pour mieux comprendre le présent et aborder l'avenir.



Louis Blanc, dont l'ouvrage devance de peu en librairie celui de Miche-let, est déjà connu comme historien et théoricien socialiste. Originaire du Rouergue, ancien élève du collège de Rodez, il est arrivé à Paris au lendemain des Trois Glorieuses, avant de devenir précepteur chez un industriel d'Arras, où il a découvert la misère ouvrière. De retour à Paris, recommandé par un journaliste du Pas-de-Calais, il est engagé à la fin de 1834 dans deux journaux de gauche. Le National et Le Bon Sens, en attendant d'écrire dans La Réforme, dès sa création en 1843. Militant républicain, il se lance avec succès dans le genre historique avec son Histoire de dix ans (1830-1840), dont les 5 volumes s'échelonnent de 1841 à 1844. Rédacteur en chef de la Revue du progrès, social et littéraire, de 1839 à 1842, il y publie son Organisation du travail, reprise en brochure séparée : c'est l'ouvrage qui le classe alors parmi les doctrinaires du socialisme. Son idée est de constituer des « ateliers sociaux », c'est-à-dire des coopératives de production, ce qui n'est pas original a priori dans ces années qui voient triompher - du moins en théorie - le mot d'ordre de l'association ouvrière. Mais Blanc se distingue des autres en préconisant l'action de l'État, qui aurait à faire l'avance du capital de départ nécessaire ; les coopératives rembourseraient sur leurs bénéfices à une caisse centrale, qui aurait aussi en charge le financement d'un système d'assurances sociales. Ainsi, en contrôlant les industries clés, l'Etat, issu du suffrage universel, assurerait la régulation générale de l'économie, au profit de l'esprit de fraternité.



Il a trente-six ans quand paraît son Histoire de la Révolution française marquée par ses idées socialistes. Selon lui, trois principes d'organisation sociale se sont succédé : le principe d'autorité, qui correspond au pouvoir pontifical du Moyen Age puis à la monarchie absolue ; le principe de liberté ou d'individualisme (Blanc en fait des synonymeS), dont l'apparition date de Luther et qui triomphe sous la Révolution ; enfin, le principe de fraternité, principe d'avenir, triomphant un moment au cour de la Révolution, avec la Montagne et Robespierre, jusqu'au 9 Thermidor. La Révolution est le vaste théâtre où s'affrontent l'individualité et la fraternité, toutes deux issues de la philosophie des Lumières : Montesquieu, Turgot, Voltaire, d'un côté ; Rousseau, Mably, Morelly, en face. La Révolution a vu la victoire de l'individualisme, de la liberté, autrement dit de la bourgeoisie. Les privilèges de la fortune ont remplacé les privilèges de la naissance. Louis Blanc passe au crible la Constituante, tout en reconnaissant qu'elle a contribué à améliorer « le sort du peuple » ; il fait le procès de la Convention girondine, fédéraliste et individualiste, consolidant le pouvoir de la bourgeoisie. Comme Bûchez et Roux, il encense le gouvernement révolutionnaire, s'appropriant le principe de fraternité, posant les jalons du socialisme. Il a beau réfuter le système de la Terreur, c'est à ses partisans que Louis Blanc accorde un satisfecit, parce qu'ils ébauchent une démocratie autoritaire et égalitaire.

Michclet élabore une autre histoire. Entre lui et Louis Blanc, le conflit d'interprétation durera pendant des années. Car Michelet reproche aussi bien à Blanc qu'à Bûchez, et à Roux, et à tant d'autres démocrates, d'avoir placé l'apothéose de la Révolution dans la Terreur, d'avoir précipité son génie sur les quelques têtes dominées par Robespierre et Saint-Just. Il défend, lui, l'idée d'une révolution populaire, anonyme, et, si la fraternité est tout pour les socialistes, il leur rappelle que la fraternité ne peut rien sans la liberté :

« De même que, les sectes chrétiennes se multipliant, il y eut des jansénistes, des molinistes, etc., il n'y eut plus de chrétiens, les sectes de la Révolution annulent la Révolution ; on se refait constituant, girondin, montagnard ; plus de révolutionnaire.

