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POE - un poète admirable






Poe est un poète admirable et un grand conteur. Mais avant d'être l'un et l'autre, il est quelqu'un d'entièrement obsédé par une obligation préalable qu'il craint de ne pouvoir remplir, celle de se donner la conscience la plus lucide possible de lui-même. C'est par un acte de conscience de soi, pense-t-il, que tout doit commencer dans la pensée. Telle est la loi initiale, celle dont tout dépend et dont la stricte observance est pour le penseur une nécessité absolue. Ne pas lui obéir entraînerait des conséquences graves : l'immobilité, la paralysie, l'aphasie, la fixation de l'esprit dans une attitude négative qui interdirait tout geste physique ou mental, ce qui équivaudrait à une mort vivante. Or, bien des fois, quand il veut prolonger ainsi sa pensée, Edgar Allan Poe se sent menacé par cette immobilisation : il éprouve une difficulté inconcevable à s'empêcher de tomber dans cet état négatif qu'il redoute entre tous : état qu'il a décrit dans plus d'un de ses écrits. Il y a des écrivains qui, dès le premier mot de ce qu'ils ont à dire, se trouvent lancés. Ils voient devant eux, nettement, l'objet vers lequel ils se mettent en branle. Ils n'ont qu'à le rejoindre et savent dès l'abord que tout est gagné d'avance. Mais pour ce qui est de Poe, il en est tout autrement. Avant même que de prendre son départ il s'interroge. Que cherche-t-il ? Où va-t-il ? Il semble être la victime d'une étrange confusion, faite de tâtonnements, de suspensions et de scrupules. Non que sa pensée soit simplement embarrassée par une difficulté d'élocution, ou par le souci qu'il a de lui donner la forme la plus précise.





S'il lutte pour s'exprimer, ce n'est pas pour trouver les mots qui s'adaptent le mieux à une pensée déjà fixée. Il semble, au contraire, que l'aphasie dont il souffre ne soit nullement due au sentiment que les mots utilisables soient insuffisants relativement à un sens déjà déterminé. C'est plutôt de l'inverse qu'il s'agit. Poe se trouve dans la situation pénible de définir ce qu'il lui faudrait dire et de s'en découvrir incapable : parce qu'il est en présence même de l'indéfinissable, de l'impensab/e. Alors, dans cette ignorance redoutable, en présence de ce vide interne, se voyant interdire la possibilité même de déterminer l'objet de sa pensée, Edgar Allan Poe comprend qu'il est en danger de ne pouvoir jamais sortir de ce silence qui lui est imposé, non par une déficience de ses moyens, mais par une imperfection inhérente à la nature même des choses. Il y a en effet, très fréquemment, dans l'ouvre de Poe, le plus souvent au début de ses écrits, la constatation angoissée qu'il est dans la situation d'un être sans doute toujours capable de penser, mais incapable de donner tout à coup une forme à ce qu'il pense. C'est comme si une étrange infirmité l'affligeait. Penser, se penser, oui, c'est encore possible, mais soudain ce n'est plus possible de donner un sens précis à ce que l'on pense. C'est comme si le monde environnant était devenu énigmatique, ou comme si, ce qui est plus grave encore, la capacité d'en reconnaître l'intelligibilité était brusquement retirée à l'esprit, celui-ci, vidé de tout contenu, n'étant plus qu'une espèce de cadre, à l'intérieur duquel il devenait impossible de mettre un nom ou une forme. Reste seulement un formulaire non rempli, laissé en blanc et non valable. Telle serait la conscience de soi, lorsque, comme cela est souvent le cas avec Poe, elle se découvre dans l'extrême carence qui est la sienne, quand rien ne vient la « garnir ». Décrivant cet état initial d'un être interdit et mis ainsi dans l'impossibilité de rien dire, nous le commentions de la façon suivante, il y a quelques années : « Il y a pour Poe une époque de l'existence humaine, où, dans le sommeil, l'évanouissement, le délire même, demeure quelque chose qui est la conscience. Elle apparaît, elle s'apparaît à elle-même, au fond de l'indéfinissable, comme conscience de l'indéfinissable. Elle est, mais elle est au fond d'un puits. L'être qui se voit gisant dans des ténèbres éclairées par la seule pensée ne se découvre pas comme quelqu'un qui s'éveille et qui renaît. Sa conscience n'est pas quelque chose de neuf qui lui serait donné d'un coup. Il y a simplement une conscience qui subsiste au centre de ses confuses connaissances. »



Le texte est un peu faible. Il présente comme une simple confusion ce qui est proprement une incapacité - provisoire ou non - de penser, mais il reflète néanmoins avec une certaine exactitude le côté négatif de cette situation : celle d'une activité mentale, toujours lucide, mais réduite, quant à son contenu, à rien. Cette réduction à zéro, qui, dans le cas de Poe, est la situation où débouche le plus souvent la conscience de soi, avec tous les inconvénients qu'elle comporte, n'en a pas moins quelque chose d'avantageux, en ce sens que, tout l'éliminable étant éliminé, il reste encore, comme nous venons de le dire, un creux dans la pensée. Or, l'éliminable, c'est le formel. Dès que l'éliminable et tout le formel qu'il contient, sont éliminés, dans le vide qui se trouve ainsi creusé, la conscience s'installe. Mais ce n'est plus une conscience pleine, c'est une conscience vide, ou, en d'autres termes, c'est une activité impersonnelle, légèrement délirante, quasi anonyme, rigoureusement non déterminée et dont on pourrait se demander si on ne pourrait pas en trouver l'équivalent chez d'autres esprits arrivés au même degré d'anonymat.



