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Pierre Emmanuel






Mort depuis quelque temps, Pierre Emmanuel nous fait penser aux figures légendaires d'un passé maintenant infiniment lointain. Il leur ressemble. Il retrouve quelque chose de leur accent. Non qu'il se montre à tout coup leur égal. Il est souvent trop torturé par des scrupules de toute sorte pour se maintenir constamment à ce très haut ou très profond niveau. Et puis ce niveau qui fut le leur est celui qui fut toujours relié de la façon la plus troublante au grand thème divin de la profondeur absolue. Comme les saintes figures de ces temps primitifs, mais sans avoir toujours au même degré l'expérience des origines qui fut la leur, Emmanuel a eu à un degré unique chez les poètes de son temps le sens du rapport dramatique, presque abyssal et rigoureusement négatif qu'ils entretinrent souvent avec leur Créateur. A travers les distances qui séparent des époques si différentes, on le voit, se conformant d'instinct aux mêmes réactions que ces hommes, éprouvant les mêmes sentiments, parlant la même langue spirituelle, obéissant aux mêmes injonctions. En revanche, si on le compare aux hommes d'aujourd'hui, on le retrouve presque seul. Depuis tant de siècles, en effet, un certain sens dramatique du mystère divin, hé au caractère proprement indéterminé de celui-ci dans son fond, s'est altéré si considérablement dans la mémoire des hommes que, mis à part un Jean de la Croix, un Boehme, un Claudel aussi peut-être, on a le sentiment d'un affaiblissement, ou, pire encore, d'une édulcora-tion progressive de la piété moderne, comme si, mis à part un très petit nombre d'êtres, il était difficile de trouver chez les gens d'aujourd'hui la même intensité de sentiments que celle qui dominait aux premiers temps.





Tel est, en effet, le point de vue qui nous frappe avant tout quand nous considérons Pierre Emmanuel : il nous rappelle un grand passé religieux. Mais il nous le rappelle retourné. Avec lui on a le sentiment de se retrouver soudain revenu auprès de-,ceux avec qui l'humanité a commencé sa route. Certes, nous avons aussi le sentiment que cet itinéraire suit une courbe, c'est-à-dire qu'il décrit un cercle à travers les âges, mais pour se ramener à peu près là où il avait commencé. Il faut donc considérer Pierre Emmanuel comme nous ramenant presque au même point d'où étaient partis un Denys, un Augustin, un Eckhart, ses lointains prédécesseurs. Or, dans les méditations auxquelles, en leur temps, ceux-ci se livrèrent, comme dans ces admirables rêveries religieuses qui se retrouvèrent bien des siècles plus tard chez Emmanuel, Dieu, le Dieu mystérieux qu'au fond d'eux-mêmes ils révéraient, ne se montrait que rarement dans sa gloire au-dehors, il était celui qui ne pouvait être directement connu. Aucune image ne le représentait. Lointain, inaccessible, presque inabordable, inimaginable, ce Dieu ne pouvait être conçu autrement que comme un saint abîme dans la profondeur duquel la pensée humaine ne pouvait espérer pénétrer. - Mais il y a plus. Il y a la persuasion qu'avant le commencement des temps, avant la création, avant l'apparition même d'un Dieu voué à sa fonction créatrice, l'esprit divin était déjà là, infiniment réel, infiniment riche de puissance latente, mais attendant le moment qu'il choisirait pour paraître dans sa gloire, tandis que, secrètement, au fond de lui-même, demeurait encore, quasi voilée, sa plénitude future.



Si, bien des siècles plus tard, un poète comme Emmanuel se complaira, exactement comme ses devanciers, à se mettre en quête de ce Dieu premier et presque secret, c'est que, comme eux encore, il se sentira profondément troublé par le mystère presque initial de l'Etre divin se dérobant à toute forme ouverte d'adoration. Pour lui, comme pour les précurseurs auxquels nous venons de faire allusion, il n'y a pas de conception plus mystérieusement féconde que celle d'une présence divine indéfinissable, antérieure à tous les développements qui viendront s'y associer par la suite, et qui ne pourront jamais entièrement dissimuler par leur abondance future la secrète réalité de la pensée primitive.