»On fait peu de cas de Voltaire, on rejette Mirabeau, on exclut Mme Roland. Danton même n'est pas orthodoxe... Quoi ! il ne restera donc que Robespierre et Saint-Just ? [...]

» Fraternité ! fraternité ! ce n'est pas assez de redire le mot... Il faut, pour que le monde nous vienne, comme il fit d'abord, qu'il nous voie un cour fraternel. C'est la fraternité de l'amour qui le gagnera, et non celle de la guillotine.

» [...] La liberté seule, fondée au siècle dernier, a rendu possible la fraternité3. »

La révolution selon Michclet est d'abord la Révolution du peuple - « le peuple entier, tout le monde », ce peuple qui « valut généralement beaucoup mieux que ses meneurs ». L'ocuménisme et le populisme de Michelet le portent à exalter les premiers temps de la Révolution, cette aube du genre humain, saluée en son temps par Emmanuel Kant et Friedrich Hegel :

« Je donne aujourd'hui l'époque unanime, l'époque sainte où la nation tout entière, sans distinction de parti, sans connaître encore (ou bien peU) les oppositions des classes, marcha sous un drapeau fraternel. Personne ne verra cette unité merveilleuse, un même cour de vingt millions d'hommes, sans en rendre grâces à Dieu. Ce sont les jours sacrés du monde, jours bienheureux pour l'histoire. Moi, j'ai eu ma récompense, puisque je les ai racontés... Jamais, depuis ma Pucelle d'Orléans, je n'avais eu un tel rayon d'en haut, une si lumineuse échappée du ciel4... »

Michelet, contrairement à Bûchez et à Roux, mais aussi à Blanc, n'accepte pas de confondre l'esprit de la Révolution, fondée sur la Justice, avec le christianisme, professant le règne de la grâce. Sur ce point, mais pour d'autres raisons, il est en désaccord aussi avec son ami Edgar Quinet, qui, dans Le Christianisme et la Révolution, issu de son cours de 1845, après avoir montré la « vaine tentative » de la Révolution de se concilier l'Eglise catholique, avait dénoncé le « tempérament du catholicisme » réapparaissant « sous les formes révolutionnaires » : « Nées du protestantisme, la révolution d'Angleterre et celle des États-Unis n'ont rien enfanté de semblable, par la raison que la France a été obligée de partir du catholicisme, c'est-à-dire du fond du Moyen Age, pour s'élancer d'un bond dans la vie nouvelle. Son éducation non interrompue d'intolérance ne s'est pas effacée en un moment. A mesure que la révolution est descendue dans les masses, elle y a trouvé ce génie exclusif qui y avait été déposé sans intervalles depuis des siècles5. » Cette idée que la Révolution « descendrait » dans le peuple est, on l'a vu, inacceptable pour Michelet qui postule que c'est des masses précisément qu'elle monte. La Révolution ne saurait non plus être marquée par ses antécédents catholiques, puisque son génie est précisément anticatholique. « La révolution n'adopta aucune église. Pourquoi ? Parce qu'elle était une Église elle-même. » Où l'on voit, soit dit en passant, que l'intuition de Quinet n'est pas nécessairement en contradiction avec les positions anticatholiques de Michelet. Plus tard, dans sa préface de 1868, Michelet prendra frontale-ment à partie Louis Blanc : « Nous sommes deux religions. Il est demi-chrétien à la façon de Rousseau et de Robespierre. L'Être suprême, l'Évangile, le retour à l'Église primitive : c'est ce credo vague et bâtard par lequel les politiciens croient atteindre, embrasser les partis opposés, philosophes et dévots. » Dans cette polémique, Michelet, en ethnologue politique, s'aventure à mettre en cause Rodez et l'Aveyron, où Louis Blanc a fait ses études : c'est « le pays des Bonald, des Frayssinous, qui nous fait tant de prêtres ». Et voilà pourquoi, dans sa démocratie, Louis Blanc est « autoritaire ».



Michelet, dans sa leçon du Collège de France du 18 mars 1847, défend la Révolution contre « deux propagandes, catholique et communiste ». Il dénonce dans l'une et l'autre un mépris du travail, l'une lui substituant des actes religieux, et l'autre s'imaginant que tout viendra de la loi : « La vraie foi, la foi de la Révolution a consacré le travail, la famille et la patrie6.» A chacun sa vision de la Révolution. Ni néocatholique, ni communiste, ni jacobine («je n'aurais pas été jacobin »), mais romantique, populiste, mystique, anglophobe et anticléricale, celle de Michelet impose sa forte originalité à côté des productions de l'histoire socialiste.