La question est d'importance. Lorsque le but avoué d'un essai critique est de définir chez l'auteur étudié sa personnalité, c'est-à-dire ce qui le rend différent de tout autre, l'objet de l'analyse, alors, est clair, il consiste à taire du cas étudié un cas défini, unique peut-être en son genre. Les rapprochements sont moins importants que les différences. Mais si en étudiant tel cas particulier le critique constate qu'il ne s'y peut relever rien d'individuel, alors que conclure sinon qu'il s'agit d'un de ces cas rarissimes, où la pensée se hausse à un certain degré où l'auteur atteint à ce que l'on peut appeler l'anonymat. C'est sans doute le cas d'Edgar Allan Poe dans les nombreux passages de son ouvre, où il n'y a plus chez lui de perceptible qu'une conscience sans objet, donc une conscience indéterminée. Mais ce serait aussi, exactement le cas, semble-t-il, pour un autre poète, aussi impersonnel dans sa volonté de se soustraire aux déterminations de la pensée personnelle, nous voulons dire Paul Valéry. Exactement comme la pensée de Poe dont elle s'inspire d'ailleurs, la pensée valérienne cherche, elle aussi, à se manifester, ne disons pas sous une forme indéterminée - ce qui serait une contradiction dans les termes - mais dans l'absence de toute forme, en tant qu'apparition de soi-même à soi-même, présentation nue, directe, simple, d'un sujet se pensant lui-même et n'ayant de pensée que de soi.

Or, n'en est-il pas de même, combien de fois, avec Edgar Poe ? Lui aussi se perçoit dans l'absence de tout objet, comme conscience strictement soucieuse de se sentir être.

Et pourtant, entre ces deux poètes, cela s'observe tout de suite, il y a un abîme. L'identité qui existe entre eux, si réelle qu'elle puisse être, est purement abstraite. Elle n'est juste que dans la mesure où elle constate une étroite similarité entre deux façons de penser, impersonnelles, indubitablement, l'une et l'autre, mais non entre deux sensibilités, de natures très différentes. Le contraste, ici, est évident.



Chez Valéry, l'expérience de soi s'accomplit dans une fraîcheur d'esprit extraordinaire. L'être valérien naît véritablement à lui-même. S'éveiller, c'est naître dans la surprise, l'enchantement, l'oubli de tout antécédent, le vertige d'un vide; mais ce n'est pas renaître. L'être valérien n'a pas de passé, ou s'en est délivré avec une insouciance incomparable. Il est tout entier, d'un seul élan, dans le moment où il vit, dans le lieu où il débouche. Ce lieu, ce moment, tout neuf, il les accepte, non sans étonnement, mais sans le moindre embarras. Il est le nageur qui s'ébat dans ^élément liquide : dans une totale acceptation de l'eau qu'il est en train de fendre. Il est l'être au réveil, tel que tant-de fois il s'est décrit - et toujours comme si c'était la première fois - l'être au réveil, vierge, à l'état pur -. mais aussi, négativement, libéré de toute forme : « Large rasade d'informe, note Valéry, pas encore d'objet, sentir la connaissance même et point d'objet. »

S'éveillant donc dans sa subjectivité intégrale, que rien ne menace, que rien ne limite. S'éveillant dans la joie, dans une joie indéfinissable, tant elle est simple.

C'est là Valéry, tout Valéry. Est-ce la personne de Valéry ? Lui-même dirait non. Mais il se reconnaîtrait sans difficulté en tant qu'être vivant, vivant d'une vie extra-ordinairement alerte, si alerte qu'elle n'accepte aucune détermination. C'est la réaction d'un adulte qui serait un éternel nouveau-né.



Mais serait-ce là la réaction qu'aurait eue Edgar Allan Poe ? Evidemment non. La sienne serait bien différente. Si la plongée de Valéry dans l'existence est si admirablement libre et fraîche, c'est qu'elle se refait de fond en comble en chaque moment de l'existence. En est-il de même avec Poe ? Poe ne peut oublier le moi passé dans l'étreinte du moi présent. Si celui-ci en diffère, c'est par une sorte de résurgence trouble et incertaine de lui-même qui ne le détache du passé que pour le laisser échoué dans le faible et indéfini sentiment de l'existence. De l'un à l'autre, rien qu'une faible passerelle, celle des réminiscences les plus vagues, mais aussi les plus nostalgiques : « C'est lentement, par degré, dit Poe, ou son héros - somnambule - que mes facultés de penser me reviennent. » Dans cet état d'âme, il y a quelque chose de similaire au « retour d'un évanouissement ». C'est un peu comme Lazare que Poe se repossède de la vie. Son émergence n'est pas assurée. Elle est angoissée et tragique. De plus, elle ne saurait avoir la transparence de la renaissance valérienne. La conscience d'être, chez Poe, comme chez Rousseau, est une chose voilée, indistincte, et qui se perd souvent dans une sorte de crépuscule, quand il ne lui arrive pas de retomber dans le noir.



Poe : textes



Une condition d'ombre et de doute...

Vagues réminiscences d'un passé inscrit dans les vieilles chroniques du temps jadis...



Quand je m'éveillais, ma pensée était étrangement confuse et il me fallait quelque temps avant que je pusse me rappeler toutes les circonstances variées de ma situation.



... Lentement, par degrés, mes facultés de penser me revinrent...

Dans le retour de l'être à la conscience après un évanouissement, il y a deux étapes. La première ? Comment distinguer l'ombre qu'elle présente, de la mort ?



La conscience de l'être que j'avais était devenue de plus en plus indistincte...



Il y eut une époque où je me sentis émerger de l'inconscience dans le faible et indéfini sentiment premier de l'existence.






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