Deux aspects différents et presque opposés de la divinité doivent donc se distinguer l'un de l'autre, mais sans se contredire : le premier, secret, voilé, retiré dans sa profondeur, fait, comme dit le poète, de « ténèbre pure »; et un autre se rapportant à l'immense diffusion subséquente, en pleine lumière, de son pouvoir créateur. Le premier de ces deux aspects précède l'apparition de l'autre. Eternel, lui aussi, il demeure spécialement attaché au seuil de ce qui suivra. Le poète lui donne une série de noms qui définissent sa fonction. Il est « l'origine avant la parturition ». - « Il est le non-lieu n'ayant encore nulle substance. » - « H est le Soi qui s'ignore indéfiniment et qu'aucune image n'affleure ». - « Il est, au fond de Tout, le Néant du Tout. » - « Tu es l'Informe », dit encore de lui le poète, qui rappelle que s'il est l'essence de la vie, il est aussi « son manque essentiel ». Bref, dans la pensée de Pierre Emmanuel, se rattachant ici à une longue série de Docteurs et de Saints des premiers âges, Dieu ne peut apparaître initialement que de façon négative, comme celui qui s'ignore encore, qui est comme le manque préalable de ce qu'il sera par la suite. Ainsi, identique avec l'abîme qui le porte, il n'apparaît en premier lieu que sous l'aspect d'une « pure indistinction ». Mais il est aussi le seul dont on puisse dire qu'en n'étant Rien, il est l'Immense. On ne peut donc proposer de la Divinité une formule plus complète que celle-ci où se confondent l'infiniment grand et l'infiniment vide : « Toutes les déterminations s'estompent dans une fatalité sans contours. » Cette formule est de Hôlderlin, mais elle pourrait être d'Emmanuel aussi bien. Emmanuel, en effet, s'efforce toujours, comme Hôlderlin lui-même, de présenter l'Eternité divine, non directement comme l'Etre positif, mais comme le Non-Etre qui précède l'Etre.



Le Non-Etre, ou le Dieu caché qui se transformera en le Dieu plein de lumière. C'est vers cette représentation et vers cette absence première de toute représentation du Divin que, sourdement, la pensée profonde des hommes continue de s'orienter. Ceux qui s'efforcent d'en préserver la tradition s'expriment le plus souvent à mots couverts qui à la fois en révèlent et en respectent le mystère. Pour ce faire, ils se servent continûment de formes négatives, les seules qui préservent le caractère essentiellement indéterminé de la réalité divine en sa profondeur initiale. Ses fidèles l'appellent absence, silence, ténèbre, néant ou vide. Ils lui donnent même le nom de Rien.



Bien des siècles plus tard, se tournant à son tour vers Celui qu'il appelle lui aussi le Dieu-Rien retiré dans son silence, le poète Pierre Emmanuel emploiera pour le désigner le même langage négatif. S'adressant à son Dieu, il dira : « Je me tourne vers Toi sans guide que l'absence. » A un autre moment, s'appliquant à lui-même des termes similaires, il dira : « Je suis l'absence, le vide, je suis ce qui n'est pas. » Ainsi au silence de Dieu, le poète joint son propre silence. C'est dans un silence partagé qu'il trouve avec son Dieu l'accord le plus profond. Dieu et sa créature se rejoignent et se fondent dans un même silence. Quelque surprenant que soit ce rapprochement, il ne fait d'ailleurs que reprendre une tradition plus que millénaire. Dieu est pour le poète d'aujourd'hui exactement comme pour les grands mystiques du passé, celui qu'on appelle, avant tout, l'Absent ou le Manquant, Dieu sans image de lui-même, se rattachant à la période la plus lointaine, et qui, tout en régnant encore aujourd'hui dans la plénitude de sa gloire, n'en reste pas moins l'éternel absent. Dans la ligne de cette pensée, Emmanuel se découvre des liens étroits avec les prophètes d'une époque révolue. Comme eux, il revit le tragique de la grande séparation : « Je me tourne vers Toi sans guide que l'absence partout. » Que veut-il dire au fond de ces paroles énigmatiques, sinon que ce qui le relie à Dieu, paradoxalement, ce n'est pas une présence, c'est une privation d'être ? Ne nous étonnons donc pas si le poète d'aujourd'hui, comme les saints des premiers temps, reprend la parole divine peut-être la plus profonde de toutes : « Je suis l'absence, je suis ce qui n'est pas. »

« Je suis l'absence, je suis ce qui n'est pas. » Cette parole négative que le poète met dans la bouche de Dieu comme dans la sienne propre est donc bien, au fond de son esprit, le fondement, l'assise sur laquelle toute réalité repose. Toute positivité repose sur une négativité originelle, qui, dans le cas de Dieu, ne peut être qu'un état de repos, de silence, de sérénité infinie, c'est-à-dire le retrait initial où il se complaît dans son mystère intérieur. Il n'est donc nullement contraire à l'énergie créatrice infinie que la divinité est appelée à exercer par la suite et qui a pour fin ses futures déterminations.