Il s'enorgueillit que son ouvre soit née « au sein des Archives », dans ce dépôt central où il était « chef de la Section historique » ; mieux que les autres, il montre qu'un des faits majeurs de la Révolution est l'affranchissement du paysan propriétaire, « le mariage de la terre et de l'homme » ; mais, plus encore que par la précision du détail et la richesse de la documentation, son livre compte par l'éclat d'un style, que la victoire du positivisme rendra suranné mais qui garde ses beautés, comme le prouvent ses rééditions ininterrompues jusqu'à nos jours.

A la fin de mars 1847, l'Histoire des Girondins de Lamartine éclipse pour un temps les deux autres grands livres de l'année sur la Révolution. La personnalité de l'auteur, poète et député, en est la première raison. Né à Mâcon en 1790, dans une famille de petite noblesse, fils d'un officier de cavalerie et d'une mère qui l'éduque dans une stricte observance des principes religieux et légitimistes, Alphonse de Lamartine quitte Milly, le domaine familial, pour Bellcy où il achève ses études chez les Pères de la Foi. Voyages, rêveries, premières amours, premières poésies, un emploi dans les gardes du corps du roi, des dettes au jeu, il s'affirme à trente ans, par ses Méditations poétiques, le plus prometteur des poètes romantiques français. Son recueil, qui rencontre un extraordinaire succès, et fera de lui le restaurateur de la poésie (« Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, / Vains objets dont pour moi le charme est envolé ? / Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, / Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »), le classe aussi parmi les chantres du catholicisme et du trône rétablis. Le pouvoir le récompense en lui ouvrant la carrière diplomatique, par un premier poste de second attaché à l'ambassade de Naples. Nous sommes en 1820, c'est aussi l'année où, après une jeunesse musarde, ludique et papillonnante, il épouse à Chambéry une Anglaise fort bien dotée, Marianne-Elisa Birch, après avoir vaincu les réserves de sa future belle-mère. Ce n'est pas l'amour fou, mais une affectueuse tendresse qui ira se fortifiant et fera renoncer le beau jeune homme aux yeux noirs à sa tendance donjuanesque (« J'aime décidément ma femme, écrit-il à un de ses amis, le 30 mai 1820, à force de l'estimer et de l'admirer. Je suis content, absolument content d'elle, de toutes ses qualités, même de son physique7 »).

Son orthodoxie catholique et royaliste du moment est confirmée dans les ouvres qui suivent, les Nouvelles Méditations en 1823, son interminable « Chant du sacre » en l'honneur de Charles X en 1825. En juillet de cette année-là, il est nommé deuxième secrétaire à l'ambassade de Florence, capitale du grand-duché de Toscane, où il va rester trois ans. Le bonheur transparaît de ce séjour dans de nombreux vers des Harmonies poétiques et religieuses, publiées en 1830. De retour en France, assumant sa vie de gentleman farmer dans son domaine de Saint-Point, il commence à songer à une carrière politique. Il va avoir quarante ans, et c'est le seuil requis pour l'éligibilité. Il vient d'être élu à l'Académie française, quelques jours avant la mort de sa mère - cette mère si douce et tant aimée, dont il fera l'éloge dans son discours de réception, le 1er avril 1830. Il est notable qu'un de ses plus chaleureux partisans a été Royer-Collard, le doctrinaire. Lamartine a cessé d'être un ultra-royaliste, s'il l'a jamais été8. La révolution de Juillet le trouve dans un état d'esprit assez proche de celui de Chateaubriand : lucidité quant aux responsabilités de Charles X mais fidélité aux Bourbons - une fidélité qui, cependant, ne l'entraîne pas à renoncer à la scène politique. Comme tant d'autres, il se résigne à l'avènement de Louis-Philippe, pour lequel il n'éprouve aucune sympathie (il démissionne du corps diplomatiquE), mais qui reste un bastion de l'ordre face à P« anarchie sociale » menaçante.

