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Essais littéraire

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Pour Nicole






Pour Nicole, comme pour saint Augustin, Pascal et tous les jansénistes (Arnaud peut-être excepté), l'expérience première vécue par tout homme est incontestablement celle de l'ignorance. Ignorance de celui qui ne sait ce qu'il est et qui il est.



Ignorance expérimentée par chacun, non comme une simple lacune dans l'ensemble de ses connaissances, mais comme une viciation générale du cour et de l'esprit, analogue et peut-être même identique au péché originel ; situation essentiellement négative et privative qui affecte l'homme au centre de lui-même, altère en chaque instant ses rapports avec le monde externe, et se révèle enfin comme le trait le plus important et le plus funeste de toute existence. Notre être, avec tout ce qu'il possède apparemment de substantialité, avec tous les liens aussi qu'il est susceptible de nouer avec le monde du dehors n'a pour ainsi dire en lui-même rien de véritablement positif. Sa réalité repose on ne peut même pas dire sur un vide, sur un néant qui serait au moins peuplé d'êtres réels et consolidé par leur présence certaine. Elle ne repose pas non plus sur quelque imposture flagrante dont le caractère illusoire serait un masque derrière lequel on pourrait espérer trouver quelque chose d'authentique. Non, l'être humain s'avère être tout simplement une espèce de forme douteuse et ambiguë parmi d'autres formes tout aussi suspectes, de telle façon qu'il serait impossible de voir jamais aucune avec netteté. Bref, l'homme, aux yeux de Nicole, est une sorte d'être vague, perdu au milieu d'êtres tout aussi vagues que lui. La confusion dont ils font montre est infinie. Elle se retrouve partout. Elle affecte d'une semi-irréalité et d'une imprécision totale tout ce qui est perçu au-dehors et pensé au-dedans. Elle empêche de faire toute distinction entre le vrai et le faux, entre le réel et l'irréel, entre le moi et le non-moi. Elle n'est donc pas identique à un vide, à un trou, à un pur néant. Mais elle offre cette sorte de négativité seconde, pire peut-être encore que la première, qui déguise et corrompt partout la vérité, sans jamais totalement l'anéantir. Ainsi le moi et le monde de Nicole se présentent à lui (et au lecteuR) comme gravement altérés par on ne sait quoi d'indéfinissable encore que de très évident, qui pourrait être une suite du péché originel, la faiblesse inhérente à la nature humaine, la culpabilité ou la sottise de toute personne, ou peut-être encore ce brouillard ou ce rideau étendu sur le monde comme sur le moi, et qui aurait pour effet de modifier gravement toute vision de la réalité sans pourtant jamais l'abolir tout à fait.





Bref, il en résulte que toute forme visible dans le monde de Nicole ne peut jamais se montrer que sous un aspect à la fois perverti et trompeur. Tout y est simultanément obscur, incertain, dénaturé et difficilement déchiffrable. L'être humain s'y trouve, à son grand dam, perdu dans un univers équivoque. Il est tout juste capable de percevoir des figures fallacieuses ou embrouillées, sans pouvoir à aucun moment s'en faire une représentation nette. En raison de ce voile déformant qui recouvre chaque être, tout ce qui se trouve à la superficie de celui-ci est ipso facto altéré. Ce serait donc folie d'y ajouter foi, tel qu'il se présente, car dans tout ce qui est ainsi perçu, le vrai et le faux se trouvent invariablement mêlés sans qu'on puisse faire la différence. De plus, et fait plus grave encore, ce voile épais qui laisse pourtant transparaître tant de formes douteuses à la surface ne laisse rien passer venant du fond, par suite de cette extrême épaisseur, et peut-être aussi de l'extrême distance nous séparant des objets gisant tout au fond. La confusion de nos sens se trouve donc aggravée par l'opacité de nos perceptions. Tout cela obscurcit le voile qui s'étend entre notre être profond et notre image flottant à la surface. C'est là pourtant, tout au fond, que se cache la racine de notre ignorance, l'impossibilité de connaître notre moi véritable, et, par suite, le mystère qui entoure l'état où nous sommes vis-à-vis de Dieu.



L'incertitude fondamentale qui règne sur toute la pensée de Nicole n'est donc pas, à proprement parler, une indétermination. Ce n'est pas non plus la description d'un monde mental, en lui-même indéfini et indéterminé, qui existerait par priorité avant l'univers défini et déterminé de l'existence quotidienne. Loin de supposer l'antériorité d'une réalité première non définissable, d'où procéderait notre monde actuel, et qui serait la source de ses richesses, Nicole est plutôt d'opinion que l'état de confusion, qu'il discerne partout, est une sorte de maladie mentale ou morale affectant universellement la nature humaine et empêchant la pensée de l'homme de concevoir ou de percevoir clairement ce qui est. La vision de l'homme serait donc réduite à un simple mélange du faux avec le vrai, substituant ainsi, dans l'image qu'elle se fait du réel, des formes déformées et trompeuses aux formes distinctes et vraies.

Prise dans ce sens, l'indétermination serait une conséquence de la chute de l'homme. Elle aurait pour effet de troubler, et par conséquent de fausser gravement, non seulement la nature de celui-ci, mais, plus spécialement, son pouvoir de saisir le vrai.



NICOLE: TEXTES



Nous naissons dans le monde environné de ténèbres... (Essais de morale, t. 4, p. 88.)



Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. (Instructions sur le symbole, t. 1, p. 180.)



C'est une chose étrange... Combien Dieu a soin de rendre tout incertain et obscur en cette vie, afin de nous tenir dans l'humilité. (Essais de morale, t. 8, p. 45.)



L'incertitude rabaisse et humilie l'âme. (Essais de morale, t. 8, p. 49.)



... Mouvements violents qui naissent d'un fond inconnu et d'un abîme caché. (Essais de morale, 1.1, p. 13 6.)



Nous avons si peu de lumière pour pénétrer le fond de notre cour, que nous ne distinguons point avec certitude par quel principe nous agissons (Les imaginaires, t. 2, p. 217.)



On ne connaît jamais avec certitude ce qu'on appelle le fond du cour ou cette première pente de l'âme qui fait qu'elle est ou à Dieu, ou à la créature. (Premier traité de la connaissance de soi-même, t. 3, p. 109.)



Tous les objets du monde sont des miroirs... mais ce sont des miroirs confus et rayés. (Essais sur la morale, t. 6, p. 257.)



Les idées les plus vives s'évanouissent peu à peu, les passions se chassent les unes les autres, et les traces de ces choses passées deviennent peu à peu si obscures qu'il n'en reste presque rien. (Essais de morale, t. 7, p. 132.)



Nous ignorons ce que nous sommes devant Dieu et de quel oil il nous regarde. (Les Imaginaires, t. 2, p. 230.)



... Incertitude où nous sommes de l'arrêt éternel de notre prédestination. (Essais de morale, t. 1, p. 148.)



Nous devons souvent considérer Dieu comme une mer infinie qui contient tout et conserve toutes choses et nous regarder comme des poissons, ou plutôt comme des atomes qui y sont abîmés et dont l'être disparaît en quelque sorte dans l'immensité de cet être souverain qui les engloutit. (Essais de morale, t. 4, p. 318.)






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