Toute proportion gardée, il en va sans doute de même chez l'homme. Son esprit passe de la constriction à la dilatation, du vide à une plénitude relative. Emmanuel décrit cet homme comme « un néant tout au labeur de sa constriction absolue ». Le drame, mais aussi la grandeur de l'homme et ce qui l'apparente à Dieu, consiste dans ce passage qui va de l'indétermination originelle vers les déterminations futures.



PIERRE EMMANUEL : TEXTES



Une chose essentielle se passe en moi. Je fais le vide et l'obscurité, je m'accoutume à l'épaisseur muette. C'est comme si je désapprouvais d'exister pour entrer dans la totalité de l'Etre, dans la ténébreuse osmose où je suis l'autre et où l'Autre est moi.

Je suis ce que je ne suis pas, et m'appartient ce qui me manque.

Je nomme Silence un état annonciateur, concentration, vide, suspens.



L'expérience de l'Etre : Sauvés du néant, malgré notre manque d'amour pour quelqu'un d'infiniment Autre qui est en nous.



Parole qui est notre recours quand notre manque nous anéantit.

Etre présent suj fond d'Abîme.

Vide comblé.

Cette mienne absence, cette inanité, est-ce transparence ? de l'ubiquité.

Dieu - ténèbre descellée.

Il pointe vers un vide au-delà de son vide.

Toutes les déterminations conscientes d'où partirait le salut s'estompent pour lui dans une fatalité sans contours.

Notre conscience est conscience d'un manque, mais l'Etre est Un.

Mon ombre, vis sans fin, creuse en dedans l'absence.

O une étendue d'absence immense, lisse et nue et l'huile étale du néant que le silence n'a point encor ridée...

(Poésie raison ardente.)

O poids sans pesanteur resserré sur soi-même Nuit viscérale où règne une faim absolue ! Le Rien, contraction de l'Etre sans pensée pétrit la pierre et la durcit jusqu'à l'angoisse...

(Sodane.)

Identité de la culpabilité et de la vie, d'où résulte l'instabilité essentielle d'un langage divisé contre soi-même... Aussi toutes les déterminations conscientes d'où partirait le salut s'estompent-elles pour lui dans une fatalité sans contours... (Le poète fou.)

O prunelle vide Du seuil infini C'est ton rien avide Qu'en moi je poursuis

(Visage nuage.)



... Je dépouille le moi quotidien, je fais le vide et l'obscurité, je m'accoutume à l'épaisseur muette. C'est comme si je désapprenais d'exister pour entrer dans la totalité de l'Etre - dans la ténébreuse osmose où je suis l'autre et où l'autre est moi. (Le goût de l'Un.)

L'homme est un cri qu'il inverse vers ta ténèbre.

(Le grand ouvre.)

Qui se figure l'origine avant sa parturition Doit sentir tout au fond de soi un néant spasmodique

[à l'ouvre (Le monde intérieur.)

Il faut donc que nous soyons mis à nu, réduit à notre pauvreté essentielle... (La face humaine.)

Privilégier l'instant au-delà de toute mesure, non par opposition au temps lequel n'existe pas, mais dans l'éclair d'une connaissance indivise en soi-même avant que d'être connue de nous; en d'autres termes être Dieu sans le savoir, telle est l'ambition dévorante que le génie de l'âme moderne, sous la plume de Breton, ose formuler orgueilleusement. (Poésie raison ardente.)

Ce qu'ils désirent c'est l'image derrière le foyer imaginaire où se rejoignent les parallèles. (Babel, 182.)



O poids sans pesanteur resserré sur soi-même

Nuit viscérale où règne une faim absolue !

Le Rien, contraction de l'Etre sans pensée et l'eau fibreuse aux nouds de pierre est innervée d'un sourd réseau pétrifiant qui prend la pierre

Et l'eau ensemble ou un seul bloc d'échec glacé

(Sodane,p. 17.)



Chacun de nous doit revêtir la figure éternelle du Christ, réconciliateur de deux mondes également douloureux : ceux de l'attente et de la mémoire. Mais il ne reconnaît pas le caractère coupable de cette douleur, cette identité de la culpabilité et de la vie, d'où résulte l'instabilité essentielle d'un langage divisé contre soi-même. Aussi toutes les déterminations conscientes d'où partirait le salut s'estompent-elles pour lui dans une fatalité sans contours, et singulièrement le sens absolu de la passion et de la mort du Verbe, comme de sa résurrection'»u troisième jour. (Le poète fou, p. 41.)










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