1830 amène Lamartine à revoir son interprétation de la Révolution de 1789. Dans une lettre du 24 octobre 1830 à son ami Virieu, resté, lui, légitimiste, il proclame : « Les grands principes de la révolution de 89 sont vrais, beaux et bons, l'exécution seule a été atroce, inique, infâme, dégoûtante. » En 1831, pour les élections à la Chambre des députés, il se présente dans plusieurs circonscriptions, à Mâcon, à Toulon, et à Bergues, près de Dunkerque, où il a des liens familiaux : une de ses cinq sours, Eugénie, vit à Hondschoote, auprès de son mari, le baron de Coppens. C'est surtout là-bas qu'il fait campagne, au nom de l'ordre et de la liberté. « Homme nouveau » destiné à ouvrer pour une « France nouvelle », mais jaloux de son indépendance. Refusant de se prononcer clairement pour Louis-Philippe, il est pourtant l'objet des attaques légitimistes, et échoue de 19 voix, de même qu'il est battu à Mâcon et à Toulon.



Cet échec ne le décourage pas. Mais, avant de persévérer, il entend faire le point sur ses idées politiques : c'est le but d'un article qu'il publie dans la Revue européenne, et qui devient, en octobre 1831, la brochure Sur la politique rationnelle9. L'adjectif étonne de la part du poète romantique. Il entend par là une politique définie dans son fond, débarrassée des contingences, une politique de la morale, de la raison et de la vertu : « Dieu pour point de départ et pour but ; le bien le plus général de l'Humanité pour objet ; la morale pour flambeau, la conscience pour juge, la raison morale pour guide, la liberté pour route. » Au même moment, Lamennais et ses amis expriment dans L'Avenir des idées et des sentiments qu'on retrouve, sous une autre forme, dans la brochure de Lamartinel0. C'est ainsi qu'il préconise la séparation de l'Église et de l'État, la liberté de la presse, l'enseignement libre, le suffrage universel (pondéré), la paix... Mais, au contraire des amis de L'Avenir, il se montre réfractaire à une intervention en Pologne, à toute politique extérieure qui, même fondée sur les meilleurs principes, risquerait de faire basculer la France et l'Europe dans la guerre. Lamartine est nettement pacifiste. On le découvre aussi très rétif à la décentralisation, que tous les partis réclament de concert, parce qu'il ne veut pas voir disloquer l'unité nationale : « Détruire la centralisation administrative et executive, refouler la vie et la pensée dans les membres au lieu de la placer forte et pleine dans la tête de l'État, briser les liens nécessaires du pouvoir et de l'action, refaire de la France si forte parce qu'elle est une, une fédération provinciale, faible, boiteuse, disjointe et vacillante, après que le temps et le génie de la civilisation se sont épuisés à faire de ces parties incohérentes une grande et vigoureuse unité nationale, c'est le vou de la folie, ou c'est le cri du désespoir ". »

La Politique rationnelle de Lamartine n'émeut personne, car personne ne la lit. Il décide alors de mettre à exécution un ancien rêve de voyage en Orient. Toujours à court d'argent, il vend une de ses terres pour entreprendre sur l'Alceste, un brick de 250 tonneaux en location, un périple méditerranéen, en compagnie de sa femme, de sa fille, d'un certain nombre d'invités et d'une dizaine de domestiques. C'est au cours de cette traversée que Lamartine est affecté par la mort de sa fille unique, âgée de onze ans ; lui et Marianne ont déjà perdu leur fils : « Nous n'avons plus d'enfant... » Les obsèques ont lieu à Beyrouth, où le couple reste pendant trois mois, accablé de chagrin, lui tentant d'y échapper en reprenant son grand poème Jocelyn. C'est encore au cours de ce voyage qu'il apprend par sa sour Eugénie qu'il a été élu à Bergues, en janvier 1833, après la démission du député de la circonscription. Une nouvelle vie va commencer pour lui, celle d'un indéboulonnable député jusqu'à la fin de la monarchie de Juillet.

A la Chambre, où il fait son entrée en décembre 1833, isolé, il déclare vouloir siéger ni à droite ni à gauche, mais « au plafond ». « En effet, il n'y avait point pour moi de place convenable dans une Chambre où je ne voulais être ni du parti du gouvernement que je n'aimais pas, ni du parti de l'opposition légitimiste qui n'avait plus de sens que sa mauvaise humeur, ni du parti de l'opposition ultra-libérale que je n'estimais pas, ni du parti du silence et de l'expectative, qui était l'opposé de ma nature. J'étais donc condamné à former à peu près seul un germe de parti sans valeur actuelle, et par cela même impuissant et presque méprisablel2. » Il entend fonder un parti à lui, le « parti social ». Non pas un parti socialiste, Lamartine est bien trop respectueux de la propriété, mais un parti qui demande l'intervention de l'État, « pour empêcher la richesse d'être oppressive et la misère d'être envieuse et révolutionnaire ». Il ne variera guère sur ces principes : un conservatisme de l'ordre social, au premier chef la défense de la Propriété, mais accompagné d'une philanthropie active, contre les excès du libéralisme de l'Etat bourgeois.

Prenant à cour ses fonctions de député, il étudie les dossiers de près, reçoit dans son appartement de la rue de l'Université tous ceux qui quémandent ou conseillent, prépare avec soin ses discours... Ses débuts d'orateur ne sont pas à la hauteur de son talent poétique. Poète ! voilà bien l'infirmité qu'on voudrait lui faire payer. Les caricaturistes s'en chargent. Mais l'homme, généreux, bien fait pour attirer les sympathies, est réélu triomphalement en 1834 à Bergues et aussi à Mâcon, double élection, renouvelée en 1837, mais cette fois il choisit sa terre natale. Entre-temps, le médiocre orateur des débuts est devenu un des tribuns les plus écoutés de la Chambre des députés. Il a changé de méthode et renoncé à lire des textes très élaborés qui endormaient son assistance. Comprenant qu'il doit tout à la fois préparer son intervention mais aussi donner libre cours à son improvisation, il ne rédige plus ses allocutions, et se contente d'un canevas sur lequel il peut faire jouer toute la gamme de son éloquence. Une voix qui porte, une haute taille qui impressionne, des traits fins qui séduisent, des formules qui font mouche... Lamartine devient la coqueluche des tribunes :



« Nous venons, écrit en janvier 1841 Mme de Girardin, de la Chambre des députés, où nous avons entendu M. de Lamartine, et son discours a produit sur nous une impression si profonde, que nous ne pouvons plus penser à autre chose. Jamais le poète ne s'est montré plus orateur ; jamais sa voix n'a paru plus sonore, son attitude plus fière, son regard plus noble, son accent plus passionné. Nous étions auprès d'un vieux député, homme fort spirituel, qui, avant le commencement de la séance, nous querellait un peu sur l'enthousiasme de nous et de nos amis pour M. de Lamartine. "Vous l'appelez, disait-il, notre premier orateur... - Eh bien ?... - Eh bien, je suis de votre avis, nous dit-il à la fin de la séance." Et nous sommes revenus de la Chambre tout préoccupés de politique... »

Au cours de cette séance houleuse, on avait discuté le projet de Thiers de faire fortifier Parisl4. Lamartine, contestant ce projet, imagine, avec un art étonnant de la prémonition, ce qui arriverait en cas d'invasion étrangère et de blocus de la capitale : « Comment contiendrez-vous le moral de cette population dans des circonstances semblables ? Comment, dans une ville entourée d'ennemis, sans communication avec les départements, contiendrez-vous une masse de 200 à 300 000 prolétaires sans travail ? » Une trentaine d'années plus tard, ce sera le drame du siège de Paris, continué par la Commune que Thiers, précisément, se résoudra à écraser dans le sang.

Avec une belle indépendance, Lamartine intervient sur tous les sujets, milite pour la suppression de l'esclavage, contre la peine de mort, pour la paix aux frontières (aux nationalistes allemands, il répond par une Marseillaise de la paiX), il veut que le gouvernement s'intéresse aux classes laborieuses. En 1838, il se désole de l'inaction, de l'inertie, de l'immobilisme des pouvoirs publics, lâchant ce mot appelé à faire florès : « La France s'ennuie. » Et d'ajouter : « Prenez-y garde, l'ennui des peuples devient aisément convulsion et ruines. » Cet homme devient dangereux ; Louis-Philippe ironise : « le vain de Mâcon ». Contre Thiers et les libéraux, toqués de Napoléon, Lamartine prononce un autre discours célèbre, le 26 mai 1840, où il fustige le retour des cendres de l'empereur. Dans le débat sur la question d'Orient, il agrippe Thiers le va-t-en-guerre, au nom de la paix, et dénonce son bellicisme dans quatre articles virulents, aidant ainsi le roi à se débarrasser de son fougueux président du Conseil que l'opinion soutient.



Guizot arrivé au pouvoir, Lamartine est sollicité pour un portefeuille ministériel. Refus net de l'intéressé, qui s'en explique dans une lettre du 4 octobre 1840 à son ami Aimé Martin : « Ces gens-là n'ont aucune idée de ce que je veux faire. Ils croient bonnement que je veux être ministre de ceci ou de cela avec MM. Guizot et compagnie ! Laissez aller, et n'en croyez rien. Je ne pense pas à être ministre de longtemps. Mais je pense à quelque chose qui se réalise beaucoup mieux qu'ils ne le croient : à prendre force dans le pays pour lui être utile un jour dans les extrémités. Je veux créer un homme de réserve. » A la fin de 1841, il accepte de se présenter à la présidence de la Chambre, dont le statut et la fonction le préservent de toute compromission. Mais, le 28 décembre 1841, il doit passer la main, n'obtenant que 64 voix.

Son discours à la Chambre le 15 février 1842 est un nouveau morceau de bravoure : « On dirait que le génie des hommes politiques ne consiste qu'en une seule chose : à se poser là, sur une situation que le hasard ou une révolution leur a faite, et à y rester immobiles, inertes, implacables, oui, implacables à toute amélioration. Et si c'était là, en effet, tout le génie d'un homme d'État chargé de diriger un gouvernement, mais il n'y aurait pas besoin d'un homme d'État ; une borne suffirait. »

Lamartine fait désormais partie de l'opposition de gauche.

Il s'élève contre les hommes d'affaires, dénonce « les vils intérêts matériels » et « l'économie accaparée » par les compagnies concessionnaires lors de la discussion du vote de la loi sur les chemins de fer, en 1842. Un Lamartine désormais sûr de lui, dont les discours sont imprimés, lus, applaudis - combattus. Il dispose d'un journal en Saône-et-Loire, Le Progrès, auquel succédera Le Bien public dont il sera le seul directeur. Dans son intervention sur « la borne », il réclame un élargissement de l'assiette électorale, le droit de vote pour les « capacités ».



L'année suivante, sa rupture avec Guizot est consommée. Il écrit à sa nièce, le 9 février 1843 : «A Paris l'opinion presque entière est fanatiquement pour moi [...] Le parti républicain et le parti légitimiste me demandent à l'envi de les conduire, je m'en garderai bien, comme tu penses, mais ils vont me faire une grande force d'ici à cinq ans, si Dieu me conserve vie, parole et courage. »

Pendant ce temps, que devient l'écrivain ? Lamartine connaît son dernier grand succès de poète avec Jocelyn en 1836. Immense poème de 8 000 vers, inspiré de la vie de l'ancien abbé Dumont, secrétaire de l'évêque de Mâcon avant 1789, qui, en fuite sous la Terreur, est tombé amoureux d'une des filles d'un châtelain du Forez chez lequel il se cachait ; lui et la jeune fille se réfugieront dans la montagne pendant plusieurs mois, avant que Dumont ne devienne curé de Bussières et ami du jeune Lamartine. L'intrigue est largement transposée, puisque Jocelyn croit d'abord vivre aux côtés d'un homme, mais l'histoire d'amour du prêtre et de la jeune femme et leur séparation sont prises dans la vie. En un mois, 25 000 exemplaires de Jocelyn sont vendus, malgré (ou grâce à) sa mise à l'Index et le courroux de la critique catholique, offusquée par une histoire jugée « scabreuse », offense au célibat des prêtres. C'était un poème du renoncement, mais l'auteur sent décidément le fagot.



En 1838, La Chute d'un Ange, autre épopée, de 12 000 vers, subit les effets d'une indifférence subite. Poésie romanesque, roman invraisemblable, symbolique en plomb, et distance prise plus nettement encore par rapport aux dogmes catholiques (d'où une nouvelle mise à l'IndeX), le public boude ; l'échec est total. Emu par ce faux pas, désireux de se revancher, il abandonne ses fresques rimées, pour en revenir à ce qui avait fait ses succès antérieurs, la poésie intime, élégiaque. Ses Recueillements poétiques paraissent en 1839. Or tout se passe comme si Lamartine n'était plus un poète, comme s'il était désormais confondu avec son action politique : un nouveau fiasco, inattendu celui-là, le détermine à ne plus publier de vers.

Ses échecs de poète sont aussi des échecs de librairie. Or Lamartine a besoin d'argent. Inapte aux affaires, il a perdu des sommes importantes dans ses exploitations de vigneron et dans ses exportations de vin. Ses propriétés reçues en héritage lui coûtent aménagements, réparations et travaux multiples. D'autre part, il a hérité de ces terres familiales contre l'obligation de verser chaque année une pension à ses cinq sours et à leur famille. Dépensier, sans compte ni mesure, maintenu à flot par ses succès littéraires, il frôle l'abîme lorsque ses livres ne se vendent plus. En 1843, ses dettes sont estimées à 1 200 000 francs. C'est énorme. Quelle solution, sinon un livre ? Mais, pour retrouver un public, il lui faut changer de genre, trouver le grand sujet, troquer les vers pour la prose. C'est ainsi qu'il en arrive à projeter une histoire de la Révolution : l'air du temps s'y prête, ses activités politiques l'y encouragent, ses derniers insuccès l'aiguillonnent. En 1843, il s'attaque donc à YHistoire des Girondins. Il en veut un bon prix. A Gosselin, éditeur de La Chute d'un Ange, il réclame 100 000 francs, pour 4 volumes. Échaudé, l'autre ne veut pas y laisser ses bottes. N'importe ! Lamartine va de l'avant, continue de se documenter et d'écrire. Il prend langue avec un imprimeur de Béthune, lui propose 6 volumes désormais, vendus pour 240 000 francs. Marché conclu, mais l'imprimeur ne paie pas, un procès s'ensuit, remporté par Lamartine en 1845. Enfin, la même année, en août, il obtient un contrat magnifique de l'éditeur Fume : 250 000 francs à l'écrivain, 12 années d'exploitation de l'ouvre par l'éditeur.

Lamartine n'est pas historien, et l'on n'a pas manqué, ajuste droit, de le lui faire savoir : des erreurs, des contradictions, des lacunes (rien sur la guerre de Vendée !), voire des aberrations historiques, interdisent à cette Histoire des Girondins de braver le temps, contrairement à l'ouvrage de Michelet. Son livre, sorti en librairie le 20 mars 1847, va néanmoins atteindre une audience auprès de laquelle la réception des ouvrages de Blanc et de Michelet fait pâle figure. Lamartine jouit d'une notoriété que n'ont pas ses deux concurrents : la Chambre des députés a plus d'écho que le Collège de France, et les grands recueils poétiques de Lamartine ont porté son nom bien plus haut que celui de l'auteur de L'Organisation du travail. La langue de l'historien amateur est somptueuse, elle charme comme le député sait charmer les tribunes :



« Que c'est beau ! s'exclame encore Mme de Girardin. quelle admirable lecture ! quel style ! quel bonheur dans ses expressions ! quelle ampleur dans cette phrase ! vivacité, coloris, verve, grâce, violence, fraîcheur, toutes les qualités sont là réunies ! Comme cet homme est bien largement doué, en favori ! Ah ! que c'est beau ! mais que d'événements vont naître de ce livre ! Je voudrais bien ne pas les voir ! Oh ! je voudrais mourir ! N'est-ce pas un effet étrange que cette admiration excessive qui vous fait souhaiter la mort ? » Horreur sacrée, admiration effrayée...

«J'entreprends, écrit Lamartine, d'écrire l'histoire d'un petit nombre d'hommes qui, jetés par la Providence au centre du plus grand drame des temps modernes, résument en eux les idées, les passions, les fautes, les vertus d'époque, et dont la vie et la politique, formant, pour ainsi dire, le noud de la Révolution française, sont tranchées du même coup que les destinées de leur pays. Cette histoire pleine de sang et de larmes est pleine aussi d'enseignements pour les peuples. »

Ainsi commence son ouvrage, fort peu à la gloire des Girondins, finalement. Il a moins d'hostilité que Michelet pour les Jacobins, pour Robespierre. « Le plus immense service que Lamartine ait rendu à la République, écrit Ledru-Rollin, c'est qu'on peut à présent discuter Robespierre sans être pris pour un anthropophage. » En tout cas, à ses yeux, la Révolution s'achève avec sa chute : « Avec Robespierre et Saint-Just finit la grande période de la République. La seconde race des révolutionnaires commence. La Révolution tombe de la tragédie dans l'intrigue, du spiritualisme dans l'ambition, du fanatisme dans la cupidité. » Mais les cinq premières années de la Révolution n'ont aucun précédent pour leur fécondité, si ce n'est « l'incarnation de l'idée chrétienne ». La conclusion, ample, ciselé, syncrétique, exalte les temps héroïques d'une époque qui a bouleversé le monde :

« La lumière brille à tous les points de l'horizon à la fois. Les ténèbres se replient. Les préjugés reculent. Les consciences s'affranchissent. Les tyrannies tremblent. Les peuples se lèvent. Les trônes croulent. L'Europe intimidée essaye de frapper, et, frappée elle-même, recule pour regarder de loin ce grand spectacle. Ce combat à mort pour la cause de la raison humaine est mille fois plus glorieux que les victoires des armées qui lui succèdent. Il conquiert au monde d'inaliénables vérités, au lieu de conquérir à une nation de précaires accroissements de provinces. Il élargit le domaine de l'homme, au lieu d'élargir les limites d'un territoire. U a le martyre pour gloire, et la vertu pour ambition. On est fier d'une race d'hommes à qui la Providence a permis de concevoir de telles pensées, et d'être enfant d'un siècle qui a imprimé l'impulsion à de tels mouvements de l'esprit humain. On glorifie la France dans son intelligence, dans son rôle, dans son âme, dans son sang ! Les têtes de ces hommes tombent une à une, les unes justement, les autres injustement ; mais elles tombent toutes à l'ouvre. On accuse ou on absout. On pleure ou on maudit. Les individus sont innocents ou coupables, touchants ou odieux, victimes ou bourreaux. L'action est grande, et l'idée plane au-dessus de ses instruments comme la cause toujours pure sur les horreurs du champ de bataille. Après cinq ans, la Révolution n'est plus qu'un vaste cimetière. Sur la tombe de chacune des victimes, il est écrit un mot qui la caractérise. Sur l'une, philosophie. Sur l'autre, éloquence. Sur celle-ci, génie. Sur celle-là, courage. Ici, crime. Là, vertu. Mais sur toutes, il est écrit : Mort pour l'avenir et Ouvrier de l'humanité. »



La Révolution est assombrie par le deuil ; elle est éclairée par la foi. l'Histoire des Girondins, en des pages souvent magnifiques (on songe par exemple aux portraits de Mirabeau, de Madame Roland, de Ver-gniaud..., aux descriptions des journées révolutionnaires, des mouvements de massE), contient en filigrane l'espérance et l'annonce de l'avènement du peuple. L'auteur, en séparant le génie de la Révolution de ses contingences sanglantes et de ses sophismes dangereux, se montre un propagandiste inspiré en faveur des « immortels principes ». Auteur d'un ouvrage politique plus encore que d'histoire, Lamartine milite en faveur d'un idéal démocratique débarrassé de la violence, et la république n'est plus un mot, une perspective, qui lui font peur. La presse légitimiste fulmine contre celui qui fut monarchiste. Victor Hugo lui écrit dès le 23 mars : « Tout ce que j'ai déjà lu de votre livre est magnifique. Voilà enfin la Révolution traitée par un historien de puissance a puissance. Vous saisissez ces hommes gigantesques, vous étreignez ces événements énormes avec des idées qui sont à leur taille. Ils sont immenses, mais L'idee force s'impose à un nombre de personnes toujours plus large nue la Révolution n'est pas achevée, qu'elle a été interrompue dans son élan qu'elle doit être reprise. Sans violence, sans guillotine, sans guerre. L'amour et la fraternité doivent présider à sa résurrection.






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